2005/07/01

l'Europe ne croit pas au mal : elle ne connaît que des malentendus à résoudre par la compréhension, la concertation

L'histoire ne se divise pas entre nations pécheresses et nations innocentes, mais entre démocraties qui reconnaissent leurs forfaits et dictatures qui les dissimulent en se drapant dans les oripeaux du martyr
nous explique Pascal Bruckner.
Depuis un demi-siècle … l'Europe est irréconciliée, habitée par les tourments du repentir. Ruminant ses crimes passés, l'esclavage, le colonialisme, le fascisme, le communisme, elle ne voit dans sa longue histoire qu'une continuité de tueries et de pillages. Spontanément elle donne raison à ses ennemis dans le jugement qu'elle porte sur elle-même. On l'a constaté le 11 mars 2004 à Madrid : au terrible attentat qui l'a frappée, l'Espagne a immédiatement réagi par un mea culpa collectif et le retrait des troupes d'Irak, oubliant que la plupart des terroristes visaient moins la présence espagnole à Bagdad que la reconquête de l'Andalousie musulmane perdue depuis le XVe siècle.

N'en doutons pas : le même raisonnement prévaudrait si demain des poseurs de bombes détruisaient la tour Eiffel ou Notre-Dame. Les bonnes âmes de droite et de gauche nous intimeraient immédiatement de nous flageller : on nous frappe, donc nous sommes coupables alors que nos agresseurs sont en réalité des misérables qui protestent contre notre richesse insolente, notre mode de vie. L'Europe se constitue à l'intérieur du doute qui la nie et porte sur soi le regard d'un accusateur intransigeant.

… "Fichez-nous la paix", demandaient les manifestants contre la guerre en Irak en 2003. On ne saurait mieux dire.

La démocratie européenne évoque cette convalescence que des peuples jadis turbulents s'imposent après avoir perdu le goût des batailles. Elle devient ce qui reste quand tous les autres rêves ont été abandonnés : un espace d'une grande diversité où il fait bon vivre dans le voisinage de chefs-d'oeuvre culturels. Admirable projet certes, puisqu'il fait l'économie de la violence. Mais ce calme serait parfait dans un temps de grande sérénité, dans un globe enfin gagné à "la paix perpétuelle" (Kant). Or le contraste est saisissant entre l'idylle que se racontent les Européens le droit, le dialogue, le respect, la tolérance et la tragédie que vit le monde alentour : la Russie plus agressive que jamais, l'Iran devenu puissance nucléaire, le Moyen-Orient déchiré, l'Afrique instable.

Mais l'Europe ne croit pas au mal : elle ne connaît que des malentendus à résoudre par la compréhension, la concertation. Elle n'aime pas plus l'Histoire : celle-ci est un terrain miné dont elle est sortie à grand-peine en 1945 et en 1989. Elle laisse à d'autres le soin d'en prendre charge, quitte à les critiquer violemment pour leur archaïsme. Les Européens croient avoir tout dit en érigeant le "plus jamais la guerre" en dogme intangible. …

La défiance qui pèse sur nos réussites les plus éclatantes risque toujours de dégénérer en haine de soi, en défaitisme facile. …

L'Europe de l'Ouest préfère globalement la culpabilité à la responsabilité : la contrition ne coûte rien et nous laisse les mains blanches. Prendre en charge le poids du monde aux côtés de nos alliés serait une autre paire de manches. Nous assumons en paroles tous les malheurs de la terre, du réchauffement climatique au tsunami : mais nous nous délectons de notre impuissance tranquille. Si demain Vladimir Poutine posait sa grosse patte sur les pays baltes, envahissait la Géorgie ou la Moldavie, l'Europe occidentale d'un seul souffle s'exclamerait : "Servez-vous." Comment sortir des pièges de la mauvaise conscience ? En rappelant que … Pas plus qu'il n'y a transmission héréditaire du statut de victime, il n'y a transmission du statut de bourreau : le devoir de mémoire n'implique pas la pureté ou la faute automatiques des descendants. Nous ne sommes pas coupables des atrocités commises par nos ancêtres mais de celles que nous laissons faire aujourd'hui par indifférence, passivité, complaisance aux tyrannies.

L'attention obsessionnelle aux abominations d'autrefois nous rend aveugles à celles du présent. Le crime de masse est la chose du monde la mieux partagée, même si la plupart des régimes se refusent à l'admettre. L'histoire ne se divise pas entre nations pécheresses et nations innocentes, mais entre démocraties qui reconnaissent leurs forfaits et dictatures qui les dissimulent en se drapant dans les oripeaux du martyr. …

… C'est à une véritable révolution mentale que nous devons consentir. Faute de quoi l'Europe se réduirait à un camp de vacances, à un sanatorium de luxe toujours prêt à abdiquer son indépendance pour un peu plus de calme et de confort avant le dépeçage final.

2005/06/12

Tous les points de l'argumentation avaient en commun un gallo-centrisme d'autant plus gênant qu'il était soit inavoué, soit totalement inconscient

En rejetant cette Constitution, les Français semblent exprimer la nostalgie d'une époque où leur influence dominante et leur identité au sein de cette Europe étaient garanties
écrit Philip Gordon dans Le Monde. Sur la même page des débats, Erhard Friedberg décrit Le gallo-centrisme, tare si française.
…n'est pas vrai tout ce qui se dit ! Le débat n'était pas exemplaire, il n'a pas amélioré le niveau de connaissances des Français sur l'Europe et certainement pas servi la cause de l'Europe en France.

C'est d'abord, naturellement, un reproche qui s'adresse aux partisans du non. Ils n'ont pas fait preuve d'information, mais de désinformation systématique. … C'était, au mieux, des erreurs ou des demi-vérités, au pire des mensonges purs et simples, inventés avec le seul souci de faire peur, et ainsi de faire gagner des voix à la cause sacrée du non.

Ces contributions n'ont pas favorisé un débat éclairé ; elles n'ont d'ailleurs pas cherché à le faire. Dans leur diversité, tous les partisans du non (de gauche, souverainiste et anti-étranger d'extrême droite) ont joué sur la peur, sur les réflexes de retrait sur l'Hexagone, sur la nostalgie du cadre étatique national.

Mais l'Autrichien francisé, professeur des universités et directeur du Centre de sociologie des organisations à l'Institut d'études politiques de Paris, fait valoir qu'en aucun cas la prise de position française "ne démontre une connaissance des réalités européennes"
Quant aux partisans du oui, ils n'ont pas davantage amélioré le niveau d'information des Français ni fait avancer la cause de l'Europe. Ce, pour la simple raison qu'ils ont centré toute leur argumentation autour de deux points, modulés différemment par les uns et les autres, mais qui avaient en commun un gallo-centrisme d'autant plus gênant qu'il était soit inavoué, soit totalement inconscient. Le premier de ces points a développé l'idée que la Constitution reflétait les conceptions françaises, qu'elle était en fait "française" et, à ce titre, acceptable et bonne.

Le second a porté l'idée que, par un vote positif, on "renforcerait la position française au sein de l'Europe" afin d'éviter que ne l'emportent les forces malignes du libéralisme et du marché (version du oui de gauche) ou les tentatives de nos partenaires de grignoter les avantages que la France retirerait de l'UE (version plus cynique du oui de droite).

Le message transporté par cette argumentation était bien gallo-centriste : il considérait comme acquise la supériorité des conceptions constitutionnelles et politiques de la France et impliquait une vision quelque peu dédaigneuse des discussions qui avaient permis le compromis final. Mais, derrière cette argumentation gallo-centriste, se développait une vision bien plus pernicieuse, dans la mesure où elle suggérait que l'Europe était un champ de bataille hostile, où la France devait constamment se défendre.

Le moins que l'on puisse dire est qu'une telle argumentation n'est pas propice à développer une image positive de l'Europe, à entretenir l'idéal de la construction européenne, dont les bienfaits l'emportent largement sur les contraintes. Les discussions, indispensables à la construction de positions communes et acceptables pour tous les participants, ne sont jamais présentées en France comme un enrichissement : on s'y réfère de manière dédaigneuse, comme s'il s'agissait d'un appauvrissement, voire d'un avilissement de la pureté et de la logique impeccable d'une proposition initiale.

