2006/09/08

D'un côté on leur reproche de jouer aux gendarmes du monde, de l'autre, de ne pas agir avec la responsabilité et la diligence de gendarmes du monde

…on a beau tourner le sujet dans tous les sens, le seul problème du monde, c'est les Etats-Unis. Les USA fournissent des armes à Israël, "déstabilisent" le Moyen-Orient en dérangeant les dictateurs qui y vendaient paisiblement leur pétrole, et parallèlement, restent froids et inactifs devant les "bonnes" catastrophes (comprendre, celles qui n'ont pas d'effet sur le prix de l'essence. Ceci dit sans matérialisme aucun, bien sûr.) Bref, ça ne va jamais. D'un côté on leur reproche de jouer aux gendarmes du monde, de l'autre, de ne pas agir avec la responsabilité et la diligence de gendarmes du monde. Un reportage édifiant sur la tragédie du Darfour expliquait les atermoiements des Etats-Unis sur ce dossier, donc leur responsabilité sur les centaines de milliers de morts de ce génocide. L'opposition de la Chine et de la Russie à l'ONU? Aucun reproche. L'inertie de la France, grande donneuse de leçon devant l'éternel sans avoir l'excuse d'être déjà engagée en Irak? Le reportage n'en parlera pas. Un seul pays est sur la sellette, toujours le même.
Stéphane s'attaque à McDonald's, aux quartiers pauvres de Los Angeles, à l'embargo (non un blocus) de Cuba, et à d'autres aspects de l'antiaméricanisme en France…
De toutes façons, face au moindre événement géopolitique, chacun trouvera toujours le moyen d'expliquer que les Etats-Unis sortent grands gagnants. N'importe quelle aventure n'est que l'occasion d'étendre l'American Way of Life ou de récolter des dollars. Leur richesse ne peut s'expliquer par autre chose que la malhonnêteté, l'exploitation et le pillage d'autres pays. Les multinationales tentaculaires font la loi dans le tiers-monde, avec la complicité de l'appareil d'Etat américain.

…Jamais il ne viendra à l'esprit que l'Amérique fonctionne parce qu'elle repose sur des règles différentes, et meilleures, et que son succès vient de là. Une telle perception est intolérable pour un socio-démocrate, dressé depuis l'enfance à penser qu'il n'existe pas de meilleure conception de l'Etat et de la société que la sienne.

Si quelqu'un fait mieux en faisant différemment, il y a forcément une arnaque quelque part. A défaut de la trouver, on l'inventera; et au passage, on décriera, critiquera, méprisera de façon hautaine tout ce que l'autre arrive à réussir.

…Plus que jamais, l'antiaméricanisme reste d'actualité en Europe, peu importe les démonstrations contradictoires qui peuvent lui être apportées. La réalité n'a aucune prise sur le phénomène, tout simplement parce qu'il est nécessaire à la survie du système.

2006/07/05

Les Européens ne comprennent pas grand-chose à ce qui se passe en Russie, en Chine, dans le monde arabe ou africain, en Israël, ou même aux Etats-Unis

Le Monde avait choisi le 4 juillet pour un chat avec l'homme qui avait inventé le terme "hyperpuissance" (et cela, comme nous le rappelle Steve, avant l'avènement de George W Bush à la présidence des États-Unis, c'est-à-dire durant la présidence de Bill Clinton qui, on nous le rappelle constamment, était censé représenter une Amérique (plutôt) sage et lucide) — rendant ainsi tout débat et toute discussion inutiles puisqu'avec cette expression, l'Oncle Sam se trouve automatiquement en position d'erreur dans toutes les instances le concernant). Cela dit, certaines parties du chat avec Hubert Védrine sont forts intéressants.
…ce serait une erreur de ramener cet affrontement [la guerre contre le terrorisme] entre quelques milliers de terroristes et, d'autre part, le monde occidental et la plupart des régimes arabo-musulmans modérés, à une affaire d'énergie. C'est évidemment secondaire dans la démarche d'Al-Qaida, et je ne crois pas que cela ait joué un rôle essentiel dans la guerre en Irak. Si les Etats-Unis avaient été préoccupés par cette seule question, ils auraient fait modifier le régime des sanctions de l'ONU contre Saddam Hussein, et ils auraient facilement obtenu de ce dernier un quasi-monopole de l'accès au pétrole irakien.
There are things that even France's former foreign minister can not deny. Among the things that Védrine has to admit is the fact of Europeans' self-obsession (and their concomittant inability — and unwillingness — to understand anything beyond their own borders):
Les Européens ont du mal à le comprendre, mais il est vrai qu'ils sont devenus tellement ingénus, ils croient tellement que ce sont leurs croyances actuelles qui sont normales, alors qu'ils ne sont que 500 millions sur 6,5 milliards d'habitants, qu'ils ne comprennent pas grand-chose à ce qui se passe en Russie, en Chine, dans le monde arabe ou africain, en Israël, ou même aux Etats-Unis.
Dans le chat modéré par Constance Baudry, Védrine termine en disant qu'
aujourd'hui, tout le langage de la politique étrangère a repris les formules qui étaient celles de la gauche naguère : paix, communauté internationale, coopération, multilatéralisme, prévention des conflits, etc [et qu'une] vision des années 1990 (communauté internationale, grands sommets de l'ONU, etc.) était une illusion d'optique. Il nous faut une politique plus réaliste et plus active.

