2004/12/03

"Une idéologie prétendument libératrice et humaniste mais ne supportant ni les contradictions ni les réalité"

Les Français veulent savoir qui ils sont, où ils vont. Mais ni la droite ni la gauche, trop occupées d'elles-mêmes, ne peuvent répondre. … Aucune réforme sérieuse ne se fera sans une parole préalablement libérée.

Il suffit d'écouter ses voisins pour comprendre à quel point le discours politique, engoncé dans ses cols durs, est le plus souvent en décalage avec les préoccupations du peuple. Les récitations citoyennes, imposées par une idéologie prétendument libératrice et humaniste mais ne supportant ni les contradictions ni les réalités, ont rangé le parler vrai parmi les actes de dissidence. L'expression démocratique de la critique est considérée comme une transgression. Consternant constat

peut-on lire dans le Bloc-notes d'Ivan Rioufol, qui évoque aussi "l'insouciance", la "glaciation de la pensée", les "débats actuellement confisqués", "les imprécations des doctrinaires", "un unanimisme soviétique et maquilleur de faits", et "la même parole rationnée et labellisée qui est servie majoritairement par le monde de la politique et des médias". Et à Rioufol d'encourager une "oeuvre de réhabilitation de la raison et du bon sens". Il continue :
Tout problème doit être posé et chiffré avant d'être résolu. Or, concernant l'avenir de la France, nombre d'entre eux demeurent inabordables.
Parmi ceux-ci, il y a
l'angélique Union européenne. C'est elle qui est à la source de ces scandaleux rapprochements qui, au prétexte sympathique de faire se rencontrer des cultures, les incitent à se détester.

2004/12/02

Tocqueville sur «l'esprit français» et Marc Bloch sur «la paresse de savoir» "qui a tant desservi la France dans le passé"

Ezra Suleiman sur la crise entre Washington et l'Europe (ce qui est souligné en gras l'est par moi):
… L'Administration Bush a poussé très loin son mépris pour ses alliés traditionnels, et cette «politique» s'est révélée contreproductive. L'Amérique, qui a longtemps souhaité l'engagement concret de ses alliés, a fini par rejeter ceux dont elle avait besoin. Mais il me semble également qu'il serait peu honnête et aussi contreproductif pour les Européens de prétendre qu'ils n'y sont pour rien.

…La cause principale de cette situation est-elle l'aveuglement des Américains ? Ou les Européens y sont-ils pour quelque chose ? … l'Europe se trompe en se considérant comme un spectateur innocent voué à subir les décisions du géant.

Quand l'Europe a-t-elle pris la dernière fois l'initiative d'une action importante ? Pourquoi attend-elle toujours l'Amérique pour montrer le chemin ? Ce n'est peut-être pas l'image que l'Europe se fait d'elle-même. Mais il est toujours préférable d'essayer de comprendre comment on est perçu par l'autre. Qui, parmi les hommes politiques de droite ou de gauche en France, a posé le problème en ces termes ? Les médias français en deviennent monotones à force d'être aussi uniformes et répétitifs. Il semble que, dans ce pays, les opinions prévalent sur les analyses. C'est ce que Tocqueville désignait un peu emphatiquement comme «l'esprit français». Comprendre n'est pas pardonner, c'est éclairer et éviter une autosatisfaction injustifiée. Marc Bloch a parlé de «la paresse de savoir» qui a tant desservi la France dans le passé et qui s'est, depuis, malheureusement répandue à travers le continent européen.

… L'Europe, telle qu'elle est perçue par les États-Unis, est manifestement un allié mais un allié qui ne souhaite pas soutenir l'Amérique, ce qui est son droit, et qui, simultanément, se trouve incapable de donner un coup de main ou de prendre une initiative à l'extérieur de l'Europe. L'Europe, pour les États-Unis, est devenue quasi islantionniste.

… La manière dont [les Européens] s'opposent aux États-Unis a également changé. Il ne s'agit plus du désaccord d'un allié, mais – comme l'a montré l'attitude des Européens pendant la crise et la guerre irakienne – d'une opposition qui leur permet de se ranger parmi les ennemis de l'Amérique.

…[Le] milieu politique americain … a pu constater comment, même dans les Balkans (qui sont en Europe, tout de même !), les Européens ont eu besoin d'être poussés par les Américains. Et qu'ont-ils fait eux-mêmes pour empêcher le génocide au Rwanda ? Qu'ont-ils fait à Darfour ? Les Américains n'entendent les Européens s'exprimer avec une voix assourdissante et catégorique que lorsqu'il s'agit de s'opposer aux États-Unis et à Israël.

La focalisation des pays européens sur le conflit israélo-palestinien au détriment de tant d'autres malheurs dans le monde (le Darfour, la Tchétchénie, le Tibet, et bien d'autres) n'a pas été bien saisie. Tout le monde s'accorde sur l'importance d'un règlement du conflit israélo-palestinien. Mais l'Europe aurait pu intervenir dans d'autres contextes où son action aurait été complémentaire avec celle de son allié principal.

… Même au Moyen-Orient, l'Europe aurait pu contribuer d'une manière plus vigoureuse au processus de paix en prenant le relais des États-Unis pour faire appliquer la feuille de route. Les États-Unis se sont comportés d'une manière irresponsable dans cette affaire. Après avoir pris l'initiative, avec la Russie et les Européens, l'Amérique s'est désengagée et s'est «lavé les mains». Et les Européens ? Ils ont simplement continué à produire leurs discours théoriques, en négligeant l'urgence de combler leur manque de légitimité et en persistant à ignorer la réalité. Les Européens ne sont donc pas en mesure de contribuer au règlement au conflit israélo-palestinien. L'Amérique conclut donc encore une fois qu'ils ont une utilité très limitée et sont incapables de prendre une initiative.

Les Américains ne sont pas, contrairement à une vision très répandue en Europe, hostiles à l'Union européenne. Cette vision est flatteuse pour les Européens, car cela suggère une certaine symétrie entre les deux continents. En fait, la situation est pire. L'Amérique ne prête pas d'importance à l'Europe pour les motifs que nous venons d'exposer. D'ailleurs, l'Amérique incline à ne pas croire à la puissance européenne puisque son sens particulier du réalisme lui interdit de concevoir une puissance composée de vingt-cinq pays souverains qui serait capable d'agir d'une manière unifiée et efficace. …

2004/11/29

Le sommet de la francophonie vient à point nomme dans l'esprit de Jacques Chirac, pour trois raisons…

Yves Thréard sur l'Afrique ambiguë dans Le Figaro :
Le dixième sommet de la francophonie vient, sans doute, à point nommé dans l'esprit de Jacques Chirac. Pour au moins trois raisons. Montrer au président ivoirien, Laurent Gbagbo, qu'il a tort de s'entêter, seul contre tous. Prouver à ceux qui en doutent que l'Afrique a toujours besoin de la France. Rappeler à la communauté internationale que Paris est bien l'ultime rempart contre la pensée unique anglo-saxonne. De la langue de Molière, il sera finalement très peu question à Ouagadougou. On peut regretter ce détournement de fond.

La France était grande quand elle l'était pour le reste du monde, disait Malraux. Jacques Chirac semble vouloir redonner corps à ce rêve d'antan. Mais, plutôt qu'à de Gaulle, il fait aujourd'hui penser au chef de file d'une organisation de pays non alignés, sur le modèle américain s'entend. Jamais, ces derniers mois, il n'a manqué une occasion de faire entendre sa différence, et sa compassion pour les plus déshérités de la terre.

