2006/04/11

Il apparaît que le journal Le Monde rémunère pour diffuser de fausses nouvelles des journalistes qui ne savent pas lire

Il apparaît que le journal Le Monde rémunère pour diffuser de fausses nouvelles des journalistes qui ne savent pas lire
conclut Jean-Gérard Lapacherie (merci à Lucien).
Le Monde vit d’aides et de subventions publiques. A quoi sert-il au peuple français de payer des impôts, si ces impôts doivent servir à financer la diffusion de fausses nouvelles ? Faut-il que Le Monde méprise ses lecteurs pour leur présenter comme "vraies" des nouvelles aussi manifestement fausses ?

2006/04/08

Pasqua Indicted in the Oil-for-Food Scandal? Hardly a Big Deal, N'est-ce pas?

While Corine Lesnes' two articles on Bush's so far informal troubles, regarding Plamegate as well as the war against terror (articles using harsh words and expressions filled with emotion and whose only domestic quotes come from opponents of the president, quotes which effectively end the article), take up two thirds of a page in the foreign affairs section on page 4; Gérard Davet's single straight-forward, matter-of-fact, ho-hum article on Pasqua's formal indictment in the oil-for-food scandal (Le Monde seems to have waited two or three days after the indictment before printing the piece) is relegated to a sixth of a page (it takes up a quarter page only if you count the Pessin cartoon) in the Politique & Société section on page 14.

A large bulk of the text is filled with quotes by the former interior minister, fellow defendents (and companies implicated, such as Total), and their lawyers (justifications, denials, accusations of witch-hunts, etc).

Okay, okay, so we've reported it. See? See how fair we are? Okay, enough already. Now that that's done — and over with (will you get over it, already?!) — let's get back to serious matters: castigating that horrendous Halliburton, castigating that awful Dubya (i.e., see the top Corine Lesnes article), and castigating that unforgiveable support that Bush has extended to countries such as Saudi Arabia and Pakistan.

"Les Français sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis et s'accrochent alors même que l'arbre est en train de pourrir"

When a law gets enacted by the president of the land, but he says it must not be applied, what is this called?
asks Meg Bortin.
"Abracadabrantesque" is a word the French are using to describe the odd situation facing the country now that President Jacques Chirac has signed his government's youth employment contract into law, while at the same time instructing employers not to use it to hire anyone.

The law has been in effect since Sunday. On Monday, Labor Minister Jean- Louis Borloo caused more bemusement by sending a letter to 220 employer organizations repeating that they should not use the new law for hiring, and informing them that his ministry would not be printing any contracts of the type authorized by the law.

Never the sort to bow to authority, the satirical weekly Le Canard Enchaîné announced Wednesday on its front page that it had nonetheless hired a 25-year-old fellow under the new First Employment Contract, known here as the CPE.

"Nothing could be simpler," it said. "No form, no paperwork to fill in, it can be done in a split-second."

The newspaper also printed a catalog of words commentators have used to describe France's current predicament: "absurd," "incomprehensible," "surreal," "calamitous" and many more.

"Abracadabrantesque," which made the list, was used after Chirac addressed the nation on television Friday night to try to resolve the crisis, which has brought more than a million people into the streets. The head of the opposition Socialists' parliamentary group, Jean-Marc Ayrault, called Chirac's plan an "abracadabrantesque construction" concocted "in the singular aim of reconciling the diktat of his prime minister with the refusal of the French."

The Czechs and Slovaks don't seem to feel much sympathy for the "anachronistic" worries of the French or for "frigid", "sclerotic", and "lazy" France, write Martin Plichta and Anne Rodier, while Jean-Pierre Langellier interviews Chris Patten.
Le problème, c'est qu'ils résistent de plus en plus aux changements qui affectent, surtout, la qualité de vie de certains groupes bien protégés. Les étudiants défendent leur droit à un emploi à vie même si cela maintient au chômage beaucoup d'autres gens. C'est une manière excessivement conservatrice d'envisager la solidarité sociale.

La majorité des étudiants veulent être fonctionnaires. Il est admirable que les Français continuent d'être aussi fiers de servir leur Etat. Mais leur manque d'esprit d'aventure, cette volonté de faire la même chose toute leur vie, je trouve cela assez déprimant.…

On a dit aux Français pendant des années que leur modèle social était parfait. Il est donc difficile de changer de message, à moins d'expliquer clairement le but à atteindre. D'un autre côté, je ressens une certaine sympathie pour un premier ministre qui essaie d'améliorer ce modèle. Dans ce genre de situation, il y a toujours des gens qui disent, après coup, qu'ils s'y seraient mieux pris.

Oui, peut-être… M. de Villepin a au moins essayé. Le pire pour la France et pour ses nombreux jeunes chômeurs serait de renoncer purement et simplement aux réformes.

Pour moi l'essentiel, c'est d'expliquer de manière intellectuellement convaincante que la France ne peut opérer, avec son économie sophistiquée, derrière une sorte de ligne Maginot. L'Europe a besoin d'une France forte et confiante. Sans cela, on est condamné à une croissance chancelante, et on ne pourra résoudre les vrais problèmes démographiques qui nous assaillent.…

D'une personne à l'autre, les styles politiques diffèrent. Mais les syndicats ont-ils vraiment le rôle de faire descendre périodiquement les gens dans la rue pour empêcher les réformes? C'est économiquement inepte et politiquement égoïste.