2006/07/04

Dans le doute, le silence est d'or

Le nom du New York Times
fait plus que jamais figure d'épouvantail dans le pays républicain profond.
Personne ne s'étonnera qu'avec des expressions comme "un ton carrément menacant", Corine Lesnes parvient à donner une vision a priori négative et des États-Unis en général et des conservateurs en particulier — sans parler de la liberté de la presse — dans son article du Monde sur la presse américaine. Or, la première phrase dément tout à fait la vision horrifique d'une Amérique zombie à genox devant Fox News.
Aux Etats-Unis, l'une des activités préférées des militants conservateurs est d'attaquer la presse "de gauche" — soit tous les médias, de leur point de vue, à l'exception de la chaîne de télévision Fox News.
Ce que confirme bien ce que nous avons écrit par le passé sur la chaîne et sa (manque relative de) popularité. Relire surtout l'article de Stéphane.
Des lecteurs ont été choqués que Le Monde reprenne [une scène de ménage du ministre des affaires étrangères], révélée par Le Canard enchaîné. Nicole Truffaut (Compiègne), par exemple, dénonce "un article de concierge, fait de ragots de bas étage, sur la vie privée du ministre".
Entretemps, nombre de lecteurs ont écrit au médiateur du Monde pour se plaindre du traitement de Philippe Douste-Blazy.
"Le ton perfide de cet article m'a profondément déplu. Je l'ai trouvé humainement blessant et intellectuellement peu convaincant."
Et à Robert Solé d'entonner un
Où s'arrête la légitime information des citoyens ? Où commence le voyeurisme ? Un événement privé ne mérite de figurer dans Le Monde que dans deux circonstances : s'il a une incidence sur la vie publique ou s'il est indispensable pour connaître la personnalité d'un dirigeant.

La règle ne s'applique pas mécaniquement. Chaque cas appelle une évaluation. Mais, dans le doute, le silence est d'or.
Très bien. Mais les indignations des uns et les mea culpa des autres ne sont nullement le genre d'attitude qui est souvent prôné lorsqu'il s'agissait de traiter du manque de connaissances internationales de Bush ou de son pretzel avalé de travers la gorge. Voilà un "événement privé" qui mérite de figurer dans Le Monde ; voilà qui n'est aucunement "des ragots de bas étage" (loin de là) , voilà qui est, au contraire "intellectuellement" trés "convaincant". Et pour cause : là, il s'agit des Ricains (ou de leurs leaders) qu'il convient de fustiger à tout moment!

2006/06/21

Fête de la Liberté dimanche prochain

Dimanche prochain, Erik Svane signera ses livres à la Fête de la Liberté, en compagnie de plus de 30 autres auteurs, y compris le dessinateur Dan Greenberg.





















Erik (entre Pierre et Marine) et Dan à Genève pour le 10ème anniversaire des éditions Paquet

2006/06/09

"Nous allons tester vos réflexes"


Marianne goes to see her doctor on Chat Borgne to find a remedy to what is ailing her, i.e., France…

2006/06/02

Séance de dédicaces

The authors of General Leonardo will be signing their graphic novel near Bastille on Saturday afernoon.

Erik Svane et Dan Greenberg dédicaceront leur nouvel album à la librarie BDNet (26 rue de Charonne, 75011 Paris) samedi 3 juin à partir de 15 h.


Lire le résumé et voir un extrait de l'album…

2006/05/26

Ma BD est sortie

My graphic novel, General Leonardo, is in bookstores all over France.

Update: la signature ci-dessous est remise à une date ultérieure.

Erik Svane et Dan Greenberg dédicaceront leur nouvel album au Parc Leonardo da Vinci du Clos-Lucé (Amboise) en juin.

Lire le résumé et voir un extrait de l'album…

2006/05/15

Général Leonardo, Tome I: Au service du Vatican

Erik Svane et Dan Greenberg dédicaceront leur nouvel album au Boulevard des Bulles (50 Boulevard Saint-Germain) le 20 mai à partir de 15h.
Synopsis: À 32 ans, Léonardo est un des artistes les plus réputés d'Italie, menant une vie foisonnante, s'adonnant allégrement aussi bien à la peinture qu'à des inventions en tous genres.

Jusqu'au jour où le Vatican découvre avec enthousiasme les machines de guerre novatrices imaginées par le jeune Florentin. En effet, il se trouve qu'au Saint-Siège se prépare dans le plus grand secret une nouvelle Croisade — la première en 250 ans — dont on confie le commandement au charismatique Général Scharano.

Le Vatican décide aussitôt de se servir des fameux engins inventés par Léonardo afin de mettre à bien son expédition... Ce qui n'enchante pas vraiment l'inventeur au caractère irrévérencieux...



2006/05/10

En librarie le 22 mai…

Italie, XVe siècle. A 32 ans, Leonardo est un artiste réputé, menant une vie foisonnante et s'adonnant aussi bien à la peinture qu'à des inventions en tout genre. Le Vatican découvre avec enthousiasme les machines de guerre novatrices imaginées par le jeune florentin. Il décide de se servir de ces fameux engins pour lancer une nouvelle croisade...

2006/04/11

Il apparaît que le journal Le Monde rémunère pour diffuser de fausses nouvelles des journalistes qui ne savent pas lire

Il apparaît que le journal Le Monde rémunère pour diffuser de fausses nouvelles des journalistes qui ne savent pas lire
conclut Jean-Gérard Lapacherie (merci à Lucien).
Le Monde vit d’aides et de subventions publiques. A quoi sert-il au peuple français de payer des impôts, si ces impôts doivent servir à financer la diffusion de fausses nouvelles ? Faut-il que Le Monde méprise ses lecteurs pour leur présenter comme "vraies" des nouvelles aussi manifestement fausses ?

2006/04/08

Pasqua Indicted in the Oil-for-Food Scandal? Hardly a Big Deal, N'est-ce pas?

While Corine Lesnes' two articles on Bush's so far informal troubles, regarding Plamegate as well as the war against terror (articles using harsh words and expressions filled with emotion and whose only domestic quotes come from opponents of the president, quotes which effectively end the article), take up two thirds of a page in the foreign affairs section on page 4; Gérard Davet's single straight-forward, matter-of-fact, ho-hum article on Pasqua's formal indictment in the oil-for-food scandal (Le Monde seems to have waited two or three days after the indictment before printing the piece) is relegated to a sixth of a page (it takes up a quarter page only if you count the Pessin cartoon) in the Politique & Société section on page 14.

