2011/06/05

Il reste toujours au citoyen français cette mauvaise impression de lire, de voir ou d'entendre les mêmes informations

Il fut une époque où les responsables des JT de 20 heures attendaient la sortie du Monde, l'après-midi, pour échafauder les "conducteurs" de leurs éditions
explique Daniel Psenny, par rapport à son compte rendu du livre Copie conforme (Pourquoi les médias disent-ils tous la même chose?), dans… Le Monde (justement).
Considéré comme "le journal de référence", le quotidien du soir donnait le tempo de l'information même si, le matin avant son bouclage, il avait écouté les radios et aussi regardé ce qu'avait fait la concurrence qui, elle-même la veille, s'était inspirée, peu ou prou, des journaux de 20 heures... Bref, tout le monde était "copie conforme" et il y avait peu de chances pour que les informations venues d'ailleurs trouvent un écho !
Avec l'irruption d'Internet et des réseaux sociaux qui, souvent sans recul ni analyse, rendent l'information instantanée, les plaques tectoniques du journalisme ont bougé. Tout un chacun peut, s'il le souhaite, s'informer où et comme il le veut. Pourtant, il lui reste toujours cette mauvaise impression de lire, de voir ou d'entendre les mêmes informations.
… Formatage, concurrence, pressions économiques, accélération du temps, "googlisation" de l'information, utilisation de l'image à des fins de décoration, information spectacle, "le métier fait les frais de sa propre défaillance", [écrit Hervé Brusini] en stigmatisant "l'uniformité" et "l'info standardisée" des rédactions où régneraient, ici ou là, "un laxisme éditorial et une paresse sans égale".

2011/06/04

Sartre soutient l'URSS, les pays de l'Est, la Chine de Mao, il minimise les victimes de la Révolution culturelle et doute qu'elle ait pu en entraîner

[Dans] les entretiens donnés par Jean-Paul Sartre à John Gerassi entre 1970 et 1974 … le philosophe de Saint-Germain-des-Prés … avoue ne s'être jamais senti coupable de rien durant toute sa vie …
Michel Onfray revient sur Jean-Paul Sartre :
Politiquement : Sartre avoue n'avoir pas compris le nazisme en 1933, alors qu'il vivait en Allemagne ; il dit n'avoir pas voté en 1936 et regardé les défilés du Front populaire avec indifférence ; il signale qu'il a défendu l'intervention en Espagne, pourvu qu'on ne lui demande pas d'y participer concrètement ; il a justifié le pacte germano-soviétique ; il a été apolitique au stalag, précise qu'il n'a causé aucun désordre dans le camp, mais qu'il faisait de cette docilité... une "forme d'engagement" ; il dit qu'en 1947 il n'est toujours pas politisé. Il compagnonne ensuite avec les violences révolutionnaires du siècle : il soutient l'URSS, les pays de l'Est, la Chine de Mao, il minimise les victimes de la Révolution culturelle et doute qu'elle ait pu en entraîner ; il publie dix-huit articles favorables à Castro ; il réitère la légende d'une rupture avec le PCF après Prague, mais regrette que le Parti communiste français n'ait pas pris le pouvoir en mai 68 ; il prétend qu'en mai de Gaulle a demandé à Massu de prendre le pouvoir ; il écrit sur Daniel Cohn-Bendit : "Il était loin d'être brillant. Je ne l'aimais pas tellement" ; et sur Raymond Aron : "De toute évidence, il est totalement, complètement, systématiquement de deuxième ordre, fondamentalement c'est un con et un imbécile." Il célèbre l'illégalisme révolutionnaire et fait l'éloge du "bain de sang" pour des raisons politiques ; à propos de Cuba, il extrapole une théorie générale du gouvernement par la terreur : "Pour réussir, une révolution doit aller jusqu'au bout. Pas question de s'arrêter à mi-chemin. La droite utilisera toujours la terreur pour lui barrer la route, donc la révolution doit recourir à la terreur pour l'arrêter." Il légitime et justifie l'usage de la peine de mort pour des raisons politiques …
Il légitime le "revanchisme" comme fondement de la justice populaire : "L'idée de vengeance est une idée morale." Il défend Kim-Il-Sung, le dictateur nord-coréen ; il affirme que ne pas écrire contre la répression de la Commune, c'était se faire le complice des Versaillais puis, parlant de Goncourt et Flaubert, qu'"on aurait dû les abattre" - sans préciser qu'il n'écrivit pas contre l'occupation allemande et qu'on n'a pas intérêt à relire aujourd'hui Paris sous l'Occupation ("Situations", III), un texte de 1945 qui manifeste plus d'empathie pour les officiers allemands, tellement aimables qu'ils "offraient, dans le métro, leur place aux vieilles femmes, ils s'attendrissaient volontiers sur les enfants et leur caressaient la joue", que pour les aviateurs alliés qui mettaient la sécurité des civils en question. …
On s'en doute, nombre de lecteurs du Monde sont horrifiés que l'on ôôôse s'attaquer à Sartre et à d'autres parmi "ceux qui ont essayé de penser" et parmi "ceux qui ont fait avancer la pensée, c'est-à-dire la possibilité de se révolter" ("Il n'était pas tendre, certes, mais il essayait de penser"). Pis : "utiliser une tribune pour insulter ceux qui se sont insurgés (et parfois trompés) apparaît comme une grande lâcheté." Interdit de critiquer (pardon, d'insulter) Hitler, alors (il est mort, non) ? Et Staline ? Et Mao ? C'est vrai que ces deux derniers n'étaient pas beaucoup critiqués par la gauche — pas par Sartre, en tout cas — de leur vivant. (Au contraire.) Elisabeth Martins termine : "je dis merci pour la liberté qu'ils nous ont offerte".

Oui, seulement voilà : pendant que Jean-Paul Sartre pensait, et pendant que Elisabeth Martins jouissait de la liberté que lui aurait offert Sartre — tout en s'insurgeant, l'une comme l'autre, contre les capitalistes américains et occidentaux (un système horrible, vous dis-je, horrible), ce qui était source d'une fierté et d'une auto-congratulation sans pareille —, des millions de Russes — et de Chinois — mouraient sous les politiques et pour les idéologies décidées par leurs leaders communistes…

2011/05/30

Trois leçons de l'affaire DSK

Le déferlement de l'affaire DSK des deux côtés de l'Atlantique a fait voler en éclats quelques solides tabous et révélé au grand jour ce que le public perçoit comme des codes tacites en vigueur dans l'univers des élites politiques françaises, avec la bénédiction des médias
Ainsi commence l'analyse de Sylvie Kauffmann dans Le Monde (tandis que Irène Théry lance un appel pour un féminisme à la française).
… trois leçons peuvent déjà être tirées.