… Ce n'est pas avec la France que Kadhafi, sentant sur lui le vent du boulet, s'est empressé de se réconcilier. Mais d'abord avec les Etats-Unis et ses alliés européens, l'Angleterre et l'Italie. Pourtant Paris, contrairement à Washington, ne s'est pas opposé à l'élection de la Libye à la tête de la commission des droits de l'homme de l'ONU. …

(Merci à Vik)

Je ne comprends pas qu'il soit impossible de passer la moindre ligne dans Le Monde sur les marches de grande ampleur dans toutes les villes…

Il y a deux ans, un correspondant du Monde en Afrique remettait sa démission… (Tout ce qui y est souligné l'est par moi — si quelqu'un a une réponse du quotidien de référence, je m'engage à la publier ici…)
… par la présente, je vous informe de manière irrévocable que je ne voudrais plus écrire pour Le Monde. …
La première raison de cette décision est l’article paru … dans Le Monde, intitulé Laborieuses tractations pour une trêve Côte d’Ivoire, signé de Jean-Pierre [Tuquoi] et de moi. Je ne me reconnais dans aucune phrase de cet article. … C’est un pur scandale journalistique, et c’est une honte pour un si grand journal. Je comprends bien que l’article que j’ai envoyé ait pu être incomplet, ou tout simplement mauvais … mais il aurait pu être passé à la trappe, et remplacé par un article meilleur que son auteur aurait dû avoir le courage de signer. D’autant plus que cet article prenait des tournures éditorialisantes dont je n’approuve pas, personnellement, les arguments. …
J’en suis d’autant plus choqué qu’il y a quelques jours, j’avais demandé à Stephen Smith, qui avait rajouté un bout de phrase à un de mes articles — affirmant que le général Guéi a été assassiné à son domicile, ce qui est une des nombreuses thèses qui circulent sur ce décès — de ne plus ajouter de choses aussi importantes à mes papiers sans m’en avertir, eu égard au contexte particulièrement délicat dans lequel nous travaillons. La presse et les autorités ivoiriennes nous accusent en effet de prendre parti pour les “mutins”, et de dépeindre les loyalistes négativement. J’avais également fait un papier sur le rôle ambigu de l’armée française dans ce conflit, censuré sans que l’on ne m’oppose la moindre raison.
Par ailleurs, l’allure que prend la couverture de cet événement par le vénérable quotidien du soir me permet de moins en moins de le défendre mordicus face aux accusations ivoiriennes. Je ne comprends pas qu’il soit impossible de passer la moindre ligne sur le “sursaut patriotique” qu’on peut observer dans la moitié sud du pays, cosmopolite et abritant plus de 75 % de la population. Marches quotidiennes et de grande ampleur dans toutes les villes, drapeaux partout, ralliement de tendances politiques opposées, dons de plusieurs dizaines de millions d’euros pour soutenir “l’effort de guerre”. Rien de tout cela ne mérite visiblement d’être raconté. Et qu’on me permette de douter aux inévitables dénégations sur “l’opportunité” de tels articles dans un contexte d’actualité surchargée. J’ai pris le parti de ne pas y croire. Bref, je considérais comme un grand honneur d’écrire dans un des titres-phares de la planète, et je n’y renonce que les larmes aux yeux. Mais je préfère garder une idée haute du Monde, en échappant à d’éventuelles autres forfaitures dans le cadre d’un conflit qui se complexifie et qu’on tente visiblement de brouiller avec les armes journalistiques les moins conventionnelles.
Pour terminer, je m’épanche quelque peu. Je suis un Africain, d’origine camerounaise. Le Cameroun est un pays qui a connu une atroce guerre de libération avortée, sévèrement matée par la France, puis le régime qu’elle a porté à bout de bras. Durant toute cette période, le correspondant du Monde dans mon pays a accompagné et servi intellectuellement le crime, les procès tronqués d’opposants, les massacres de grande ampleur dans l’Ouest, la région dont je suis originaire. On dit que l’histoire a de la mémoire.
Je ne veux pas assister, quarante ans plus tard et dans un autre pays africain, à un nouveau désastre programmé, dont le scénario diabolique est connu de tous ceux qui réfléchissent depuis belle lurette, et qui se parent, comme d’habitude, des oripeaux de la défense des droits de l’Homme et tutti quanti. Je ne veux pas faire de reportages larmoyants et emplis de bonne conscience sur le futur Front révolutionnaire unifié (RUF) tendance ivoirienne — souvenons-nous des “freedom fighters” de ce mouvement rebelle sierra-leonais, déjà appuyé à l’époque par le Burkina Faso et le Liberia. Je n’ai que 25 ans, une carrière à protéger, mais j’ai également une naïveté et des convictions qui font que je ne peux plus longtemps continuer. …



"Dépeindre les loyalistes négativement"? Il est vrai que ces foules ont l'air dangereuses
(Merci à Vik)

De «J'accuse» à «J'abuse»

Antoine Audouard dans L'Express : De «J'accuse» à «J'abuse»
Notre critique du puritanisme anglo-saxon ne servirait qu'à élever le degré de cynisme que nous sommes prêts à tolérer dans l'espace public

Selon le rapport du chef des inspecteurs américains en Irak, Charles Duelfer, des milliards de dollars auraient été détournés, sur les instructions directes de Saddam Hussein, au bénéfice d'hommes politiques de différents pays, afin d'acheter leur lobbying en faveur de la levée des sanctions contre l'Irak. Les noms avancés au chapitre français — Charles Pasqua, Patrick Maugein, décrit comme «proche» de Jacques Chirac, un ancien ambassadeur de France à l'ONU, Pierre Joxe — suggèrent un scandale aux dimensions d'une affaire d'Etat.

Nous, Français, aurions plusieurs mauvaises raisons de nous pincer le nez et de fermer les yeux: ces informations visent comme par hasard la France, la Russie et certaines personnalités de l'ONU, et elles proviennent pour une part de «confidences» de l'ex-vice-Premier ministre irakien, Tareq Aziz, dont le passé n'est pas une garantie d'honnêteté intellectuelle. De plus, se faire l'écho de pareilles rumeurs serait s'attaquer aux fondements du consensus politique antiguerre et anti-Bush. Enfin, tout cela ressemble à ce que nous avons déjà lu, à propos d'Elf, des frégates de Taïwan, etc. Tenons-nous-en aux démentis et expédions le tout d'un soupir...

La seule vraie raison que nous aurions de rejeter ces accusations serait de prouver qu'elles sont fausses. La posture morale adoptée par la France rend nécessaire, impérieuse, la recherche de la vérité. Je viens de relire la déclaration de Dominique de Villepin devant le Conseil de sécurité des Nations unies à la veille de l'intervention américaine en Irak. J'y ai retrouvé l'émotion que j'avais alors ressentie — celle de voir exprimer des valeurs auxquelles je croyais et dont je pensais qu'elles formaient, en effet, la motivation profonde de la position française. Il est terrible d'avoir le soupçon que, derrière ces paroles si nobles, se dissimulaient des coalitions d'intérêts aussi peu reluisantes que celles, souvent dénoncées dans la presse française, de Halliburton avec le vice-président américain Dick Cheney. Nous venions pour Cyrano, et on nous aurait servi Ruy Blas: «Bon appétit, messieurs!»

Notre critique récurrente des excès du puritanisme anglo-saxon (de l'affaire Clinton-Lewinsky à l' «axe du mal») n'est-elle qu'un subterfuge pour élever le degré de cynisme que nous sommes prêts à tolérer dans l'espace public? Tout le monde, en France, pratique presque impunément un vieil adage familial: «Faites ce que je dis, pas ce que je fais.» Inutile de se prendre pour Emile Zola pour s'indigner que le pays de «J'accuse» soit devenu le pays de «J'abuse». Une bonne façon de démontrer que nous ne nous résignons pas serait une vigoureuse réaction collective — enquête parlementaire, information judiciaire, effort journalistique intense: il n'y a pas besoin d'être anglo-saxon pour savoir que la vérité existe.

2004/11/26

La sagesse et les priorités des humanistes bien-pensants : l'Europe angélique et l'Europe méprisante

Ivan Rioufol dans son bloc-notes sur "une dévalorisation du savoir et une acceptation de l'ignorance", sur "un raisonnement méprisant et indifférent aux faits", sur les "théories excentriques des pédagogues", sur le "chapelet de naïvetés simulées, caricatures de la lâcheté des agonisants", sur le pari " sur un mariage de raison entre l'Europe et «la pensée islamiste»", sur "le débat occulté sur la cohabitation avec l'islam" et "cette commodité qui veut faire croire au métissage mécanique des cultures", et sur le "culte du multiculturalisme — tarte à la crème des «antiracistes» faiseurs de tensions" :
L'Europe angélique — et singulièrement la France — se laisse berner par les stratèges de l'islam radical. Illustration, vendredi dernier, avec le feu vert donné à Paris par le Conseil supérieur de l'audiovisuel à la chaîne du Hezbollah libanais al-Manar, qui pourra émettre dans les cités.