Will the French ever learn? Don't bet on it. Acknowledging European scepticism, Alain Touraine uses a "but" to come down in favor of French sensibilities. As for the Czechoslovak story, by the use of their vocabulary, typically, the MSM reporters spin it in a favorable way for …the French (the few "solidaristic Czechs", those who are "understanding" and show "sensitivity", are mentioned by Plichta and Rodier, as opposed to the Slovak press which …"went wild").

2006/03/18

The 60th Anniversary Celebration of Le Monde

Comme je poste plus souvent sur No Pasarán ces jours-ci, j'ai inclus un Best Of des posts durant les premiers mois de ce site (vous verrez, peu de choses ont changé en deux ans).

Pour commencer, un survol général du journal Le Monde (in English):

Les Irakiens se plaignent des journalistes occidentaux

"Contrairement à ce que croient souvent les Européens, le fait d'être opposé à l'occupation américaine ne fait absolument pas monter la cote de popularité de l'Europe, ou de tel ou tel pays, en Irak", écrit l'envoyé spécial du Monde à Bagdad dans un article qui dément spectaculairement la thèse hexagonale, comme quoi George W Bush et l'armée US auraient fait déraper la meilleure solution, celle des partisans de la paix.

Au contraire. Justement, un Bagdadi racontait à un autre journaliste son peu d'estime pour les journalistes français. "Ils viennent ici nous parler en mal des États-Unis d'une façon stupide. Ils s'en fichent, des crimes de Saddam Hussein." Et ce n'est pas que les Français, note un peintre : "Tout ce que veulent les journalistes européens et arabes, c'est que nous fassions des commentaires antiaméricains." Pis, on entend beaucoup d'histoires concernant des envoyés spéciaux qui mettent en scène des "infos" afin de discréditer les U.S. "Ces journalistes sont venus ici avec tous leurs préjugés" grogne un autre Bagdadi. "Ils ne sont intéressés par rien qui puisse contredire leur point de vue antiaméricain."…

Lire la suite…

"Presque tous … pensent que la France a défendu Saddam…"

Le 24 mars 2004, l'un des envoyés spéciaux du Monde en Irak s'est entretenu avec les lecteurs via un chat par internet. Morceaux choisis.
Raph : La reconstruction se passe-t-elle bien ? Le changement de pouvoir est-il aujourd'hui perceptible ?
Rémy Ourdan : Le changement de pouvoir est évidemment très perceptible. Passer d'une dictature stalinienne comme celle de Saddam Hussein à l'occupant américain génère des sentiments très mêlés dans la population. …

Xtof : Quel est le souhait principal des Irakiens à ce jour ? Voir les Américains partir ?
Rémy Ourdan : Leur souhait principal serait d'avoir un pays stabilisé et serein. Evidemment, beaucoup réclament publiquement le départ des troupes américaines, estimant qu'elles sont partiellement responsables du chaos. Mais beaucoup d'autres reconnaissent aussi, en privé, que ce départ pourrait laisser la place à un glissement vers la guerre civile. S'il fallait résumer l'opinion ambiguë des Irakiens, on pourrait dire qu'ils veulent voir la fin de l'occupation de leur pays, tout en continuant à réclamer une aide étrangère, car ils ne croient pas que les Irakiens seuls puissent réussir le pari d'une paix durable.

Ben : Comment les irakiens perçoivent-ils les débats sur les armes de destruction massive (ADM) ou la légitimité de la guerre ?
Rémy Ourdan : Pour les Irakiens, le débat sur les armes de destruction massive est une affaire très mineure. Ils répètent souvent que le principal fut la chute de Saddam Hussein et qu'aujourd'hui le principal serait de retrouver la souveraineté et la paix. …

Richard75 : Il semble que les Irakiens (même lorsqu'ils sont anti-américains) aient un sentiment antifrançais virulent car ils pensent que la France a tenté de sauver Saddam. Pouvez-vous confirmer ou infirmer ?
Rémy Ourdan : Ce sentiment est très fort en Irak. Presque tous les chiites, presque tous les Kurdes et beaucoup de sunnites pensent que la France a défendu Saddam Hussein pour protéger une vieille amitié et de soi-disant intérêts économiques et pétroliers. Par ailleurs, beaucoup d'Irakiens sont fâchés contre la France à cause de son attitude après la guerre. …

Read Douglas's English translation…

Le Bien et le Mal, version française

Sur la une du Monde du 24 mai 2003, Plantu a fait un dessin (d)étonnant. Il a rendu la bannière étoilée, mais à la place des rayures rouges, il a campé des… serpents (avec un jeu de mots sur "les couleurs"/les couleuvres). Tandis que la langue fourchue de l'un des serpents forme la lettre Y du slogan "I love NY", deux autres serpents rentrent, tête première, dans les bouches de Dominique de Villepin et de Kofi Annan, qui annonce "On a juchte fait quelques conchechions".