Le retour du différend transatlantique Dans les médias américains, les Français sont à nouveau à la fête, peuple de "hot rabbits" dirigé par des politiciens prédateurs, qui prétend avoir fait la Révolution en 1789, mais ne supporte pas de voir ses élites traitées comme le commun des mortels. Au mieux, de manière générale, nous préférons fermer les yeux sur les comportements délictueux de notre classe dirigeante : c'est une question de culture. …

L'hypocrisie française C'est un fait difficilement contestable : en considérant le comportement privé de la classe politique comme hors sujet, même lorsqu'il jette une ombre évidente sur la personnalité de l'élu ou du ministre, la presse ne fait pas son travail. Déjà soupçonnés de collusion avec les élites, les journalistes font aujourd'hui figure d'accusés, coresponsables d'une omerta que découvre le grand public. …

Nous avons une loi interdisant l'atteinte à la vie privée, mais nous n'avons pas de loi sur la liberté de l'information sur le modèle de celle qui, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, force l'administration à s'ouvrir. Lorsqu'il y a évolution en la matière, c'est sous l'effet de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme. Les fameux "communicants", officines de contrôle de l'image des hommes politiques et des PDG, ont acquis en France un pouvoir inégalé dans les pays occidentaux, court-circuitant les classiques directions de la communication. Ils ont créé des règles du jeu toujours plus restrictives et les journalistes s'y sont pliés. …

L'hypocrisie française, c'est aussi une façon de ridiculiser l'intégrisme américain sur les relations hommes-femmes, l'égalitarisme forcené, les procédures mises en place pour décourager le harcèlement sexuel, puis de se scandaliser que l'on ait passé sous silence les mauvaises habitudes de nos hommes de pouvoir. Pourquoi Tristane Banon n'a-t-elle pas porté plainte après sa violente rencontre avec DSK, en 2002 ? Parce qu'elle ne voulait pas être "la fille qui a eu un problème avec un homme politique ". Le message est clair : notre société réprouve ceux — et surtout celles — qui détruisent l'image des hommes de pouvoir.

L'exigence de la parité Soudain, les langues se délient. Journalistes et collaboratrices des hommes politiques racontent la "séduction" masculine au quotidien, et surtout ses dérives. Sans tomber dans le puritanisme, il existe un remède à ces dérives : la parité hommes-femmes.

2011/05/27

Certaines associations créent un délit d'"automobilisme passif", de mise en danger de la vie d'autrui par le simple fait d'être conducteur


Maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université Paris-I, spécialiste de l'automobilisme, et auteur de L'Autorefoulement et ses limites (Descartes & Cie), Mathieu Flonneau tente d'expliquer les ressorts psychologiques et historiques du débat à Benoît Vitkine :
On a vu dans les atermoiements de la majorité sur la signalisation des radars la crainte de froisser les électeurs à un an des élections législatives. Peut-on perdre une élection sur le thème de la sécurité routière ?

Dans une élection locale, oui, cela peut jouer. Particulièrement si les nouvelles règles sont perçues comme arbitraires. Et c'est le cas ici : l'emplacement des radars, par exemple, est contesté parce que ceux-ci ne seraient pas installés sur les lieux les plus accidentogènes. On meurt beaucoup moins sur les autoroutes et sur les voies rapides, et c'est pourtant là que l'on voit la plupart des radars. Ce genre d'arguments est vu comme un argument du café du commerce, mais il est corroboré par les études d'accidentologie.

Mais au-delà de cet aspect électoraliste, c'est une préoccupation légitime de la part des députés de se faire l'écho des inquiétudes des citoyens. … pour beaucoup de Français, l'automobile est non seulement un mode de transport mais aussi un outil de travail. On n'est pas ici dans une logique hédoniste, mais dans une logique économique, liée à l'emploi.

… le débat fait ressortir cette opposition entre sphère publique et sphère privée. L'habitacle de la voiture serait comme un prolongement du domicile, un prolongement du chez-soi où le pouvoir public n'a pas à s'introduire...

Absolument. Pour la grande majorité des individus, l'automobile est un espace privé. Qui, en plus, coûte cher à l'achat et à l'entretien, ce qui donnerait droit à une mobilité dite "libre".

Cette notion de liberté est fondamentale. La voiture, c'est la liberté ! On pense souvent aux Etats-Unis lorsque l'on évoque cet imaginaire de liberté étroitement associé à l'automobile. Mais en France et partout dans le monde, l'inconscient collectif qui associe voiture et liberté est le même. Dès lors, contraindre la conduite, l'encadrer, peut être vécu comme une atteinte à la liberté. Au même titre que le fait de géolocaliser les flottes de véhicules d'entreprise.

… Les automobilistes disent aussi en avoir assez d'être culpabilisés.

Certaines associations, par leur discours, créent ce qu'on pourrait appeler un délit d'"automobilisme passif", de mise en danger de la vie d'autrui par le simple fait d'être conducteur. Elles font de l'automobile une sorte de "mal public", au même titre, par exemple, que la cigarette. Cette vision hygiéniste – qui mêle préoccupations écologiques et sécuritaires – voudrait bannir systématiquement l'automobile des centres-ville.

D'où une certaine crispation chez les automobilistes, renforcée par le sentiment que certaines lois sont applicables à certains et pas à d'autres : ceux qui ont un chauffeur ou ceux qui peuvent se permettre de circuler à Vélib'...

"Chauffeur" et "Vélib'", cela veut dire "élite" et "Parisien"...

Ce sont des éléments importants du débat. L'idée que les lois sont faites par des élites qui ne conduisent pas compte pour certains automobilistes qui se sentent floués.

Radars : deux semaines de cacophonie à droite — "le gouvernement continue de nous prendre pour des cons"


Tandis que le Télézapping conclut par un tonitruant "Il faudrait un radar pour décrypter la communication du gouvernement", Eric Nunès revient dans Le Monde sur "deux semaines de cacophonie à droite".
Les députés frondeurs de la majorité qui s'étaient opposés à un durcissement des règles de sécurité routière ont immédiatement réagi : "le gouvernement continue de nous prendre pour des cons", résume sans détours Yannick Favennec, député UMP de Mayenne, sur son compte Twitter.

… Le gouvernement n'est alors pas sans ignorer l'impopularité de ces mesures au sein de sa majorité parlementaire. En février, une poignée de parlementaires avait obtenu, dans le cadre de la Loppsi 2, un net allègement des contraintes du système de permis à points. Les délais de récupération automatique sont ainsi passés de trois ans à deux ans en cas de retrait de plusieurs points et d'un an à six mois pour les infractions d'un seul point. "Cessez d'emmerder les Français !", avait lancé à l'exécutif le député UMP Jacques Myard.

Six jours plus tard, le 17 mai, de nombreux députés s'affichent contre les annonces gouvernementales à l'Assemblée nationale. A la réunion du groupe UMP, ils sont plusieurs dizaines à s'enflammer contre le premier ministre et dénoncent un manque de concertation du gouvernement avec les élus. Jean-Marc Roubaud, député du Gard, menace de "se suspendre de l'UMP" si ces mesures ne sont pas... suspendues. "Vous ne savez plus quoi inventer", se plaint Yves Albarello, élu de Seine-et-Marne, pour qui les images télévisées des premiers panneaux démontés ont eu un effet "désastreux". "Pendant tout le week-end je me suis fait insulter", relate l'élu de Seine-et-Marne. "On n'arrête pas de s'en prendre plein la gueule", renchérit Richard Mallié (Bouches-du-Rhône), dénonçant une précipitation "inacceptable". Chacune de ces interventions est ponctuée par une salve d'applaudissements, pendant que M. Fillon, à la tribune, ronge son frein sans dissimuler son exaspération.

… [En apprenant qu'il] n'est pas question pour l'exécutif de renoncer à supprimer les panneaux prévenant de la présence de radars fixes ni de revenir sur une seule des mesures de sécurité routière annoncées par le gouvernement [, les] parlementaires s'exaspèrent un peu plus :… "Le gouvernement est dans sa bulle, estime Yves Albarello, sourd aux attentes de milliers de Français." "On est foutus ! Vos mesures, c'est une catastrophe électorale. Avec ça, on a perdu les élections", lâche Jean Auclair, député UMP de la Creuse, au cours de la réunion.

Entre le gouvernement et plusieurs parlementaires, la tension monte. Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, dénonce "l'arrogance" du gouvernement, qui, "en jouant le rôle de l'exécutif courageux contre des parlementaires soucieux de leur électorat, prend un risque. (...) Sur le budget, la fiscalité, la dépendance, l'exécutif a encore besoin d'une majorité", avertit le député dans une menace à peine voilée.