…Ce n'est pas ainsi que l'Union peut prétendre répondre aux attentes des citoyens.

Cette critique vaut pour la France, dont l'empathie avec la cause arabo-musulmane est devenue d'autant plus excessive, depuis la guerre en Irak puis les obsèques nationales offertes à Arafat, que les reproches à l'égard de la culture yankee sont devenus outrés. Quand Jacques Chirac dénonce, le mois dernier à Hanoï, l'hégémonie américaine qui conduit «à une véritable catastrophe écologique» et qui représente «une sous-culture générale dans le monde», la France se met dans une situation de rupture avec son camp qui n'est pas équilibrée par de semblables réticences vis-à-vis de l'islamisme sexiste, violent, rétrograde.

La sagesse et les priorités des humanistes bien-pensants : l'Europe angélique et l'Europe méprisante

Ivan Rioufol dans son bloc-notes sur "une dévalorisation du savoir et une acceptation de l'ignorance", sur "un raisonnement méprisant et indifférent aux faits", sur les "théories excentriques des pédagogues", sur le "chapelet de naïvetés simulées, caricatures de la lâcheté des agonisants", sur le pari " sur un mariage de raison entre l'Europe et «la pensée islamiste»", sur "le débat occulté sur la cohabitation avec l'islam" et "cette commodité qui veut faire croire au métissage mécanique des cultures", et sur le "culte du multiculturalisme — tarte à la crème des «antiracistes» faiseurs de tensions" :
L'Europe angélique — et singulièrement la France — se laisse berner par les stratèges de l'islam radical. Illustration, vendredi dernier, avec le feu vert donné à Paris par le Conseil supérieur de l'audiovisuel à la chaîne du Hezbollah libanais al-Manar, qui pourra émettre dans les cités.

…Ce n'est pas ainsi que l'Union peut prétendre répondre aux attentes des citoyens.

Cette critique vaut pour la France, dont l'empathie avec la cause arabo-musulmane est devenue d'autant plus excessive, depuis la guerre en Irak puis les obsèques nationales offertes à Arafat, que les reproches à l'égard de la culture yankee sont devenus outrés. Quand Jacques Chirac dénonce, le mois dernier à Hanoï, l'hégémonie américaine qui conduit «à une véritable catastrophe écologique» et qui représente «une sous-culture générale dans le monde», la France se met dans une situation de rupture avec son camp qui n'est pas équilibrée par de semblables réticences vis-à-vis de l'islamisme sexiste, violent, rétrograde.

Discrètement, le correspondant du Monde à Washington fait savoir qu'il désavoue certains des articles parus sous son nom

Sous la couverture d'un article qui dénonce l'anti-américanisme, Patrick Jarreau va plus loin : le correspondant du Monde à Washington désavoue certains des articles que ses rédacteurs américanophobes l'ont obligé à écrire ou qu'ils ont réécrit en y mettant un ton anti-américain.
Certaines réactions européennes, et particulièrement françaises, à la réélection de George W. Bush rappellent celles qui avaient cours au moment où Ronald Reagan a été élu président des Etats-Unis, il y a vingt-quatre ans. Quand il s'agit d'analyser les élections outre-Atlantique, le mépris de l'Amérique tient souvent lieu de pensée. S'y ajoute, de temps en temps, sa diabolisation. C'est le cas aujourd'hui.
Oui, c'est surtout le cas dans l'article de Tewfik Haken, six pages plus loin (c'est effectivement le cas "aujourd'hui", donc, comme le dit Patrick Jarreau), qui met la responsabilité pour la détention continue des otages français (Christian Chesnot et Georges Malbrunot) sur… l'armée américaine. (Cela dit, il est vrai qu'on y était habitué…) Et sur qui s'appuie Le Monde pour tenir de tels propos? Sur… le beau-frère du chauffeur syrien! Et comme d'habitude, on ne trouve dans cet article aucune déclaration américaine… (Hat tip to sgvn)
Comme toujours, la haine de l'Amérique n'est pas en peine de trouver des témoins aux Etats-Unis mêmes. Il est curieux de constater, d'ailleurs, à quel point le débat français sur M. Bush et sa politique n'est que le décalque du débat américain. Imitant la rage de l'Amérique de gauche, incapable de proposer une alternative convaincante à un président qui a, pourtant, accumulé les erreurs, certains commentateurs français ne trouvent rien de mieux que d'injurier la démocratie américaine. George Bush n'a pu l'emporter qu'au bénéfice de la peur et grâce aux manipulations sordides du diabolique Karl Rove. Pensez donc ! Le débat a porté sur les "valeurs morales". Quelle horreur ! Comment peut-on vouloir discuter, aujourd'hui, de morale ? Quel obscurantisme !

Il est à craindre qu'une fois de plus les médias européens, et particulièrement français, ne passent à côté de l'Histoire.

C'est une bel article de Patrick Jarreau. Et dans un ton qu'on aimerait voir (beaucoup) plus souvent. En effet, c'est tout le contraire à tout ce dont on est habitué chez Patrick Jarreau (George Bush comparé à un zélote dangereux, caricature de l'opinion américaine comme monolithique, interview de gauchiste la rage au ventre, représentation des alliés de Washington comme des caniches, injure de leaders américains), qui, tout au juste, parvient à faire passer le message que, généralement, ce sont les les républicains qui accusent les grands journaux et les principales chaînes de télévision d'être "biaisés". Continuons…
De même qu'ils n'ont pas compris, il y a vingt-cinq ans, la dynamique — et le dynamisme — de la révolution économique qui portait Reagan, ni la force de sa détermination à ne pas composer avec le communisme, nombre de commentateurs caricaturent le débat américain et ignorent ce qu'il peut avoir de novateur.

De quoi a-t-il été question, en dehors du terrorisme et de l'Irak, dans la campagne américaine ? Du financement des retraites, du coût des dépenses de santé, de la réforme de l'éducation. On dira que ce ne sont pas les sujets qui caractérisent le débat américain aux yeux des Européens. Ceux-ci pourraient, pourtant, y trouver matière à réflexion, mais soit ! Prenons un exemple plus exotique, celui des prérogatives des Etats par rapport au gouvernement fédéral. Cette question est l'une de celles qui étaient en cause dans le débat sur les "valeurs", aussi appelées aux Etats-Unis les questions "sociales". Est-ce un problème dépassé, moyenâgeux, absurde ?

Au moment où les Européens se préparent à adopter ou à rejeter leur Constitution, les discussions et les affrontements américains sur ce qui relève du "local" et du "national" pourraient retenir l'attention en Europe. Est-on si sûr d'y vouloir un droit civil uniforme ? Les Français veulent-ils, pour le mariage et le divorce, les mêmes règles que les Italiens ou, à l'inverse, les Néerlandais ?

Mais allons au cœur du problème, celui des fameuses "valeurs morales". Il est entendu qu'une vaste conspiration de zélotes évangélistes, tous plus bornés, ignorants et réactionnaires les uns que les autres, a pris le pouvoir autour de George Bush, qui serait en quelque sorte le Savonarole de cette Florence puissante et surarmée. Constatons d'abord que sur l'un des sujets en débat, le mariage homosexuel, nombre de ceux qui s'y opposent aux Etats-Unis disent la même chose que Lionel Jospin. Personne n'a jamais dépeint l'ancien premier ministre socialiste comme un réactionnaire aveuglé par la haine

DÉBAT LÉGITIME

Quelque position que l'on adopte sur cette question, on doit admettre qu'il est légitime d'en discuter. Si la démocratie a un sens, c'est de permettre de délibérer et de trancher, par des décisions successives, les questions de la vie en société. Les sociétés européennes et américaine ont évolué considérablement, au cours des dernières décennies, dans la reconnaissance et l'acceptation de l'homosexualité. Elles rencontrent à présent des questions difficiles : le droit qui s'applique aux couples hétérosexuels peut-il et doit-il être étendu aux couples homosexuels ? Qu'en est-il des enfants ? L'adoption et la procréation artificielle peuvent-elles être utilisées pour que des couples du même sexe élèvent des enfants dans des conditions juridiques identiques à celle des couples mixtes ?