A large bulk of the text is filled with quotes by the former interior minister, fellow defendents (and companies implicated, such as Total), and their lawyers (justifications, denials, accusations of witch-hunts, etc).

Okay, okay, so we've reported it. See? See how fair we are? Okay, enough already. Now that that's done — and over with (will you get over it, already?!) — let's get back to serious matters: castigating that horrendous Halliburton, castigating that awful Dubya (i.e., see the top Corine Lesnes article), and castigating that unforgiveable support that Bush has extended to countries such as Saudi Arabia and Pakistan.

"Les Français sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis et s'accrochent alors même que l'arbre est en train de pourrir"

When a law gets enacted by the president of the land, but he says it must not be applied, what is this called?
asks Meg Bortin.
"Abracadabrantesque" is a word the French are using to describe the odd situation facing the country now that President Jacques Chirac has signed his government's youth employment contract into law, while at the same time instructing employers not to use it to hire anyone.

The law has been in effect since Sunday. On Monday, Labor Minister Jean- Louis Borloo caused more bemusement by sending a letter to 220 employer organizations repeating that they should not use the new law for hiring, and informing them that his ministry would not be printing any contracts of the type authorized by the law.

Never the sort to bow to authority, the satirical weekly Le Canard Enchaîné announced Wednesday on its front page that it had nonetheless hired a 25-year-old fellow under the new First Employment Contract, known here as the CPE.

"Nothing could be simpler," it said. "No form, no paperwork to fill in, it can be done in a split-second."

The newspaper also printed a catalog of words commentators have used to describe France's current predicament: "absurd," "incomprehensible," "surreal," "calamitous" and many more.

"Abracadabrantesque," which made the list, was used after Chirac addressed the nation on television Friday night to try to resolve the crisis, which has brought more than a million people into the streets. The head of the opposition Socialists' parliamentary group, Jean-Marc Ayrault, called Chirac's plan an "abracadabrantesque construction" concocted "in the singular aim of reconciling the diktat of his prime minister with the refusal of the French."

The Czechs and Slovaks don't seem to feel much sympathy for the "anachronistic" worries of the French or for "frigid", "sclerotic", and "lazy" France, write Martin Plichta and Anne Rodier, while Jean-Pierre Langellier interviews Chris Patten.
Le problème, c'est qu'ils résistent de plus en plus aux changements qui affectent, surtout, la qualité de vie de certains groupes bien protégés. Les étudiants défendent leur droit à un emploi à vie même si cela maintient au chômage beaucoup d'autres gens. C'est une manière excessivement conservatrice d'envisager la solidarité sociale.

La majorité des étudiants veulent être fonctionnaires. Il est admirable que les Français continuent d'être aussi fiers de servir leur Etat. Mais leur manque d'esprit d'aventure, cette volonté de faire la même chose toute leur vie, je trouve cela assez déprimant.…

On a dit aux Français pendant des années que leur modèle social était parfait. Il est donc difficile de changer de message, à moins d'expliquer clairement le but à atteindre. D'un autre côté, je ressens une certaine sympathie pour un premier ministre qui essaie d'améliorer ce modèle. Dans ce genre de situation, il y a toujours des gens qui disent, après coup, qu'ils s'y seraient mieux pris.

Oui, peut-être… M. de Villepin a au moins essayé. Le pire pour la France et pour ses nombreux jeunes chômeurs serait de renoncer purement et simplement aux réformes.

Pour moi l'essentiel, c'est d'expliquer de manière intellectuellement convaincante que la France ne peut opérer, avec son économie sophistiquée, derrière une sorte de ligne Maginot. L'Europe a besoin d'une France forte et confiante. Sans cela, on est condamné à une croissance chancelante, et on ne pourra résoudre les vrais problèmes démographiques qui nous assaillent.…

D'une personne à l'autre, les styles politiques diffèrent. Mais les syndicats ont-ils vraiment le rôle de faire descendre périodiquement les gens dans la rue pour empêcher les réformes? C'est économiquement inepte et politiquement égoïste.

Will the French ever learn? Don't bet on it. Acknowledging European scepticism, Alain Touraine uses a "but" to come down in favor of French sensibilities. As for the Czechoslovak story, by the use of their vocabulary, typically, the MSM reporters spin it in a favorable way for …the French (the few "solidaristic Czechs", those who are "understanding" and show "sensitivity", are mentioned by Plichta and Rodier, as opposed to the Slovak press which …"went wild").

2006/03/18

The 60th Anniversary Celebration of Le Monde

Comme je poste plus souvent sur No Pasarán ces jours-ci, j'ai inclus un Best Of des posts durant les premiers mois de ce site (vous verrez, peu de choses ont changé en deux ans).

Pour commencer, un survol général du journal Le Monde (in English):

Les Irakiens se plaignent des journalistes occidentaux

"Contrairement à ce que croient souvent les Européens, le fait d'être opposé à l'occupation américaine ne fait absolument pas monter la cote de popularité de l'Europe, ou de tel ou tel pays, en Irak", écrit l'envoyé spécial du Monde à Bagdad dans un article qui dément spectaculairement la thèse hexagonale, comme quoi George W Bush et l'armée US auraient fait déraper la meilleure solution, celle des partisans de la paix.

