2004/10/26

Bush est-il le pire leader au monde aujourd'hui?

Quand on lui dressa l'inventaire des péchés de la démocratie libérale il y a une soixantaine d'années, Winston Churchill ne put qu'acquiescer : "la démocratie est en effet le pire système de gouvernement qui soit…" Il fit une pause, avant d'ajouter "…à l'exception de tous les autres."

C'est ce à quoi je pense quand je lis, ou quand j'entends, pour la énième fois, la liste des infamies supposées de George W Bush, et que je suis supposé comprendre en quoi le tout dernier exemple est censé prouver à quel point les Américains (ou leurs dirigeants) sont mesquins, simplistes, bornés, fourbes, et/ou avides de dollars ou de pouvoir.

Il est de bonne guerre, en France (et en Europe), de dresser l'inventaire des péchés dont ce désastre de Dobeuliou est, ou serait, coupable, et pour lequel les Américains devraient à tout prix voter contre lui le 2 novembre. Or, une examination minutieuse et objective des autres dirigeants de ce monde montre que le cow-boy texan est en effet le pire leader sur la planète, à l'exception… de tous les autres.

Prenons la question du mensonge. D'abord il convient de dire qu'accuser Bush d'être un menteur pour avoir invoqué les armes de destruction massive comme raison pour envahir l'Irak, cela équivaut à accuser Eisenhower ou Roosevelt (ou encore Churchill) d'avoir menti aux Rangers qui prirent d'assaut la Pointe du Hoc le 6 juin 1944, alors que les canons allemands à grosse portée qu'ils étaient censés neutraliser (des engins qu'on pourrait très facilement qualifier d'armes de destruction massive, justement) ne s'y trouvaient plus.

Mais si on insiste pour qualifier de telles erreurs des services de renseignement comme des mensonges, force est de reconnaître que, de mensonges dans l'arène international, il y en a beaucoup d'autres, et d'une nature autrement grave.

Avec, en premier lieu, ceux de Saddam Hussein, qui éclipsent tout ce qu'a pu dire président américain (et de loin). Se focaliser sur les mensonges de W, c'est oublier l'historique de mensonges, bien établie, du Raïs, qui fut une raison essentielle que Bush et Tony Blair ne voulurent pas croire en ses protestations d'innocence.

Il y a ensuite les membres du "camp de la paix", dont le mensonge principal reposait dans leur ardeur de fustiger l'administration Bush, ce qui leur faisait oublier, fort à propos, l'historique de Saddam que nous venons d'invoquer ainsi que le fait que leurs propres services de renseignements étaient arrivés aux mêmes conclusions que la CIA et la MI6.

Prenons, ensuite, John Kerry, qui a menti en expliquant que la présence d'une autre personne à la Maison Blanche allait rétablir la bonne harmonie avec les alliés d'Europe et inciter, sine qua non, les Français et les Allemands à changer de direction et à aller épauler les Américains en Irak.

Il y a ensuite le mensonge qui consiste à dire qu'avec un peu de bonne volonté, l'ONU (l'organisation dans laquelle une démocratie a été évincée du comité des droits humains — ce fut l'Oncle Sam, mais cela aurait tout aussi bien pu être toute autre démocratie libérale — tout en nommant des pays comme la Syrie et la Libye à leur tête) aurait aisément pu venir à bout du problème et désamorcer la poudrière du Moyen-Orient. (Le Soudan a, depuis, montré son efficacité.)

C'est un mensonge que de prétendre que le dictateur responsable d'un système qui a permis la torture et l'assassinat de plusieurs centaines de milliers de ses concitoyens puisse, grâce à quelques pourparlers internationaux, accepter soudainement de contrôler les sbires de son régime (ainsi que ses instincts psychopathes) et de partager le pouvoir.

C'est un mensonge que de prétendre que les membres du "camp de la paix" étaient des acteurs détachés qui n'avaient que des intentions louables, alors que plusieurs d'entre eux — les plus influents — faisaient des affaires phénoménales avec le psychopathe irakien et que, par le biais du programme pétrole contre nourriture (loué aux Cieux, celui-là aussi), ils étaient impliqués dans l'une des plus grandes arnaques de l'Histoire. (Une raison de plus, par ailleurs, de mettre en doute la suffisance de l'ONU.)

Je suis désolé de vous decevoir, mais franchement, à côté des exemples d'infamie cités ci-haut, les péchés de Dobeuliou (et de l'Amérique) me paraissent bien dérisoires. Quand on me dresse l'inventaire des péchés de Bush, donc, je pense à Sir Winston. C'est aussi lui qui a dit : "un fanatique est quelqu'un qui ne peut pas changer d'avis et qui ne veut pas changer de sujet."

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2004/10/25

John Kerry, favori de la presse et du Washington Post

…titre Le Monde
A l'échelon national, John Kerry a pour l'heure gagné 111 quotidiens à sa cause et George Bush, 70, calcule Editor and Publisher, publication spécialisée dans le secteur des médias. Soit, respectivement, 14,4 et 8,6 millions d'exemplaires diffusés. Le quotidien publie, ce matin, la liste des journaux en faveur de chaque camp.

Une semaine après avoir obtenu le soutien du New York Times, John Kerry a reçu hier celui, plus tempéré, du Washington Post. Le poids lourd de la capitale fédérale, qui avait appuyé l'entrée en guerre contre l'Irak, reproche surtout à M. Bush ses exagérations. Il rappelle, en regard, la série d'éditoriaux qui l'ont mené à cette décision. Kerry a aussi glané, au Texas, le soutien de l'Abilene Reporter News et du Corpus Christi Caller Times. Libby Averyt, la présidente de ce dernier, explique dans un éditorial à part à quel point ce choix a été difficile : "Nous connaissons et aimons George Bush depuis des années (…) mais nous sommes de plus en plus alarmés de la direction qu'il imprime à ce pays."

Autre Etat toujours âprement disputé : la Floride, où, depuis 2000, 1,5 million de personnes supplémentaires se sont inscrites sur les listes électorales, dont certaines, accuse l'Orlando Sentinel, seraient inscrites dans deux Etats, un délit aux yeux de la loi... En Floride, John Kerry a reçu l'aval du Palm Beach Post et de l'Orlando Sentinel. Il devance largement George Bush en nombre de quotidiens en sa faveur, selon Editor and Publisher.
"A l'échelon national, John Kerry a pour l'heure gagné 111 quotidiens à sa cause et George Bush, 70, [représentant] respectivement, 14,4 et 8,6 millions d'exemplaires diffusés", nous apprend Le Monde.

Peut-on savoir, dès lors, sur quelles bases le quotidien de référence, et les dirigeants de l'Hexagone, et les citoyens français peuvent se permettre de suggérer, et d'ânonner, que les citoyens "simplistes" seraient mal informés, que l'Amérique a "peur" depuis le 11 septembre, que la presse suit Deubeliou comme des zombies?