La tendance est à brocarder le byzantisme de la bureaucratie bruxelloise, sans comprendre que le processus politique européen, pour complexe et sinueux qu'il soit, est souvent infiniment plus ouvert à la délibération, plus riche et diversifié que ne l'est le processus administratif et législatif français.

Au fond, le non-dit de cette campagne, partagée par la grande majorité de la classe politique, est une vision étroitement instrumentaliste et gallo-centriste de l'Europe. Celle-ci doit servir les intérêts français et refléter les conceptions françaises : dans cette seule mesure, elle est intéressante, à cette condition seulement elle est acceptable.

Le soir du référendum, sur un plateau de télévision, il y eut une belle illustration de cette arrogance française : un certain nombre de participants développaient des arguments s'appuyant sur le non français pour suggérer qu'il était désormais inutile de poursuivre le processus de ratification à l'échelle des Vingt-Cinq. La France avait parlé, elle avait dit non, il était tout simplement superfétatoire de continuer la procédure.

Lorsque le président du Parlement européen a calmement répondu que "la procédure de ratification allait se poursuivre, que la France décidait pour la France, mais qu'en Europe il y avait 25 pays, donc 25 processus de ratification", les réactions furent édifiantes. A peu d'exception près, dont celle de l'ancien ministre des affaires étrangères, Michel Barnier, qui connaît bien l'Europe, on pouvait lire sur les visages des présents (y compris du journaliste) une expression d'étonnement, de consternation incrédule, voire un début d'irritation.

Comment ? L'avis de la France n'était pas plus important que celui d'un autre pays ? On ne reconnaissait donc pas à la France la capacité de parler pour les autres peuples ni celle de leur montrer le chemin (hors de l'enfer"ultralibéral", vers lequel conduisait tout droit le projet Constitution) ?

Perçait là tout un non-dit de la position française face à l'Europe, mélange d'arrogance, de condescendance de donneur de leçons et d'instrumentalisation pure et simple, une position qui est partagée bien au-delà des partisans du non au référendum du 29 mai.

2005/06/05

La campagne anti-guerre de Chirac et Schröder ne semble pas avoir profité auprès des électeurs, contrairement à…

Il y a quelque chose de curieux
dit Charles Kupchan, professeur à l'université Georgetown à Washington et directeur des études européennes au Council on Foreign Relations, à Corine Lesnes.
Chirac et Schröder avaent fait campagne de manière très nette contre la guerre en Irak, ce qui correspondait à l'avis de leurs opinions publiques. Cela ne semble pas leur avoir profité auprès des électeurs, alors même que la situation est mauvaise en Irak. Le président Bush, lui, a été réélu. Et pas seulement lui, mais aussi le premier ministre danois, le premier ministre australien, et Tony Blair en Grande-Bretagne, alors que de l'avis générale la guerre a mal tourné.

2005/06/01

"Les Néerlandais reprochent généralement à la France ce qu'il estiment être un anti-américanisme primaire"

La prochaine fois que Néron voudra construire une alliance anti-américaine, le premier ministre fera mieux de consulter ses partenaires européens et de lire le chat avec Jean-Pierre Stroobants, envoyé spécial du Monde aux Pays-Bas, mercredi 1er juin 2005 (débat modéré par Célia Mériguet et Guillaume Pélissier-Combescure).
Coolbens : Quelles sont les relations entre les Pays-Bas et les Etats-Unis ? Quel impact ont-elles eu sur le débat durant la campagne référendaire ? Les Néerlandais craignent-ils de devoir s'éloigner du partenaire américain ?

Jean-Pierre Stroobants : Les relations Pays-Bas - Etats-Unis, et plus généralement avec le monde anglo-saxon, sont une priorité pour la plupart des partis politiques. Il faut rappeler que les Néerlandais ont envoyé des troupes en Irak. Cette question n'a toutefois joué qu'un rôle mineur. Et si l'on reparle de l'influence du non français, on peut souligner que les Néerlandais reprochent généralement à la France ce qu'il estiment être un anti-américanisme primaire.

2005/05/27

Union européenne : les contribuables doivent placer les technocrates sous contrôle

Quelle que soit l’issue du scrutin, les actions que [les Contribuables associés auront] à mener à l’avenir, au niveau européen, ne varieront pas d’un iota. Si le « oui » l’emporte, l’Europe ne se libérera pas pour autant de son carcan technocratique. Et si, au contraire, le «non» l’emporte, cela n’empêchera pas non plus les hauts fonctionnaires de Bruxelles, en « bons » bureaucrates, de tenter d’élargir leur pouvoir d’intervention.

2005/05/25

Politique Américaine

Politique Américaine est une revue consacrée aux affaires et contemporaines aux Etats-Unis. Publiée trois fois par an, la revue examine les enjeux intérieurs et de politique étrangère américaine.

Parmi les dix plus grands «think tanks » en France (selon L'Expansion), l'Institut Choiseul pour la politique internationale et la géoéconomie (anciennement Institut européen de géoéconomie) est un centre de recherche indépendant basé à Paris consacré à l'analyse des relations internationales, des stratégies et des rapports de force dans les domaines économiques, politiques et culturels internationaux.

Éditeur spécialisé dans les revues intellectuelles consacrées aux questions régionales et internationales, Choiseul éditions publie aussi les revues suivantes : Géoéconomie, Maghreb-Machrek, Problèmes d'Amérique latine, Nordiques, et Monde chinois.

(Thanks to e-Nough)

2005/05/10

Preuves de l'exigence d'un journaliste modèle du Monde qui défendait toutes les bonnes causes

Avec Claude Julien disparaît l'un de ces hommes de caractère et de conviction, l'un de ces journalistes incisifs et exigeants qui ont marqué l'histoire du Monde, puis du Monde diplomatique
writes Jean-Marie Colombani in person at the end of Claude Eveno's obituary of a Le Monde journalist which says a lot about the independent daily's values and orientation.
Homme de conviction et journaliste de talent, Claude Julien laisse le souvenir d'une forte personnalité, passionné par son métier et par les causes qu'il défendait.
Tout en respectant solennellement la mort d'un homme, sommes-nous autorisés à lire le papier le concernant avec un regard critique et à nous demander in what ways exactly, dans les yeux des pachas du Monde, was Monsieur Julien a man of conviction and a talented journalist, un journaliste incisif et exigeant?
Claude Julien s'impose comme le spécialiste de l'Amérique du Nord. Ses reportages aux Etats-Unis tiennent en haleine les lecteurs.

…Quand le temps lui reste, il accomplit lui-même des périples, comme celui qu'il fit à Cuba à l'occasion du premier anniversaire de la révolution castriste, "Cuba, ou la ferveur contagieuse" (Le Monde du 17 au 23 mars 1960), qu'il publie en 1961 sous le titre La Révolution cubaine.

Très intéressé par le Canada, qui lui apparaît comme un des bastions de résistance à l'impérialisme américain, il le parcourt pour Le Monde, ses reportages étant regroupés dans un livre, Le Canada, dernière chance pour l'Europe (1965). Mais son plus grand succès de librairie, Claude Julien le doit à sa parfaite connaissance des Etats-Unis dont il décrypte, en 1968, la volonté de puissance dans L'Empire américain

En 1969 … Claude Julien est tout naturellement nommé chef du service étranger. … il est nommé rédacteur en chef du Monde diplomatique en 1973.

…Claude Julien en fait un organe incisif qui offre à la fois des analyses fouillées des grands problèmes internationaux, sociaux, économiques et culturels, et des critiques qui n'épargnent personne.

Surtout, il est certain, il est indéniable qu'on pouvait compter sur le Monde diplomatique pour écrire des critiques qui n'épargnaient aucunement les nations comme l'Union Soviétique, la Chine populaire, et autres pays de l'Est, voire des pays comme le Vietnam du Nord ou… le Canada ou encore …Cuba…

2005/05/04

Bruce Willis, homme qui ne cède pas aux cris d'alarme des médias environnants

…l'acteur qui aime à se définir comme "un garçon simple du New Jersey" est un homme de valeurs. Des valeurs républicaines en l'occurrence
peut-on lire dans l'article d'Isabelle Regnier sur Bruce Willis, tout en se demandant pourquoi il semble que ce n'est que parmi les stars du show-biz à qui Le Monde veut bien donner la parole aux supporters de W.
En 2003, il était allé soutenir les soldats américains en Irak. "J'ai vu là-bas beaucoup de choses que les médias américains refusaient de montrer", confie-t-il, l'air grave. Par exemple ? "Le peuple irakien était heureux de l'arrivée des Américains. L'armée rétablissait l'eau, l'électricité, rouvrait les écoles... Quand on pense qu'Hitler a fait tant de désastres en imposant un régime terroriste pendant dix ans. Saddam, lui, est resté trente ans ! Il brutalisait son peuple, il le gazait aussi."