Alors qu'apprenons-nous dans ce dessin, que faut-il tirer de tout cela? (Et cela, rappelons-le, de la part de quelqu'un qui se compte parmi les êtres prééminents de cette foule fière qui se proclame au-dessus des religions et des haines dépassées, et qui aiment se moquer tant de la religiosité des Américains que de la propensité de Bush d'évoquer le Bien et le Mal.) Seulement que de Villepin et Annan avalent des couleuvres? Non. D'abord, que les USA (ou leurs dirigeants) sont associés avec le diable ou, si l'on préfère, tout ce qui est (qu'on l'entende de façon religieuse ou non) diabolique ; ensuite, que les gens qui ont sympatisé avec les victimes de Manhattan le 11 septembre ne comprennent pas qu'ils ne peuvent qu'être les victimes manipulées par des machinations diaboliques ; enfin, que quiconque ne s'oppose pas complètement aux États-Unis ou à leurs leaders (car on voit difficilement de Villepin comme une marionnette des Américains) — que ce soit des Français, des Africains, des Américains, des New Yorkais, ou autre — est un salaud, un lâche, un traître, une caniche, un lèche-c*l, ou une personne aveuglée ou manipulée. (Par contraste, est-il sous-entendu, tous ceux qui s'opposent aux Yankees sont des braves sans peur et sans reproche, des hommes, des vrais, des camarades à prendre dans les bras sans hésitation.)

Ohlala, que cette opinion est d'une subtilité absolument déconcertante! J'en ai la tête qui tourne… Ça doit être ce raffinement et ce cosmopolitisme que d'aucuns, en France, se vantent sans cesse de posséder (surtout par rapport à ces simplistes d'Américains).

Maintenant, venons-en à la cerise sur le gâteau. Le titre principal sur la une du quotidien de référence de ce jour (juste à côté du dessin de Plantu, donc) se trouve être Iraq : la France s'inquiète du ressentiment américain. Ah booonnn… on s'étonne qu'il puisse y avoir du ressentiment aux States? Allons donc! Ne dites pas ça! C'est sûr que c'est extrêmement étonnant quand tant les dessinateurs que les journalistes et les politiciens (et les citoyens!) en France comparent les Yankees (ou leurs leaders) à des forces maléfiques (dans le sens religieux ou non), et quand ils répètent sans cesse que l'Amérique et/ou leur société est le symbole de tout ce qui va mal (pour ne pas dire "tout ce qui est le Mal") dans le monde, et que de tous les dangers que recèle cette planète, ce sont les Américains qui en incarnent, et de loin, le pire. (Sans parler du fait de prôner qu'entre l'Amérique et les Taliban, qu'entre Bush et Ben Laden, ou qu'entre Blair et Bush et les deux fils de Saddam, c'est du pareil au même, si ce n'est que ce sont les Anglo-Saxons qui sont le plus à condamner.)

Le Monde admet que Bush n'a pas menti sur les ADM de Saddam…

…

et…

…s'empresse de dissimuler l'article à la page 32 !

Cinq experts internationaux balayent la théorie comme quoi George W Bush et Tony Blair auraient menti sur la menace des ADM irakiens, mais ce fait est soigneusement caché par le quotidien de référence.

Comment? En publiant cette information d'une valeur capitale sur sa page consacrée aux Médias, dans le cadre de sa revue de presse d'une publication sœur.

Et, comme on peut s'en douter, le titre ainsi que le sous-titre sont d'une discrétion extrême (La question de l'armement de l'Irak n'est pas tranchée : Dans la revue "Politique étrangère", cinq experts alimentent le débat sur l'existence des ADM).

Et quoi de plus normal, après tout? Le contenu de l'article du 2 avril 2004 réfute, contredit, et dément complètement la campagne que d'aucuns mènent pour endommager Bush et Tony Blair quant à leurs "mensonges" à propos des armes de destruction massive de Saddam Hussein comme étant l'une des raisons principales pour attaquer l'Irak du boucher de Bagdad. Dans la mesure où des mensonges doivent être évoqués, l'article délare non seulement que si "de grossiers mensonges" ont été proférés, ils l'ont été par "certains des plus hauts responsables irakiens" (répondant aux questions des inspecteurs de l'ONU) ; il suggère aussi que de continuer à évoquer les mensonges de Deubeliou est trompeur (pour ne pas dire mensonger)...

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Tout moyen est bon pour caricaturer le leadership américain

Plantu nous donne encore un de ses dessins avec cette subtilité, ce raffinement, et ce cosmopolitisme dont seuls les Français détiennent le secret.


Washington est en proie aux convulsions d'un scandale majeur. George W Bush s'est dit écœuré par les photos émanant de la prison de l'Irak. Le président a promis qu'une investigation serait lancée. Quant au Général Antonio Taguba, par qui le scandale est venu (à travers son rapport), il a conclu qu'aucun ordre direct avait été donné pour harceler ou torturer les détenus. Se référant aux gardiens d'Abou Ghrabi, il a précisé : "je pense qu'ils l'ont fait de leur propre gré."

Mais — qu'importe! Car… toute occasion est bonne, n'est-ce pas, pour dépeindre les Américains comme des racistes sadiques, des ultra-nationalistes, des sales hypocrites pour ne pas sauter dessus. Et qu'importe, alors, toutes les "indices" qui indiqueraient des conclusions contradictoires.

La lutte anti-Bush est importante, nous explique-t'on, vitale même, voire sacrée, il ne faut laisser aucune occasion pour lui rentrer dans les plumes, quel que soit le degré de validité de la raison en question. Lancez-lui le plus possible d'arguments sectaires "sur la gueule", Dieu reconnaîtra les siens.