Réponse : on ne peut pas connaître ces bases, car elles sont inexistantes. Ce qu'il s'agit de faire à tout escient, c'est caricaturer l'Amérique et ses habitants le plus possible en les présentant comme des demeurés…

Le journal indépendant ajoute que :

Selon une enquête de l'université du Maryland, 72 % des supporters de M. Bush croient que l'Irak avait des ADM ou un programme pour les développer et 75 % d'entre eux sont convaincus que Saddam Hussein aidait Al-Qaida. Ce qui fait dire à l'Atlanta Journal-Constitution qu'ils retiennent des faits ce qui leur convient.
Évidemment, "être convaincu" que Saddam n'a jamais eu la moindre intention d'aider Al-Qaida, cela ne relève aucunement de la mauvaise foi qui consiste à ne retenir des faits que ce qui vous convient…

Évidemment, "être convaincu" que Saddam ne présentait pas le moindre danger à la communauté internationale (du moins, dans l'immédiat), cela ne relève aucunement de la mauvaise foi qui consiste à ne retenir des faits que ce qui vous convient…

Évidemment, "être convaincu" qu'avec un peu de bonne volonté, l'ONU (l'organisation qui n'a rien fait, récemment, pour le génocide au Soudan — sinon émettre des communiqués) aurait pu contenir le problème, et le désarmorcer, cela ne relève aucunement de la mauvaise foi qui consiste à ne retenir des faits que ce qui vous convient…

Évidemment, "être convaincu" que les Américains ont créé Saddam ou Bin Laden, et qu'ils méritaient le 11 septembre, et que sans la CIA, l'Irak et l'Afghanistan auraient été des oasis de paix, cela ne relève pas du tout de la mauvaise foi qui consiste à ne retenir des faits que ce qui vous convient…

Glucksmann : «L'antiaméricanisme a une fonction rassurante»

Le Figaro fait paraître une interview de André Glucksmann.

Alexis Lacroix : Le lecteur du Discours de la haine révèle un intellectuel qui assume sa solidarité, voire sa communauté de destin, avec deux pays fortement critiqués, voire satanisés : les Etats-Unis et Israël...

André Glucksmann : Plutôt que des repoussoirs, ce sont des épouvantails inspirés par des haines fondamentales. J'en compte, d'ailleurs, trois : les Juifs, les Américains et les femmes. La haine des femmes est la plus ancienne et la plus constante, avec des retours de flamme d'une actualité consternante. … Dans toute haine, il y a le risque d'une escalade paroxystique.Haine de l'autre, haine de soi, haine du monde, volonté de déluge... Les intellectuels ne sont jamais restés insensibles aux sirènes perverses qui chantent l'homicide suicidaire.
Pouvez-vous préciser votre pensée ?
Bien avant le 11 septembre 2001, l'après-68 avait posé aux intellectuels la question brûlante du terrorisme. Baader en Allemagne, Brigades rouges en Italie et les mouvements palestiniens : prises d'otages, avions piratés, assassinat des athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich (1972)... Les meilleurs amis n'échappèrent pas à la nécessité de trancher, quitte à se séparer, fût-ce provisoirement.
Un mot, justement, sur ce débat des années soixante-dix. Quels en étaient les clivages principaux et les figures marquantes ?
Foucault, moi-même et d'autres, condamnions radicalement tout cela. Certains, par contre, comme Deleuze hésitaient entre le soutien et la complaisance. Jean Genet chanta les louanges du commando Septembre noir qui portait la lutte sur «son véritable terrain» : l'Europe plus encore que le Moyen-0rient... en attendant New York ! Dans son genre, J. Genet fut un prophète. Dans ma famille, où l'on a pratiqué la résistance contre le nazisme, il fut toujours évident que la prise d'otages et l'agression des civils étaient caractéristiques du comportement terroriste des nazis. Baptiser «résistance» la décapitation filmée d'otages est l'indice inquiétant d'une baisse sans précédent du seuil d'intolérance face à la barbarie.

Hitler incarnait une menace autrement redoutable que le terrorisme irakien aujourd'hui. Il suffirait que l'ONU, la France, l'Allemagne, etc. apportent leur concours pour, comme en Afghanistan, établir les conditions élémentaires permettant des élections honnêtes. En ce sens, leur défaillance est encore moins justifiée que celle des «Munichois» de 1938. La meilleure façon de dormir tranquille est de se persuader que la victime est le bourreau : d'où l'immense succès chez les Européens de la rhétorique de Michael Moore, l'auteur de Fahrenheit 9/11. L'Amérique est cause de tout, donc de tout le mal qui sévit sur la planète, voila l'opium qui permet aux peuples d'attribuer magiquement aux «faucons» de Washington l'origine de la catastrophe qui s'est abattue sur les Etats-Unis le 11 septembre. L'antiaméricanisme assume clairement, dans la psyché mondiale, une fonction rassurante. Une fois viré George W. Bush, tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes multipolaires, sage et pacifique comme chacun veut s'en persuader. Bel exercice d'exorcisme.

Cette nouvelle dimension géostratégique est dominée, comme vous l'expliquez dans Le Discours de la haine, par la figure de l'auteur d'attentats suicide...
Nous sommes passés de l'ère de la bombe H à celle des bombes humaines. … La bombe humaine carbure à la haine. Et la haine n'est pas l'effet mécanique d'une cause extérieure – la faim, la misère, l'oppression ou l'humiliation. Tous les opprimés, tous les offensés et les affamés de la terre ne se font pas exploser dans les transports en commun, devant les églises ou les mosquées. La haine est une décision personnelle, on se met en haine comme on se met en colère. … Le fou de dieu et le fou sans dieu naviguent de conserve.
A coup sûr, les Etats-Unis n'ont pas créé la furie terroriste. Mais l'Administration américaine sortante a opté pour un «wilsonisme botté» (Hassner) qui exacerbe l'épreuve de force planétaire...
On peut filer la métaphore : préférez-vous combattre le terrorisme par l'innocence des pacifistes aux pieds nus ou par la rhétorique de la diplomatie en escarpins ? On a détourné la formule de Hassner pour y lire la condamnation, qu'il ne partage pas, de tous ceux qui conviennent qu'il faut parfois s'opposer à la violence terroriste par la violence. Violence civilisée, réglée, proportionnée (d'où «wilsonisme»), mais violence quand même (d'où «botté»). La haine de l'Amérique est le plus petit dénominateur commun du fanatisme contemporain. C'est une passion idéologique partagée par les deux tiers des habitants de la planète, on se persuade que l'Amérique «a la rage».
Revenons un instant sur les «néoconservateurs». Un an et demi après la guerre d'Irak, quel jugement portez-vous sur leurs idées ?
Je reste dubitatif devant cette appellation. S'agit-il d'un corps de doctrine ? Un ou deux livres fort différents font un bagage plutôt léger. S'agit-il d'un groupe de pression ? Peut-être mais les lobbies se font et se défont au Pentagone comme ailleurs en un rien de temps. S'agit-il d'un petit Satan inventé par ceux qui vitupèrent Bush ? Probablement aussi. Arrêtons ces diatribes électorales. Constatons plutôt que l'Amérique a tiré les premières conséquences des succès comme des échecs de l'intervention en Irak. Le rapport de la Chambre des représentants américains sur le 11 Septembre et ses suites est remarquable. Il amorce une évolution profonde. Les Américains inscrivent, désormais explicitement, la guerre contre le terrorisme dans la longue durée : 1°/ il s'agit d'une lutte pour une ou deux générations, 2°/ elle n'est pas seulement policière et militaire, elle met en jeu une «bataille des idées» longue et difficile. Or ce programme est le résultat d'un travail commun aux républicains et aux démocrates. Nous sommes bien loin des prétendues sectes censées manipuler la Maison-Blanche et le Pentagone. On s'en apercevra une fois closes les inévitables outrances des altercations électorales.
Selon la formule d'Irving Kristol, les néoconservateurs sont «des hommes de gauche qui se sont fait casser la gueule par la réalité». En retirant votre confiance à la conscience mondiale, ne suivez-vous pas un itinéraire parallèle ?
S'il suffit de tenir compte du principe de réalité et de modifier sa conduite en fonction des expériences douloureuses et de s'apercevoir enfin que le communisme n'est pas le temps des roses et des hortensias, qu'il n'est pas la voie du paradis, mais celle de l'enfer... Alors je suis depuis des décennies «néoconservateur» sans le savoir. Et pas mal de monde avec moi. Les dissidents de l'Est, tchèques avec Vaclav Havel, Polonais avec Geremek et Michnik, Russes avec Soljenitsyne et Sakharov, tous deux communistes au temps de leur jeunesse folle : la liste est infinie des gueules cassées par l'idéal. Quel que soit cet idéal. Les femmes iraniennes sont revenues très vite du khomeinisme. Autant d'hommes et de femmes qui, dans des situations historiques très diverses, ont dû affronter la réalité en ne comptant que sur leurs propres forces (dans l'indifférence de la prétendue «conscience mondiale» et de la «légitimité internationale» censées être incarnées par l'ONU). Souvenez-vous des Tutsis du Rwanda, victimes du dernier génocide du XXe siècle, accompli dans l'apathie des autorités planétaires.