Le public comme les députés UMP sont désorientés par le discours à géométrie variable de l'exécutif. Mais celui-ci correspond à celui du président de la République. Alors que, jeudi 26 mai, le président Sarkozy prônait la fermeté dans les colonnes du Figaro, en mai 2007, le candidat était comme les députés UMP aujourd'hui , soucieux de ne pas fâcher une partie de son électorat. Il déclarait d'ailleurs sur RTL qu'"il serait scandaleux d'enlever les panneaux qui préviennent".


2011/05/26

Contre la démagogie de nos gouvernants : est-il interdit de faire valoir que "la voiture est aujourd'hui un risque négligeable" ?


Pour le compte du quotidien Le Monde, Eric Nunès interroge Armand Jung. Le député socialiste du Bas-Rhin et co-président du groupe d'études "Route et sécurité routière" à l'Assemblée prétend que
Ce qu'il faut, c'est de la coercition … Les limiteurs de vitesse, les détecteurs de dangers existent déjà, il suffit de les mettre en place. Nous devons interdire l'usage des kits mains libres au volant.

… Il existe dans notre pays un fort lobby de la vitesse. Alors que 90 % des accidents sont dus à une vitesse inappropriée, nous fabriquons en France des automobiles qui roulent à 220 km/h, 250km/h dans un environnement routier où la vitesse maximale autorisée est de 130 km/h. A l'heure où il faut imaginer la voiture du futur, plus en harmonie avec l'environnement et respectueuse de la vie humaine, personne ne songe à brider les moteurs. Au contraire.
Alors que le site eXtrême Centre se demande si la fronde parlementaire anti-radars n'est pas « a tea party » à la française, les lecteurs du Monde répondent :
On nage en plein delire, le co-president d'un groupe d'etudes qui argumente sur des voitures qui peuvent rouler a 220 ou 250, alors que l'immense majorite du parc doit se situer entre 150 et 170, voir moins. (…)
Encore un "spécialiste" de la sécurité routière bien au courant de son dossier, car : 1. aucun constructeur français ne propose à ce jour de voiture atteignant la vitesse de 250 km/h... 2. un nombre infime d'accident a lieu à plus de 150 km/h. 3. on peut rouler à une vitesse excessive tout en respectant les limitations de vitesse, et oui ! 4. Aucune Volvo dans le classement des 100 premières "voitures citoyennes" en septembre 2010... Quant au fort lobby de la vitesse en France, je rie...
Je ne suis pas très douée en maths, mais 4000 morts par an pour une population de 65 millions de Français, cela représente 0,01%. Si on compte, parmi ces 4000 morts, tous les tarés qui tentent de fuir la police par tous les moyens parce qu'ils n'on pas de permis, qu'ils conduisent une voiture volée ou qu'ils sortent d'un braquage, on peut dire que la voiture est aujourd'hui un risque négligeable. OK un mort est un mort, mais il faut quand même arrêter le délire. Il n'y a pas de risque zéro.

2011/05/25

Les médias français ne veulent pas admettre qu’ils ont eu tort de s’emballer pour Obama qui n’a jamais rien fait pour mériter une adoration pareille

Sur le site d'Atlantico, Evelyne Joslain, auteure du livre Obama : de la déconstruction de la démocratie en Amérique, répond aux questions de Amaury Brelet.

Atlantico : Quelle est la part de responsabilité de l’Administration Bush dans l’élimination d’Oussama Ben Laden ?

Evelyne Joslain : 99 %, parce que c’est bien la politique antiterroriste mise en place par l’Administration Bush depuis 2002 qui a joué et contre laquelle Barack Obama a vociféré lorsqu’il était sénateur et tenté d’agir depuis qu’il est Président. Il a donc été obligé de préserver cette politique, critiquée par la gauche la plus extrême mais largement plébiscitée par l’opinion publique et donc incidemment par le Congrès.

Certains ont crié à l’abrogation des libertés avec la décision de George W. Bush de pouvoir libérer les services secrets des multiples entraves qui étaient les leurs et donc de pouvoir procéder à des écoutes d’étrangers ou de conversations entre les États-Unis et l’étranger, ce qui a permis finalement de saisir de nombreuses discussions intéressantes. Il y a également le fait de pouvoir, sans donner préavis, débarquer chez des gens sur lesquels les autorités avaient des doutes précis. Cela fait aussi parti de l’arsenal juridique que Bush a obtenu du Congrès lorsqu’il était Président. Et puis, il y a bien entendu, les fameuses techniques d’interrogatoire musclées dont le “waterboarding” ou noyade simulée qui a été pratiquée sur seulement trois prisonniers à Guantanamo, notamment sur Khalid Cheikh Mohammed (ndlr : "cerveau" des attentats du 11 septembre 2001 et numéro 3 d'Al-Qaida) qui a fini par craquer. Mais il faut savoir que cette technique d’endurcissement, que les GI, les Marines et les autres corps de l’armée américaine s’infligent à eux-mêmes, n’a absolument rien à voir avec de la torture véritable. Le ministre de la Justice Eric Holder a même voulu un temps juger Khalid Cheikh Mohammed devant un tribunal civil de New York, mais devant la pression populaire répercutée au Congrès, cette idée a finalement été abandonnée.

… chose incroyable, [le ministre de la Justice] Eric Holder a préféré faire la guerre aux services de renseignements plutôt qu’aux terroristes : plusieurs officiers américains sont maintenant inquiétés par le département de la Justice sous l'oeil bienveillant du Président. Donc ce succès pour Obama est en fait très mitigé. Il a tout de même le mérite, contrairement à Bill Clinton, d’avoir accepté quand on le lui a proposé, de presser la gâchette.

Mais ce que personne ne dit apparemment en France, c’est qu’il aurait pu également dire : “Je le veux vivant”. Bush avait déclaré en 2002 : “Mort ou vivant, peu importe”, or depuis, on a découvert justement qu’il était utile de faire parler un terroriste ; la gauche américaine pacifiste aurait bien entendu hurlé au loup si Ben Laden avait été pris vivant et si on avait voulu le soumettre aux interrogatoires. Obama a multiplié les attaques meurtrières de drones et on lui pardonne, la presse ne dit rien parce c’est lui. Si cela avait été Bush, toute la presse en parlerait. Obama a opté pour cette issue parce qu’il préfère un terroriste mort à un terroriste vivant. Il bien compris qu’il ne pouvait pas faire autrement que de soumettre les terroristes — fut-il Ben Laden — aux interrogatoires militaires et ce, en raison de l’opinion qui refuse absolument que ces gens-là soient jugés comme des criminels de droit commun devant des tribunaux américains. Obama est pieds et poings liés, car d’un côté, sa base pacifiste le tient, et de l’autre, il a besoin d’un coup de pouce pour faire remonter sa cote dans les sondages. S'il a eu le mérite d’avoir donné le feu vert pour qu’on abatte Ben Laden, un président plus déterminé et surtout entouré de gens plus attachés aux intérêts américains aurait dit non et refusé de l'abattre pour le capturer vivant comme pour Saddam Hussein en Irak. Si Bush était à la Maison Blanche aujourd'hui, il aurait essayé de capturer Ben Laden vivant, j’en suis certaine.

… La présidence Obama est l’une des plus opaques et hypocrites que l’on n’ait jamais vues. Si elle a heureusement autorisé l’élimination de Ben Laden, il reste à déterminer la part électoraliste dans cette décision.

… Bush en réalité est victime de son succès car un attentat qui n’aboutit pas, cela fait trois lignes dans la presse. Bush a par ailleurs laissé à Obama un Irak stabilisé et qui n’a pas bougé lors du récent "Printemps arabe".

Comment jugez-vous la couverture médiatique en France de cette élimination historique ?