Les bases traditionnelles de la filiation sont d'ailleurs bousculées, aujourd'hui, par bien d'autres facteurs que la reconnaissance des droits des homosexuels, qu'il s'agisse des dons d'ovule et de sperme, des mères porteuses ou de la recomposition des familles au fil d'unions successives.

Il ne s'agit pas d'enjoliver le débat américain sur ces sujets. Ses aspects primitifs et brutaux, la haine qui s'est parfois donné cours sont indiscutables. Il ne fait pas de doute non plus que la droite religieuse a imprimé sur ce débat, localement plutôt que dans les médias nationaux, la marque de son exaltation, de son intolérance et de sa tendance moralisatrice. Mais ce serait une erreur de le réduire à cela.

"Ses aspects primitifs et brutaux, la haine qui s'est parfois donné cours sont indiscutables … la marque de son exaltation, de son intolérance et de sa tendance moralisatrice." Well, of course, there had to be some caricaturing of the right (religious or not) in there someplace, to make it palatable — a double standard that does not apply to the left (dare one call it exalted, intolerant, and moralizing?) — mais passons…
De même, le fait que, plus de trente ans après la décision de la Cour suprême légalisant l'avortement, celui-ci soit toujours un sujet de dispute et d'affrontement aux Etats-Unis désigne-t-il ce pays comme attardé, travaillé par d'obscures superstitions ? D'abord, le débat n'a pas cessé non plus en France. Ensuite, les sondages faits ces dernières années outre-Atlantique indiquent que, chez les jeunes, les "pro-choix", partisans du droit à l'avortement, sont toujours majoritaires, mais que les "pro-vie" sont de plus en plus nombreux. En même temps, toutes générations confondues, moins d'un Américain sur cinq souhaite revenir à l'interdiction pure et simple en vigueur avant 1973.

A l'opposé de celle de l'avortement, déjà ancienne, la question des cellules souches embryonnaires est l'une des plus nouvelles. En France, elle ne donne pas lieu à un débat public comparable à ce qu'il est aux Etats-Unis. Où est l'archaïsme ? Dans le fait de discuter ouvertement du point de savoir s'il est juste ou pas de détruire des embryons pour faire des recherches et pour trouver peut-être des remèdes à des maladies graves. Une étrange conception de la démocratie semble considérer que ces sujets ne doivent pas venir sur la place publique. La démocratie serait le régime idéal, sauf pour discuter du genre de société que l'on souhaite et des règles qui doivent s'y appliquer.

AVEUGLEMENT

Que les Etats-Unis et l'Europe ne voient pas le monde de la même façon, qu'ils tissent différemment les fils des valeurs qui leur sont communes, ce n'est pas nouveau. Après tout, l'Amérique a été faite par des gens qui ont quitté l'Europe pour des raisons économiques, politiques ou religieuses, et leurs descendants n'en ont pas la nostalgie. Mais il est aussi vrai que les sociétés américaine et européennes appartiennent à un espace commun dans lequel les questions, les discussions, les conflits ne cessent d'aller et de venir dans les deux sens. Enfin, que le débat américain, sur des sujets importants, soit non pas rétrograde mais en avance sur l'esprit public européen, ce ne serait pas sans précédent.

La crispation américanophobe est de peu de profit, sauf peut-être pour des politiciens européens soucieux de compenser, par un nationalisme symétrique de celui de George Bush, la maigreur de leur bilan. S'opposer à la politique du président réélu pour ce qu'elle a de critiquable ou de contraire aux intérêts européens, rien n'est plus légitime. Dénigrer la démocratie américaine, c'est, comme souvent dans le passé, s'aveugler sur les problèmes de l'heure et retarder le moment d'en débattre.

C'est à se demander si Patrick Jarreau n'a pas écrit ces propos en rapport avec un ras-le-bol envers une rédaction, envers une culture, envers une société embrassant la pensée unique (mais surtout envers une rédaction) qui lui impose, verbalement ou indirectement, un langage toujours critique des States. (Peut-être que le message de John McCain à la convention républicane lui a fait de l'effet?)

En effet, par rapport à Karl Rove qu'il cite au début de son analyse comme étant l'un des leaders américains diabolisés, un article extrêmement dénigrant (sur ce "tireur de ficelles, ce montreur de marionnettes") était paru dans Le Monde trois mois plus tôt. Il était signé… Patrick Jarreau…

2004/11/23

"Bienvenue à [une vision complètement partisane de] la Blogosphère"

True to nature, the independent newspaper's Le Monde 2 weekly has articles that are baffling in their partisanship.

Most remarkably, issue 40 (November 20) has a story on "the blog shock", in which it proceeds to parrot Paris's partisan viewpoint.

Straight away (in the opening sentence of the subhead), the tone is given: "The Iraq war is the first www.war" said the Times of London in March. Indeed, hundreds of Iraqi blogs describing the country's occuption, the attacks and life in Baghdad give a different story than that of the 'embedded' press."

Completely ignoring Iraq's pro-American blogs (dare I say Iraq's pro-freedom-from-torture,-from-sadistic-thugs,-from-censorship,-and-from-dictatorial-government blogs?); completely ignoring the fact that the very existence of the blogs (no matter what their tone and viewpoints) is due to the American intervention of March 2003; completely ignoring the fact that the pro-American blogs usually have a (far) longer blogroll than the antis;; completely ignoring the fact that embedded journalists were entirely correct not to follow in the footsteps of their couch potato colleagues predicting a long and bloody war, a mass of refuges, Saddamgrad, and other tragedies; completely ignoring the Iraqi people, for that matter, Frédéric Joignot lends credence to the belief that journalists (or citizens) not castigating, mocking, or bemoaning the American presence in Iraq can be nothing but liars, poodles, or dupes; and that gratefully, a popular groundswell of humanists is rising to fight back at America, if not with weapons, then with words.

Joignot proceeds to list a handful of Iraqi blogs that are supposedly among the hundreds telling the truth about the horros and the devastation in Iraq (Where's Raed, Baghdad Burning, etc), and it ends the list with… Healing Iraq. Now I never heard that webmaster Zeyad was all-out against the war, but it turns out that this is how Le Monde 2 proceeds (or how the European press proceeds):

Either they remain vague about the blog mentioned, or they search through all the weblog entries for the rare critical comment, or for a comment that can be constructed as being critical. Le Monde 2 even mentions the Healing Iraq entry mentioned above (in which Zeyad corrects the Times' estimate of people in a peace demonstration) being quoted in (and on) the Weekly Standard (as if even they were beginning to see through the lies of the Bush administration)!

For an example of their way of proceeding, how could anyone broach the story of blogs without mentioning the granddaddy of weblogs? Well, Joignot does mention InstaPundit. But all he writes, basically, is that it got 200,000 hits during the Iraq war, followed by a quote from the Blogs of War, in which Glenn Reynolds writes that weblogs say what journalists don't dare say. In other words, because nothing else is said about InstaPundit, the impression comes across that Glenn Reynolds is part of the (imagined) world-wide popular wave trying to stand up to (and only to) the Bush administration, its "lies", and its "illegal" war (as well as Yankee capitalism and imperialism).

That is what is most galling (no pun intended) about the article: the numerous weblogs which are pro-invasion and/or pro-Bush (basically, at least) but which are quoted out of context or not at all. Needless to say, Le Monde 2 doesn't mention any blog (or blog entry) that is critical of France (or the Chirac adminstration) — certainly not Le Monde Watch. And certainly not Iraq the Model.