… ce n'est pas d'un manque de virilité que souffre l'Europe. Elle se repaît de la même illusion qui fit florès aux Etats-Unis pendant plus de dix ans, celle de se croire au-delà de l'histoire, de ses combats et de ses débats, par-delà le bien et le mal. Elle se croit invulnérable comme les Etats-Unis à la veille de Ground zero. Elle croit pouvoir mener une existence post-historique, celle d'une île bienheureuse ou d'un camp de vacances permanent. Une bonne partie des Américains cultive encore ce rêve idyllique, qu'une intéressante partie d'Européens, en particulier à l'Est, rejette d'ailleurs, pour deux raisons : le souvenir récent du despotisme totalitaire et l'inquiétude touchant le regain de brutalité du Kremlin. L'Europe occidentale apaisée et protégée par le parapluie nucléaire américain a oublié ce qui fondait sa communauté.

C'est-à-dire ?
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, elle s'est déclarée antifasciste contre les fantômes du passé, antitotalitaire à l'ombre du rideau de fer et finalement anticoloniale puisque tous les pays de l'Union avaient, non sans douleur, quitté leurs colonies. Mais aujourd'hui ces fondements paraissent tellement lointains... Le fascisme d'un Saddam Hussein n'a pas choqué grand monde et le fascisme islamiste paraît accommodable. … Ainsi, le glissement imaginaire vers le meilleur des mondes pacifiques est recodé par de nombreux intellectuels européens en preuve de supériorité morale. L'Europe se fait fort d'imposer au reste du monde son être hors de l'histoire comme une norme idéale. …
Sur quels alliés peuvent compter ceux qui, en Europe comme aux Etats-Unis et en Israël, refusent le discours de la haine ?
L'islamisme fait d'abord des victimes parmi les musulmans, les suppliciés des GIA algériens sont des musulmans algériens. Les victimes des talibans étaient des musulmans afghans. Les innocents massacrés dans les attentats d'al-Qaida à Bali et Casablanca idem. Ainsi, les alliés des démocrates occidentaux, souvent négligés, sont les jeunes, les journalistes, les femmes, voire les policiers et les soldats qui résistent sur place. La cécité «huntingtonienne» rejoint celle des diplomates «réalistes» du Quai d'Orsay, indifférents aux fractures de la civilisation musulmane et imbus d'une unité imaginaire du monde arabe.

Lire quelques extraits du livre

2004/10/23

Weinstein : Je n'ai jamais eu le sentiment qu'il existait une «fracture transatlantique»

Le vice-président et directeur général du Hudson Institute, l'un des principaux «think tanks» de la côte Est, analyse la posture stratégique néoconservatrice dans Le Figaro et fait le point sur le déplacement des lignes idéologiques aux Etats-Unis. Explications.

Alexis Lacroix : Un an et demi après la guerre d'Irak, la fracture transatlantique a-t-elle commencé à se résorber ?

Ken Weinstein : Je n'ai jamais eu, pour ma part, le sentiment qu'il existait une «fracture transatlantique». Les Etats-Unis, tout au long de la crise irakienne, ont continué à entretenir d'excellentes relations avec beaucoup de pays européens, notamment la Grande-Bretagne, l'Italie ou la Pologne. En fait, les Etats-Unis ont emmené avec eux la majorité des nations européennes et des membres de l'Otan. Il existe en revanche des différences très marquées avec la France et l'Allemagne : à l'égard de l'Irak, tout d'abord, et du comportement français vis-à-vis les organisations internationales.
Que voulez-vous dire ?
Que, sur la toile de fond de la crise irakienne, la France a pu chercher à utiliser les organisations internationales pour constituer un front du refus face aux positions et aux analyses des Etats-Unis. Mais une telle attitude était, en fait, contre-productive pour Paris …
Concernant l'Iran, comment analysez-vous la position des Etats-Unis, par contraste avec celle de la France ?
La situation iranienne devient de plus en plus inquiétante. A plusieurs reprises, le régime intégriste a bien montré son vrai visage en niant l'existence de son programme d'enrichissement de l'uranium aux inspecteurs de l'Agence internationale pour l'énergie atomique. J'ai du mal à croire que la tentative européenne de créer des mesures incitatives pour convaincre Téhéran d'abandonner son projet va aboutir. Cela dit, une option militaire de la part des Etats-unis me semble peu probable étant donné que les installations nucléaires en Iran se trouvent sur des sites très dispersés. Pour détourner Téhéran de son programme nucléaire, il faut une menace forte de sanctions. On doit absolument éviter que le programme de désarmement de l'Iran subisse le même sort que le programme «Pétrole contre nourriture» en Irak, déjoué au bout du compte.

Plus de soixante pour cent de la population iranienne a moins de 25 ans. Cette jeunesse moderne, qui utilise Internet et tous les autres moyens de communication contemporains, aspire à la liberté. Elle est fatiguée de l'emprise des mollahs. On ne pourra lui apporter un changement de régime sans un profond bouleversement économique. Ce double changement, difficile certainement, promet quand même d'être plus facile à conduire en Iran qu'en Corée du Nord !

En cas de réélection de George W. Bush, l'administration américaine poursuivra-t-elle le programme néoconservateur ? Sa tentation ne sera-t-elle pas davantage de revenir à un conservatisme plus classique ?
Le président Bush a déjà choisi entre ces deux options diplomatiques. En fait, il a rejeté le statu quo et la ligne de stabilité avant tout en invoquant la nécessité de changer à long terme la culture politique au Moyen-Orient, de pousser la libéralisation des régimes en place et d'y installer des gouvernements plus respectueux des droits de l'homme. Bush ne fera pas demi-tour ; il sait que ce projet prendra des décennies, pas des mois ou des années. Je suis convaincu qu'il n'abandonnera pas l'«agenda» néoconservateur. …

2004/10/22

Cette conception de la démocratie qui veut que «celui qui ne dit pas ce que dit la majorité doit partir»

Lire le bloc-note d'Ivan Rioufol, dans lequel le chroniqueur du Figaro évoque
les contestations artificiellement gonflées par les médias et étourdiment applaudies par les politiques, fascinés par ce qui se réclame de la nouveauté et de la transgression.
Il parle aussi de la phrase célébre de Voltaire («Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire librement») qui est cité à tout bout de champ. Force est de reconnaître, cependant, que passé les grandes et belles déclarations, la réalité est que nous nous trouvons dans une
conception de la démocratie qui veut que «celui qui ne dit pas ce que dit la majorité doit partir».

2004/10/21

"La Citation"

The print edition of Le Monde has started a habit on its American election pages of writing sound bites in huge letters (as large as some headlines) belonging to people involved, closely or less closely, in the campaign.

Unless I missed any, the one-liners so far belong to: John Kerry; Jimmy Carter; Hans Blix; and Ralph Nader.

Huh? No, of course, the independent newspaper's coverage is objective. Why do you ask?…

(A daily American voter's box by Patrick Artinian seems to have been started in the past couple of days, each including a quote from one individual voter next to his or her photo; the first is from a Ralph Nader supporter in San Antonio; needless to say, the second choice of Jesus Sifuentes, he says, is John Kerry. The second and third filler-type articles are also from Texas (maybe the new column is supposed to concern only voters from Dubya's home state); "I would never have imagined that [our former governor] would have become such a bad president", quips Beverly Spicer of Austin, who, needless to say, adds that "of course", she will vote for Kerry. Also hailing from Austin is Southside Tattoo owner Bart Willis who is voting for — guess who — a fellow by the name of John Forbes Kerry.)