Les médias français ne veulent pas reconnaître qu’ils ont eu tort de s’emballer pour Obama qui n’est qu’un nouveau venu, qui n’a jamais rien fait dans sa vie pour mériter une adoration pareille. Les journalistes en France ne font aucun effort : c’est un mélange de paresse intellectuelle et de mauvaise volonté. En plus de leur parti pris virulent contre le Parti républicain, ils ont une profonde méconnaissance de ce qu’est devenu aujourd’hui le Parti démocrate, beaucoup plus à gauche qu’autrefois.

2011/05/24

"Ne cédons pas aux sirènes des ayatollahs qui souhaiteraient, à les écouter, un monde sans voiture"

Soixante-treize députés UMP ont écrit, lundi 23 mai, au premier ministre, François Fillon, pour lui faire part de "la profonde exaspération" exprimée par des "milliers" d'électeurs face aux nouvelles mesures de sécurité routière

peut-on lire dans un article dans Le Monde écrit avec l'AFP.

"A l'heure où les yeux du monde sont braqués sur l'ancien directeur général du FMI, les Français semblent de plus en plus agacés du comportement de leurs élites et notamment des politiques", déclarent-ils dans ce courrier à l'instigation du député des Bouches-du-Rhône Richard Mallié.

LES FRANÇAIS "AGACÉS DU COMPORTEMENT DE LEURS ÉLITES"

"En l'espace de quelques jours, les milliers de courriels que nous avons reçus pour condamner les décisions" du comité interministériel sur la sécurité routière du 11 mai "en sont la preuve flagrante". "Nous insistons sur le fait qu'il ne s'agit pas d'une simple 'mauvaise humeur' passagère mais bien d'une profonde exaspération", mettent en garde les signataires. …

Si l'augmentation depuis le début de l'année du nombre de morts sur la route est "dramatique", "ne cédons pas aux sirènes des ayatollahs qui souhaiteraient, à les écouter, un monde sans voiture", plaident-ils, en espérant que M. Fillon étudiera avec "bienveillance" ces "remarques".

"ABSENCE TOTALE DE CONCERTATION"

"Si nous partageons votre ambition quant au traitement attentif des problèmes de sécurité routière, nous regrettons l'absence totale de concertation qui a précédé ce comité interministériel. De plus, nous estimons que d'autres mesures sont plus urgentes à prendre afin d'améliorer la sécurité routière, mesures qui ne seraient d'ailleurs pas davantage populaires", ajoutent les soixante-treize députés.


2011/05/23

DSK's Arrest Is Akin to French Socialists' "September 11", One Leftist Leader Says


Refusing as usual to see any tragedy involving Americans (or capitalists) as …tragic, while magnifying every one of their own (alleged) misfortunes — as well as any adversity occurring anywhere, so long as it is allegedly the result of misdeeds committed by clueless Americans and/or by evil capitalists — one Frenchman, a leader of DSK's fellow socialists, calls Dominique Strausss-Kahn's arrest and downfall the equivalent of September 11, Patrick Roger reports in Le Monde.
Pour les députés socialistes, c'est comme si le ciel leur était tombé sur la tête. « C'est notre 11 septembre [2001] à nous », confie un responsable du groupe. Tous sont totalement abattus.
This follows a tradition in France and Europe — especially among commentators, intellectuals, and cartoonists — of trivializing 9-11 and making inappropriate references about 911

And in this case, the false analogy leads one Le Monde reader to react:
Le 11 septembre 2001 : 3 000 morts ce jour-là, et innombrablement plus par la suite (Afghanistan, Irak...). L'affaire Strauss-Kahn : une victime certainement, et peut-être deux, car quelle que soit l'issue du procès, la carrière politique du directeur général du FMI semble singulièrement compromise. En tout état de cause, zéro mort. Le responsable du groupe socialiste à l'Assemblée nationale qui a cru bon d'affirmer que l'affaire Strauss-Kahn, " c'est notre 11-Septembre à nous ", manque du sens des mots, du sens de la mesure et du sens de la pudeur, tout simplement.

Edouard Reichenbach
Antony (Hauts-de-Seine)

2011/05/22

Finkielkraut : J'ai essayé d'explorer ce concept de "modération" auquel la politique nous avait habitués à donner une définition très pauvre

"L'esprit du roman, c'est la sagesse de l'incertitude" : voilà le titre de l'entretien de Jean Birnbaum avec Alain Finkielkraut dans Le Monde.

Pour penser les désastres du XXe siècle, vous mobilisez à part égale des philosophes (Hannah Arendt ou Jan Patocka) et des écrivains (Thomas Mann ou Vassili Grossman). Quelle aura été la leçon spécifique de la littérature pour ceux qui tentent de penser le phénomène totalitaire ?

Pour moi, ce n'est pas Soljenitsyne qui a joué un rôle fondamental. Le prophète qu'il était devenu m'a longtemps dissimulé le romancier, et je n'ai découvert ce dernier que tout récemment, quand j'étais malade, en lisant Le Pavillon des cancéreux puis Le Premier Cercle, deux livres prodigieux. Mais dans les années 1960/70, l'écrivain majeur, ce fut Kundera. D'abord avec La Plaisanterie que j'ai lu en 1968, sans pouvoir à l'époque me dégager du gauchisme, mais prenant acte de la réalité communiste. Et puis je me souviens de cette préface à Miracle en Bohème, de Josef Skvorecky, où Kundera faisait une comparaison entre Mai 68 et le Printemps de Prague, entre l'explosion de lyrisme révolutionnaire, dans un cas, et la "révolte populaire des modérés", dans l'autre. Depuis lors, j'ai essayé d'explorer ce concept de "modération" auquel la politique nous avait habitués à donner une définition très pauvre : la modération, c'est le centrisme, le centrisme ce sont les compromis, voire les compromissions. Or la modération nous renvoie à tout autre chose, et là on retrouve la littérature, l'esprit du roman, c'est-à-dire la sagesse de l'incertitude, la distance à soi, l'ironie comme auto-ironie. Après Kundera, sur ce terrain-là, j'ai relu Camus. Le démocrate est modeste, il sait qu'il ne sait pas tout et qu'il a besoin des autres pour enrichir sa pensée, fût-ce en la réfutant. Tout d'un coup s'impose cette notion de modestie, de finitude, qui est essentielle parce que, dans la tentation totalitaire, il y a l'idée non seulement d'un savoir absolu, mais aussi d'une identification avec le Bien. Ici, un autre nom me vient pour compléter cette pléiade : Paul-Louis Landsberg. En 1937, ce philosophe aujourd'hui oublié définissait l'engagement comme la décision pour une cause imparfaite. Voilà : ne pas tirer prétexte de l'incertitude pour se désengager mais en même temps préserver, par la conscience de l'imperfection, la fidélité à la cause que l'on défend de tout fanatisme.

Vous avez beau affirmer que la littérature est gardienne de la nuance, quand vous intervenez dans le débat public, vous ne faites pas toujours dans la nuance... Comment expliquez-vous vos propres outrances, vos infidélités à l'égard de la littérature ?

L'indignation est une muse dangereuse, elle peut dicter des phrases simplistes et violentes. Je ne suis certes pas immunisé contre cette tentation. Voilà pourquoi je ne fais aucune confiance à ma spontanéité : je prépare chaque intervention radiophonique ou télévisée comme un grand oral et je demande à relire tous mes entretiens dans les journaux. C'est pour une interview non relue que j'ai été l'objet, en novembre 2005, d'un lynchage médiatique dont les effets se feront sentir longtemps encore. Mes idées ne me viennent pas immédiatement à l'idée : il me faut du temps, des tâtonnements et des ratures. Mais la nuance ne doit pas non plus devenir un slogan. Il peut arriver que la situation historique soit manichéenne. Il y a aussi des scandales. On ne peut pas vivre toujours sur le modèle du scandale et de l'affaire Dreyfus, mais enfin, l'affaire Dreyfus a existé !