Justement, here is what Iraq the Model's Ali had to say about Jacques Chirac's recent comments in London (hat tip to Tom Penn, emphasis mine):

I heard what Mr. Chirac said few days ago and read about it everywhere I turn my head to. At first, it was something I felt I shouldn’t even bother to listen to. It was something like what Al Jazeera keep showing us or what Arab leaders say all the time. But again this was a president of one of the most advanced and civilized countries in our times. It wasn’t Kaddafi or Assad and it made me sad and furious.

The French government keep surprising me with their intentionally stupid and vicious arguments and I don’t know what to say about it or if it’s even necessary to say something at all. But then I’m an Iraqi citizens and these people are taking about Iraq and usually how the war brought nothing good to Iraq or the world, and I just can’t stay silent about it. I know there’s almost no chance that you’ll read my words Mr. Chirac, but it doesn’t matter, as I’m not writing for you anyway. You live in a different world.

In the past, I used to swallow my anger and frustration because I could get killed if I messed up with one of Saddam’s personal friends, but now Saddam is gone and I’m not afraid and I won’t stay silent anymore. This is a difference Mr. Chirac, and it’s a great one, probably just to me and the rest of Iraqis but not to you, and you just have to understand that it’s not all about you and your European dream which no one want to steal from you by the way.

The world is certainly not a better place after the war Mr. Chirac, but that’s your world, while our world, Iraqis as well as tens of millions of oppressed people everywhere who are dying for some help, is certainly MUCH better now, and I’m sure the Americans and the British world as well as most countries (including yours) is better and safer and will keep getting better. However I agree with you, as your world, your own personal world, the world of your fellow corrupt politicians in France, Russia, Germany, China and the stinking UN, your fortune and your influence is definitely suffering.
I’m even surprised that you ‘saw’ that Saddam’s departure was positive “to a certain extent”, and I can’t wonder why is that! Is it because it left you with some bills you don’t have to pay?!

Is my language too offensive?! Not as half as offensive and irritating as yours and I will NEVER apologize, not even after you apologize and pay the Iraqis back all the money you have stolen from us in return for supporting your partner, Saddam and keeping him in charge for few more years.

You see, your problem and what separate you from men like Tony Blair is that you look only for what you might gain, and again “you” is not the French people, but rather you in person and the bunch of hypocrites that so sadly control the French people and manipulate them through lies and silly arguments. You never cared what would happen to Iraqis and the rest of the world had Saddam stayed in power, while Tony Blair did. Do you know why? Because he and the British government with all the brave British people live in our world, while you don’t.

Stupid British! Why should they care for us, America or their own kids when they can do exactly like you; take advantage of America’s need, blackmail her, support Saddam without taking much risk and gain billions of dollars.

Stupid British! Haven’t they learned from WW2 when you got your country back and even decided the fate of other nations on victory even though half of you made peace with the Nazis!? You certainly don’t owe the British and the Americans anything for that, as it was just their own stupidity not to do the math and see how much would they gain. Their lands weren’t invaded and the Nazis were trying to make a peace with them, yet they refused and fought as hard as men and women can fight to free your country for you, so that your troops could march victoriously in Paris! And you dare say that the US doesn’t repay favors!??

If you don’t like the world after Saddam, and if you miss him that much, you can keep living in your own world and we won’t bother you ...at all.

Lire la traduction de American Boy

Strangely enough, Iraq the Model was not mentioned in Frédéric Joignot's Le Monde 2 article, (but perhaps I already mentioned that?). Comme c'est bizarre…

2004/11/22

Le Petit Baudelaire illustré

Une petite pause dans les blogueries pour vous parler d'un ouvrage qu'a illustré un de mes amis avant sa mort prématurée :

Une sélection de poèmes de Baudelaire, tirés des Fleurs du Mal et du Spleen de Paris illustrés par Philippe Rosenthal. Quand le poète inspire le peintre… une très bonne raison de redécouvrir Baudelaire !

Acheter le livre online
Lire les premières pages


2004/11/19

Trompe-l'œil, réalités maquillées et raisonnements tordus…

Ivan Rioufol dans son bloc-notes :
L'endormissement des esprits: il se dévoile lorsque l'opinion assiste aux funérailles tricolores offertes par la France à Yasser Arafat, sans s'interroger sur le chaos laissé par l'homme de guerre. Il se retrouve lorsque des médias se scandalisent — avant toute enquête — du geste d'un marine tuant en Irak un ennemi blessé, sans s'indigner par la découverte des prisons, des salles de tortures, des «abattoirs» et des corps de femmes suppliciées laissés à Falloudjah par la rébellion écrasée.

Un même matraquage conduit à valoriser ces «résistances» qui terrorisent des civils, et à ignorer ceux qui dénoncent la passivité des commentaires devant la barbarie.

Le libre examen des faits ne peut se satisfaire de ces trompe-l'œil, réalités maquillées et raisonnements tordus. Ils aboutissent à construire de faux héros. …

La France et la Côte d'Ivoire

A propos de la Côte d'Ivoire. Bien sûr, Jacques Chirac a eu raison de frapper l'aviation ivoirienne qui venait de tuer neuf militaires français. La France a montré qu'elle savait ne pas être faible. Mais, quand le président de la République déclare également cette semaine: «Nous ne voulons pas laisser se développer un système pouvant conduire à l'anarchie où à un régime de nature fasciste» et quand on observe la haine des manifestants contre les Français, on en arrive à se demander qu'elles auraient été les commentaires si les États-Unis avaient été, ici, à la place de la France. Unilatéralisme, brutalité, arrogance, colonialisme auraient vraisemblablement fait partie du vocabulaire obligé. [Souligné par moi]

"Ils ont tendance à croire que les frontières de l'Europe s'arrêtent à celle de la France"

Pendant que "les socialistes français «n'approuvent ni les orientations ni la composition de la nouvelle commission» [européenne]" (Pierre Moscovici, député et ancien ministre des Affaires européennes), Pierre Avril explique que
selon un responsable du groupe PSE, l'attitude des Français a surtout été conditionnée par les débats internes qui actuellement font rage au sein du PS, autour de la Constitution. «Ils ont tendance à croire que les frontières de l'Europe s'arrêtent à celle de la France», explique un de leurs collègues.

"Au rebours des Américains, nous respectons chez nous les droits de l'homme mais nous nous accommodons du despotisme ailleurs…"

Guy Sorman :
Européens ? Chaque jour nous le sommes moins parce que nous devenons plus américains. Américains par nos modes de vie, de consommer, de nous distraire. Américains, parce que citoyens d'un monde que les Etats-Unis façonnent. On peut s'en réjouir, rappelant que ce monde-là aurait pu tourner soviétique. On peut aussi s'en indigner, une posture qui occupe ici le plus grand nombre de nos dirigeants et chroniqueurs.

… le modèle américain … prospère, avant tout, en raison de ses vertus et de leur attraction : si tant d'hommes souhaitent devenir Américains, en restant chez eux ou en émigrant là-bas, c'est que les Etats-Unis tendent ou prétendent à l'universel. A tous, ils laissent miroiter la liberté et l'égale dignité, sans discrimination de race ni de religion ; chez eux ils procurent une prospérité économique sans précédent et ils la répandent ailleurs. Qu'exigent-ils en retour ? Un minimum d'allégeance mais nulle servitude. Leur reprochera-t-on d'exporter la démocratie sans tenir compte de la diversité des cultures ? Certes, mais n'est-ce pas préférable à la promotion de la tyrannie sous couvert de cette diversité culturelle ? Et l'Europe avance-t-elle autre chose ?

L'Europe aussi est un havre de liberté mais seulement pour les Européens : au rebours des Américains, qui se font de la démocratie une idée universelle, nous respectons chez nous les droits de l'homme mais nous nous accommodons du despotisme ailleurs. Serions-nous plus tolérants que les Américains ? Hors d'Europe, nous tolérons tout ; à l'intérieur, un foulard nous inquiète et il n'est pas certain pour les 13 millions de musulmans vivant en Europe qu'ils soient véritablement des nôtres.