Au contraire. Justement, un Bagdadi racontait à un autre journaliste son peu d'estime pour les journalistes français. "Ils viennent ici nous parler en mal des États-Unis d'une façon stupide. Ils s'en fichent, des crimes de Saddam Hussein." Et ce n'est pas que les Français, note un peintre : "Tout ce que veulent les journalistes européens et arabes, c'est que nous fassions des commentaires antiaméricains." Pis, on entend beaucoup d'histoires concernant des envoyés spéciaux qui mettent en scène des "infos" afin de discréditer les U.S. "Ces journalistes sont venus ici avec tous leurs préjugés" grogne un autre Bagdadi. "Ils ne sont intéressés par rien qui puisse contredire leur point de vue antiaméricain."…

Lire la suite…

"Presque tous … pensent que la France a défendu Saddam…"

Le 24 mars 2004, l'un des envoyés spéciaux du Monde en Irak s'est entretenu avec les lecteurs via un chat par internet. Morceaux choisis.
Raph : La reconstruction se passe-t-elle bien ? Le changement de pouvoir est-il aujourd'hui perceptible ?
Rémy Ourdan : Le changement de pouvoir est évidemment très perceptible. Passer d'une dictature stalinienne comme celle de Saddam Hussein à l'occupant américain génère des sentiments très mêlés dans la population. …

Xtof : Quel est le souhait principal des Irakiens à ce jour ? Voir les Américains partir ?
Rémy Ourdan : Leur souhait principal serait d'avoir un pays stabilisé et serein. Evidemment, beaucoup réclament publiquement le départ des troupes américaines, estimant qu'elles sont partiellement responsables du chaos. Mais beaucoup d'autres reconnaissent aussi, en privé, que ce départ pourrait laisser la place à un glissement vers la guerre civile. S'il fallait résumer l'opinion ambiguë des Irakiens, on pourrait dire qu'ils veulent voir la fin de l'occupation de leur pays, tout en continuant à réclamer une aide étrangère, car ils ne croient pas que les Irakiens seuls puissent réussir le pari d'une paix durable.

Ben : Comment les irakiens perçoivent-ils les débats sur les armes de destruction massive (ADM) ou la légitimité de la guerre ?
Rémy Ourdan : Pour les Irakiens, le débat sur les armes de destruction massive est une affaire très mineure. Ils répètent souvent que le principal fut la chute de Saddam Hussein et qu'aujourd'hui le principal serait de retrouver la souveraineté et la paix. …

Richard75 : Il semble que les Irakiens (même lorsqu'ils sont anti-américains) aient un sentiment antifrançais virulent car ils pensent que la France a tenté de sauver Saddam. Pouvez-vous confirmer ou infirmer ?
Rémy Ourdan : Ce sentiment est très fort en Irak. Presque tous les chiites, presque tous les Kurdes et beaucoup de sunnites pensent que la France a défendu Saddam Hussein pour protéger une vieille amitié et de soi-disant intérêts économiques et pétroliers. Par ailleurs, beaucoup d'Irakiens sont fâchés contre la France à cause de son attitude après la guerre. …

Read Douglas's English translation…

Le Bien et le Mal, version française

Sur la une du Monde du 24 mai 2003, Plantu a fait un dessin (d)étonnant. Il a rendu la bannière étoilée, mais à la place des rayures rouges, il a campé des… serpents (avec un jeu de mots sur "les couleurs"/les couleuvres). Tandis que la langue fourchue de l'un des serpents forme la lettre Y du slogan "I love NY", deux autres serpents rentrent, tête première, dans les bouches de Dominique de Villepin et de Kofi Annan, qui annonce "On a juchte fait quelques conchechions".

Alors qu'apprenons-nous dans ce dessin, que faut-il tirer de tout cela? (Et cela, rappelons-le, de la part de quelqu'un qui se compte parmi les êtres prééminents de cette foule fière qui se proclame au-dessus des religions et des haines dépassées, et qui aiment se moquer tant de la religiosité des Américains que de la propensité de Bush d'évoquer le Bien et le Mal.) Seulement que de Villepin et Annan avalent des couleuvres? Non. D'abord, que les USA (ou leurs dirigeants) sont associés avec le diable ou, si l'on préfère, tout ce qui est (qu'on l'entende de façon religieuse ou non) diabolique ; ensuite, que les gens qui ont sympatisé avec les victimes de Manhattan le 11 septembre ne comprennent pas qu'ils ne peuvent qu'être les victimes manipulées par des machinations diaboliques ; enfin, que quiconque ne s'oppose pas complètement aux États-Unis ou à leurs leaders (car on voit difficilement de Villepin comme une marionnette des Américains) — que ce soit des Français, des Africains, des Américains, des New Yorkais, ou autre — est un salaud, un lâche, un traître, une caniche, un lèche-c*l, ou une personne aveuglée ou manipulée. (Par contraste, est-il sous-entendu, tous ceux qui s'opposent aux Yankees sont des braves sans peur et sans reproche, des hommes, des vrais, des camarades à prendre dans les bras sans hésitation.)

Ohlala, que cette opinion est d'une subtilité absolument déconcertante! J'en ai la tête qui tourne… Ça doit être ce raffinement et ce cosmopolitisme que d'aucuns, en France, se vantent sans cesse de posséder (surtout par rapport à ces simplistes d'Américains).

Maintenant, venons-en à la cerise sur le gâteau. Le titre principal sur la une du quotidien de référence de ce jour (juste à côté du dessin de Plantu, donc) se trouve être Iraq : la France s'inquiète du ressentiment américain. Ah booonnn… on s'étonne qu'il puisse y avoir du ressentiment aux States? Allons donc! Ne dites pas ça! C'est sûr que c'est extrêmement étonnant quand tant les dessinateurs que les journalistes et les politiciens (et les citoyens!) en France comparent les Yankees (ou leurs leaders) à des forces maléfiques (dans le sens religieux ou non), et quand ils répètent sans cesse que l'Amérique et/ou leur société est le symbole de tout ce qui va mal (pour ne pas dire "tout ce qui est le Mal") dans le monde, et que de tous les dangers que recèle cette planète, ce sont les Américains qui en incarnent, et de loin, le pire. (Sans parler du fait de prôner qu'entre l'Amérique et les Taliban, qu'entre Bush et Ben Laden, ou qu'entre Blair et Bush et les deux fils de Saddam, c'est du pareil au même, si ce n'est que ce sont les Anglo-Saxons qui sont le plus à condamner.)