"En France, depuis Villon, le salut pour les vauriens c'est la littérature, et une grande oeuvre rachète tous les crimes", écriviez-vous en 1980 dans Le Juif imaginaire (Seuil). Ces lignes permettent-elles d'éclairer ce qui demeure un mystère pour beaucoup de vos lecteurs, à savoir votre fidélité envers l'écrivain Renaud Camus ?

Je ne pense pas que l'ignominie puisse être rachetée par un beau style. Je n'ai aucune fidélité à l'égard de quelqu'un comme Brasillach. Pour moi, la littérature ce n'est pas le style, ou du moins le style importe-t-il d'abord comme dévoilement du monde. Renaud Camus n'a commis aucun crime et dans Du sens (POL, 2002), il a fait minutieusement justice des accusations proférées contre lui. Mais ses ennemis n'ont pas désarmé. Ils ne se sont pas même donné la peine de lire ce livre. Peu leur importe la vérité. Peu leur importe les oeuvres. Ce qu'ils veulent, c'est pouvoir se mobiliser encore et toujours contre la "Bête immonde". Je suis redevable, en autres choses, à Renaud Camus, de cette magnifique définition : "La littérature, c'est le reste des opérations comptables du réel." J'aimerais que ceux qui sont idéologiquement hostiles à Renaud Camus reconnaissent au moins sa valeur d'écrivain. Je vous le dis, si cela ne se fait pas, c'est parce qu'en France l'amour de la littérature s'est perdu.

2011/05/21

Un (premier) martyr dans la lutte contre la répression de plus en plus impitoyable contre les automobilistes ?!

Est-ce qu'on peut dire que la lutte contre "une répression de plus en plus impitoyable" contre les automobilistes aurait besoin de martyrs ? Ce serait tragique, mais si c'est le cas, Stanley Bargas pourrait être le premier d'entre eux…
…vers 13 heures, un motard a été grièvement blessé sur la route départementale 905 … le pilote du deux roues, qui circulait en direction d’Auxonne, aurait été déstabilisé lors d’une manœuvre de freinage à hauteur du radar fixe …
En effet, la lutte contre la vitesse, et le matraquage des conducteurs qui s'ensuit, ignore les accidents que causent les radars. Durant une réunion du groupe UMP de l'Assemblée nationale, plusieurs "élus se sont élevés pour se faire [le porte-parole des automobilistes] et fustiger les « mesures des technocrates parisiens » ainsi que l'« absence de concertation » qui avait présidé à leur adoption", explique Patrick Roger dans Le Monde.
« Vous ne savez plus quoi inventer », s'est plaint Yves Albarello, élu de Seine-et-Marne, pour qui les images télévisées des premiers panneaux démontés ont eu un effet « désastreux ». « Pendant tout le week-end je me suis fait insulter », a relaté l'élu de Seine-et-Marne.

…Chacune de ces interventions a été ponctuée par une salve d'applaudissements, pendant que M. Fillon, à la tribune, rongeait son frein sans dissimuler son exaspération.
Jeanne Bourdillon réalise une interview de Jean-Luc Nobleaux (auteur du livre Radars, le grand mensonge) pour le compte de Riposte Laïque. On se demande si on n'est pas forcé d'être d'accord avec l'un de leurs éditeurs quand celui-ci s'exprime ainsi (mettant en garde contre une prise du pouvoir possible du Front National — quand son leader, Marine Le Pen, semble être l'une des seules à défendre les automobilistes — si les autres partis ne commencent pas à prendre en compte la légitime exaspération vis-à-vis de la répression outrancière contre des citoyens honnêtes) :
Je suis héberlué que la férocité de cette agression que subissent les automobilistes – dont je suis – depuis sept ans ne soient condamnée que par de rares hommes politiques … et surtout totalement occultée par la gauche, alors que ce sont les classes populaires qui en sont les principales victimes.

[Dans un stage de rattrapage, Paul a] rencontré la réalité d’une France maltraitée, des commerciaux, des artisans, des livreurs, des entrepreneurs, des salariés, qui avaient besoin de leur voiture pour gagner leur vie. Ils racontaient les circonstances dans lesquelles ils avaient perdu 5, 6, 7, 8 ou 10 points, et leur angoisse de perdre leur travail. Un livreur, qui venait de se mettre à son compte, avait dû travailler toute la nuit, entre le premier jour et le deuxième, pour assurer le travail qu’il n’avait pu accomplir, pour cause de stage. [On peut assumer que ce monsieur a dû être très vigilant au volant le second jour — ni les jours qui ont suivi !] Je peux donc dire, sans exagérer, que je dois en être à pas loin de 1.000 euros qui ont quitté ma poche, pour enrichir l’Etat, sans que je n’ai, une seule fois, eu l’impression de mettre la vie d’autrui en danger.

Ce scandale n’a jamais ému les représentants de la gauche, dont on croyait que le travail consistait à protéger les classes populaires et le monde du travail. … Il est cocasse de constater la pugnacité de cette gauche à défendre son idole déchue, DSK, et son indifférence devant le sort de millions de Français, victimes de la politique répressive de Sarkozy et de ses radars. Preuve encore une fois, s’il le fallait, qu’ils ne sont que les deux faces d’un même miroir.

Quant à Jean-Luc Nobleaux, qui vient "d’une famille fortement ancrée à gauche", il se déclare être "le premier sidéré par cette incroyable désertion du terrain, de la part du PS notamment", et par le fait que (pour citer Jeanne Bourdillon) "depuis des années, la seule force politique qui paraisse défendre les automobilistes soit le Front national". L'auteur du livre Radars : le grand mensonge s'exprime ainsi :
Le verbalisé paie à tous les étages pour sauver ou récupérer son permis. Et c’est aussi un moyen pour le gouvernement de faire profiter les « acteurs de la route » du fantastique pactole généré par le mitraillage des radars. Auto-écoles, Prévention routière, Automobiles clubs, etc. tous s’engraissent grâce aux stages de récupérations de points, ce qui dissout en même temps une bonne partie de la contestation éventuelle.

…Cette sur-répression engendre une sur-délinquance : conduite sans permis, fausses plaques, trafic de points ou de papiers, délits de fuite, mais aussi insolences ou agressions envers les forces de l’ordre. Car le policier de base est désormais méprisé ; devenu auxiliaire fiscal, il est détourné de sa mission première, la protection du citoyen. La conséquence la plus grave de cette mobilisation des FDO sur le bord des routes (avec quotas de PV à remplir) est la flambée parallèle de l’insécurité, réelle celle-ci. Les policiers ne peuvent être partout, d’autant qu’on réduit leurs effectifs. Quant on aperçoit 4 pandores occupés à traquer les automobilistes à la jumelle à l’entrée de Corbeil-Essonnes, alors que ces mêmes pandores sont interdits de séjour par des petits caïds de 18 piges dans la fameuse cité des Tarterêts juste derrière, on ne peut qu’être estomaqué par la façon dont fonctionne notre République.

2011/05/20

Après l'affaire Enron, la justice américaine voulait montrer que nul n'est au-dessus des lois, quels que soient sa fortune ou son nom

Certaines associations ont protesté contre une pratique qui va à l'encontre de la présomption d'innocence, estimant contradictoire que l'accusé ait le droit de se taire (en vertu du 5e amendement) mais pas d'interdire que son image soit utilisée contre lui, avant même qu'il ait comparu devant un jury.
Pourtant, explique Corine Lesnes dans Le Monde, le traitement réservé à Dominique Strauss-Kahn est habituel dans les procès américains.
Mais les tribunaux ont autorisé les perp walk à condition qu'elles servent un but légitime : dissuader d'éventuels criminels ou éduquer sur le travail des forces de l'ordre.