Proposons-nous une norme universelle de prospérité ? Il existe bien un modèle européen – le capitalisme rhénan décrit par Michel Albert – d'économie administrée par l'Etat et cogérée par les syndicats : il a ses vertus, mais n'a-t-il pas en trente ans réduit notre revenu d'un tiers par comparaison avec celui des Etats-Unis ? Sommes-nous un symbole de solidarité ? Nous paraissons plus solidaires que les Américains, mais cette solidarité exclut dix pour cent de chômeurs. Et on sait dans le tiers-monde que l'Europe est égoïste. Cette Europe au présent n'est donc pas une alternative au modèle américain. Pourrait-elle le devenir ? …

Il y a de quoi être perplexe !

Sir John Holmes, Ambassadeur de Grande-Bretagne en France :
D'ici là et en dépit des difficultés, la préparation des élections [en Irak] suit son cours, avec l'aide des experts des Nations unies. Les listes électorales et les listes de candidature – qui donnent d'ores et déjà lieu à un débat animé – devraient être prêtes début décembre. Une campagne d'information destinée aux électeurs a été lancée. Les responsables kurdes et chiites encouragent les citoyens à y participer massivement et les leaders sunnites s'interrogent sur leur participation. Les derniers sondages indiquent qu'une vaste majorité d'Irakiens entend se rendre aux urnes. Il est généralement admis désormais que les élections auront bien lieu dans les temps. …

J'entends tour à tour demander le retrait de la force multinationale et déplorer que les troupes stationnées sur place puissent se retirer prématurément, ce qui laisserait la porte ouverte à la guerre civile. Il y a de quoi être perplexe ! …

En dépit de ce qu'on lit dans la presse, il y a vraiment du mieux en Irak dans l'immense majorité du territoire, 90%, épargné par la violence. Les 240 hôpitaux et les 1 200 dispensaires du pays fonctionnent aujourd'hui normalement. Avec l'aide des Nations unies, il a été procédé à une campagne massive de vaccination contre la polio et contre les oreillons. Six millions d'élèves et de lycéens sont scolarisés dans 20 000 établissements scolaires, encadrés par 300 000 enseignants. L'enseignement supérieur compte, lui, 350 000 étudiants pour 50 000 professeurs. Il existe 80 stations de radio et 21 chaînes de télévision qui diffusent sur l'ensemble du territoire. En matière de presse écrite, 250 titres, quotidiens et magazines, ont vu le jour depuis la chute du régime. D'après un sondage réalisé en avril, 70% des personnes interrogées ont une antenne satellite, alors que celles-ci étaient interdites auparavant.

Les Irakiens méritent de sortir des années Saddam Hussein. La communauté internationale est résolue à les y aider. Le cynisme n'est plus de mise lorsqu'il s'agit d'exercer ses responsabilités. Les élections qui ont eu lieu récemment en Afghanistan – un pays se prêtant moins a priori à la démocratie que l'Irak, et où la violence est aussi un vrai problème – montrent de quoi nous sommes capables quand nous serrons les rangs.

2004/11/17

La révolution conservatrice de George W. Bush

Modéré par Cristina Marino et Maya Méducin, un chat a eu lieu avec Yves Roucaute, professeur de philosophie politique et de relations internationales à Paris X-Nanterre.

Cleo : Le départ de Colin Powell laisse-t-il le champ libre aux "néo-cons." ?

Yves Roucaute : Je crois que les néoconservateurs avaient déjà le champ libre, au sens où vous l'entendez. Le néoconservatisme se caractérise en effet, au niveau international, par le refus des tyrannies, la volonté de défendre les droits individuels et ce que j'appelle dans mon livre la "morale armée". Colin Powell avait appliqué cette politique, son successeur fera de même.
Myriam : Colin Powell était le plus "modéré" du gouvernement Bush. Condoleezza Rice, par contre, est connue pour son intransigeance et sa dureté. Quel avenir peut-on prévoir pour les relations internationales des Etats-Unis ?
Yves Roucaute : Je ne crois pas qu'il y ait une différence aussi importante que celle que vous indiquez. Il y a beaucoup de fantasmagorie dans la vision française que nous avons des Etats-Unis. Les Etats-Unis continueront la même politique, c'est-à-dire le maintien des troupes en Irak, le maintien de la pression sur la Syrie, notamment pour libérer le Liban, le maintien de la pression pour soutenir Israël, de la pression sur l'OLP pour démocratiser l'OLP.

Les Etats-Unis ne passeront plus sous les fourches caudines de l'ONU. Cela est une affaire réglée. Ce n'est pas Khadafi, le président de la commission des droits de l'homme de l'ONU, qui va dicter aux Etats-Unis leur politique. Ce n'est pas la France, ni la Chine, qui écrase le Tibet, ni la Russie, qui n'a pas fait la preuve de sa volonté démocratique jusqu'ici, qui vont imposer le nouvel ordre international. Les Etats-Unis veulent un nouvel ordre international organisé autour des Républiques, ce n'est pas facile. Il y a eu des erreurs, il y en aura, mais le mouvement est inéluctable.

…Run : Les Etats-Unis vont-ils enfin intervenir au Darfour ?
Yves Roucaute : C'est une situation difficile. D'abord parce que pour qu'ils puissent intervenir, il faudrait une nouvelle fois qu'ils passent outre à l'ONU, et, d'autre part, il faudrait qu'ils aient des appuis internationaux, au moins du côté des Républiques. S'agissant de l'Irak, les Etats-Unis avaient le soutien du Japon, première République d'Asie, de l'Australie, première République d'Océanie, de la plupart des Républiques européennes, toutes les Républiques de l'Est, mais aussi, à l'Ouest, du Royaume-Uni, de l'Italie, de l'Espagne, des Pays-Bas, etc. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, même si les néoconservateurs seraient assez favorables à l'intervention, il faut aussi le soutien des chancelleries les plus déterminées à agir dans le sens de la liberté, et ce soutien n'est pas encore acquis.
Odileh : Quand les Etats-Unis feront-ils face à la véritable misère qui règne dans leur pays ? Misère trop souvent occultée par l'action extérieure ?
Yves Roucaute : Je pense que la misère en France est plus importante qu'aux Etats-Unis, si l'on en croit les derniers chiffres publiés aujourd'hui. Il y a aux Etats-Unis 5,4 % de chômeurs, la moyenne du niveau de vie américain est 30 % supérieure à celui de la France. 33 % des jeunes y font des études supérieures, contre 23 % en France. Je pense d'autre part que ce que l'on appelle "misère" doit être relativisé, y compris quand on parle de misère en France, même si, bien entendu, la pauvreté doit être combattue, il ne faut quand même pas confondre la misère que l'on trouve en Afrique où le seuil de pauvreté est 1 dollar par jour et ce que l'on appelle seuil de pauvreté aux Etats-Unis, qui correspond à peu près à 700 dollars par mois.
Alex : A quoi attribuez-vous le fait que les Francais aient une vision négative des Etats-Unis ? On a parfois l'impression que les Etats-Unis sont dans une position où ils ne peuvent satisfaire personne. Malgré tout, bon nombre de gens veulent y vivre.
Yves Roucaute : Oui, c'est le grand paradoxe français, et pas seulement français. D'un côté, les Etats-Unis sont dénoncés comme impérialistes, Etat acceptant la misère de son peuple. Et de l'autre côté, c'est le pays du monde qui attire le plus d'immigrants et qui séduit le plus par ses produits, par ses modes de pensée, son cinéma... C'est un peu le grand paradoxe. Je pense que les Etats-Unis cristallisent tous les mécontentements, ce qui est la rançon de leur succès, et au fond le prix à payer de leur victoire contre le nazisme et le fascisme, puis contre le communisme. Au fond, on leur reproche d'être les gendarmes du monde, mais en même temps, on les institue gendarmes du monde par les reproches qu'on leur fait. Ils sont responsables de tout aux yeux de ceux qui ne sont pas Américains.