Dans une affaire semblable, mais en Allemagne, David Kaspar répond ainsi (à l'accusation du Spiegel que "les valeurs morales [de la démocratie occidentale] apparaissent, et sont maintenant documentées, comme de la pure hypocrisie") : "Dans sa quête incessante pour fustiger l'administration Bush, l'hebdomadaire semble avoir complètement perdu tout contact avec la réalité … Le fait que l'Amérique mène une enquête sur la situation et la rectifie (comme se doit de le faire toute démocratie) est minimisé. Spiegel Online dépeint la situation comme si les Américains tuent et torturent en Irak sur les ordres directs du gouvernement, ce qui met la nation au même niveau que Saddam Hussein et Kim Jong Il."

"Mais alors il convient de se demander : Si le gouvernement approuve ces actions, pourquoi s'excuserait-il et pourquoi mènerait-il une enquête ? Comment un gouvernement dans lequel 'le Sénat a voté, lundi, à 92 contre 0, de condamner les abus des prisonniers irakiens dans la prison d'Abou Ghraib [et] de mener pour une enquête complète' pourrait-il encore approuver des actions pareilles? Comment un président qui a exprimé son 'dégoût profond et son incrédulité' devant ces photos pourrait-il encore approuver de telles actions?"

"La réponse : … C'est le scénario habituel: si on repète un mensonge assez haut et fort et assez souvent, les gens pourraient commencer à le croire. Surtout si ces gens ont déjà des tendances pour le Yankee-bashing."

Et voilà que nous arrive d'Irak l'histoire d'un Américain autrement plus maltraité que les prisonniers humiliés d'Irak, puisqu'on l'a… décapité. Mais — qu'importe! Les gens qui se sont rendus coupables de ce meurtre, "il faut les comprendre". Et on ne versera guère plus de temps (ou de larmes) sur cette histoire qu'il le faut.

Pour revenir à l'image de Bush en membre (en grand dragon?) du Ku Klux Klan : en ce qui concerne le racisme en Amérique, et dans l'Armée US, serait-il juste de le définir comme étant dirigé envers ceux qui ne seraient pas de la majorité WASP (White Anglo-Saxon Protestants) — ceux qui ne seraient pas des protestants anglo-saxons blancs?

Dans ce cas, certains seraient peut-être intéressés de savoir que le général qui a rédigé le rapport sur le scandale d'Abou Ghraib est… d'origine philippine. Pour ne prendre que l'histoire très récente, on notera qu'un ancien général-en-chef est noir (il est depuis devenu secrétaire d'état ; à une époque, c'était l'individu qui a recueilli le plus de points dans l'histoire des sondages de ceux que les Américains voulait choisir pour devenir leur président). Un autre est d'origine slave. D'autres généraux sont asiatique ou hispanique. Et évidemment, un des gros bonnets en Irak est d'origine… arabe.

Mais, évidemment, cela n'est pas quelque chose qui contribue au combat sacré contre George W Bush et la société horrifiante qu'il représente. Donc, on le notera très vite en passant (ou en disant "Ça ne veut rien dire") et on l'oublie avant de passer à l'attaque suivante sur l'Oncle Sam.

Read the English version



En lisant Libération, W confirme sur MiF :
"Le meurtre par décapitation de l'américain Nick Berg mérite un paragraphe sous la rubrique 'Faits du Jour' (qui contient 6 dépêches en tout) sur la page 6 dans l'édition d'aujourd'hui (par opposition à la vingtaine de pages, couvertes de photos agrandies, au sujet du bizutage de terroristes que nous voyons depuis quelques jours)."

Même les traducteurs sont activistes au Monde

Douglas envoie une autre missive au journal Le Monde. (Comme d'habitude, elle n'est pas publiée.)
Messieurs,

Je tiens à vous dire que j’ai tout particulièrement apprécié la façon subtile dont vous avez dénaturé le titre de l’essai de Michael Ignatieff sur la guerre en Irak, paru dans l’édition du 21 mars [2004]. Comme il traitait de l’année écoulée depuis le déclenchement de la guerre, les éditeurs du New York Times ont préféré “The Year of Living Dangerously”, rendant ainsi hommage au film de Peter Weir (1982). Pour vous, cela n’était évidemment pas assez dur et votre traductrice Florence Lévy-Paoloni a eu assez d’esprit (voire de toupet) pour inventer ce “Comment j'ai changé d'avis sur l'Irak". C’est très bien... sauf que c’est un peu malheureux étant donné que M. Ignatieff écrit lui-même que “personne ne peut honnêtement dire ... si [ces morts] seront rachetées par l'émergence d'un Irak libre ou rendues inutiles par un plongeon dans la guerre civile”.

M. Ignatieff s’oppose maintenant à la guerre? Votre embarras est compréhensible.

Au fait, “changer d’avis” est une traduction bien abusive de la phrase anglaise (“to have second thoughts”) qu’emploie M. Ignatieff. Mon dictionnaire anglais-français (Collins-Robert 1994) préfère “commencer à avoir des doutes,” ce qui est sûrement plus proche des intentions de cet auteur. Qu’est-ce qui a pu pousser Mme. Lévy-Paoloni à faire dire à M. Ignatieff quelque chose qu’il ne pense pas? C’est curieux: je vois que Mme. Lévy-Paoloni a également traduit les ¦uvres du journaliste anti-guerre britannique Robert Fisk, de l’inspecteur onusien renégat Scott Ritter (deux fois, même), de l’ancien ministre britannique des affaires étrangères Robin Cook (lequel a démissionné par opposition à la guerre), de l’écrivain anti-américain Gore Vidal, de Friedrich Engels et aussi de l’écrivain israélien Amos Oz (lorsque celui-ci s’est prononcé contre la guerre en Iraq).