…Après l'affaire Enron, la justice voulait montrer que nul n'est au-dessus des lois, quels que soient sa fortune ou son nom. Il arrive aussi que les procureurs proposent de surseoir au perp walk si le suspect accepte de coopérer. Le prévenu décide de se livrer et il arrive au palais de justice de son plein gré.
En outre, continue Corine Lesnes dans Le Monde, depuis l'affaire Polanski, les Américains se méfient de la justice française :

« Imaginez le cirque juridique, médiatique et diplomatique si Strauss-Kahn avait réussi à retourner en France, qui, comme on le sait depuis l'affaire Polanski refuse d'extrader ses ressortissants », écrit Richard Brody, éditeur au journal New Yorker. « Voilà un pays qui, après tout, a accueilli à bras ouverts Roman Polanski quand il s'est enfui après avoir plaidé coupable de viol de mineure en Californie », ajoute Philip Gourevitch, du même magazine.

La France est jugée complaisante pour ce qui est des scandales de moeurs. Et la justice - des non-lieux contre les hommes politiques à la remise en liberté du chanteur Bernard Cantat - n'inspire pas une confiance absolue. « On peut se demander si nous aurions même eu vent des accusations contre DSK si les faits s'étaient déroulés à Paris. Les pressions qui auraient été exercées sur une immigrée africaine et mère célibataire s'efforçant de joindre les deux bouts l'auraient convaincue qu'il était dans son intérêt de se taire », écrit Judah Grunstein sur le blog World Politics Review.

« Ce que les Américains nous disent c'est : vous les Français, vous êtes coulants avec les puissants, explique le juriste de Washington. En ce moment, ils nous donnent une leçon de justice. »

2011/05/19

Le Monde Magazine's Cover Article on Picasso Lauds the Painter's Communist Convictions and His Far Left Contacts

In his cover article on Pablo Picasso, Michel Guerrin manages to plunge us back into the 1950s love affair with communism, lauding the Communist painter to the heavens for his "generosity" with his "political gifts" for fellow communists, all the while conspicuously avoiding any mention (or study) of over half a century of history — for instance the 1990s opening of the Soviet archives and the disclosure of the Verona program, not to mention the tens of millions of citizens murdered under the likes of Stalin and Mao.

Thus we have the Rosenbergs as "martyrs of McCarthyism" while Michel Guerrin is in awe of Picasso's (communist) convictions and waxes poetic about his "political gifts" which form "another major chapter of the painter's generosity". Meanwhile, his support for a communist periodical is one "the most emotional aspects of his generosity" (the editor and the painter "go swimming together" and they "remain friends until Picasso's death"):
Les cadeaux politiques sont un autre gros chapitre de la générosité du peintre, qui est resté jusqu'à sa mort membre du Parti communiste. Il donne au Parti, à sa presse, au Mouvement pour la paix, dessine pour les époux Rosenberg, martyrs du maccartisme …

Le soutien de Picasso au journal communiste Le Patriote, à Nice, de 1957 à 1967, est un des aspects les plus émouvants de la générosité. … Il le fait par conviction communiste.

2011/05/18

"Le racket, ça suffit!" "Les Français en ont assez d'un système de sanction automatique, impersonnel voire sadique"

Une semaine après avoir appris que la répression culpabilisatrice des automobilistes s'empire , un article dans Le Monde faisant savoir que le gouvernement ne reculerait plus en matière de "sécurité routière" (sic) témoigne ainsi des réactions dans les rangs de la majorité :
Excédés, de nombreux députés UMP présents à la réunion de mercredi ont quitté la salle. "Les Français en ont assez d'un système de sanction automatique, impersonnel voire sadique", tempête Jacques Myard, député UMP des Yvelines, qui reste convaincu de pouvoir faire reculer le gouvernement. "Ça ne nous convient pas ! Nous n'en resterons pas là", a prévenu Alfred Trassy-Paillogues, député UMP de Seine-Maritime en promettant des "actions". "Le racket, ça suffit!", a lancé Bernard Depierre, député UMP de Côte-d'Or.

"On est foutus ! Vos mesures, c'est une catastrophe électorale. Avec ça, on a perdu les élections", a lâché Jean Auclair, député UMP de la Creuse, au cours de la réunion…

Sarkozy et les intellectuels : la rupture

Au cours de la campagne pour l'élection présidentielle de 2007, quelques-uns parmi les plus médiatiques des intellectuels dits "de gauche", ayant en commun la rupture avec le marxisme, l'attention aux dissidents de l'ancien bloc communiste, la dénonciation des totalitarismes, le désir d'une France active contre les dictatures et les massacres, se ralliaient plus ou moins explicitement à ce candidat de droite atypique.
Ainsi commence le papier de Marion Van Renterghem dans Le Monde sur le "petit groupe informel d'intellectuels de gauche qui, en 2007, avaient affiché ou laissé entendre leur sympathie politique pour le candidat [Nicolas] Sarkozy, [et qui] partage aujourd'hui un autre point commun : de diverses manières et à différents degrés, le président les a déçus."
Nicolas Sarkozy, contre toute attente, parlait soudain leur langage. Il promettait "la rupture" avec les vieilleries idéologiques comme avec une diplomatie française mâtinée d'antiaméricanisme, mécaniquement critique d'Israël, en empathie avec les régimes arabes, complaisante avec la Russie nationaliste, insouciante des droits de l'homme au nom de la Realpolitik. …

Le plus sarkozyste des intellos de gauche [André Glucksmann persifle qu'à l'époque de son premier soutien à Sarkozy, il passait "en procès devant le comité central des anciens de 68"] est aujourd'hui le premier à se rétracter. Dans son nouveau livre, La République, la pantoufle et les petits lapins (éd. Desclée de Brouwer, 150 p., 17,90 euros), André Glucksmann revendique l'athéisme en politique : liberté d'approuver, liberté de contester. "Voter n'est pas entrer en religion", avait-il prévenu dans sa tribune du Monde.

Il s'adresse dans son livre, sarcastique, aux "croyants" de gauche, tranquillisés par le culte de Mitterrand et leur appropriation du meilleur de l'Histoire : "Main basse sur l'affaire Dreyfus, le Front populaire, la Résistance, l'anticolonialisme, tant de prestiges monopolisés panthéonisent votre parti à l'abri de tout soupçon."

Il ironise sur la droite, sa "suffisance décontractée" de l'après-de-Gaulle, ses "humeurs intermittentes, européennes, antieuropéennes, nationales, libérales, étatistes, mondialistes" pour qui "les références historiques vont et viennent, réformistes ou révolutionnaires par ci, bonapartistes, légitimistes ou orléanistes par là." Vous avez la foi ? demande Glucksmann aux uns et aux autres. "Moi pas."

Ni repentance ni regrets, donc. Mais une déception. Nicolas Sarkozy, qu'il avait convaincu d'instituer un secrétariat d'Etat aux droits de l'homme, confié à Rama Yade, n'a pas tardé à le dissoudre après avoir reçu pompeusement le colonel Kadhafi à Paris. Le président qui, imaginait le philosophe, aurait pu épouser sa grande cause du moment (la Tchétchénie), a certes accordé "des centaines de visas aux Tchétchènes", mais n'a pas résisté au réalisme politique et à Vladimir Poutine.

En novembre 2009, le projet de vente de navires de guerre Mistral par la France à la Russie est, pour Glucksmann, un premier désenchantement : "Fournissant à Poutine les armes d'un débarquement rapide en Géorgie, en Crimée, voire dans les pays baltes, notre message est clair : allez-y !", lance-t-il au chef de l'Etat français et à son vieil ami et ministre des affaires étrangères, l'ancien médecin humanitaire Bernard Kouchner. Qu'est devenu, se demande-t-il, ce président si fermement opposé à "une Realpolitik qui brade nos principes d'humanité pour d'hypothétiques contrats" ?