2004/10/20

André Glucksmann et la banalité de la haine

Près de quarante ans après «le Discours de la guerre», qui le révéla au grand public, André Glucksmann, inlassable philosophe, publie le Discours de la haine. Le Figaro Magazine vous en présente quelques extraits en exclusivité.

Patrice de Méritens : Dans le collimateur des terroristes : l'Amérique. Glucksmann analyse le phénomène («du délice d'égorger doucement son otage»), puis aborde l'antiaméricanisme européen. Thème cher à son coeur : le spectre de l'hyperpuissant.

Pourquoi tant de haine ? s'interrogent les Américains. D'où vient l'aversion universelle qui nous entoure ? Faut-il incriminer des maladresses en matière de communication ? Sommes-nous trop durs ? Trop interventionnistes ? Trop mous ? Trop isolationnistes ? Trop occupés à fuir ou trop prompts à revendiquer des responsabilités mondiales qui bon gré mal gré nous incombent ? Quand et comment avons-nous failli ?

Le débat déchire les Etats-Unis et pas seulement en période électorale. Il tourne en rond. Il est biaisé, il repose sur une erreur. En s'interrogeant «Où est ma faute ?», l'Américain suppose que l'objet haï est la cause de la haine alors qu'ici encore la haine précède et prédétermine l'objet qu'elle se fabrique, le sale Juif, la femme impure ou fatale.

Il va de soi que ni les Juifs ni les femmes ni les Américains ne sont des êtres parfaits. Pas plus le reste des humains. Les uns et les autres méritent maintes critiques dont il n'y a pas lieu de s'offusquer. Les uns comme les autres sont faillibles et divers. Mais la haine se laisse repérer en majesté dès qu'elle transcende l'espace des échanges critiques. Elle sait par avance ce qu'il en est. Elle pontifie. Elle juge en toute partialité que la femme, le Juif ou l'Amérique sont intrinsèquement pervers. Ils n'ont pas droit à la parole. En tentant de se justifier, ils ne font que manifester un surcroît d'hypocrisie et de mauvaise foi. Bush est un «menteur». Son «caniche» Blair également. La seule convocation de commissions d'enquête, où leurs faits et gestes sont passés au crible, est reçue par avance comme la preuve d'une culpabilité et non comme un effort de transparence.

Peu importe que les jurys, fifty-fifty opposition démocrate, majorité républicaine, concluent à l'erreur et au dysfonctionnement et qu'ils lavent les deux leaders du soupçon de mensonge organisé. Peu importe sous nos cieux moins enclins à la recherche de la vérité : ils ont été soupçonnés, ils restent coupables, nos tabloïds ou faiseurs d'opinion persistent et titrent «Tricheurs», «Manipulateurs», «Incendiaires» sans points d'interrogation. Toutes les enquêtes du monde n'y changeront rien. Toutes les explications, tous les démentis, toutes les mises au point tombent à l'eau. Non ! Ils n'ont pas menti, non ! On leur a menti, non ! Il ne faut pas confondre erreur d'estimation et mensonge délibéré, autant de nuances qui valent pour alibis et comptent pour du beurre. La vérité est nulle et non avenue. La haine chevauche ses préjugés sans se laisser désarçonner, quand elle accuse, elle n'autorise aucune excuse. Américains, si vous tenez à explorer les gouffres d'où monte cette radicale aversion, cessez un court moment de contempler votre nombril, prenez quelque distance et tournez votre regard sur des anti-Américains blindés de certitudes. Le secret de la haine, il faut le rechercher chez ceux qu'elle anime et enflamme.

Pour l'anti-Américain, l'Américain est mesure de toutes choses. Hors lui rien ne pèse. Ni les crimes de Saddam Hussein. Ni les massacres de l'armée russe en Tchétchénie. Les Américains renvoient à l'angélique Européen, qui les diabolise, une image inversée de lui-même. Ils sont ce qu'il était naguère. Ils croient aux rapports de force, il a passé ce cap. Ils parlent du «mal» avec une incroyable naïveté, alors que lui, Européen, vit par-delà ; un tel fétiche aussi rétrograde n'épouvante que les enfants. Il se marre : sont-ils bêtas ! Ceux qui croient encore à la vérité et au mensonge, à la liberté et à la servitude, n'ont pas compris que toutes ces notions s'entremêlent, autrement complexes, autrement relatives ! Ils construisent quand il déconstruit.

La haine de l'Amérique est une haine de soi. Elle s'inquiète d'un semblable qui régresse dans le passé, elle s'horrifie d'un frère contrefait, elle s'angoisse de tomber nez à nez sur sa propre caricature. Miroir, ô mon horrible miroir, puissé-je ne pas me ressembler et m'abstraire, vêtu d'innocence, d'une histoire de boue et de sang, où les primitifs d'outre-Atlantique s'obstinent à patauger encore.

Mille nuances polychromes agrémentent les subtilités de l'antiaméricanisme européen, une conviction commune les soude : les Américains de ce début de siècle sont «traumatisés». Trois mille d'entre eux volatilisés en quelques minutes, et les voilà captifs d'une date qu'ils ne parviennent pas à réinsérer dans le cours ordinaire du temps, quelque part entre les chiffres des accidents de la route, les victimes de la canicule, les tremblements de terre et les famines africaines.

Pour relativiser les malheurs de Septembre, les Américains devraient emprunter à l'Europe officielle son art désinvolte et parfaitement gracieux de tordre le cou à des souvenirs autrement encombrants. Il suffit de se réunir tous sur un lieu de mémoire en un jour de mémoire, d'y célébrer la naissance d'une conscience mondiale qui promet «jamais plus» et, le traumatisme exorcisé, passer aux affaires courantes. Les Américains ne sont pas initiés aux mystères du travail de deuil et d'un devoir de mémoire qui s'évertue à suturer définitivement les blessures d'un passé dépassé.

La propension des Américains à mobiliser contre un «mal» - totalitarisme puis terrorisme - constitue aux yeux de l'anti-Américain cultivé l'indice d'un indéniable retard mental. Que diantre ! En Europe, on est autrement malin, autrement averti ! Près d'un tiers des Allemands croient que la chute des Twin Towers fut fomentée par la CIA. Ils ont élu best-seller les «révélations» de von Bülow, ancien ministre socialiste qui, à l'instar de Meyssan, best-seller en France, explique à coups d'enquêtes-fictions que les Etats-Unis se sont frappés eux-mêmes pour se rendre service.

Une théorie parente, ornée de nobles atours sociologiques, est professée par des universitaires qui n'ont pas oublié la vulgate marxiste de leurs professeurs ou de leur jeunesse. L'impérialisme, «stade suprême du capitalisme», aurait atteint son comble dans le «global» qui ne saurait manquer, cette fois est la bonne, de devenir son propre fossoyeur ! La même opinion, parée des plumes de la philosophie ou de la médecine, énonce savamment que le «système» produit ses propres virus et qu'ainsi Amerikkke se dévore elle-même, en proie à une crise immunitaire, ou morale, ou géopolitique, ou démographique mais toujours irrémissible, au gré des docteurs je-sais-tout qui se pressent à son chevet.

Peu importe le foisonnement des sophismes, des révélations sans preuves et des suppositions gratuites, puisque la conclusion tombe comme un couperet : le 11 septembre 2001 ne fut qu'un jeu de l'Amérique avec elle-même. Elle n'a pas subi l'assaut d'un mal extérieur. Elle est aux prises avec un monde qu'elle produit et reproduit. Si mal il y a, l'Amérique est ce mal.