Le Monde admet que Bush n'a pas menti sur les ADM de Saddam…

…

et…

…s'empresse de dissimuler l'article à la page 32 !

Cinq experts internationaux balayent la théorie comme quoi George W Bush et Tony Blair auraient menti sur la menace des ADM irakiens, mais ce fait est soigneusement caché par le quotidien de référence.

Comment? En publiant cette information d'une valeur capitale sur sa page consacrée aux Médias, dans le cadre de sa revue de presse d'une publication sœur.

Et, comme on peut s'en douter, le titre ainsi que le sous-titre sont d'une discrétion extrême (La question de l'armement de l'Irak n'est pas tranchée : Dans la revue "Politique étrangère", cinq experts alimentent le débat sur l'existence des ADM).

Et quoi de plus normal, après tout? Le contenu de l'article du 2 avril 2004 réfute, contredit, et dément complètement la campagne que d'aucuns mènent pour endommager Bush et Tony Blair quant à leurs "mensonges" à propos des armes de destruction massive de Saddam Hussein comme étant l'une des raisons principales pour attaquer l'Irak du boucher de Bagdad. Dans la mesure où des mensonges doivent être évoqués, l'article délare non seulement que si "de grossiers mensonges" ont été proférés, ils l'ont été par "certains des plus hauts responsables irakiens" (répondant aux questions des inspecteurs de l'ONU) ; il suggère aussi que de continuer à évoquer les mensonges de Deubeliou est trompeur (pour ne pas dire mensonger)...

Lire la suite…

Tout moyen est bon pour caricaturer le leadership américain

Plantu nous donne encore un de ses dessins avec cette subtilité, ce raffinement, et ce cosmopolitisme dont seuls les Français détiennent le secret.


Washington est en proie aux convulsions d'un scandale majeur. George W Bush s'est dit écœuré par les photos émanant de la prison de l'Irak. Le président a promis qu'une investigation serait lancée. Quant au Général Antonio Taguba, par qui le scandale est venu (à travers son rapport), il a conclu qu'aucun ordre direct avait été donné pour harceler ou torturer les détenus. Se référant aux gardiens d'Abou Ghrabi, il a précisé : "je pense qu'ils l'ont fait de leur propre gré."

Mais — qu'importe! Car… toute occasion est bonne, n'est-ce pas, pour dépeindre les Américains comme des racistes sadiques, des ultra-nationalistes, des sales hypocrites pour ne pas sauter dessus. Et qu'importe, alors, toutes les "indices" qui indiqueraient des conclusions contradictoires.

La lutte anti-Bush est importante, nous explique-t'on, vitale même, voire sacrée, il ne faut laisser aucune occasion pour lui rentrer dans les plumes, quel que soit le degré de validité de la raison en question. Lancez-lui le plus possible d'arguments sectaires "sur la gueule", Dieu reconnaîtra les siens.

Dans une affaire semblable, mais en Allemagne, David Kaspar répond ainsi (à l'accusation du Spiegel que "les valeurs morales [de la démocratie occidentale] apparaissent, et sont maintenant documentées, comme de la pure hypocrisie") : "Dans sa quête incessante pour fustiger l'administration Bush, l'hebdomadaire semble avoir complètement perdu tout contact avec la réalité … Le fait que l'Amérique mène une enquête sur la situation et la rectifie (comme se doit de le faire toute démocratie) est minimisé. Spiegel Online dépeint la situation comme si les Américains tuent et torturent en Irak sur les ordres directs du gouvernement, ce qui met la nation au même niveau que Saddam Hussein et Kim Jong Il."

"Mais alors il convient de se demander : Si le gouvernement approuve ces actions, pourquoi s'excuserait-il et pourquoi mènerait-il une enquête ? Comment un gouvernement dans lequel 'le Sénat a voté, lundi, à 92 contre 0, de condamner les abus des prisonniers irakiens dans la prison d'Abou Ghraib [et] de mener pour une enquête complète' pourrait-il encore approuver des actions pareilles? Comment un président qui a exprimé son 'dégoût profond et son incrédulité' devant ces photos pourrait-il encore approuver de telles actions?"

"La réponse : … C'est le scénario habituel: si on repète un mensonge assez haut et fort et assez souvent, les gens pourraient commencer à le croire. Surtout si ces gens ont déjà des tendances pour le Yankee-bashing."

Et voilà que nous arrive d'Irak l'histoire d'un Américain autrement plus maltraité que les prisonniers humiliés d'Irak, puisqu'on l'a… décapité. Mais — qu'importe! Les gens qui se sont rendus coupables de ce meurtre, "il faut les comprendre". Et on ne versera guère plus de temps (ou de larmes) sur cette histoire qu'il le faut.

Pour revenir à l'image de Bush en membre (en grand dragon?) du Ku Klux Klan : en ce qui concerne le racisme en Amérique, et dans l'Armée US, serait-il juste de le définir comme étant dirigé envers ceux qui ne seraient pas de la majorité WASP (White Anglo-Saxon Protestants) — ceux qui ne seraient pas des protestants anglo-saxons blancs?

Dans ce cas, certains seraient peut-être intéressés de savoir que le général qui a rédigé le rapport sur le scandale d'Abou Ghraib est… d'origine philippine. Pour ne prendre que l'histoire très récente, on notera qu'un ancien général-en-chef est noir (il est depuis devenu secrétaire d'état ; à une époque, c'était l'individu qui a recueilli le plus de points dans l'histoire des sondages de ceux que les Américains voulait choisir pour devenir leur président). Un autre est d'origine slave. D'autres généraux sont asiatique ou hispanique. Et évidemment, un des gros bonnets en Irak est d'origine… arabe.