A l'exception de Fox News, "la seule chaîne qui ait eu le courage" de rendre compte de son témoignage, "les médias américains sont vraiment trop "libéraux"". Il leur en veut, beaucoup, de n'avoir pas rendu compte des "réelles motivations de cette guerre". "Ce n'est évidemment pas pour le pétrole que les Américains se sont battus. C'est pour apporter sur place l'économie de marché. Et, jusqu'à présent, tous les pays où l'on a apporté l'économie de marché prospèrent !"

Il croyait tellement à cette guerre qu'il aurait voulu s'y battre, soutient-il, mais son âge — 50 ans — l'en a "malheureusement" empêché. Depuis que George W. Bush l'a nommé ambassadeur de Foster Care, une association qui oeuvre en faveur de l'adoption d'orphelins, il se console. Parce que la famille, Bruce Willis ne le dira jamais assez, "c'est ce qui compte le plus".

2005/05/01

Un livre critique du Monde est cité dans le quotidien, mais pas dans la section des livres et ...un an après sa parution

Ce n'est pas pour rigoler que François Jourdier (Toulon) a envoyé depuis douze ans quelque... quatre cents lettres au Monde !
s'exclame Robert Solé dans sa chronique du médiateur, dont la citation du livre critique de ce même lecteur pourrait inciter à une certaine admiration, si cette mention du livre n'était pas la première, et la seule, à paraître dans le journal indépendant depuis la parution dudit livre il y a presque …un an. Et cela, dans la chronique du médiateur, et ni dans la section littéraire ni sur la page des médias.
N'ayant pas été souvent cité, il a fini par publier un recueil de ces textes, puis un vrai livre, préfacé par Wladimir Volkoff (La Désinformation et le journal Le Monde, Editions du Rocher, 2004). On est là dans un tout autre registre que les lecteurs précédents.

"Je lis Le Monde depuis des années, écrit M. Jourdier dans son livre. C'est un journal fort intéressant : on y trouve tout. On y trouve tout mais présenté, interprété, voire déformé en fonction d'a priori, de jugements, de condamnations fondés sur une conception du monde profondément marquée par le trotskisme et Mai-68. (...) Le Monde a toujours raison, ce sont les événements qui ont tort."

Que reste-t-il alors de nos amours européennes ? Sinon des lois, lois-cadres et des règlements…

Dira-t-on plus tard de l'Europe, comme le fit William Pitt à propos de la France de 1789, qu'elle a «traversé la liberté» ?
demande, dans Le Figaro, Yves Roucaute qui, contrairement à la majorité des Européens, semble avoir lu le texte intitulé Consitutution européenne. (Soyez gentils et adressez-lui vos sympathies…)
Il arrive que, perdus, nous n'ayons pas tant à trouver le bon chemin qu'à nous écarter du pire. Refuser la Constitution ? Voilà, je le sais, qui sera interprété par les courants anti-européens comme une victoire. Et beaucoup d'amis de la liberté s'inquiètent déjà de l'échec de cette Union qui, seule, paraît en mesure de secouer les archaïsmes français par le jeu de ses trois piliers : le technocrate, le juge et l'universitaire. Faudrait-il l'accepter, alors ? Je crains que le pari non démocratique d'hier ne soit forclos aujourd'hui.

Une victoire du oui annoncerait une déroute stratégique bien plus grave pour l'esprit qu'on ne l'imagine, et la certitude d'un grand désordre futur face à une Constitution rigide qui n'autorisera plus les populations qu'à se soumettre ou à se démettre. Disons-le sans fard : ce «traité établissant une Constitution européenne» n'oppose en aucune façon pro-européens et anti-européens. Encore moins libéraux et socialistes.

Nous reproduisons un débat qui vit s'affronter, lors de la construction des États-Unis, les partisans d'un centre politique et administratif fort, aux amis de Jefferson, favorables à la liberté des Etats et des individus. Peut-être devait-il un jour avoir lieu en raison de la force, jusqu'ici positive, du «parti technocratique».

Droits individuels ? Dès le préambule, le projet évoque vaguement les «héritages culturels, religieux et humanistes de l'Europe». Un peu plus loin, dans une confusion conceptuelle déroutante, la Constitution se réfère aux «valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d'égalité, de l'État de droit, ainsi que de respect des droits de l'homme». Plus loin encore, perpétuant la confusion, sont évoqués droits fondamentaux et citoyenneté de l'Union.

L'esprit du Léviathan rôde. Il ne se lit pas seulement par son incroyable monstruosité, dépassée par la seule Constitution indienne. Il hante le texte dès la phrase d'exergue qui ouvre le projet : «Notre Constitution... est appelée démocratie parce que le pouvoir est entre les mains non d'une minorité mais d'un plus grand nombre.» Le droit de propriété (article 76) ? Certes, mais seulement «conformément au droit de l'Union et aux législations et pratiques nationales». Il suffit donc d'une majorité changeant sa législation nationale pour limiter ce droit naturel. Limiter ? Abroger aussi. L'article suivant précise : «Nul ne peut être privé de sa propriété si ce n'est pour cause d'utilité publique, dans des cas et conditions prévus par une loi.»

L'«utilité publique» ? Une belle idée qui avait naguère procuré des débouchés insoupçonnables aux spécialistes encartés de l'utilité publique en Europe de l'Est. Le droit de se réunir (article 72) ? Seulement si la réunion est jugée «pacifique» ; les communistes soviétisés qui interdisaient les réunions ne prétextaient pas autre chose. Le droit de se marier, de fonder une famille (article 69) ? Ils sont «garantis selon les lois nationales qui en régissent l'exercice», et les lois nationales variant bien fol qui s'y fie... Le droit à l'éducation, de créer des établissements libres (article 74) ? Seulement «selon les lois nationales qui en régissent l'exercice». Il suffira donc d'une majorité qui vote une loi pour imposer à tous un type d'école religieuse ou bien, à l'inverse, l'interdire à tous...

Incroyable recul de la liberté. Toute l'histoire contemporaine de l'Europe est d'avoir tenté de poser les droits naturels hors de portée des tyrannies individuelles ou majoritaires afin que plus jamais ne soient possibles la Shoah et le goulag, afin que nulle violation des droits individuels ne puisse se produire sous couvert d'une décision majoritaire. Nul n'a juridiquement raison parce qu'il est politiquement majoritaire.

Ce retour en arrière qui se lit jusque dans la prétention de ce projet de «constituer» des droits naturels. Jusque dans l'insensé projet de placer la charte des droits en partie II, après la définition des organes de pouvoir. Or, les droits ne se constituent pas, mais se déclarent. Ils sont déjà là, donnés avant nous, par la nature ou le Créateur. Ils sont un quelque chose qui était là de toute éternité, qu'il faut dé-couvrir. Aucun individu, aucune minorité, aucune majorité ne peut les discuter. Ils précèdent la Constitution et l'organisation des pouvoirs qu'ils contrôlent, comme l'ont toujours pensé les amis de la liberté, et cela depuis les premières «Déclarations» de droits, en passant par les «Déclarations» américaines ou celles qui ont été votées après la chute des forces brunes puis rouges dans l'Europe de l'Est.

On comprend mieux la confusion des droits naturels avec les droits politiques et sociaux qui, eux, se constituent. On saisit mieux l'absence de référence aux valeurs judéo-chrétiennes. … Au lieu de Locke ou Voltaire, de Jefferson ou Burlamaqui, le «parti technocrate» a choisi Hobbes et Rousseau. Au lieu d'un centre politique contrôlé, il a élu le contrôle du centre.