Il n'existe pas de fumée sans feu. Tel est pris qui croyait prendre, l'arroseur est arrosé, la victime est le bourreau. Autant de scénarii convenus sur lesquels brode un anti-américanisme qu'on aurait tort de réduire à ces bricolages bavards. Derrière eux se profile une «vision», non plus seulement de l'Amérique mais de la condition humaine, dont le fond théologique apparaît rarement à découvert.

La haine est protéiforme, elle se maquille en tendresse. Insatiable, elle aime à mort :
Aux femmes, elle demande de disparaître sous un voile, de se vouer à l'informe, de s'ensevelir dans le silence, de s'enterrer vivantes. Des Juifs, elle exige qu'ils se fondent dans le paysage, qu'ils parlent pour nier qu'ils sont, qu'ils se suppriment comme autres, puis qu'ils suppriment cette suppression, qu'ils se fassent oublier sous peine qu'on les y aide de manière forte. Quant aux Américains, ils n'ont d'autre issue que de s'afficher tous anti-Américains. Témoin, la campagne électorale de 2004 : le challenger de «Bush, nazi», John Kerry, était élu d'office par tous les anti-Américains de la terre. Il avait beau déclarer son approbation de l'intervention armée en Irak, «même sachant désormais que Saddam ne possédait pas d'armes de destruction massive ? - Oui, même sans ce motif», qu'importe ? C'est tout ou rien. Puisque Bush incarne l'Amerikkke, l'anti-Bush incarne la «bonne Amérique», en attendant de passer à son tour grand épouvantail. La femme doit se suicider en tant que femme, le Juif en tant que Juif, l'Amérique en tant qu'Amérique. Que demande la haine aux objets qu'elle poursuit de son «amour» ? Elle leur demande de se donner la mort. Quitte à appuyer sur la gâchette s'ils rechignent.

Eprouverais-je de la haine pour la haine ? Pas un brin. Je l'ai découverte butée et brutale, mais surtout bête à mourir dans sa volonté originelle de s'égaler à Dieu. Elle décide de l'alpha et l'oméga de la création, elle se croit tout permis, elle coasse et sautille comme une grenouille, s'autorisant de Jupiter tonnant. Les honnêtes gens, les religieux sincères, les réalistes sans illusions ont l'intelligence de leurs limites, ils n'ont pas besoin de haïr la haine pour combattre sa folie meurtrière et sourire de son ridicule.

(Merci à Alexandre Leupin)

Lire une interview de l'auteur

2004/10/13

Le Monde fustige Bush suite au rapport Duelfer, tout en se gardant bien de mentionner les parties consacrées au scandale impliquant la France

All Le Monde 's articles (well, the very few articles the independent newspaper has written, I should say) on the Iraq Survey Group report implicating France in the UN's food-for-oil graft scandal are being presented with the emphasis on Paris's denials of any implication (Le rapport pointe le rôle de la France et de la Russie, La France dément les accusation de corruption du rapport Duelfer). "Without foundation", screams an article in its subhead, whose author I cannot quote because, very oddly, none of the articles are signed.

"There are good reason to be careful [and withhold judgment]" (something that is rarely done in France when Uncle Sam is involved), "Absurd and totally false" (Pierre Joxe), "It's delirious and absolutely impossible" (Patrick Maugein), and, of course, the victimitis-of-Anglo-Saxon-treachery defense ("it's not the first time that one has sought to implicate French companies", Jean-François Bureau). Yes, you got that right: by the time of the second article, the report and author Charles Duelfer are not quoted once, nobody but French officials being quoted, French officials, to be precise, who in any case have a stake in denying any corruption (well, maybe it isn't so strange given the number of articles on foreign policy where the only people interviewed and/or quoted are… French officals).

The newspaper of reference also relativizes the word "corruption" by putting it in quotation marks, something it already did concerning the "liberation" of Baghdad, but which it rarely (if ever), does while discussing the "lies" of Bush, Blair, and Aznar.

One single, solitary (unsigned) article on the first day, one single, soltary (unsigned) article on the second day, and by the third day, the story was being relegated to filler status (once again promising France's "total cooperation" in the independent investigation)… We have not seen the story since…

Fait étrange, aucun des articles sur le scandale impliquant la France dans le scandale de nourriture-contre-pétrole n'est signé. Les articles n'occupent pas une place primordiale dans le journal de référence, loin de là (page 5 ou en bas de la page 3, après et en-dessous d'un magistral Un rapport ruine l'argumentaire de Bush), et pas question d'un titre — ou d'un article — qui mette en question ne fût-ce qu'une partie de la politique française (de l'ordre de En trois jours, les fondements de la politique irakienne de la Maison Blanche ont été mis à mal). Jusqu'à présent, ces deux articles — jamais en premier page — sont tout ce que le journal indépendant consacre au scandale ; aucun éditorial, aucun éditorialiste — éditorialiste maison ou invité — n'en parle. Pas de cartoons de Plantu ou de Pessin, tandis que Pancho préfère orienter son dessin vers… le nouveau bâtiment du Parlement d'Écosse…

Il est vrai que comme ce bâtiment ultramoderne à Edimbourg, il y a des sujets plus importants à traiter (les embrouilleurs de filiations [trois formes de parentalité : biologique, nominative, et éducative], militer pour une journée mondiale de lutte contre l'homophobie, les goûts et les dégoûts musicaux des nazis)… Quant aux internautes du Monde.fr, eux aussi ont des sujets bien plus brûlants à recommander à leurs amis, comme la "chasse aux pédés" à Marseille ou les deux études auscultant les rapports des Français avec leur assiette ou Comment choisir son thérapeute

Une occasion de plus de fustiger l'Amérique, sa société, et ses leaders : Les Portraits des artistes dans Le Monde

Continuing our celebration of Le Monde 's 60th anniversary (following postings on its Le Monde 2 magazine and the daily's film reviews), we sneak over to another section of its cultural pages, the VIP portrait section…

The 60th Anniversary Celebration of Le Monde

Regularly, almost every day of the week, Le Monde gives its readers a so-called in-depth portrait of a VIP, French or foreign, whether an artist or a human rights activist or other.

Not unsurprisingly, often part of these portraits are devoted to Bush-bashing or other diatribes against the hyperpower, its policies, and its capitalist society.

(VIPs lambasting Dubya and/or U.S. foreign policy include Gael Garcia Bernal (article by Thomas Sotinel), Björk (Véronique Mortaigne), Judith Butler (Clarisse Fabre), Brigitte Fontaine (Fabre), Carlos Fuentes (Jean-Pierre Langellier), Philip Glass (Marie-Aude Roux), Alberto Granado (Christine Legrand), Nicolas Hayek (Afsané Bassir), Hong Sai-Wa (Philippe Pons), Lenine (Mortaigne), Ken Loach (Florence Colombani), Sergio de Mello (by his companion Carolina Larriera), Jacques Monory (Géneviève Breerette), Nana Mouskouri (Mortaigne), Véronique Sanson (Bruno Lesprit), Will Smith (Florence Colombani), Fernando Solanas (Paulo Paranagua), Michael Stipe (Stéphane Davet), Tsunenari Tokugawa (Pons), Paul Verhoeven (Sotinel).)

The big news came when even Johnny Hallyday — France's favorite "American" rocker! — voiced impatience with America and its policies. Now that means something! (I couldn't find the hyperlink, malheureusement; if any lecteur knows of it, merci de me le faire savoir…)

In addition, Le Monde has shorter and more news-itemish articles about celebrities, albeit on the front-page, whose only purpose is to bash Bush (Woody Allen [Florence Colombani], Cat Stevens [Véronique Mortaigne], Bruce Springsteen [Bruno Lesprit], etc). On the other hand, Bob Dylan — the protest singer par excellence — refused to comment (to Lesprit) on Bush and the American presence in Iraq.