Il est symptomatique de voir à cet égard qu'on leur a demandé d'intervenir en Europe contre Milosevic, alors qu'ils ne voulaient pas le faire, précisément parce qu'on les conçoit comme gendarmes du monde. L'ONU n'avait pas donné son accord, et tout le monde, à part les Serbes et les Russes, a applaudi à cette intervention. On leur a demandé d'intervenir en Afghanistan, où ils voulaient intervenir pour des raisons de sécurité notamment. Cette fois avec l'ONU. C'est eux qui ont fourni la plupart des troupes, et tout le monde a applaudi, à l'exception évidemment des islamistes. Puis ils sont intervenus en Irak sans l'accord de l'ONU, à la demande des démocrates irakiens, au nom aussi de leur sécurité. Et là, on voit que malgré le fait qu'il y ait eu 2 millions de morts sur 23 millions d'habitants, certains, par incohérence, ont critiqué cette intervention alors qu'ils avaient été favorables à l'intervention contre Slobodan Milosevic. Je crois que cette incohérence est le symptôme de la nouvelle posture américaine, puissance hégémonique. On attend beaucoup d'elle, mais en même temps, parce qu'on attend beaucoup d'elle, elle est rapidement le bouc émissaire.

…Run : Cette révolution conservatrice se traduira-t-elle par un changement à la Cour suprême sur les grandes questions de société ?
Yves Roucaute : Je ne crois pas. Je pense que, en tout cas, les peurs que nous avons en France concernant la laïcité et l'ensemble des libertés sont totalement infondées. La séparation de l'Eglise et de l'Etat est inscrite dans la Constitution américaine, elle fut l'une des raisons de la création des Etats-Unis, et tous les Américains y sont fermement attachés, George W. Bush en premier. A l'inverse, on peut imaginer qu'un certain nombre de questions moins importantes trouvent dans l'avenir des réponses plus nettes, par exemple le mariage homosexuel. Il est clair à cet égard, pour prendre cet exemple, que ni l'opinion publique américaine, comme l'ont montré les résultats des référendums, ni la Cour suprême, ni aucun tribunal américain n'accepteront le mariage des homosexuels.

A l'inverse, et les néoconservateurs y sont très attachés, la liberté des mœurs, des formes d'association comme le pacs sur le modèle français, sera assurée, comme dans le passé. Ce que l'on appelle révolution conservatrice, et en réalité néoconservatrice, ne vise pas à limiter les libertés. Elle vise, au niveau de la politique intérieure, à assurer les Etats-Unis sur leurs valeurs fondamentales. Il est clair qu'aux Etats-Unis, la corruption, le mensonge, et quantité de processus immoraux qui ont en France droit de cité chez les gouvernants, sont interdits et sont condamnés. Ils le seront plus encore demain. On peut regretter qu'en France il n'y ait pas un peu plus de moralité.

Antifumeur : Pourriez-vous nous préciser alors quelle est votre conception de la morale ou de la moralité ? Quelles sont les valeurs que vous lui faites recouvrir ?
Yves Roucaute : La moralité consiste à essayer autant que possible de répondre à l'impératif catégorique tel que Kant avait essayé de le définir. Avoir une posture morale signifie tenter d'inscrire son action dans le cadre d'un impératif catégorique. Par exemple, doit-on ou non faire la guerre en Irak ? La question, si on essaie de la penser moralement, consiste à examiner la situation. Il y a une tyrannie en Irak, il y a des centaines de milliers d'hommes qui sont tués, gazés, torturés. Doit-on intervenir pour détruire cette tyrannie ? Si je me place sous l'impératif catégorique, je vais tenter d'universaliser la maxime de mon action. Cela veut dire, plus simplement, je vais tenter de savoir ce qui motive mon action, ici par exemple, j'interviens lorsqu'un tyran est au pouvoir, j'universalise maintenant cette maxime : on doit toujours intervenir lorsqu'un tyran est au pouvoir. On voit que si l'on élimine tous les tyrans de la planète, l'humanité peut survivre.

A l'inverse, on va prendre une autre maxime : je n'interviens pas contre un tyran quand je le peux. On universalise cette maxime : on n'intervient jamais contre un tyran quand on le peut. On voit bien que l'humanité court ainsi à sa perte en laissant proliférer les tyrannies. On peut s'amuser dans la vie politique avec le même principe ou la même technique, si l'on veut. Par exemple, je n'élis pas un dirigeant politique qui est corrompu. On peut universaliser la maxime de cette action : on n'élit jamais des dirigeants politiques corrompus. On voit bien que c'est moral. A l'inverse, prenons la maxime contraire : j'élis un homme politique corrompu. J'universalise cette maxime : nous élisons toujours des dirigeants politiques corrompus. Et nous voyons que cette maxime est donc immorale. Le néoconservatisme consiste à rappeler aux hommes qu'ils doivent essayer de se conduire moralement autant qu'il est possible. Autant qu'il est possible, parce que, bien entendu nous ne sommes pas des anges, nous faisons des erreurs, et quelquefois même, les choix sont impossibles.

2004/11/01

Le Monde's Iraq Coverage

We continue our 60th anniversary special on Le Monde with a special devoted to the independent newspaper's coverage of the war in Iraq.

The 60th Anniversary Celebration of Le Monde

The United States Are Losing Control Over Iraq, bellows a headline on the front page. Bush expoits the fear of terrorist attacks against Kerry tch-tch's another. An editorial chimes in with a spiral of failures, political and military, while Mouna Naïm echoes, The spiral of violence is intensifying in Iraq.

Eric Leser explains that the war is sinking into barbarism, while Michel Bole-Richard and Claire Tréan subtly put the blame for the hostage situation on America (Hostage-Taking, a Weapon in the New Iraqi War). As for acts of terrorism in "this infernal spiral", they are all about the "resistance", the "insurrection", and "the powerful Sunni guerilla forces".

A headline speaks eloquently of Moqtada Al-Sadr as the "Mahdi" he claims to be, with the AFP article lionizing his noble fighters and repeating his claims that the members of his army are fighting for Islam, for Ali, and for his son Hussein, who was decapitated in 680. Needless to say, AFP special envoy Sammy Ketz's article opened with a sentence stating that Najaf's "mausoleum … represents the heart and the soul of the rebellion". Rémy Ourdan shows how Moqtada Al-Sadr's militia is confronted by the choice between "the political path" and the armed fight against the American occupier while Patrice Claude explains how The Battle of Najaf Turns Moqtada Al-Sadr into the 'Resistant Iman'. (That's more good press than Dubya ever received here.) As for Fallujah, notice the tendency to generalize — emphatically: the entire city mobilises [all] its warriors before the assault.

And as far as a Fallujah family is concerned, the mother says "This time, the Americans will destroy everything". Only by reading through to the end are we made to understand that the article includes interviews with members of one family only and that Souham is far more critical of the "Arab fighters who are tough and listen to nobody." (I like what she says afterwards: "They frighten everybody. Even our men dare say nothing to them. Only an old woman, one day, went to an Arab chieftain to protest: 'Why don't you bring your families here, why don't you make them sleep under the bombs with us, then we'll see if you're still as proud and courageous!'")

Never mind. Cécile Hennion et Rémy Ourdan's interview with a "spiritual leader" (where have we heard that one before?) is called "Refusing the occupation, by words and by war". Among other things, Sheikh Mahdi Al-Soumeïdaï defends Bin Laden and France's policy of asking the resistants to join in the talks. And two Sunni guerilla leaders (who prefer to remain anonymous) chime in: "Only France can help us"! Considering Fallujah a worse "genocide" than Darfur, they want France to "go protest at the UN", in addition to… providing weapons and money.

When Colin Powell and Donald Rumsfeld seemed (according to Le Monde) to be asking whether the war hasn't gone wrong, the newspaper of reference lectured: "Two moments of sincerity, two instants of lucidité, which give rise to doubt and to distress and provide contrast with the fashion in which the White House seems to cultivate blindness before a situation which, far from improving, as George W. Bush says, seems to be worsening."