… Le "sarkozysme de gauche" venait en effet de germer autour du Meilleur des mondes, une revue ainsi baptisée par Alain Finkielkraut en hommage à Aldous Huxley et à l'anti-utopisme. La revue, elle-même issue du Cercle de l'oratoire, le think tank de Michel Taubmann, naît au printemps 2006 chez Denoël. "Finky", qui n'aime pas les bandes, s'en éloigne vite. Les signataires se réclament des grands apostats comme l'écrivain hongrois Arthur Koestler, capable d'avoir rompu avec l'idéal stalinien de sa jeunesse.

La revue Meilleur des mondes est d'esprit orwellien (antitotalitaire) et néoconservateur : atlantiste, s'alarmant des manifestations mêlant l'extrême gauche et les militants islamistes, pointant le danger d'un "fascisme vert" et favorable, après les attentats du 11 septembre 2001, à l'intervention armée en Afghanistan. Sur la pertinence de la guerre en Irak (défendue par Glucksmann, Goupil, Bruckner, Kouchner ou Taguieff, contestée par Finkielkraut ou Olivier Rolin), les contributeurs sont divisés. Sur le candidat Sarkozy aussi.

"La revue a suscité tout de suite la haine, raconte Olivier Rubinstein, directeur des éditions Denoël. On nous a étiquetés néoréacs." Le deuxième numéro, à l'automne 2006, n'y est pas pour rien : l'entretien avec le socialiste Dominique Strauss-Kahn passe inaperçu mais celui avec le ministre de l'intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, range définitivement Le Meilleur des mondes du côté des traîtres à la gauche.

Ils étaient revenus emballés de la place Beauvau. "Ce mec est formidable !", ont commenté en sortant les intervieweurs (Bruckner, Glucksmann, Michaël Prazan et Yasmina Reza). "Sarko avait admirablement réussi à dire tout ce qu'on voulait entendre", raconte Pascal Bruckner, le recul aidant.

Sur la situation au Proche-Orient, la crise avec l'Iran, le blocage de l'Europe, le candidat leur vend la politique internationale de leurs rêves, en rupture radicale avec la diplomatie chiraquienne. La Russie ? On peut signer des contrats et lui demander de s'expliquer sur la Tchétchénie. L'Amérique ? Une alliée. Israël ? Une démocratie et un pays francophone. L'Afrique ? Il faut en finir avec la vision postcoloniale de la France. Les droits de l'homme ? "La France doit porter des valeurs universelles, et les faire vivre", assurait le candidat.

Romain Goupil voyait venir d'un mauvais oeil le sarkozysme rampant de ses amis. …
L'antisarkozysme frénétique, en revanche, est de nature à susciter de la part de ces intellectuels un regain de solidarité pour le président de la République. "La violence grégaire de l'antisarkozysme me rendrait sarkozyste, dit Alain Finkielkraut, d'autant que dans le domaine de l'école ou de la sécurité, ce que la gauche propose est purement démagogique."

Pour Pierre-André Taguieff, "le discours haineux contre Sarkozy est devenu un genre littéraire dans le monde journalistique et militant. Je ne vois que deux exemples comparables : le discours anti-Blum, et le discours anti-Mendès France. Je ne réduis pas l'antisarkozysme à la judéophobie, mais il y a un fond d'antisémitisme dans cette violence contre lui."

"Sarkozy a rendu la gauche folle, renchérit Pascal Bruckner. Cette haine démesurée contre lui est la seule chose qui continue à me rendre indulgent. Il est devenu la poupée vaudou de la France. Il va nous manquer : qui va-t-on haïr ?"

2011/05/17

Selon Thierry Meyssan, la CIA en veut à sa vie ; mais il ne croit pas une seconde que l'Amérique vient de tuer Ben Laden

[En Syrie] ce n'est pas Bachar Al-Assad qui fait tirer sur la foule. [Thierry] Meyssan se demande si ces miliciens en voiture ne seraient pas plutôt des Américains . Il en est persuadé : la CIA en veut à sa vie. Mais ne croit pas une seconde que l'Amérique vient de tuer Ben Laden.
Voilà le genre de choses qu'on apprend sur Thierry Meyssan, grâce à la chronique de Caroline Fourest dans Le Monde, Ben Laden chez Elvis. Mais il y a plus — bien plus :
Grâce à son livre [L'Effroyable Imposture (Carnot), dont la couverture proclame : « Aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone ! »], Thierry Meyssan a connu une carrière internationale fulgurante. L'homme ne sait plus où donner de la tête, entre les invitations de son ami Hugo Chavez, les réceptions dans les ambassades iraniennes, les contacts avec la Chine, ses voyages en Syrie et surtout son nouveau job : conseiller en communication du Hezbollah à Beyrouth.

Drôle de trajectoire tout de même. Dans les années 1990, le même homme défendait la laïcité et la liberté d'expression contre l'intégrisme. A l'époque, il militait au Parti radical de gauche, au sein d'associations gays et se revendiquait franc-maçon. La gauche laïque raffolait de ses "billets" sur l'extrême droite catholique, bien que souvent faux ou romancés. Le Réseau Voltaire, sa petite agence d'information, prenait la suite du Projet Ornicar, une association défendant la liberté sexuelle contre la censure et l'ordre moral.

Etonnante reconversion, déjà, puisque Meyssan avait milité dans sa jeunesse au Renouveau charismatique, un mouvement moraliste inspiré du pentecôtisme américain. A l'en croire, son mariage avait même été "annulé" par l'Eglise pour homosexualité. Désormais, le voilà aux côtés des gardiens de la Révolution islamique, qui pend les homosexuels. Qui peut encore le croire ?

Véritable Picasso du conspirationnisme, Meyssan n'a cessé de changer de style et de versions pour vendre ses complots en kit, selon ses inspirations et la tête du client. Longtemps, la marotte du Réseau Voltaire fut l'Opus Dei. Puis ce fut l'ère du grand « complot mitterrandien », qu'il voyait partout. Y compris derrière le DPS, le service d'ordre du Front national ! La preuve ? Son chef de l'époque, Bernard Courcelle, avait travaillé au musée d'Orsay... où travaillait également Anne Pingeot, la maîtresse cachée de Mitterrand. Mais c'est bien sûr !

Depuis, notre Sherlock Holmes a trouvé une « machine à fantasmes » qui se vend bien mieux, surtout à l'international : la CIA. D'après le Réseau Voltaire, c'est elle qui a orchestré le 11-Septembre, mais aussi la prise d'otages de Beslan (Ossétie du Nord). Elle encore qui manipule le « printemps arabe ». Les Arabes ne sont déjà pas capables de détourner des avions, alors penser une révolution...
Dans le même état d'esprit, la chronique suivante de Caroline Fourest dans Le Monde évoquerait les "dernières théories" de Jean-Marie Le Pen :
Ben Laden d'abord. "Je trouve que tout ça est très suspect, pour ne rien vous cacher." Le voilà lancé : "Je sais que les Américains ont l'habitude systématique de créer eux-mêmes les événements dont ils ont besoin pour déclencher leurs opérations. Ce n'est pas la première fois. Beaucoup de choses me paraissent suspectes." Mais encore ? "Dans ce domaine, je crois les Américains capables de tout. Par conséquent, je ne sais même pas si Ben Laden était vivant ou mort. Beaucoup de gens affirment qu'il était mort depuis longtemps."