In fact, here we get to what is surprising. What is odd about Le Monde's portraits is that you rarely, if ever, see anybody speaking about Bush (or American foreign policy) in positive terms. On the other hand, you do find portraits (a large amount of them) where Bush (and American foreign policy) is not mentioned at all. Nor do you ever hear anybody say anything negative about John Kerry.

It's almost as if, when face to face with someone who either 1) is a Bush supporter, or 2) doesn't care one way or the other, or 3) didn't come up with a very original and quotable anti-Bush one-liner (because some of these VIPs are well-known for their vocal opposition to all things American — see next paragraph), the Le Monde journalist decided that that part of the portrait wasn't worth mentioning (unless, of course, his or her editor cut it). In any case, something that isn't worth reporting.

(Portraits in which Dubya and/or US policies were not mentioned at all include those devoted to Anonymous 4 (article by Renaud Machart), François-Marie Banier (Josyane Savigneau), Booba (Stéphane Davet), Valeria Bruni-Tedeschi (Thomas Sotinel), Jackie Chan (Sotinel), Dominic Chianese (Damien Bonelli), Olivier Cohen (Alain Salles), Michael Connelly (Gérard Meudal), Raymond Domenech (Philippe Broussar), Kitsou Dubois (Rosita Boisseau), Daniel Cordier (Philippe Dagen), Serge Dassault (Dominique Gallois & Pascale Santi), Henri Dutilleux (Marie-Aude Roux), Ichikawa Ebizo XI (Fabienne Darge), James Ellroy (Gérard Meudal), Isaac Fanous (Xavier Ternisien), José Frèches (Philippe-Jean Catinchi), Jan Garbarek (Antoine Jacob), Nicole Gautier (Jean-Louis Perrier), Michel Gondry (Sotinel), Jean Guidoni (Véronique Mortaigne), Judith Henry (Darge), Philippe Herreweghe (Machart), Yannick Jaulin (Davet), Elfriede Jelinek (Joëlle Stolz), Gérard Jugnot (Jean-Michel Dumay), Daniel Keene (Darge), Joël Kermarrec (Harry Bellet), Aubert Lemeland (Machart's headline says the composer is "crazy [!] about America"), Wangari Maathai (Jean-Philippe Rémy), Michael Mann (Jean-François Rauger), Miossec (Davet), Nagui (Guillaume Fraissard), Genesis P-Orridge (Odile de Plas), Georges Prêtre (Roux), Noël Quidu (Michel Guerrin), Sam Raimi (Jean-Luc Douin, no link available), Denis Roche (Savigneau), Mylène Sauloy (Marie Jégo), Omar Sharif (Afsané Bassir Pour) Sandra Kilohana Silve (Boisseau), Alberto Sorbelli (Dagen), Daniel Spoerri (Dagen) Rachid Taha (Mortaigne), Anne Tismer (Brigitte Salino), Daby Touré (Bruno Lesprit).)

Another funny thing is that another thing you don't find much of in the independent newspaper's portraits is criticism of Jacques Chirac or French foreign policy. It is almost as if… as if the VIPs (French or foreign) did not want to risk alienating part of the Monde readership… (Unless, of course, it is the reporters of the newspaper of reference who do not want to alienate their editors and the powers that stand behind them…)

This, in turn, makes you wonder: how anti-Bush are all the VIPs interviewed really, and how much are they playing (deliberately or unconsciously) to their interlocutors (the journalists interviewing them) and to the general (self-serving) atmosphere pervading Europe and avant-garde America?

This all ties in with the numerous examples of film reviews and portraits lambasting American society, Washington's foreign policy, or the American character's supposed dark side, things that have little to nothing to do with the films' artistic merit (let alone the filmmakers' original intent), or little to do with the artist's actual words.

"L’antiaméricanisme français est une version politiquement correcte de l’antisémitisme"

Dans un entretien qu'il a accordé au correspondant du quotidien israélien Yediot Aharonot, l'ancien éditorialiste de Courrier international Alexandre Adler ne mâche pas ses mots.
Avec une chronique hebdomadaire dans Le Figaro, un bulletin radio par semaine, des interviews à répétition accordées aux télévisions et deux best-sellers en deux ans, il est devenu impossible de rater Alexandre Adler, une véritable encyclopédie vivante, un Juif fier de l’être et, Dieu nous garde, un intellectuel français proaméricain. Après des conflits avec Le Monde, un quotidien de gauche [et propriétaire de Courrier international], il a décidé de rejoindre Le Figaro, un quotidien de droite, en qualité de commentateur stratégique. Parmi ses anciens camarades de gauche devenus ses adversaires, peu osent se frotter à lui dans des débats en direct.

Ce qui préoccupe le plus aujourd’hui Alexandre Adler, c’est le simplisme dont font preuve les Français dès qu’il s’agit de parler des Américains. "Au XIXe siècle, un intellectuel français du nom d’Alexis de Tocqueville écrivait son célèbre De la démocratie en Amérique. En pleine guerre froide, la France de gauche, la France communiste, éprouvait encore une réelle fascination pour les Etats-Unis, et Paris accueillait à bras ouverts la peinture expressionniste de Rothko et de Pollock. Mais aujourd’hui, nous sommes en pleine régression. Peut-être est-ce trop demander aux intellectuels et aux artistes français que de soutenir la guerre de George Bush en Irak, mais ils pourraient au moins reconnaître la complexité de la situation et faire montre de plus de subtilité… J’ai écrit dans un de mes éditoriaux que, même si la victoire de John Kerry était souhaitable, la première raison pour laquelle j’éprouvais de la sympathie pour Bush, c’est qu’il était un antiraciste convaincu et bénéficiait d’un énorme capital de sympathie chez les Noirs et les Hispaniques. Dans certains milieux, cela été pris comme si j’avais dit qu’Hitler aimait la musique et adorait écouter Wagner."

"La France se trouve dans une situation de régression morale et intellectuelle d’une rare gravité. Nous sommes un pays convaincu que si nous travaillons 35 heures par semaine et mettons les gens à la retraite à 55 ans, nous pourrons continuer à préserver notre prospérité. Nous sommes un pays qui détruit son système éducatif. Nous sommes un pays qui continue à porter un regard fasciné sur l’islam extrémiste. Nous sommes un Etat dans lequel les Juifs vivent très bien mais où les médias charrient les clichés antijuifs les plus éculés et les plus violents. Si Engels disait que l’antisémitisme était le socialisme des imbéciles, l’antiaméricanisme français est une version politiquement correcte de l’antisémitisme. Après la Seconde Guerre mondiale, il n’est plus possible en France de dire contre les Juifs tout ce que les gens aimeraient pouvoir dire, mais contre les Américains, on peut presque tout dire."

…Derrière une presse qui se montre presque unanimement hostile aux Etats-Unis et à Israël, il existe des gens qui se posent des questions, désirent des réponses et veulent nous écouter. Nous n’avons pas encore gagné le combat, mais nous ne l’avons pas perdu non plus."

Sefy Hendler, Yediot Aharonot (extraits), Tel-Aviv

(Merci to Jane B)

Lire aussi Stallone et les Guignols

2004/10/12

Les critiques de film donnent au Monde une occasion de plus de fustiger l'Amérique, son peuple, sa société, et ses leaders

Cette semaine, Le Monde commence la célébration de son 60ème anniversaire. Nous nous y sommes joints. D'abord, avec un regard en profondeur de son magazine hebdomadaire, aujourd'hui avec un regard sur ses critiques de films…

The 60th Anniversary Celebration of Le Monde

The gist of this weblog, and its sister weblogs, is to demonstrate that in France and Europe there is a deep newspond of what, in spite of claims to the contrary, can best be described as anti-Americanism, and this is something which pervades every facet of life. Some people think we must be exaggerating when we say this, but it can be found in the strangest places.