Peut-être que Mme. Lévy-Paoloni est-elle donc une traductrice activiste? N’empêche... sa formule vous a permis de mettre l’essai de M. Ignatieff à profit idéologique... Je vous en félicite! Tout comme je vous félicite de ne pas avoir fourni un lien sur lemonde.fr à l’article de M. Rémy Ourdan sur les très dures opinions irakiennes sur la politique étrangère française. Il n’eut pas été bienséant de laisser ces internautes qui aiment tant “Comment j'ai changé d'avis sur l'Irak" voir que les Irakiens sont en réalité très peu reconnaissants envers les Français (sauf André Glucksmann et quelques autres, peut-être). Mais à mon avis, ce qui couronne votre effort, c’est votre édito du 19 mars qui se voulait un démenti sur les prétextes de cette guerre: cela est paru deux jours après la publication des résultats d’un sondage de l’opinion irakienne commandé par quatre agences médiatiques anglophones (dont le BBC) qui montrait à quel point le peuple irakien est aujourd’hui optimiste... malgré tout. Heureusement qu’on a pas parlé de ça dans Le Monde.

Il n’y a pas toutes les vérités qui sont bonnes à dire!

Bien à vous,

Read Douglas's description in English…

2006/03/08

Rappels concernant les caniches et l'opinion publique

1) Depuis mars 2003, il y a eu des élections (ou des remaniements de gouvernement) au Japon, en Australie, aux States, au Danemark, en Italie, en Angleterre, en Pologne, et en Espagne et partout (sauf là où des bombes opportunes ont éclaté trois jours avant les élections), les caniches ont gagné les élections. Évidemment, on se doute que certains Français (grands spécialistes sur le Japon, l'Australie, les States, le Danemark, l'Italie, l'Angleterre, et l'Espagne) ont une explication toute faite ; ces populations n'ont pas voté pour la guerre, mais en dépit de la guerre. Seulement voilà, comment expliquer alors des phrases telles "Bush est une calamité rejeté par TOUT LE MONDE ... le dossier pro-guerre était si indéfendable qu´on a pas eu de besoin de débattre"?

2) Tony Blair, une caniche?
Et pourquoi les Belges et les Luxembourgeois ne seraient-ils pas les caniches des Français? Et pourquoi les Belges, les Luxembourgeois, les Français, les Allemands, et les Russes ne seraient-ils pas (n'auraient-ils pas été) les caniches de Saddam Hussein? Tout ça sent l'opinion auto-congratulatoire. Par ailleurs, no Briton should worry about his or her country serving as "a foreign policy satellite of the United States". Whenever I hear the nonsense about London being the poodle of the American democracy, I think back to the early days of World War II: when most of Europe was, willingly or not, sucking up to the Nazi dictatorship, the British bulldog was virtually alone in its resistance to becoming the poodle of what was Hitler's view of European integration (Read more)…

3) Pas moins que le membre du PS le plus populaire était en faveur de la guerre et pour cela, les autres dirigeants ont complètement marginalisé Bernard Kouchner. Dans mon livre, j'évoque le cas d'un défenseur de la guerre, Pascal Bruckner, qui raconte ce que lui coûta sa franchise dans le pays cartésien, dans le pays vantant l'ouverture, le dialogue, le respect, et la tolérance. «J’ai connu les insultes dans la rue, les menaces téléphoniques. Mes copains beurs qui me disaient : “Tu es tombé sur la tête” ... Ceux de la revue Esprit m’ont lâché ... Je me suis senti très seul.»
C'est ça l'atmosphère de l'amour des débats démocratiques? Dans un tel atmosphère, qui osera avouer pleinement son accord, ne fût-il que partiel, avec Deubeliou?

4) Ces mêmes Français pacifistes qui ont loué Chirac d'avoir au moins eu les couilles d'avoir opposé les Bush sont les mêmes qui n'ont absolument pas réagi quand le gouvernement français, en compagnie de leurs homologues allemands, a essayé de reprendre la vente de armes à la Chine. Avec tout l'intérêt que certains Français ont dans le domaine de l'opinion publique, ils pourraient se demander comment cette position de la part de l'Europe éminemment pacifiste est perçue à Taiwan, au Japon (encore lui), et au Vietnam, entre autres. (Car en France -- mais c'est normal, puisque l'Oncle Sam n'est pas impliqué -- on s'en fout.)

5) Toutes ces opinions publiques sont certes intéressantes, à ceci près ; la plupart impliquent des gens qui sont peu concernés par la guerre en Irak, sinon pas du tout. Et les Irakiens, qu'en pensent-ils? Dans mon livre, j'évoque les nombreux sondages pris depuis trois ans (soigneusement ignorées dans les médias français), et dans toutes, la vaste majorité des gens disent que la vie s'est améliorée et qu'ils voient l'avenir avec PLUS d'optimisme.