Conception cavalière des droits individuels d'un côté, renforcement jacobin des pouvoirs du centre de l'autre. Les compétences de l'Union, me dit-on, sont de trois ordres : compétences exclusives (politique monétaire, commerciale commune, union douanière...), celles qui sont du domaine apparemment exclusif des Etats (industrie, protection et amélioration de la santé, éducation, formation et jeunesse, sport, culture, protection civile) et, les plus importantes, les autres, dites «compétences partagées». Quel est le principe de la compétence partagée ? «Les Etats membres exercent leur compétence dans la mesure où l'Union n'a pas exercé la sienne ou a décidé de cesser de l'exercer.»

Ainsi, par un coup d'État européen non annoncé, seule l'Union décide. Marché intérieur, agriculture et pêche, espace de liberté, sécurité, transport, réseaux transeuropéens, énergie, politique sociale, emploi, cohésion sociale, cohésion économique, territoriale, environnement, protection des consommateurs... l'Union se donne en même temps (article 14) compétence pour coordonner la politique économique des Etats, offrir les «grandes orientations de ces politiques», les lignes directrices et la coordination des politiques de l'emploi des Etats membres...

Ajoutez à cela l'idée d'une majorité qualifiée, la possibilité d'une flexibilité sur les droits apparents des Etats et les «actions d'appui et de coordination» que l'Union pourra s'autoriser avec ses autres compétences, que reste-t-il alors de nos amours européennes ? Sinon des lois, lois-cadres et des règlements ?

Pourtant le parti technocratique lui-même serait bien inspiré de se méfier. Pour asseoir son pouvoir, il a ouvert une terrible boîte. Imaginez demain que du vote des urnes sorte une majorité tyrannique ? Impossible, dites-vous ? Priez alors car l'Europe est coutumière du fait. Je ne parierai pas ma liberté sur votre insouciance. Crise économique, crise sociale, crise morale, qui sait ce que demain sera ? Le pire n'est certes pas certain, mais prévoir l'incertain peut nous garantir du pire. Et n'est-ce pas là le premier rôle d'une Constitution ? Affaiblissement du centre, principe de subsidiarité et garantie des droits individuels, telles sont les conditions de l'Europe de la liberté. Je ne souhaite pas que l'Europe traverse la liberté mais qu'elle l'épouse. Ou la souveraineté des individus précède celle des Etats et des peuples ou la liberté n'est qu'un mot mis sur les fers.

2005/04/25

Les «veuves de la révolution», ces étrangers qui poussent Castro à l'anti-impérialisme sur le dos d'un peuple qui a faim, les Cubains les méprisent

Quand Paulo A Paranagua fait valoir à Raul Rivero que "Castro garde du prestige", le poète et journaliste cubain en exil en Espagne répond à l'envoyé spécial du Monde que

Je suis attrisé par les « veuves de la révolution », c'est à dire tous ces gens qui se rendent à la Havane pour pousser à l'anti-impérialisme, sur le dos d'un peuple qui a faim. Les Cubains les méprisent, mais ne peuvent le montrer. Les gens aspirent à la modernité. Les mots d'ordre et les mythes, c'est fini. Dequelle éducation peut-on parler quand il n'y a pas de libertés ? Je ne veux pas que ma fille soit comme Che Guevara, mais comme ça lui chante.
Rivero ajoute que tout en admettant être libre grâce à la nouvelle orientation politique de l'Union européenne, amorcée par Zapatero, qui favorise le dialogue avec la Havane,
je suis également reconnaissant à son prédécesseur, José Maria Aznar, qui s'est élévé contre les condamnations de 75 opposants en 2003. Sans la sévérité d'Aznar, l'assouplissement proposé par Zapatero n'aurait pas marché.
Sur "l'attitude immobiliste et même régressive" du Comandante, Rivero ajoute :
Castro détient un pouvoir absolu, il n'hésite pas à tuer ceux qui lui font de l'ombre, comme dans le cas du général Ochoa [fusillé en 1989].

2005/04/23

Nous nous nourrissons de slogans — ultralibéralisme, dumping social, fracture sociale, citoyenneté — mais ils sont creux, parce qu'ultrasimplistes

L'exception française ne fait que recouvrir des archaïsmes qui déroutent nos partenaires et qui nous coûtent très cher, en prestige mais aussi en emplois et en niveau de vie
écrit Charles Wyplosz dans Le Monde.
Le rejet de la Constitution va faire apparaître au grand jour ce que les observateurs de la scène européenne ont constaté depuis plusieurs années : la France n'est plus le pilote de l'Europe. …
Contrairement à ce que pensent beaucoup d'entre eux, affirme le professeur d'économie à l'Institut des hautes études internationales de Genève, les Français "lucides" ne sont pas immunisés à une vision du bien et du mal ni à un fondamentalisme du type religieux.
Les Français, et la plupart de leurs dirigeants politiques, ont une vision idéologique de ces questions. Il y a le mal — le profit, les multinationales, les marchés financiers — et le bien — les pauvres, les chômeurs. Profondément empreinte de marxisme, cette vision est à mille lieues de la réalité. Il est politiquement correct de rejeter d'un revers de manche le "modèle anglo-saxon", de le déclarer inadapté à nos traditions. Mais comment expliquer la stagnation prolongée de l'économie française ?

… Nous adorons nous offusquer des fondamentalistes religieux américains qui veulent que l'on n'enseigne plus le darwinisme sans présenter comme également valide le créationnisme, la croyance que Dieu a fait le monde. Mais nous trouvons normal de présenter à égalité les lois du marché et des fadaises marxisantes.…

Nous nous nourrissons de slogans — ultralibéralisme, dumping social, fracture sociale, citoyenneté — mais ils sont creux, parce qu'ultrasimplistes. Nous adorons opposer le modèle social européen à l'individualisme américain, mais il n'y a pas de modèle social européen. C'est bien pour cela que notre insistance à avoir une politique sociale européenne ne peut aboutir : à chacun de balayer devant sa porte, disent nos partenaires, et ils le font.

L'exception française est vraiment unique. Elle est rejetée par la quasi-totalité de nos partenaires qui ont rangé depuis longtemps les querelles idéologiques dans le placard des débats inutiles. Ils s'impatientent des efforts incessants de la France pour imposer ce qu'eux-mêmes perçoivent comme des sources de stagnation et de chômage.

…Il va falloir enterrer la vieille idée que l'Europe sert avant tout à donner du poids à la France pour lui permettre de tutoyer les Etats-Unis.

Nos partenaires ne partagent pas cette vision. S'ils l'ont longtemps tolérée sans la soutenir, le non va leur donner le droit de la rejeter, et ils ne vont pas s'en priver.

Il va aussi falloir comprendre que la compétition économique est le seul moyen de ne pas régresser. … le protectionnisme ne protégera pas les perdants, il ne fera que paralyser les gagnants.

2005/04/22

Vive la dictature du fonctionnariat !

Quand une manif massive réunit des dizaines de milliers de fonctionnaires dans les rues de Paris, pour demander plus de fric, plus de présence et d'intervention gouvernmentales, et plus de bureaucratie, un petit groupe de protestataires, quelque peu différent de l'autre, décida d'infiltrer les multitudes grognantes avec des panneaux tout aussi (peu?) différents.

Lire la précédente opération
commando
de la BAF

2005/04/20

Le président du "pays où tout est bâti sur le dollar" "incite les nations à la guerre"

Il ne faut pas prendre les critiques comme une attaque sur les USA, me dit-on souvent. Ce n’est pas contre le peuple américain que nous en avons, c’est contre leurs dirigeants. Ah oui, je compatis. Ainsi, récemment, un ministre des affaires étrangères européen a dénoncé le président américain comme “un fanatique" et le “coupable principal de la guerre” et a pleuré le “peuple américain” d’avoir été trahi par un tel leader irresponsable avec son “attitude intransigeante”.

“Les Américains n’ont pas d’avenir” disait pour sa part le chef d’État du ministre sus-mentionné.