Since it is Le Monde's 60th anniversary this year, let us take a look at the independent newspaper's film reviews. It would seem that whenever the reviewers get an opportunity (whether with Hollywood movies or non-American ones), they take a potshot at America (or her leaders and their policies, if you prefer), even if the reviewers' speechifying has little, not to say nothing, to do with the director and/or the writer's intentions.

In that perspective, you may remember Samuel Blumenfeld gratuitously describing The Ladykillers as taking place in "a country being eaten away by corruption and bigotry, by finance and religion, a perfect metaphor for George W. Bush's America". This, in spite of the facts that the picture is a remake of a British comedy from… 1955, and that not once in the three pages of Blumenfeld's interview do the directors make any comments whatsoever about American society or any of their leaders.

Some reviewers spend a lot of ink on finding (sometimes obscure) links to the 9/11 attacks, something that is not all that unusual, perhaps, but notice how this always seems to be said in a condescending tone. As you read the following reviews from the newspaper of reference, please notice how simplistic assessments of American guilt is taken for granted, how condescending they are of Americans or their leaders, and how it is assumed that all of America's society, together, is supposed to make some sort of collective mea culpa.

"'Shot in Iraq on the eve of the American offensive' the press release proclaims proudly", purrs Florence Colombani in her film review of Zaman: The Man from the Reeds, apparently finding it chillingly exotic that Amer Alwan's Iraqi TV movie was made during the reign of the Rais. She ends by saying that "beyond the documentary interest, the film … doesn't have much to offer, due to the lack of a filmmaker who could impose a true viewpoint on the reality that he is contemplating." Well, what can you say, it's true that the régime at the time wasn't too inclined to let filmmakers (or anybody else) impose (or even have) any viewpoints at all. Still, Ms Colombani tells us, the film — which concerns the travails of Zaman seeking medicine to help his sick wife — managed to capture "the consequences of the [U.S.] embargo on daily life."

In the same paper (and on the same URL page), a review of Brooklyn Babylon notes that "love wins" in Marc Levin's Romeo and Juliet parable (between a black rapper and an Orthodox Jew) that is an "ode to freedom and […drumbeat…] peace between peoples", that perennial of European grandiloquent statements. When 13 Going On 30 was released, JFR (Jean-François Rauger?) wagged his finger at Gary Winick (and ultimately, at American society) for not letting his heroine go all the way (with her sexual experience), meaning the film lost all interest. Either because the director was sexually repressed, or because America is, or because the studio was, the film had not shown sexual freedom as it should have, and it could only be called a failure: "The scriptwriters manage to avoid in a cowardly and lazy way situations that are too sexual. She has a boyfriend but doesn't sleep with him! There is, behind the premise of the film and the way the story is carried forward, the very contemporary phantasm of a general infantilization of society. May we be preserved from that!"

As for El Cid: The Legend, the "depressingly trivial script" of José Pozo's Spanish animated movie is castigated by Isabelle Regnier. "Blood-thirsty, devoid of any moral code, [the Moorish] warriors are dominated by a cruel and bearded chieftain, wearing a long black headdress, who is strangely reminiscent of another great Satan, much more contemporary. Might it be that the post-September-11-2001 context has again made fashionable the figure of the Moor as the enemy to kill? For a film that has won the Goya of the best animated movie in Spain, it is a question that needs to be asked." Let's just hope I.R.'s sneers and snorts during the projection weren't loud enough to disturb the enjoyment of the movie by los niños.

Oh, and then there is The Village. Thomas Sotinel informs us that the film is a "political film disguised as a fantasy film": "What with clear-cut elements, one might support the current idea: The Village, born in the torment unleashed by the attacks of September 11, has attained a universal dimension. The metaphor is crystal clear, sometimes extremely precise: the fear of the village's inhabitants focuses on one single threat, accepting that it conditions an important part of their existence. In the New York Times, A. O. Scott remarked that the orange banners planted at the outskirts of the village to keep the creatures away and the red marks that the latter leave behind during their incursions correspond to the antiterrorist alert codes."

The review is accompanied by Florence Colombani's lengthy interview of M Night Shyamalan, in which the director — who has made "horror" movies since at least 1999 — not once mentions 911, the antiterrorist alert codes, or even the name of George W Bush. That's when Sotinel adds, deadpan, "But it would probably be wrong to see in Shyamalan's purpose nothing but a denunciation of the politics of fear." Duh.

The post-911 "politics of fear" brings us back to Florence "Tch-tch" Colombani, whom we remember as the woman who told Viggo Mortensen — any American (or Hollywood-based) filmmaker, really — to avoid making movies in the Arabian desert, unless they were to include political commentary, (self-)criticism of American society, and/or a (damning) denunciation of the Bush administration's Middle Eastern policy. She has seen The Terminal, and she writes about it. With a vengeance.

She starts her film review by saying that no Hollywood film today can fail to make a political comment on (listen to how charmingly it is said) "a society obsessed by security and the institutionalized abuse of power". The Terminal fails to make the mark. Why? Not enough political commentary, not enough (self-)criticism of American society, and not enough (damning) denunciations of the Bush administration's Middle Eastern policy.

In addition, Mademoiselle (Madame?) Colombani suggests, the director is something akin to a racist. "[Steven] Spielberg strenuously invites the audience to make fun of the immigrant whose pronunciation mistakes lead to mistakes whose humor is dubious." Tch-tch. "It is easy for Spielberg to thus redraw our world: he ignores the elements that are truly problematic. [Viktor] Navorsky does not come from the Middle East, but from the East, from yesterday's enemies, with whom scores have been settled for years." In other words, for the film to have been a (critical) success, Tom Hanks should have played a Muslim and spoken with an Arab accent (well, not too much of an Arab accent, not enough to make people laugh), one who shamed the bad Americans into understanding that they are too stupid to understand the Arabs are human, just like us (and haven't Europeans like Florence Colombani been saying this for years?)…

"It is therefore at the expense of political reflection and, in the final analysis, of cinema [itself], that the film abounds with good intentions. In the final part, all that remains are syrupy feelings." Tch-tch. I myself thought that the head of the airport's Homeland Security section was a particularly negative character, but that is not enough for Florence Colombani. "Like Viktor, Spielberg wants to do nothing but bury the hatchet with George W Bush's America. He wants to please everybody…" Tch-tch.

Well, that piece of blogging just about did me in. I'm going out to get some popcorn…

2004/10/10

Dernière minute : URGENT!

Je suis abonné aux mailings de "dernière minute" du Monde. Le dernier (justement) que j'ai reçu ("URGENT") nous apprenait que… "Le philosophe Jacques Derrida est mort".

Quant à la victoire électorale des conservateurs australiens, les mailings de dernière minute l'ont complétement ignoré (alors que, une semaine plus tôt, Frédéric Therin avait fait la une du journal avec un article sur la campagne de l'opposition pour lui dire Il est temps de partir, John [«Tout le monde est … uni dans le désir d'exposer au grand public les erreurs et les mensonges du gouvernement Howard. Avec ce slogan répété maintenant à l'envi : "It's time to go, John !"»]).

Serait-ce parce que John Howard est l'allié australien de George W Bush?