Une théorie, effectivement relayée par le Réseau Voltaire, qui jadis disait n'importe quoi sur le Front national. Les grands esprits se rencontrent.

Et le 11-Septembre ? Le Pen en doute, vous vous en doutez... "Ecoutez, quand un troisième immeuble qui n'est pas touché par un avion s'effondre tout seul, je me dis qu'on a dû l'aider. Quand je vois des avions qui touchent un étage et que ça provoque l'effondrement de l'immeuble, ça me paraît bizarre aussi. Et il y a d'autres choses qui me paraissent bizarres..." Par exemple ? "Je tiens que Pearl Harbor est un coup monté." Sur quelles bases ? "Tout le monde le sait." Dans ce cas... Suit toute une hypothèse historique passionnante, mais sans la moindre preuve. Inutile, puisque les Américains sont "capables de tout"

Tout est à l'avenant. Rien n'est surprenant. Jean-Marie Le Pen a soutenu Saddam Hussein au moment de la guerre du Golfe, puis Ahmadinejad dans sa quête de l'arme atomique, mais il ne soutiendra pas les rebelles de Benghazi : "Tous islamistes."

2011/05/16

Bin Laden Depicted as "an Arab Clint Eastwood" and "a Muslim Robin Hood" Who Met His End at His "Fort Apache" Compound

Following Plantu's cartoon of Osama Bin Laden as the hapless victim of a brutal execution, you will be happy to learn that France's premier daily devotes 2/5 of an entire page in the daily to a conspiracy monger who calls the execution of Bin Laden "a perfect crime" (the title of Christian Salmon's column in Le Monde). (The rest of the page is devoted to an odd cartoon as well as to a piece by Adam Thirlwell praising Che Guevara's influence on the Arab Spring revolts…)

While his criticism of the White House's incompetence regarding the narrative of the Abbottabad operation has much to commend it, Christian Salmon suggests it is reminiscent of the odd "official version of the [2001] attack on the World Trade Center" (sigh), invokes the philosophy of Jean Baudrillard, and goes on to refer to Bin Laden as "an Arab Clint Eastwood" and "a Muslim Robin Hood" who "claims to be avenging the suffering of the Palestinian people". The founder of the Parlement international des Écrivains (International Parliament of Writers or IPW) then serves us the old canard of moral relativism that America's enemy and America itself are equally at fault.

Drawing his imagery from Hollywood films, and — explicitly — from Hollywood westerns, CNRS member Salmon claims the terrorism script was indeed written by teh Al Qaeda honcho but with the help of the United States. Bin Laden is a "solitary hero", we learn, one "who appears and disappears at will," "defying the world's superpower" in the process. "Geronimo" was finally bagged, it seems (didn't Salmon just put the White House's entire story in doubt?!), during the final attack on his "Fort Apache" compound in Abbottabad.

The Al Qaeda leader represents "the figure of the vigilante" who "draws on the stereotypes of the Hollywood western, a legend or a myth that Bin Laden could never have created without the help of the United States, who participated in the production, in the staging, and in the broadcasting of the legend."

(To their credit, a number of Le Monde readers mention mental masturbation and/or wonder what fishy stuff Salmon has been smoking…)
Depuis le 11-Septembre, Ben Laden incarne ce héros solitaire, qui apparaît et disparaît à sa guise, narguant la plus grande puissance mondiale, un Clint Eastwood arabe, un Robin des bois musulman qui prétend venger les souffrances du peuple palestinien. C'est la figure du justicier qui puise aux stéréotypes du western hollywoodien, une légende ou un mythe que Ben Laden n'aurait jamais pu créer sans l'aide des Etats-Unis, qui ont participé à la production, à la mise en scène et à la diffusion de cette légende ; de George W. Bush, lançant la traque de Ben Laden par un avis de recherche "mort ou vif" comme dans les westerns, jusqu'au choix malheureux du nom de code de l'opération, "Geronimo", pour désigner la charge finale contre le fort Apache de Ben Laden, le compound d'Abbottabad.

2011/05/15

FN : un Etat fort et interventionniste ainsi que le refus du libre-échange

Le programme du Front National est
un mélange de poujadisme, d'étatisme et de refus du libre-échange
apprend-t'on de la part de Abel Mestre dans Le Monde.
Apparaît ainsi un Etat fort et interventionniste qui peut "engager certaines dépenses publiques pour redresser le pouvoir d'achat".
Un jour plus tôt, Le Monde et l'AFP avaient résumé le programme de la dirigeante du FN ainsi :
"Capitalisme populaire" et suppression des stock-options, possible encadrement des prix alimentaires, baisse de la taxe pétrolière …

Encore une façon de dire que (mis à part la baisse de la taxe pétrolière ou d'un quelconque impôt quel qu'il soit) les membres — et l'idéologie — de l'extrême droite (française ou européenne) n'ont rien à voir avec les Tea Partiers ou les membres du Republican Party américain, voire tout simplement des habitants de l'Amérique profonde (qui eux prônent plutôt la devise Don't Tread on Me ou Laissez-moi (-nous) tranquille(s)) — surtout lorsqu'on se rend compte que parmi les économistes cités par Marine Le Pen s'en trouve un (Thomas Piketty) qui est "proche du PS".
Pour séduire les "classes moyennes déclassées " et les classes populaires qui ont le sentiment que les salaires ne progressent plus, elle préconise non seulement l'interdiction des stock-options, des parachutes dorés et des retraites chapeaux, mais aussi l'essor d'un "capitalisme populaire".
Mise à jour :
Jean-Marie Le Pen [a] appelé les jeunes à "se prendre en main", qu'ils "ne comptent pas sur l'aide de l'Etat ou des parents en s'inspirant de l'exemple de Jeanne". Il fait ainsi entendre un petite musique qui diffère du discours de Mme Le Pen, dans lequel le recours à l'Etat est souvent présenté comme une solution.

2011/05/12

Bernard Squarcini : "La France est la cible n° 2 d'Al-Qaida"

Dans une interview avec Yves Bordenave et Rémy Ourdan dans Le Monde, Bernard Squarcini (le chef de la direction centrale du renseignement intérieur ou la DCRI) confirme que "la France [est] la cible n° 2 d'Al-Qaida."

Ce qui a de quoi diluer quelque peu les déclarations auto-congratulatoires pendant les années Bush comme quoi les Français ne seraient pas inquiétés par des attentats islamistes (contrairement aux lignes aériennes américaines, prétendait-on, des compagnies comme Air France ne seraient jamais inquiétés), vu le refus de Jacques Chirac de se joindre à la guerre contre Saddam Hussein et vu la popularité de la France (et de la lucidité des Français) auprès des populations arabes et musulmanes qui s'ensuivrait inexorablement…
…la menace principale pour la France est Al-Qaida au Maghreb islamique [AQMI]. Il y a une proximité géographique, une histoire coloniale passée, et il y a ces allées et venues et ces liens familiaux entre des gens en France et d'autres dans les pays du Maghreb et du Sahel. Il y a aussi une progression qualitative d'AQMI, et la France est en tête des pays menacés.

Ça se confirme avec la tentative d'attentat contre notre ambassade à Nouakchott [Mauritanie] : 1,7 tonne d'explosifs. Manifestement, ils ont un peu la haine. Depuis qu'elle a fait allégeance à Al-Qaida, AQMI a décuplé ses activités. …

S'il n'y a pas d'éléments nouveaux [de nouvelles menaces spécifiques contre la France], pourquoi le ministre de l'intérieur, Claude Guéant, a-t-il déclaré que la France "craint des représailles" ?

Depuis un moment, les communiqués de Ben Laden, de Zawahiri et d'AQMI nous ciblent de plus en plus. On le prend en compte. Les Américains sont la cible n° 1 et la France la cible n° 2 d'Al-Qaida.