Dans un rare intérêt pour les opinions des propres Irakiens, Le Monde a écrit que "La politique de la France reste très vivement critiquée par les Irakiens" :
Il est presque impossible, hormis chez les responsables baasistes déchus, de trouver quelqu'un qui soutienne la position de Paris dans la crise . La politique de la France reste très vivement critiquée par les Irakiens. Contrairement à ce que croient souvent les Européens, le fait d'être opposé à l'occupation américaine ne fait absolument pas monter la cote de popularité de l'Europe, ou de tel ou tel pays, en Irak. C'est un paradoxe, mais c'est une réalité.
Voilà une chose, apparemment, pour laquelle nombre de Français montrent peu d'intérêt (tout comme Le Monde, qui s'est bien gardé depuis de donner la parole aux Irakiens).

6) Pour en finir avec la sagesse supposée de l'opinion publique, sachez que dans les années 1930, 12 millions de Britanniques ont signé une pétition pour la paix, pétition pour la paix qui a été envoyée au Führer, Adolf Hitler. Voilà, personne n'en doutera, une magnifique leçon de sagesse populaire !

2006/02/22

George Clooney Movie Again Makes the Cover of a Leading French Daily

What is the most important event on the past 24 hours, one that warrants an over-sized photo on the cover of Le Monde, i.e., a supposedly serious and objective newspaper dealing with vital international affairs?

Well, if there is a Hollywood movie castigating America's reigning neoconservatives coming out, then that would be it. And so we have an oversized picture from the Participant Productions movie Syriana with an accompanying article on the "cinema of responsibility". (Notice that the translator has mistranslated a phrase in the final paragraph of Thomas Sotinel's interview of George Clooney: the actor must have said "We [liberals] were against the witch trials" in the McCarthy era, but this has been translated as "We… were against the trials of witchcraft.")

The only other photo on the cover is an ad for the Terrence Malick movie The New World; the only other image, a Plantu cartoon.

This, of course, is only the second Hollywood-movie-that-happens-to-demonize-Uncle-Sam's-policies to make the cover of a French daily in seven weeks.

2006/01/14

Comment s’appelle ce continent ?

In reply to François Laudet's Comment s'appelle ce pays?, Letelon bestowed upon the Libération reader the title L'antiaméricain de décembre (Professor Sitt, meanwhile, picks apart Laurent Mauriac's economic knowledge or lack thereof), while I penned the following (which, as far as I know — and to noone's surprise — has not been published in Libération):
Comment s'appelle ce continent qui met tous ses problèmes — et tous les problèmes du monde — sur le dos de l'Oncle Sam ?

Comment s'appelle ce continent qui donne des leçons de pacifisme aux Yankees mais qui parle ensuite de "ménager les sensibilités russes" et s'empresse de vendre des armes aux va-t-en-guerre chinois ?

Comment s'appelle ce continent qui n'aime rien de mieux que dénoncer le mensonge, sauf quand c'est dans ses propres palais présidentiels ou au sein de l'ONU (cf. pétrole-contre-nourriture) ?

Comment s'appelle ce continent dont les habitants ont soutenu l'esclavage, exporté leurs esclaves vers le Nouveau Monde, massacré les indigènes dans toutes leurs possessions (depuis celles en Amérique à celles en Afrique et Asie), mais qui, de nos jours, se bornent à se scandaliser devant le traitement des Noirs et des Indiens aux Etats-Unis d'Amérique ?

Comment s'appelle ce continent qui s'étouffe de colère devant les politiques extralégales de Bush et qui prétend œuvrer pour le droit international mais dont les juges se bornent à poursuivre de vieux dictateurs déchus, tout en laissant vaquer à leurs occupations les autocrates de Cuba, de la Corée du Nord, du Zimbabwe et (avant 2003) de l'Irak ?

Comment s'appelle ce continent avec les porteurs de messages auto-congratulatoires, les visionnaires ô combien lucides, et les donneurs de leçons pour les Ricains, leçons qu'ils se gardent bien de suivre eux-mêmes ?

Ce continent s'appelle l'Europe...

2005/12/20

"Je suis en colère envers ceux qui mélangent les crimes des Américains avec ceux de Saddam, sans commune mesure"

The youngest Hakim detained was only 14. His father and two brothers, together with 13 other relatives, were executed within the first weeks of detention. He and the rest were held in Abu Ghraib, 22 in a cell that measured 4mx6m. There was no running water and a hole in the corner served as a toilet. Recounting his detention in the book, Abdoul al-Hakim says: "The worst moments? It was all terrible, but the worst was the fear of being executed. Each time we heard the lock turn we were silent; it could be the moment to leave, for me, for another. I am angry with those who mix the crimes of the Americans with those of Saddam when they are not comparable."
The best riposte to the God-damn-America camp, Rebecca Weisser notes (merci à RV), is a scholarly and sober 700-page volume that has just been published.
Le Livre Noir de Saddam Hussein (The Black Book of Saddam Hussein) is a robust denunciation of Saddam's regime that does not fall into the trap of viewing everything in Iraq through a US-centric prism. The writers - Arabs, Americans, Germans, French and Iranian - have produced the most comprehensive work to date on the former Iraqi president's war crimes, assembling a mass of evidence that makes the anti-intervention arguments redundant.