An editorial calls the Iraqi operation a dubious adventure by "the ideologues flanking the American president", while another asks whether it shouldn't be likened to ideological blindness or cynical manipulation, and a third mentions "the presidential propaganda" and "the dead ends of George Bush's policies", adding "A frank left for an America open to the world against a frank and unilateralist right, rarely has the choice offered to Americans been so clear and so important". "French diplomacy can praise itself for having anticipated the difficulties that the Americans and their allies would meet in Iraq after a briskly-led campaign", continues the first, although it adds that one should engage neither in triumphalism nor in the pleasure of having been right too soon. Needless to say, the 2003 edition of Perpignan's photo festival put into doubt the reliability of embedded journalists.

It will be noticed how the French government, the French media, and French citizens involved in the Visa pour l'Image festival all conveniently forgot that what they had warned of was a bloody war that would last forever, thousands of Iraqi refugees lining the roads and creating a "disaster of massive proportions", and a final battle to defend Baghdad that they likened to Stalingrad.

A trip through my files shows that barely two months after the end of the war and far from making any type of mea culpa about its wrong predictions, Le Monde was picking up on new controversies to castigate the Bush government: already on June 17, 2003, Daniel Vernet was using the word "lied" about Washington and London, under a title dripping with sarcasm — Saddam was a baddie, therefore he had prohited weapons.

When Saddam Hussein was captured five months later, Le Monde said, effectively, big deal, although of course, before Saddam's capture, it made a point of wagging its finger and pointing out that under "the American occupation", Saddam Hussein was still on the loose.

In its media pages, Le Monde regularly chooses a foreign newspaper to quote. Strangely, it mostly seems to quote periodicals which agree with the official French positions. Thus South Africa's Mail & Guardian, which condemns Uncle Sam's checkbook diplomacy and castigates Uganda and Botswana as "the good pupils of America-style market economy", (I guess neither it nor Le Monde's own Fabienne Pompey ever heard of France's lucrative business with such thugs as Saddam Hussein), or the summary of an article from Québec's Le Devoir that ridiculed the Patriot Act.

When the independent newspaper must interview somebody, of course it must be a someone from a government-financed agency who can be counted on to spew anti-American messages ("the United States have shown to what extent they intend to remain masters of the political process", "the situation gives the impression of a deplorable waste", "the acting government being perceived as the vassal of its American godfather", "the courage" of Moqtada Al-Sadr), messages that the Le Monde interviewers (in this case, Mouna Naïm), as usual, can be counted on to repeat — and elicit — in their questions ("Isn't the 'new Iraq' being built in the image of the fallen régime: nepotism, corruption, authoritarianism?").

The funny thing (so to speak) is that David Baran says many correct things, but because these truths are considered pro-American ("the parallel [in your question] would appear troubling unless one considers the arbitrariness and the brutality — which are incomparable — of the former régime", "the American intervention [although] perceived as cynical and self-serving, appeared as the only possible solution to an unending status quo; the contest was thus favorable to [Bush's military] intervention"), the (short) sentences in which they appear are inevitable minimized in the following (much longer) groups of sentences to bring about a general anti-American note.

(This is what can be called "token sentences", sentences that, like certain articles, viewpoints, and letters to the editor are added only to a periodical's print edition so that the owners and editors able to say "Oh, well, of course we are objective and allow all viewpoints to be expressed, see the evidence for yourself", although such viewpoints appear only, roughly, 5% of the time.)

For instance, after evoking the disorganization of Iraqi institutions, the humiliated and disappointed population, the resentment of the Iraqis, all the American faux pas, and "the heavy responsability of the United States in the current situation", the whole article (and the interview) ends with a paragraph on the "country where the instability promises to be enduring. The [basic question, therefore, is the following]: For want of a pacified Iraq, how does one manage the instability while preserving the appearances of a certain progress?"

Of course, under Saddam Hussein, you realize, Iraq was stable. And there weren't any journalists to poke their noses around and sniff out the various problems, big or small, real or imagined, that Le Monde is now making such a huge fuss about. Stability in a country where policemen could come into your home, remove your husband, son, or father, you wife, daughter, or mother, and take them away to be "taken care of" in the city jails (or in the killing fields), now that was something.

Compare this to descriptions of the new government and its leader. An editorial states that "By forcefully throwing out journalists from Najaf on Sunday August 15th, the acting Iraqi government has shown that it is no better than so many others, the same government that, shortly before, had closed the Iraqi office of the Arab TV station Al-Jazeera. And that, while Baghdad is the scene of the work of the national conference in charge of putting the first stones for a new 'democracy'. … One might have hoped that the new masters of Baghdad had radically changed methods. Alas! But be not fooled. Nothing that is decided in Baghdad can be so without a nod from the American protector." This is followed by more on the treachery of the Bush administration and the incapability of the American people to see through its deceitful practices.

The editorial ends with an RSF statement full of implications: "the worst atrocities are always committed in the absence of witnesses." Oui, that is exactly what happened under Saddam Hussein, and before him, under Brezhnev, Stalin, and Mao, people, who during their lifetimes, were, if not defended, than equivocated upon by newspapers such as Le Monde. How many editorials did the newspaper of reference write on those autocrats and mass murderers?

Meanwhile, the tragedy of Rwanda — notably on the tenth anniversary of its genocide — is conveniently forgotten. Where China is concerned, the tone is entirely differentLe Monde puts on its kid's gloves (using questions, uncertainty, wiggling, and the passive voice), and all that Jean-Michel Bezat can write abouth the human rights situation there is, blandly, that Chirac is an inconsistent lawyer. As for Russia (which Jacques Chirac placed "at the highest rank among the democracies" for "its respect of outsiders"), at about the time that the Abu Ghraib scandal was still going strong, Le Monde printed a letter sent to Russia's prosecutor by an whistleblower inside the secret service:

Personally, I crippled more than 50 people and I buried 35. [Local FSB head Serguei] Koriakov also said he wanted to get rid of a man who possessed compromising documents. I myself broke the extremities (feet, hands) of the man…
Somewhat worse than what happened to the prisoners inside Abu Ghraib, eh? But how many articles and Plantu cartoons did we see about that? No, instead, Le Monde sent Eric Leser to Maryland to check out on the hometown of the 372nd company of the military police:

"Patriotism is omnipresent in Cresaptown, in the form of flags in front of nearly every house and yellow ribbons as signs of solidarity with the soldiers", he says disapprovingly. (Click here for some thoughts on American patriotism.) Meanwhile, psychoanalyst Jacques Inrep asks, rhetorically, when can we expect an American gulag to appear, implying that the two systems, communism and capitalism, are equally bad (and always were so).

Very few articles on the mass graves, as we know, and as I have said before, the October discovery of one in Kurdistan with skeletons of women, babies, and unborn foetuses was conveniently — I should say "infamously" — ignored.

As for the publication of a detailed list of people paid by Saddam Hussein in crude oil to serve as his lobbyists, "it has had the effect of a damp squib", writes Véronique Maurus in an article entitled (tongue-in-cheek-ly) Saddam Hussein, France, and the Bad Boys. While investigations have been opened in Switzerland, Britain, Jordan, Bulgaria, and most of the concerned countries, either by the courts or the political powers, nothing has happened in Paris (or in Moscow, for that matter).

"Who, in Paris, feels the need to go digging into the old connections linking France to the Ba'athist régime? Even those who used to denounce the weaknesses of the 'military industrial complex' in opposing the ousted dictator prefer obscurity to an unwrapping which might risk to fragilize the country's international position." Well, Véro, I suppose so. But since Le Monde obviously feels the same way, shouldn't it put an end to the farce and stop pretending that it is an independent newspaper?

I guess I could say that as media (or as the fourth power, as your colleague so glibly lectured Americans about), maybe you should do your duty as journalists and maybe you should not let politicians (error-prone individuals, all of them, and everyone a theoretical autocrat, no matter what his or her nationality) ask you to invoke the raison d'état, but, that, I guess, would be forgetting that you are France's newspaper of reference, with all that that means…