Read about the coverage in the German media

De "trop nombreuses marques de compréhension ont été offertes aux ennemis de l'Occident par une République «pacifiste»"

De trop nombreuses marques de compréhension ont été offertes aux ennemis de l'Occident par une République «pacifiste», écrit Ivan Rioufol dans son bloc-notes du Figaro. "Le dialogue mené par la France avec la rébellion irakienne n'obligeait pas à s'en flatter. Or c'est bien ce sentiment qui ressort. … La légèreté [de Didier Julia] procède de cette même erreur [d'optimisme], qui a été de croire en l'efficacité d'une politique de collaboration s'estimant seule capable d'apaiser la frustration islamiste.
Le député UMP Didier Julia … qui eut ses entrées auprès de Saddam Hussein, a d'autant plus ridiculisé la France qu'il a cherché à mettre sur le dos des Américains, en un réflexe caricatural, le fiasco de son initiative irakienne … Mais les sarcasmes jetés sur Julia et ses vantardises médiatiques ne peuvent faire oublier les récentes et semblables impudences des pouvoirs publics et de leurs émissaires, se flattant, en vain, d'avoir «une bonne image» en Irak.

Naturellement tout doit être tenté – quitte à se boucher le nez – pour obtenir la libération des otages kidnappés par l'Armée islamique. De ce point de vue, le choix de la France de privilégier des approches avec des terroristes islamistes décapiteurs de «mécréants» ou d'anciens baasistes nostalgiques du djihadisme «laïc» de Saddam ne peut être critiquable. Que l'Élysée ait été au courant de l'initiative du député n'est pas non plus un scandale. Le sort de nos compatriotes et de leur chauffeur syrien n'autorise pas à faire la fine bouche.

Cependant un malaise s'est révélé à l'occasion de cette pantalonnade. Il est né des concessions à l'islamo-terrorisme, crânement assumées par la France au nom de sa politique pro-arabe et anti-Bush. L'heureux choix du ministre de l'intérieur, Dominique de Villepin, d'expulser mardi l'iman fondamentaliste de Vénissieux Abdelkader Bouziane, après la décision du Conseil d'État de mettre fin à la suspension de son arrêté de reconduite à la frontière, ne peut faire oublier les trop nombreuses marques de compréhension qui ont été récemment offertes aux ennemis de l'Occident par une République «pacifiste».

Le dialogue mené par la France avec la rébellion irakienne n'obligeait pas à s'en flatter. Or c'est bien ce sentiment qui ressort. Si l'on peut reprocher à Didier Julia ses effets d'annonce, les faits rappellent que des membres du gouvernement et du Conseil français du culte musulman auront fait preuve d'un pareil optimisme en annonçant les libérations pour le 3 septembre. La légèreté du député procède de cette même erreur, qui a été de croire en l'efficacité d'une politique de collaboration s'estimant seule capable d'apaiser la frustration islamiste.

A cette naïveté est venue s'ajouter une série de rapprochements avec la cause fondamentaliste. Ce sont les intégristes de l'islam de France qui ont, un temps, pris le pas sur la diplomatie à Bagdad. Ce sont les mouvements terroristes du Hamas, du Hezbollah et du Djihad qui ont apporté leur soutien à la France en remerciement de sa position antiguerre. C'est le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, qui s'est fait l'avocat de cette «résistance» irakienne qui refuse toute perspective de démocratisation du pays.

Ces signes sont venus brouiller le message de la France, berceau des droits de l'homme. Ils autorisent à se poser la question indigne : dans quel camp sommes-nous vraiment ?

Le prix du pacifisme

Quand elle le veut, la France sait porter des coups aux ennemis des démocraties. Elle l'a démontré magistralement cette semaine en procédant, en coopération avec la police espagnole, aux arrestations dans le pays basque français de deux hauts responsables de l'ETA et en mettant au jour des caches d'armes impressionnantes (dont deux missiles sol-air). Aussi, lorsqu'elle dit refuser de faire la «guerre au terrorisme» islamique – Dominique de Villepin trouve cette expression «inexacte et dangereuse» –, laisse-t-elle entrevoir une réticence à regarder les réalités en face et à admettre qu'un nouveau totalitarisme, coranique celui-ci, a déclaré la guerre à l'Occident et à ses valeurs, le 11 septembre 2001.

Toute l'ambiguïté de la politique pro-arabe de la France, qui estime pouvoir éviter ainsi un choc de civilisations, tient dans cette sous-évaluation de la menace fondamentaliste qui veut d'abord mettre au pas les musulmans eux-mêmes. Observer notre politique en Irak permet de constater qu'elle aura tout d'abord tenté de protéger un dictateur qui appelait au djihad et qui s'était réjoui du 11 septembre, et qu'elle aura ensuite reconnu à la «résistance» islamiste et baasiste des raisons de commettre des attentats contre les alliés et des civils irakiens. De quoi être dérouté par ce qui peut être compris comme un défaitisme, même si la récente critique française contre la présence militaire syrienne au Liban vient atténuer cette interprétation.

Le pacifisme français risque de se payer cher. Il fait le jeu d'une idéologie islamiste qui sait se présenter comme victime et émouvoir les belles âmes, mais qui est intransigeante, sexiste, antichrétienne, antisémite. On en voit les premiers dégâts quand il est devenu honteux de se dire pro-américain ou, pire, pro-sioniste …

Il serait utile pour la France de dresser le bilan de sa politique, qui ne peut s'évaluer seulement à travers les sympathies recueillies auprès de l'opinion internationale. La résistance, quand elle consiste à s'opposer systématiquement aux Américains et aux Israéliens et à excuser l'islamisme conquérant, ne peut qu'attiser l'esprit munichois, persuadé de pouvoir acheter la paix au prix d'arrangements. L'échec de la diplomatie française, révélée par l'affaire Julia, montre les limites d'une politique pro-arabe trop empathique, complaisante, manipulable. …

2004/10/06

La perte d'influence de la France au sein de l'Europe

J'ai lu les réactions devant l'échec relatif de la France (et de l'Allemagne) d'avoir une influence majeure dans la nouvelle Commission européenne. En tant qu'étranger à Paris, ce développement ne m'étonne aucunement.

Depuis de Gaulle au moins, et certainement depuis le début de la crise en Irak, le langage des Français est uniformément méprisant pour tous ceux qui ne suivent pas la politique française. Parmi les 25 pays de l'Union européenne, douze (soit la moitié) ont des troupes en Irak. Est-il vraiment inconcevable que les gouvernements de ces pays aient tout simplement pu juger que la décision de l'administration Bush de faire tomber le boucher de Bagdad puisse être sinon juste, du moins la meilleure des options possibles? Est-il inimaginable qu'ils puissent avoir jugé que, dans ce cas-ci du moins, la politique de Paris, du "moteur franco-allemand", et du "camp de la paix" puisse être, sinon malicieuse, du moins erronée?

Mais quoi! La coalition des volontaires est composée d'alliés "inutiles" qui "ne pèsent pas lourd", les Anglais sont des caniches, les Espagnols (sous Aznar) sont les petits télégraphistes de Bush, les Européens de l'Est sont des gens mal élévés qui feraient mieux de se taire, et le reste sont les acteurs timides qui s'inclinent lâchement devant Washington.

La réserve vis-à-vis de la France vient du fait que toute l'intelligentsia politique, les médias, et bon nombre de citoyens dans le pays qui prétend aimer le débat, prennent ces "opinions" pour parole d'évangile (ces opinions que d'aucuns, faut-il vous le rappeler, pourraient qualifier d'auto-congratulatoires).

En effet, pendant qu'on fustige ses voisins, la même opinion, comme par hasard, attribue aux Français, ainsi qu'à ceux qui se seraient ralliés de leur côté, le beau rôle — celui des êtres raisonnables, tolérants, lucides, solidaires, humanistes, amoureux de la paix, et attachés aux vraies valeurs de l'humanité. C'est d'un héroïsme !

Quant à la construction de l'Europe, et à son unité, le pays qui dénonce l'unilatéralisme (américain) les ignore quand bon lui semble, en faisant l'éloge avant tout lorsqu'elle veut se faire le chantre de l'opposition à Washington.