…The obsession of many journalists and commentators with the fruitless hunt for chemical, biological and nuclear weapons has meant much of the evidence of Saddam's atrocities in liberated Iraq has been under-reported. Sinje Caren Stoyke, a German archeologist and president of Archeologists for Human Rights, catalogues 288 mass graves, a list that is already out of date with the discovery of fresh sites every week.

"There is no secret about these mass graves," Stoyke writes. "Military convoys crossed towns, full of civilian prisoners, and returned empty. People living near execution sites heard the cries of men, women and children. They heard shots followed by silence."

…Saadoun Kassab, an engineer who helped build Abu Ghraib in 1957, a prison that was designed to hold 4000 prisoners, was later to be held there for a year. He told Chris Kutschera, the book's editor: "When I was imprisoned in Abu Ghraib in 1985, there were 48,500 prisoners. I was imprisoned for eight months in a space 1mx1.5m, a box. I was sometimes in there for a fortnight without going outside. I wanted to be interrogated to get outside, to see daylight and human beings. All that because I said hello to Saad Saleh Jaber [son of a former Shi'ite prime minister from the time of the monarchy]. I saw people die."

…In Saddam's Iraq no one, not even the dictator's closest relatives and collaborators, was safe. Tariq Ali Saleh, a former Iraqi judge and the president of the Iraqi Jurists Association, writes that during the reign of the Baath party from 1968 to 2003, the security services arrested and imprisoned people without charging them, with no access to a lawyer or contact with their family. Everyone was targeted, including women and children. Torture was systematically used to secure confessions including beating, burning, ripping out finger nails, rape, electric shocks, acid baths and deprivation of sleep, food or water.
While the "robust denunciation of Saddam's regime that does not fall into the trap of viewing everything in Iraq through a US-centric prism", unfortunately the editor could not refrain from putting up precisely those parts of Bernard Kouchner's introduction that form an anti-American, pro-peace-camp diatribe on the back cover (see Présentation de l'éditeur).

"Équilibrer” le positif en grossissant démesurément le négatif : l’un des point d’ancrages du discours du Monde sur l’Amérique depuis 1944

En s'adressant à "Mademoiselle Le Monde" en personne et en citant une édito écrite "avec la délicatesse qui vous caractérise", un internaute explique à quel point l'édito du Monde sur les élections irakiennes était partisan (thanks to Alex).
… à votre corps défendant, vous êtes contrainte et forcée de reconnaître que la politique de Bush porte ses fruits. C’est un peu embêtant … Ne nous affolons toutefois pas; dès le deuxième paragraphe, et jusqu’à la fin de votre dissertation (félicitations anticipées pour cette belle cohérence), vous retournez brillamment la situation en neutralisant tous les aspects positifs; pour finir, le progrès n’était pas aussi “indéniable” que ça …

Pour effacer la note positive que constitue l’introduction, il suffit d’”équilibrer” le positif en grossissant démesurément le négatif. Le lecteur lambda est d’ailleurs bien préparé à cette tactique, car, depuis votre naissance en 1944, ça été l’un des point d’ancrages de votre discours sur l’Amérique, à de rares exceptions près. Félicitations encore pour cette persistance obstinée qui est tout à votre honneur. Vous avez bien fait de ne pas mentionner les écoles, les universités, les hôpitaux, l’infrastructure reconstituées par les américains en Irak, le boom financier et immobilier, les morts plus nombreux qu’aurait provoqué le maintien au pouvoir de Saddam, la liberté enfin trouvée, les sondages qui confirment l’optimisme des Irakiens quant à leur futur.

… La tactique que vous avez adoptée est donc la bonne. Si beaucoup d’éléments commencent, depuis un certain temps, à pointer vers un succès de la politique bushiste, il suffit de le nier et de créer en lieu et place une catastrophe qui n’a d’existence que verbale. Bel effort!

2005/12/12

Les Américains ignares parlent-ils de Jack Chirac et de Francis Mitterrand?

Ça fait seulement cinq ans qu'il est président (auxquels il faut ajouter les quatre de son père homonyme) et ils ne savent toujours pas écrire son nom…

Et ça fait combien d'années que Condi fait partie de l'administration?

2005/12/07

Mon livre est publié !

Mon livre, La Bannière Étalée, est paru le 7 décembre 2005. Voici la description sur le dos du livre :

Un arsenal impressionnant de preuves à l'appui, La Bannière Étalée démontre de façon irréfutable que, contrairement à ce que pensent nombre de Français, leur opposition à Washington ne s'explique pas seulement par leur lucidité innée, par la présence de George W. Bush à la Maison Blanche, et par les supposées injustices de la politique étrangère des États-Unis.

De la guerre froide à la crise irakienne, de la malbouffe au protocole de Kyoto, de la misère aux USA au "capitalisme sauvage", Erik Svane démonte un à un les arguments de la presse française, les examine minutieusement, et démontre que l'existence de l'anti-américanisme s'explique simplement par une partialité aiguisée et par de (trop) nombreuses instances de préjugés.

Erik Svane ne se borne pas à décrire l'anti-américanisme qu'il observe quotidiennement et à expliquer à quel point l'obsession anti-américaine régit la politique étrangère de la France depuis plus de 60 ans, il lève le voile sur la façon dont les décisions partiales du Quai d'Orsay, souvent portées aux nues en France, sont perçues ailleurs dans le monde : que ce soit au pays des "cowboys", dans les autres pays européens, ou dans l'Irak post-Saddam Hussein.