C’est un pays pourri. Le problème racial et le problème d’inégalités raciales y sévissent … Mes sentiments sur l’américanisme sont la haine et le plus profond dégoût … Comment espérer qu’une tel État puisse rester soudé — un pays où tout est bâti sur le dollar.
Évoquant l’“insolent mépris [américain] de la vérité et du droit” dans des paroles qui auraient sans doute pu sortir tant des bouches des militants d’Attac et d’autres pacifistes qui défilent dans les rues de Paris que des salles des Nations Unies, il ajouta que le “soi-disant” président s’était “rendu coupable d’une série de crimes contre les lois internationales”. L’Européen précisa que
tout d’abord, [le président américain] incite les nations à la guerre, puis il en falsifie les causes et, drapé dans un manteau d’hypocrisie chrétienne, il conduit lentement et sûrement l’humanité à la guerre, non sans prendre Dieu à témoin de la pureté de ses intentions.

Une opposition menaçante se concentrait sur la tête de cet homme et lui fit pressentir qu’il ne trouverait le salut qu’en détournant l’attention publique de la politique intérieure vers la politique extérieure … Ainsi commencèrent à se manifester les efforts du Président américain dans le sens de la provocation de cette guerre … Pendant des années, cet homme nourrit un désir unique : le déchaînement d’un conflit quelque part dans le monde.

[Le fait qu’un pays] se soit finalement lassé de se voir bafoué de manière aussi indigne, voilà qui remplit … toutes les … nations honnêtes d’une profonde satisfaction.

Et au chef d’État d'exprimer son opinion qu’il ne voyait
aucune raison de prolonger cette guerre.
Quels politiciens courageux avaient proféré de telles paroles édifiantes? Quels héros de la scène internationale avaient prononcé de tels discours impressionants? Jacques Chirac? Villepin? Zapatero? Schröder? Fischer?

Non.

Et de quel président parlaient-ils, au fait? De Bush junior?

Non.

Bush père?

Non.

Ronald Reagan?

Non.

Pas un démocrate, quand même?

Si, si.

Et d'où tiens-je ces paroles édifiantes?

De Jean-Marie Colombani? D'Edwy Plenel? De Claire Tréan? De Bertrand Le Gendre? De Dominique Dhombres? D'Éric Fottorino?

Non non non non non non.

Du journal Le Monde? De Libération? De France 3? D'El País? De la BBC? De Stern? Du Spiegel?

Non, non, non, no, no, nein, nein.

Suffit, les devinettes.

Voici les réponses…

Voici le président américain qui est à la tête d'une société pourrie ainsi que la cause de la guerre.

Voici le ministre des affaires étrangères cité.

Voici le journaliste et la source de mes informations.

Voici le chef d'État.

Décidément, il s'avère que, comme on le voit, l'Europe a une longue tradition de produire des citoyens, des sociétés, et des leaders qui ne se privent pas de donner des leçons aux Yankees, tant ces Européens étonnent par leur lucidité, leur humanisme, leur générosité, leur amour du genre humain, leur respect pour les conventions internationales, et leur immuable désir pour la paix…

2005/04/16

Rioufol cite D'Souza sur l'esclavage

…la position anti-Constitution du numéro deux du PS, Laurent Fabius, a décomplexé un électorat de gauche dans sa résistance à la tyrannie de l'unanimisme obligé
écrit Ivan Rioufol dans son bloc-notes.
Alain Minc, modèle de l'intelligentsia parisienne, partisan du oui : «Le référendum est pareil à une «vérole» antidémocratique que la France aurait propagée dans l'ensemble de l'Europe.» C'est ce mépris du peuple qui est, pour beaucoup, devenu insupportable.
Esclavage : démarche ambiguë
L'esclavage : il fait partie de l'histoire sombre de la France. Mais la nation doit-elle être désignée coupable de ce passé ? C'est le sens d'un rapport, qui a été remis mardi à Jean-Pierre Raffarin par le Comité pour la mémoire de l'esclavage. Le document invite le gouvernement à faire du 10 mai (date de la loi de 2001 reconnaissant la traite et l'esclavage comme crimes contre l'Humanité) une «Journée des mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions». Raffarin a salué «la qualité du travail accompli».

… cette démarche victimaire [qui] espère une refonte des manuels scolaires et des créations de «lieux de mémoire» [est en fait ambiguë]. D'autant que l'initiative relativise le fait que l'Occident – la France singulièrement – a été la civilisation qui a précisément supprimé l'esclavage. Il fut pratiqué par les Sumériens, Babyloniens, Égyptiens, Chinois, Indiens, Arabes. Le chercheur américain Dinesh D'Souza a noté que ce furent les chefs africains, profiteurs du trafic d'esclaves, qui envoyèrent en Occident des délégations pour protester contre l'abolition. Il note : «Les descendants des esclaves africains doivent leur liberté aux efforts d'étrangers blancs, non pas aux Africains qui les ont trahis et vendus.» Le rappeler également.

2005/04/08

Ils ont tout compris…

Alors que le nouveau pouvoir se met en place en Irak, et que même Plantu semble avoir (temporairement) assagi ses attaques antiaméricaines, l'article du jour évoque l'Irak "en guerre" tandis que l'édito s'en prend à"la situation chaotique de l'Irak, où la violence n'a pas cessé depuis la fin de la guerre américaine". Apparemment, il n'y avait pas de violence avant le début de la guerre "américaine", et la situation d'alors (quand l'Irak n'était pas "en guerre", donc) n'était nullement chaotique.

Quant à Courrier International, cet hebdo montre, avec son titre de cette semaine ("Irak après deux ans d'occupation"), que les Français ont tout compris sur l'Irak et sur le sentiment de ses habitants


2005/03/21

"I Don't Like Americans":
Letters to the Editor of Le Monde

"I don't like Americans" reads one letter to Le Monde; "Naturally I am against America", reads another; "I am proud of my hatreds" reads a third, with a fourth extolling the writer's scorn; while a fifth reader wishes he could join the Iraqi resistance.

And why shouldn't the French feel that way? All the proof of America's sins (or her leaders') are around them, the élite and leaders endlessly repeat them, the mainstream media endlessly rehashes them, the citizens debate endlessly what they see in the media, the leaders respond to what the citizens fear, the media reports what the leaders say and the people fear, etc, etc, etc. This is the vicious circle I have mentioned so often before — an endlessly self-feeding cycle of cynicism, fear, and scorn…

And so today we take a look at Le Monde's letters to the editor section.

The 60th Anniversary Celebration of Le Monde

(Note: because the letters to the editor in a given issue are all published on the same (web) page (give or take a couple of exceptions), hyperlinks may often link to extracts of other letters, on subjects that have nothing to do with the subject involved, and the letters quoted here will in many cases be fully visible only when and if the reader pays to see the entire article.)
Not a day passes in which the United States do not present the world with a motive for defiance or bitterness
writes a Strasbourg man in a missive whose contents summarizes the basic message of French letter-writers.
Their ethics never cease to shock us at all times … One can no longer grant the United States the least bit of trust or the least bit of credit, each day that passes shows us an economy of cheaters, or an ultraviolent foreign policy, or an infamous and arrogant lack of respect for all international treaties, topped by scorn for human rights, a deficient cultural level, and visions that are Manichean and simplistic.

Today it is absolutely vital that we uncouple Europe from that country or risk being pulled downward and into a cowboy mentality dangerous for the entire planet.…

"Conceived by the Americans as the final solution for peace," agrees a man from the Ardennes, "free trade is destroying everything here at home in France" (chez nous). "We must refuse that process, even if it means leaving this pseudo-union" (the EU). Meanwhile, a woman from Le Havre writes in to say that the huge pedophilia scandal rocking France can be attributed to the ravages of… capitalism.

Another Strasbourg resident, meanwhile, thanked the newspaper of reference for the "abundant information on the 'fundamentalist' Protestants", which "is very a good thing". Displaying a "[far from] deficient cultural level, and visions that are [far from] Manichean and simplistic", Marie-Thérèse Benoit says that what shocks her is that if they call themselves "evangelicals", the French should not ape them.

Those fanatics claim to adhere to certain Biblical texts, but certainly not to the Gospels. The teachings of Jesus, the scenes and the parables that accompany them, the Beatitudes that sum them up, are not only foreign to their proclamations but totally opposed thereto.
(As you can see, the information Europeans derive on America from their periodicals and TV sets are exceedingly informative.) Meanwhile, a man from Côte d'Or reminds the independent newspaper's readers how
France has always been at the forefront of the fight against obscurantism
and how her citizens — contrary to those of the United States —
have long stopped believing that the moon is made of green cheese … [how] they do not need the crutches of a god … to stand up and [how] they spit out all the scorn that they have for those sectarians and those who want to dictate other men's behaviour.
(Their scorn, and the pride they have in that scorn. Keep that in mind, we will see more of this in the coming paragraphs.)