Mais, évidemment, cela n'est pas quelque chose qui contribue au combat sacré contre George W Bush et la société horrifiante qu'il représente. Donc, on le notera très vite en passant (ou en disant "Ça ne veut rien dire") et on l'oublie avant de passer à l'attaque suivante sur l'Oncle Sam.

Read the English version



En lisant Libération, W confirme sur MiF :
"Le meurtre par décapitation de l'américain Nick Berg mérite un paragraphe sous la rubrique 'Faits du Jour' (qui contient 6 dépêches en tout) sur la page 6 dans l'édition d'aujourd'hui (par opposition à la vingtaine de pages, couvertes de photos agrandies, au sujet du bizutage de terroristes que nous voyons depuis quelques jours)."

Même les traducteurs sont activistes au Monde

Douglas envoie une autre missive au journal Le Monde. (Comme d'habitude, elle n'est pas publiée.)
Messieurs,

Je tiens à vous dire que j’ai tout particulièrement apprécié la façon subtile dont vous avez dénaturé le titre de l’essai de Michael Ignatieff sur la guerre en Irak, paru dans l’édition du 21 mars [2004]. Comme il traitait de l’année écoulée depuis le déclenchement de la guerre, les éditeurs du New York Times ont préféré “The Year of Living Dangerously”, rendant ainsi hommage au film de Peter Weir (1982). Pour vous, cela n’était évidemment pas assez dur et votre traductrice Florence Lévy-Paoloni a eu assez d’esprit (voire de toupet) pour inventer ce “Comment j'ai changé d'avis sur l'Irak". C’est très bien... sauf que c’est un peu malheureux étant donné que M. Ignatieff écrit lui-même que “personne ne peut honnêtement dire ... si [ces morts] seront rachetées par l'émergence d'un Irak libre ou rendues inutiles par un plongeon dans la guerre civile”.

M. Ignatieff s’oppose maintenant à la guerre? Votre embarras est compréhensible.

Au fait, “changer d’avis” est une traduction bien abusive de la phrase anglaise (“to have second thoughts”) qu’emploie M. Ignatieff. Mon dictionnaire anglais-français (Collins-Robert 1994) préfère “commencer à avoir des doutes,” ce qui est sûrement plus proche des intentions de cet auteur. Qu’est-ce qui a pu pousser Mme. Lévy-Paoloni à faire dire à M. Ignatieff quelque chose qu’il ne pense pas? C’est curieux: je vois que Mme. Lévy-Paoloni a également traduit les ¦uvres du journaliste anti-guerre britannique Robert Fisk, de l’inspecteur onusien renégat Scott Ritter (deux fois, même), de l’ancien ministre britannique des affaires étrangères Robin Cook (lequel a démissionné par opposition à la guerre), de l’écrivain anti-américain Gore Vidal, de Friedrich Engels et aussi de l’écrivain israélien Amos Oz (lorsque celui-ci s’est prononcé contre la guerre en Iraq).

Peut-être que Mme. Lévy-Paoloni est-elle donc une traductrice activiste? N’empêche... sa formule vous a permis de mettre l’essai de M. Ignatieff à profit idéologique... Je vous en félicite! Tout comme je vous félicite de ne pas avoir fourni un lien sur lemonde.fr à l’article de M. Rémy Ourdan sur les très dures opinions irakiennes sur la politique étrangère française. Il n’eut pas été bienséant de laisser ces internautes qui aiment tant “Comment j'ai changé d'avis sur l'Irak" voir que les Irakiens sont en réalité très peu reconnaissants envers les Français (sauf André Glucksmann et quelques autres, peut-être). Mais à mon avis, ce qui couronne votre effort, c’est votre édito du 19 mars qui se voulait un démenti sur les prétextes de cette guerre: cela est paru deux jours après la publication des résultats d’un sondage de l’opinion irakienne commandé par quatre agences médiatiques anglophones (dont le BBC) qui montrait à quel point le peuple irakien est aujourd’hui optimiste... malgré tout. Heureusement qu’on a pas parlé de ça dans Le Monde.

Il n’y a pas toutes les vérités qui sont bonnes à dire!

Bien à vous,

Read Douglas's description in English…

2006/03/08

Rappels concernant les caniches et l'opinion publique

1) Depuis mars 2003, il y a eu des élections (ou des remaniements de gouvernement) au Japon, en Australie, aux States, au Danemark, en Italie, en Angleterre, en Pologne, et en Espagne et partout (sauf là où des bombes opportunes ont éclaté trois jours avant les élections), les caniches ont gagné les élections. Évidemment, on se doute que certains Français (grands spécialistes sur le Japon, l'Australie, les States, le Danemark, l'Italie, l'Angleterre, et l'Espagne) ont une explication toute faite ; ces populations n'ont pas voté pour la guerre, mais en dépit de la guerre. Seulement voilà, comment expliquer alors des phrases telles "Bush est une calamité rejeté par TOUT LE MONDE ... le dossier pro-guerre était si indéfendable qu´on a pas eu de besoin de débattre"?