Voici un extrait…

2005/12/04

Sous le discours tellement compréhensif, il est clair que nous ne sommes pas sincères dans notre compassion

Les partis pris du Monde ont été assez flagrants ces derniers jours, comme l'ont été les infos que le quotidien de référence a décidé de minimiser ou de ne pas publier du tout…

La bonne nouvelle est que Sophie Gherardi, Patrick Jarreau et Nicolas Weill ont donné la parole à Pierre Manent, qui enseigne l'histoire des idées politiques à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, dans le cadre de l'Institut Raymond- Aron.

…A partir de [la crise de la Constitution de la Ve République inaugurée par la cohabitation, en 1986], on a accepté que les institutions fonctionnent selon la lettre de la Constitution, mais en parfaite contradiction avec son esprit. Le propos du général de Gaulle, bon ou mauvais, avait été de renforcer l'exécutif. Non seulement la cohabitation a fait fonctionner la Constitution de la Ve République à l'inverse de son propos originel, en divisant l'exécutif, et donc en le paralysant, mais encore elle a complètement vidé le système français de sa capacité représentative.

…[En parlant d'aberrations électorales, je] pensais d'abord au 21 avril [le premier tour de la présidentielle de 2002]. Avec la cohabitation, les grands partis de gouvernement, de centre droit et de centre gauche, ont subi une érosion de leur légitimité, mais aussi de leur responsabilité. Ils ont pour ainsi dire intériorisé la paralysie de la cohabitation, même quand ils ont, en principe, tout le pouvoir.

…Le problème est que l'Europe a commencé par une formule et a, ensuite, basculé dans une autre. Tant qu'il s'agissait d'une coopération entre vieilles nations qui acceptaient certaines mises en commun, tout allait bien. La vie nationale continuait et une nouvelle vie européenne se formait. Mais à partir d'une certaine date, disons Maastricht, l'Europe s'est mise à vider de leur légitimité les corps politiques nationaux.

…La "crise du sens" n'est pas plus grande à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) qu'à Neuilly (Hauts-de-Seine). Je crois qu'on ne gagne rien à tenir, de manière toujours plus emphatique, le discours sur les valeurs républicaines. Tous les partis prêchent ces valeurs depuis vingt ans : avec quel résultat ?

…La notion d'intégration est ambiguë. A quoi s'intègre-t-on ? Si c'est à la France, c'est à une nation particulière, avec ses moeurs, son histoire. Si c'est à la République, c'est à un régime de règles, à un ensemble de principes libéraux et démocratiques que l'on retrouve dans tous les pays comparables. Quand on parle d'intégrer ces jeunes à la France, qui elle-même s'intègre à l'Europe, laquelle à son tour s'intègre dans la mondialisation, la confusion est complète.

…Sans le connaître, il me semble que Nicolas Sarkozy a une certaine sensibilité à l'état de la France, et pas seulement à l'état de l'opinion. S'agissant de la population des banlieues, il a senti que sous le discours tellement compréhensif à l'égard des jeunes il y avait une grande indifférence. Il est clair que nous ne sommes pas sincères dans notre compassion, sinon un pays comme le nôtre aurait obtenu d'autres résultats dans les banlieues. Le diagnostic de M. Sarkozy a été que les jeunes gens avaient besoin de plus de sévérité et de plus de générosité. Sur ce point au moins, il a saisi quelque chose de juste : il faut remplacer le couple bienveillance-indifférence par le couple sévérité-générosité.

… J'ai peur qu'une certaine rhétorique de la grandeur française ne soit qu'une compensation de la perte de confiance dans nos capacités.

…La France est effectivement le seul pays où "libéral" est devenu une insulte. C'est très troublant, car si le libéralisme ne donne pas réponse à tout, aller contre lui ne conduit qu'à l'autodestruction ou la paralysie. Il n'y a pas de parti libéral en France, et guère plus ailleurs, mais tous les partis responsables sont en quelque mesure libéraux. Pourquoi ? Parce que le libéralisme est la formulation des règles fondamentales de la civilisation moderne — liberté de conscience, de religion et d'expression d'un côté, et, de l'autre, acceptation du commerce comme moyen de régulation, plutôt que la guerre et l'économie de commandement.

Le libéralisme implique une certaine disposition à l'action, il suppose que la liberté est désirable et qu'on peut en faire quelque chose. Il doit donc être accompagné d'un sentiment de confiance dans ses forces propres. …

Les Français préfèrent dès lors s'accrocher à ce qu'ils ont — et beaucoup ont quelque chose. Le système français est extrêmement protecteur pour ceux qui ont déjà quelque chose, et terriblement dur pour ceux qui n'ont rien.

Connaissez-vous réellement la personne qui vit près de vous ?

Miroir de Femmes, le nouveau genre du suspens psychologique :
Ce thriller sur fond sociopolitique, dérangeant et provocant précipite le lecteur dans un monde de mensonges, de mystification et de corruption au sein duquel se mêlent suspicion, meurtre et sexe. Après avoir fini ce thriller énigmatique qui explore la mémoire, les fantasmes et les pulsions les plus enfouis, une seule question restera posée :

Connaissez-vous réellement la personne qui vit près de vous ?