A man from Loir-et-Cher notes how "anybody" can note "the intensification of all types of integrism", a French euphemism for drawing a moral equivalence between "the Americans"and the Islamist extremists with which the US is presently at war.

Regarding history and "the forefront of the fight against obscurantism", a writer from La Réunion states that

Exactly 215 years ago, the revolution was on the march, making France a model for all the oppressed peoples on Earth, who love freedom.
The "peoples": I have often said that when you hear the word "people" in the mouths of individuals, politicians, or organizations (in the sense of defined communities or ethnic groups, i.e., rather than a plurality of individual-minded persons), it is a sign that the message they are going to deliver will be exceedingly self-serving — for the simple reason that when you discuss peoples, rather than people (individuals), you can shape them basically into anything you want. (Please keep the self-serving aspect of this term in mind as we keep reading…)

A writer from Lille waxes eloquently on the 400th annniversary of Acadia, reminding everybody that it is

400 years of history, 400 years of French presence in North America, 400 years of successes for the Acadian community: so many reasons to celebrate the patrimony and the heritage. Never have our country and the French language been so present on the North American continent, and notably on the Atlantic coast of Canada.
Frédéric Marchand then goes on to say that
A people without memory is a people with no future, it is customary to say; it would really be a shame if, 400 years later, we wouldn't didn't pay a vibrant homage to our cousins who share many a thing with us, and what undoubtedly is the most essential: our language.
Reassuring to know that, in the minds of French people (and French government officials? and French media?), all French descendents (like Russians and the near abroad?) are still one people, whereever they live,
whatever the intervening events, and whatever the type of government they live under. (In that perspective, a Parisian reader wrote in about the French Huguenot colony in Florida.)

So far, as you can see, it is not just about Bush and his administration and the Iraq crisis, although the latter have naturally been the main subject of letters in the recent past. Apart from a token letter now and then (like this example, or this one, although note it is from Eastern Europeans!), they are invariably negative.

"Simple slogans comfort those who are afraid"

In June 2004, a French American living in Birmingham, Alabama, wrote to complain that
Although there subsists, on the other side of the Atlantic [i.e., in America], an élite of irreducible francophiles and numerous brave souls conscious of the disaster to which they are being pushed, under the pretext of antiterrorism, by a terrifying desire for planetary hegemony, the general tone of the American media and the Republican administration remains profoundly hostile to France
Hubert de Germiny adds that he wished to advise Jacques Chirac that when George W Bush came to France, the French president should adopt "a formal reserve as dignified as it is icy."

Of course, when Bush won the election, Frenchmen could be counted on to (apart from a couple of token letters) blast everything from Dubya to the electoral process. Even people living in America chimed in: From New Haven, Sophie Fichini invokes "the day following an apocalypse" (I thought the Red-staters were to supposed to be the religious nuts — n'est-ce pas, Marie-Thérèse Benoit?) as she implores:

do not forget the millions of Americans who do not recognize themselves in the policies he represents
before going on to find proof thereof in the fact that the overwhelming number of students in her university were devastated by those countrymen who seem to come from another planet than theirs.
Today [the day after election day] is a very sad day for … those … who look to Europe with envy.
A Maine reader also writes in, explaining how
simple slogans comfort those who are afraid
(Funny how I visited Texas, Arizona, and Utah on two occasions last year, and never once met anyone who seemed the least bit afraid of anything… Maybe the above sentence applies even more to the type of people who say that sort of thing than to the type of person that they are saying it about.) Alison Murray Levine adds that
Georges [sic] W. Bush has managed to convince that particular half of America [that he is] a fighter in the trenches with the average American in a common national battle against the Other, the extremist Muslim or the perfidious European.
With regards to Iraq, a scandalized reader from Nantes sputters that it is absurd that France should entertain the thought that it forsake the debts it is owed by Baghdad, when the (French) authorities
do not have enough money for the social budgets and when we are told that the state deficit must be reduced.
Ah yes, France's beloved social system might be threatened, that is what Gilbert Enaud gets out of the Iraq crisis following 30 years of shenanigans with a psychopathic mass murderer. The man has a sense of perspective, as you can see. But, as it turns out, also a sense of justice and fairness. Read on:
It is up to the Americans, responsible for Iraq's disastrous situation and the current war, to take total responsibilty for the debt.
No wonder Jean-Marie Le Brun (letter # 1) wants Europeans to be separated from Americans and their "scorn for human rights, a deficient cultural level, and visions that are Manichean and simplistic". Fellow Frenchmen like Gilbert Enaud show far more (self-)knowledge, culture, and sophisticatation.

In December 2004, a letter from Morocco complained that we get "not a word on the civilian populations [in Iraq]; how do they survive?" Lucile Daumas goes on to bemoan that

'the' catastrophe that the populations of Baghdad, Falluja, and Mossul are going through deserve not a single word, not a single image, not a single slice of interest — I do not even mention compassion.
She ends with a question: "Is the massacre [in Iraq] so advanced that already, one can no longer speak of a civilian population?" Lucile, if "not a word" about the civilian populations in Iraq is reported in the West's mainstream media, it is not because, as you think, they have been forgotten. It is because they have not displayed evidence of dissatisfaction, they have not displayed evidence of despair, they have not displayed evidence of anti-Americanism or anti-Bushness. If you are getting no words or images of the civilian population in those Iraqi cities, it is because (or it is when) everything is going well. There is nothing negative to report, and thus you get no "news".

Lucile even manages to find unfairness in the fact that while they "have nothing", European disaster victims are invariably assisted by state-paid psychological support cells…

Unfairness and inequality: the French love to find that everywhere…

In that perspective a man from Neuilly-sur-Seine waxes about the profound injustice that Chirac kissed the hand of Condoleezza Rice, while Palestine's (female) delegate general only gets her cheeks pecked by the président de la République

"I don't like Americans, and
even less what they stand for"


Saying that war is never clean, a Garenne-Colombes woman says that the images of Abu Ghraib are those "of the kind that destroy you".
The degree of degradation, of debasement to which they reduce mankind […] proves that war uses degenerate individuals, rejects of humanity, to carry out its macabre and pornographic deeds in a systematic fashion, thought out in advance and not by accident.
You can just about guess what this gal thinks about America and Americans and American democracy, n'est-ce pas? (Isabelle Macor-Filarska certainly never seems to get especially fired up or to have made any comments of any kind when Russian troops went into Chechnya or when Sudanese soldiers machine-gunned civilians or — like Lucile Daumas— when… Saddam Hussein tortured, amputated, and killed thousands upon thousands of Iraqis in his jails — including Abu Ghraib.)

A woman writing from Villejuif, as disgusted as all Frenchmen regarding money, states a common view as she says the use of mercenaries in Iraq is proof that the "the survival of democracies" is at stake, since the

democracies, the states founded on law are abandoning their kingly rights. [No, I don't understand that one either.] It is time for public opinion to wake up
With such an outlook, shared throughout the culture and fanned by the media, it is hardly unusual, then, that it is with pride that a Frenchman from Haute-Garonne writing four days later states haughtily:
I don't like Americans, and even less what they stand for [ce qui va avec], power, arrogance, smugness, authoritarianism, contempt for others, the war in Iraq […] with, as their main results, their victims' development of hatred and the desire for vengeance, and the growing hostility towards Westerners.
(The ellipsis […] was not mine but was added by Le Monde's own editors, who presumably did not have the space to list all of the sins that René Maffone accuses Uncle Sam of.)

That letter is nested between one from Toulon accusing "the American leaders" of sweeping aside "the objections founded on the best-established principles of international law" (it, too, is filled with expressions such as "contempt", "cynically scorned", and "disaster") and one from the Var, incidentally, which decries the fact that the Soviet flag and hymn are absent from all the 60th anniversary of the commemorations of World War II.