2) Tony Blair, une caniche?
Et pourquoi les Belges et les Luxembourgeois ne seraient-ils pas les caniches des Français? Et pourquoi les Belges, les Luxembourgeois, les Français, les Allemands, et les Russes ne seraient-ils pas (n'auraient-ils pas été) les caniches de Saddam Hussein? Tout ça sent l'opinion auto-congratulatoire. Par ailleurs, no Briton should worry about his or her country serving as "a foreign policy satellite of the United States". Whenever I hear the nonsense about London being the poodle of the American democracy, I think back to the early days of World War II: when most of Europe was, willingly or not, sucking up to the Nazi dictatorship, the British bulldog was virtually alone in its resistance to becoming the poodle of what was Hitler's view of European integration (Read more)…

3) Pas moins que le membre du PS le plus populaire était en faveur de la guerre et pour cela, les autres dirigeants ont complètement marginalisé Bernard Kouchner. Dans mon livre, j'évoque le cas d'un défenseur de la guerre, Pascal Bruckner, qui raconte ce que lui coûta sa franchise dans le pays cartésien, dans le pays vantant l'ouverture, le dialogue, le respect, et la tolérance. «J’ai connu les insultes dans la rue, les menaces téléphoniques. Mes copains beurs qui me disaient : “Tu es tombé sur la tête” ... Ceux de la revue Esprit m’ont lâché ... Je me suis senti très seul.»
C'est ça l'atmosphère de l'amour des débats démocratiques? Dans un tel atmosphère, qui osera avouer pleinement son accord, ne fût-il que partiel, avec Deubeliou?

4) Ces mêmes Français pacifistes qui ont loué Chirac d'avoir au moins eu les couilles d'avoir opposé les Bush sont les mêmes qui n'ont absolument pas réagi quand le gouvernement français, en compagnie de leurs homologues allemands, a essayé de reprendre la vente de armes à la Chine. Avec tout l'intérêt que certains Français ont dans le domaine de l'opinion publique, ils pourraient se demander comment cette position de la part de l'Europe éminemment pacifiste est perçue à Taiwan, au Japon (encore lui), et au Vietnam, entre autres. (Car en France -- mais c'est normal, puisque l'Oncle Sam n'est pas impliqué -- on s'en fout.)

5) Toutes ces opinions publiques sont certes intéressantes, à ceci près ; la plupart impliquent des gens qui sont peu concernés par la guerre en Irak, sinon pas du tout. Et les Irakiens, qu'en pensent-ils? Dans mon livre, j'évoque les nombreux sondages pris depuis trois ans (soigneusement ignorées dans les médias français), et dans toutes, la vaste majorité des gens disent que la vie s'est améliorée et qu'ils voient l'avenir avec PLUS d'optimisme.

Dans un rare intérêt pour les opinions des propres Irakiens, Le Monde a écrit que "La politique de la France reste très vivement critiquée par les Irakiens" :
Il est presque impossible, hormis chez les responsables baasistes déchus, de trouver quelqu'un qui soutienne la position de Paris dans la crise . La politique de la France reste très vivement critiquée par les Irakiens. Contrairement à ce que croient souvent les Européens, le fait d'être opposé à l'occupation américaine ne fait absolument pas monter la cote de popularité de l'Europe, ou de tel ou tel pays, en Irak. C'est un paradoxe, mais c'est une réalité.
Voilà une chose, apparemment, pour laquelle nombre de Français montrent peu d'intérêt (tout comme Le Monde, qui s'est bien gardé depuis de donner la parole aux Irakiens).

6) Pour en finir avec la sagesse supposée de l'opinion publique, sachez que dans les années 1930, 12 millions de Britanniques ont signé une pétition pour la paix, pétition pour la paix qui a été envoyée au Führer, Adolf Hitler. Voilà, personne n'en doutera, une magnifique leçon de sagesse populaire !

2006/02/22

George Clooney Movie Again Makes the Cover of a Leading French Daily

What is the most important event on the past 24 hours, one that warrants an over-sized photo on the cover of Le Monde, i.e., a supposedly serious and objective newspaper dealing with vital international affairs?

Well, if there is a Hollywood movie castigating America's reigning neoconservatives coming out, then that would be it. And so we have an oversized picture from the Participant Productions movie Syriana with an accompanying article on the "cinema of responsibility". (Notice that the translator has mistranslated a phrase in the final paragraph of Thomas Sotinel's interview of George Clooney: the actor must have said "We [liberals] were against the witch trials" in the McCarthy era, but this has been translated as "We… were against the trials of witchcraft.")

The only other photo on the cover is an ad for the Terrence Malick movie The New World; the only other image, a Plantu cartoon.

This, of course, is only the second Hollywood-movie-that-happens-to-demonize-Uncle-Sam's-policies to make the cover of a French daily in seven weeks.

2006/01/14

Comment s’appelle ce continent ?

In reply to François Laudet's Comment s'appelle ce pays?, Letelon bestowed upon the Libération reader the title L'antiaméricain de décembre (Professor Sitt, meanwhile, picks apart Laurent Mauriac's economic knowledge or lack thereof), while I penned the following (which, as far as I know — and to noone's surprise — has not been published in Libération):
Comment s'appelle ce continent qui met tous ses problèmes — et tous les problèmes du monde — sur le dos de l'Oncle Sam ?

Comment s'appelle ce continent qui donne des leçons de pacifisme aux Yankees mais qui parle ensuite de "ménager les sensibilités russes" et s'empresse de vendre des armes aux va-t-en-guerre chinois ?

Comment s'appelle ce continent qui n'aime rien de mieux que dénoncer le mensonge, sauf quand c'est dans ses propres palais présidentiels ou au sein de l'ONU (cf. pétrole-contre-nourriture) ?

Comment s'appelle ce continent dont les habitants ont soutenu l'esclavage, exporté leurs esclaves vers le Nouveau Monde, massacré les indigènes dans toutes leurs possessions (depuis celles en Amérique à celles en Afrique et Asie), mais qui, de nos jours, se bornent à se scandaliser devant le traitement des Noirs et des Indiens aux Etats-Unis d'Amérique ?