Three days later, a Parisian vilifies the "cruel forms" under which the American government sends its

disgraceful soldiers to the slaughterhouse. [The] public exposure [of the "perverted" trooper held responsible for the Abu Ghraib abuse], as that of Saddam Hussein after his capture, belong to the same immoral foolishness [immoralle sottise].
(Pierre Gautier has clearly never lived in a dictatorship under a feared autocrat who was a symbol of terror for 30 years…)

"Immoral foolishness", "cynical", "contempt", "disaster", "disastrous situation", do you see where we are heading? (Hint: the emblem is a swastika and the first name is Adolf.)

A letter from Longjumeau as late as January 2005 compares (after the usual hedging and disclaiming) the Iraqi torture to the Nazi concentration camps (yup, they were still at keeping the story alive, eight months later), while a Parisian back in May tch-tch'd about

a war of conquest [,] 'ordinary fascism' [and] concrete conditions of domination and agressive war (even in the name of "democracy") [permitting] "extreme" behaviour … a large democracy is generating … behaviour typical of sadism (even sanctioned) reminding one, notably, of that of the Nazis
(Of course, when the French aren't comparing Bush to Hitler, they are comparing members of the Bush administration to Brezhnev…)

But regarding the fascists and Nazis, surely the French can be counted on — as they always like to point out themselves — to display gratitude for the GIs' deeds during the Second World War. Non?

World War II:
An enemy who distributes chewing gum and chocolate
and who must still… be forgiven by the French


On June 19, while one person from Mayenne complained about the D-Day commmorations going overboard (due to the "immense suffering" brought about by the landings), a woman who had moved to Normandy earlier in life wrote to whine about how Normans had suffered during the battle, because of… the Allies (!), and how, even today, they are humiliated, have to swallow their pride, and obey the rules of unwritten censorship. Listen to Anne Potier describe how the Normans suffered because of "the destruction"…
In Normandy, one speaks of the [allied] bombings as if they had taken place yesterday. One dares not live. We have still not started to breathe again. Saint-Lô, Caen, destroyed like Dresden and for nothing, the Germans having already left the cities
cries Anne Potier, (her letter reminds me of the "correct" Germans), before informing us how treacherous those Yanks really are. "Let us think! Let us resist!"
But, in order to write, one needs to revolt and, as the Normans tell me, it isn't easy to revolt against an enemy who distributes chewing gum and chocolate and whom all the girls are kissing … Let us think of the veterans, British, Canadian, American, whose bombs still need to be forgiven by the French…
In February 2005, a Parisian devotes a letter to "that apocalyptic tragedy": Maurice Alberque is speaking about the "open city" of Dresden (a city "without the least strategic industry, and not a single military installation", he claims), upon which "Englishmen and Americans decide to undertake the largest bombing of the war". Let us not go into Maurice's knowledge of military matters (or lack thereof); just remember what we said earlier about peoples and notice that, unlike what we are told constantly about Bush, it is not "all about" FDR and Churchill: non, it is the Anglo-Saxon people(s), in their entirety, that are guilty of war crimes of the most "apocalyptic variety".

In July 2004, a Frenchman in Vienna disputed Le Monde's description of France and Germany as hereditary enemies. Using two columns to describe all the wars France has had with England throughout the centuries, Paul Combaux reminded everybody who France's real enemy was/is.

A couple of days before the D-Day commemorations, a man from Lille whose father stormed ashore on June 6, 1944, and whose mother is American, wrote to "thank the statesmen of Germany [hommes politiques allemands, not politiciens allemands] for having made it impossible for me to hate the German people as my father may have hated it between the two wars." Nice beginning, huh, full of love and brotherhood. And he continues:

I love my roots, I love America.
Still full of brotherly love, hein? Well not quite. Prior to the previous sentence, Michael de Montlaur wrote
At this moment I have hatred for the Bush administration, the black veil often covers my eyes, and I would tend to support the resistence against its unjust war.
It is obvious that, like for so many other individuals and governments throughout the world who speak of love and brotherhood, when Michael feels negative emotions, it is for good, rational, reasonable reasons:
I am proud of my hatreds and my friendships. Hatred of greed, of lies, of violence against peoples.
It's not the American people he has anything against, it is only Bush. Now, whether the American people might find it a friendly act to support Iraq's terrorists against the GIs is not anything he goes further into (although one might imagine answering that statement with a sorrowful "the Americans deserved it")…

The Ombudsman at Le Monde


I will conclude this post with the Ombudsman at France's newspaper of reference, an editor (or mediator) who is (supposed to be) neutral and objective and who, once a week, writes about matters that have sparked controversy among readers.

In January 2005, Robert Solé printed Manuel Decaudaveine's letter mentioning the "100,000 civilian deaths in Iraq, victims of the horrors of politics", thereby using The Lancet's controversial (and discredited) statistics, without correcting them, to lend credence to the theory of the bottomless tragedy visited upon Iraq (and the world in general) by Dubya and friends…

Another week, Solé answered a couple of readers who complained about an unflattering portrait of the head of France's socialist party. Patrick Swirc's is "a very caricatural photo, in which one can absolutely not recognize" François Hollande, writes one Parisian who wonders if Le Monde needs to sensationalize in order attract readers. (Check out Swirc's photos of Clint and Arnie to see what he is capable of…)

Another Paris reader puts it this way:

A photograph cannot be neutral, but in this case the will to harm has reached a pinnacle. To the point of making an elected representative of the Republic, who is known for his smiling and debonair nature, as a dangerous thug! … everything has been united in order to dirty the subject and betray his personality.
Those who are interested in the answer can read the rest of Robert Solé's column (in which he also takes up some 15 readers' criticism of a Plantu cartoon — no criticism relating to his caricatures of Uncle Sam, though). I will just use this subject matter to point out the usual double standards at work here:

"Caricatural" photos are not to be used, expecially when they represent elected "representatives", we are told. Except, of course, the criticisms only concern elected representatives of the French Republic, which is only normal, because when images of that type represent elected representatives of the French Republic, they are dissing, horreur des horreurs, la patrie des droits humains, the land of humanism, the land of sophistication, the land of rational thought, the land of understanding and tolerance, the land of the visionary seekers for world peace, etc, etc, etc.

When such photos (and cartoons) represent representatives of, say, the American Republic (George W Bush or Reagan, for instance), then it's a different story… Then we don't read so many complaints, either in the letters section or in the the mediator's column, which — again — is only normal since the American Republic (as you will remember) represents

an economy of cheaters, and an ultraviolent foreign policy, and an infamous and arrogant lack of respect for all international treaties, topped by scorn for human rights, a deficient cultural level, and visions that are Manichean and simplistic.
One will note, however, in what way anti-Americanness becomes a given and provides water to the mill of an evil circle. When negative news items (or events labelled as such) are reported, they are advanced as indications of American duplicity, treachery, greed, stupidity, or lust for blood. When events (positive or other) are not reported, their absence is also seen as an indication of a catastrophe under way due to the treachery, greed, or stupidity of Uncle Sam. And thus the mill turns…

2005/03/19

Les démentis du «printemps arabe» à l'analyse française, "La démocratie ne se décrète pas, ne s'importe pas"

Le même régime qui a torturé et maltraité les Irakiens pendant des années, continue d'oeuvrer contre l'émergence d'un Irak libre
dit Paul D. Wolfowitz à Pierre-Yves Dugua et Philippe Gélie, en réponse au "malaise" que sa nomination à la Banque Mondiale a suscité en Europe (on notera que la présence de Vladimir Poutine a Paris — comme celle, naguère, du chef de ce "régime qui a torturé et maltraité les Irakiens pendant des années"? — n'a/n'avait pas suscité tant de malaises que ça — au contraire).
A quand le «printemps français» ?
demande, quant a lui, Ivan Rioufol, qui note que Jacques Chirac a déclaré : «Le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme».
Encore un mot sur le statu quo, cet attentisme qui caractérise notre politique. C'est la même prudence qui aura inspiré la France au Moyen-Orient. Au point d'apparaître l'alliée de despotes comme Saddam Hussein et Yasser Arafat. «La démocratie ne se décrète pas, ne s'importe pas», avait soutenu Jacques Chirac pour s'opposer à la stratégie américaine de libération par la force de l'Irak, engagée le 19 mars 2003. En allant voter le 30 janvier, malgré les menaces terroristes, les Irakiens ont apporté un premier démenti à l'analyse française.

Le «printemps arabe», qui a gagné la Palestine et plus spectaculairement le Liban – plus d'un million de personnes lundi à Beyrouth pour défier la mobilisation deux fois moindre du Hezbollah – est dû à George Bush, et les peuples de la région le savent. Alors que les images des télévisions nous avaient habitués aux foules dénonçant le «colonisateur» israélien, l'opinion française découvre le terrible occupant syrien du Liban. Les médias commencent à ouvrir le procès des régimes totalitaires sur lesquels ils fermaient hier les yeux, pour ne comptabiliser que les méfaits d'Israël, démocratie honnie.

La France ne peut plus, décemment, continuer à se tromper d'adversaire. Sa place est à côté de ceux – chrétiens, musulmans, juifs – qui au Moyen-Orient rejettent l'idéologie islamiste et son impérialisme. Les premiers signes donnés cette semaine annoncent-ils une révision de sa trop indulgente «politique arabe» ? …

2005/03/12

«Une intervention étrangère, quel que soit le nom que vous lui donnez, est parfois utile»

Relire les certitudes sur l'Irak, recopiées depuis deux ans
écrit Ivan Rioufol, dont le bloc-notes évoque la "pertinence des appréciations de l'administration Bush sur le désir de liberté des peuples du Moyen-Orient".
Experts, politiques, commentateurs : tous auront prédit la révolte de la rue arabe, la vietnamisation du conflit, le choc des civilisations, la chute de George Bush. Confortés par leur unanimisme, ils auront bien ri de l'«ignorance abyssale de la réalité du Proche-Orient» dont les États-Unis auraient fait preuve, pour avoir estimé que l'élimination de Saddam Hussein inspirerait cette région. «Bush-Sharon, assassins !» scandait la rue, fière de voir la France porte-parole du «camp de la paix».

Mais les faits ne se plient pas à ces auto-intoxications, souvent dénoncées ici. Seule la pression terroriste alimente le pilonnage médiatique des anti-guerre sur le «chaos» irakien. La mort de Nicola Calipari, agent secret italien, tué accidentellement vendredi par des tirs américains, alors qu'il venait de délivrer la journaliste Giuliana Sgrena, a d'ailleurs renforcé les convictions de ceux qui dénoncent, dans la présence occidentale, une oppression légitimant la «résistance» des nazislamistes.

Les élections en Palestine ? La libération du Liban ? «Coïncidences», répondent les apparatchiks de la pensée unique. Pour sa part, le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, ne voit que l'Ukraine comme source d'inspiration de la «révolution du Cèdre». Mais le Libanais Walid Joumblatt admet, lui, s'être trompé dans son opposition à la guerre en Irak : «C'est mon fond d'éducation soviétique qui me faisait dénoncer l'impérialisme (américain). Une intervention étrangère, quel que soit le nom que vous lui donnez, est parfois utile.»

Regarder les faits récents invite à constater que Bush, s'il a additionné les erreurs, marque des points. La relance des discussions entre Israéliens et Palestiniens après la mort d'Arafat a donné raison aux États-Unis, qui accusaient le protégé de la France d'être l'obstacle à la paix. En Irak, le succès des élections législatives du 30 janvier a contredit les prédictions assurant que le peuple refuserait un processus imposé de démocratisation. «Je ne suis pas Saddam Hussein, je veux coopérer», dit à son tour le président syrien Bachar el-Assad.

Ces premiers résultats soulignent l'angélisme de la théorie française du «soft power», cocktail de pacifisme et de multilatéralisme censé faire prévaloir la politique d'un pays sur d'autres Etats grâce à «l'attraction, la force de conviction, la persuasion» (Pascal Boniface, expert en géopolitique). L'aspiration au changement du Moyen-Orient illustre aussi l'erreur qu'il y avait, à Paris, à redouter une guerre des cultures. Seul l'islamisme rétrograde reste le vrai danger. …

Cet aveuglement d'une intelligentsia, se mirant dans sa posture moraliste : cela ne vous rappelle rien ? Raymond Aron, dont on célèbre cette semaine le centenaire de la naissance, avait décrit l'attraction exercée par l'idéologie communiste sur la plupart des intellectuels. Or l'antiaméricanisme opère à nouveau le même obscurcissement des raisonnements chez nos «faux gentils». C'est la France antiimpérialiste, tiers-mondiste, pacifiste, humaniste, proarabe qui a préjugé de la politique de Bush, en tenant les mêmes propos que la défunte URSS. Excommunications comprises pour les dissidents. …

Le déficit commercial des USA ou leur déficit budgétaire ?

Dominique Peretti nous envoie cet article de l'AFP, en ajoutant :
Le glissement qui est fait dans cet article entre le déficit commercial des USA et leur déficit budgétaire est une parfaite illustration de l'incompétence des journalistes de l'AFP qui confondent manifestement l'un et l'autre...

2005/03/06

Ce que les antibushistes français dénoncent (fort bruyamment), et ce qu'ils oublient de signaler (fort à propos)

Si les antibushistes français, surreprésentés dans la presse et au Quai d'Orsay, accusent les Américains d'être à la source de l'insécurité au Moyen-Orient et d'avoir réveillé le terrorisme, ils oublient de dire qu'ils sont plus certainement à l'origine du processus de démocratisation de la région et qu'ils attisent le désir d'émancipation des peuples
écrit Ivan Rioufol dans son Bloc-notes.
La contagion démocratique du Moyen-Orient : elle gagne le Liban, qui vit une étonnante révolution pacifique inspirée par l'exemple irakien. C'est, en effet, la démonstration de courage de ces électeurs, bravant les attentats islamistes pour aller voter le 30 janvier, qui a incité les Libanais à passer outre à l'interdiction de manifester, dimanche, et à exiger depuis le départ de l'occupant syrien. Nombreuses sont les voix qui s'élèvent désormais pour réclamer les mêmes élections libres qui viennent d'avoir lieu en Irak et dans les Territoires palestiniens.

Les faits donnent actuellement raison à la politique de George Bush, qui vise à faire tomber les tyrannies par la force militaire ou, mieux, par l'«effet domino». L'Egypte a annoncé samedi la mise en place d'une élection présidentielle au suffrage universel. Si l'Arabie saoudite vient de s'ouvrir timidement à des élections municipales réservées aux hommes, les Emirats arabes unis et Bahreïn se disent prêts à des processus de démocratisation.

Il est plaisant d'observer l'embarras des antibushistes français, surreprésentés dans la presse et au Quai d'Orsay. S'ils accusent les Américains d'être à la source de l'insécurité au Moyen-Orient et d'avoir réveillé le terrorisme, ils oublient de dire qu'ils sont plus certainement à l'origine du processus de démocratisation de la région et qu'ils attisent le désir d'émancipation des peuples.

Il est prématuré de tirer un bilan de la politique américaine, dont la majorité des commentateurs continuent à prédire l'échec. Cependant, rien de ce qui se passe au Liban, en Irak, en Palestine et dans les pays voisins n'aurait été possible si les Américains et leurs alliés n'avaient pas décidé de provoquer les événements, en chassant Saddam Hussein et en combattant le totalitarisme islamiste. Il est grand temps pour la France des droits de l'homme de prendre enfin l'histoire en marche.

Les amitiés de Julia

La France en Irak ressemble à l'image du député UMP Didier Julia, proche des baasistes de Saddam et du régime syrien. «Depuis quarante ans que je fréquente l'Irak, je connais beaucoup de monde», s'est flatté l'élu mardi sur TF 1, en réponse au poignant appel à l'aide que venait de lui adresser, vraisemblablement sous la contrainte, notre consoeur de Libération, Florence Aubenas, enlevée le 5 janvier à Bagdad avec son accompagnateur. Décrédibilisé depuis le trouble fiasco de sa tentative de libération de Georges Malbrunot et Christian Chesnot, Julia reste un bon exemple de ces relations entretenues par Paris avec les régimes tyranniques du Moyen-Orient. Lundi, il a estimé que les ravisseurs étaient «certainement des nationaux, pas du tout des mafieux, des résistants qui défendent la cause nationale irakienne». Des gens bien...