Comment s'appelle ce continent qui s'étouffe de colère devant les politiques extralégales de Bush et qui prétend œuvrer pour le droit international mais dont les juges se bornent à poursuivre de vieux dictateurs déchus, tout en laissant vaquer à leurs occupations les autocrates de Cuba, de la Corée du Nord, du Zimbabwe et (avant 2003) de l'Irak ?

Comment s'appelle ce continent avec les porteurs de messages auto-congratulatoires, les visionnaires ô combien lucides, et les donneurs de leçons pour les Ricains, leçons qu'ils se gardent bien de suivre eux-mêmes ?

Ce continent s'appelle l'Europe...

2005/12/20

"Je suis en colère envers ceux qui mélangent les crimes des Américains avec ceux de Saddam, sans commune mesure"

The youngest Hakim detained was only 14. His father and two brothers, together with 13 other relatives, were executed within the first weeks of detention. He and the rest were held in Abu Ghraib, 22 in a cell that measured 4mx6m. There was no running water and a hole in the corner served as a toilet. Recounting his detention in the book, Abdoul al-Hakim says: "The worst moments? It was all terrible, but the worst was the fear of being executed. Each time we heard the lock turn we were silent; it could be the moment to leave, for me, for another. I am angry with those who mix the crimes of the Americans with those of Saddam when they are not comparable."
The best riposte to the God-damn-America camp, Rebecca Weisser notes (merci à RV), is a scholarly and sober 700-page volume that has just been published.
Le Livre Noir de Saddam Hussein (The Black Book of Saddam Hussein) is a robust denunciation of Saddam's regime that does not fall into the trap of viewing everything in Iraq through a US-centric prism. The writers - Arabs, Americans, Germans, French and Iranian - have produced the most comprehensive work to date on the former Iraqi president's war crimes, assembling a mass of evidence that makes the anti-intervention arguments redundant.

…The obsession of many journalists and commentators with the fruitless hunt for chemical, biological and nuclear weapons has meant much of the evidence of Saddam's atrocities in liberated Iraq has been under-reported. Sinje Caren Stoyke, a German archeologist and president of Archeologists for Human Rights, catalogues 288 mass graves, a list that is already out of date with the discovery of fresh sites every week.

"There is no secret about these mass graves," Stoyke writes. "Military convoys crossed towns, full of civilian prisoners, and returned empty. People living near execution sites heard the cries of men, women and children. They heard shots followed by silence."

…Saadoun Kassab, an engineer who helped build Abu Ghraib in 1957, a prison that was designed to hold 4000 prisoners, was later to be held there for a year. He told Chris Kutschera, the book's editor: "When I was imprisoned in Abu Ghraib in 1985, there were 48,500 prisoners. I was imprisoned for eight months in a space 1mx1.5m, a box. I was sometimes in there for a fortnight without going outside. I wanted to be interrogated to get outside, to see daylight and human beings. All that because I said hello to Saad Saleh Jaber [son of a former Shi'ite prime minister from the time of the monarchy]. I saw people die."

…In Saddam's Iraq no one, not even the dictator's closest relatives and collaborators, was safe. Tariq Ali Saleh, a former Iraqi judge and the president of the Iraqi Jurists Association, writes that during the reign of the Baath party from 1968 to 2003, the security services arrested and imprisoned people without charging them, with no access to a lawyer or contact with their family. Everyone was targeted, including women and children. Torture was systematically used to secure confessions including beating, burning, ripping out finger nails, rape, electric shocks, acid baths and deprivation of sleep, food or water.
While the "robust denunciation of Saddam's regime that does not fall into the trap of viewing everything in Iraq through a US-centric prism", unfortunately the editor could not refrain from putting up precisely those parts of Bernard Kouchner's introduction that form an anti-American, pro-peace-camp diatribe on the back cover (see Présentation de l'éditeur).

"Équilibrer” le positif en grossissant démesurément le négatif : l’un des point d’ancrages du discours du Monde sur l’Amérique depuis 1944

En s'adressant à "Mademoiselle Le Monde" en personne et en citant une édito écrite "avec la délicatesse qui vous caractérise", un internaute explique à quel point l'édito du Monde sur les élections irakiennes était partisan (thanks to Alex).
… à votre corps défendant, vous êtes contrainte et forcée de reconnaître que la politique de Bush porte ses fruits. C’est un peu embêtant … Ne nous affolons toutefois pas; dès le deuxième paragraphe, et jusqu’à la fin de votre dissertation (félicitations anticipées pour cette belle cohérence), vous retournez brillamment la situation en neutralisant tous les aspects positifs; pour finir, le progrès n’était pas aussi “indéniable” que ça …

Pour effacer la note positive que constitue l’introduction, il suffit d’”équilibrer” le positif en grossissant démesurément le négatif. Le lecteur lambda est d’ailleurs bien préparé à cette tactique, car, depuis votre naissance en 1944, ça été l’un des point d’ancrages de votre discours sur l’Amérique, à de rares exceptions près. Félicitations encore pour cette persistance obstinée qui est tout à votre honneur. Vous avez bien fait de ne pas mentionner les écoles, les universités, les hôpitaux, l’infrastructure reconstituées par les américains en Irak, le boom financier et immobilier, les morts plus nombreux qu’aurait provoqué le maintien au pouvoir de Saddam, la liberté enfin trouvée, les sondages qui confirment l’optimisme des Irakiens quant à leur futur.

… La tactique que vous avez adoptée est donc la bonne. Si beaucoup d’éléments commencent, depuis un certain temps, à pointer vers un succès de la politique bushiste, il suffit de le nier et de créer en lieu et place une catastrophe qui n’a d’existence que verbale. Bel effort!

2005/12/12

Les Américains ignares parlent-ils de Jack Chirac et de Francis Mitterrand?

Ça fait seulement cinq ans qu'il est président (auxquels il faut ajouter les quatre de son père homonyme) et ils ne savent toujours pas écrire son nom…

Et ça fait combien d'années que Condi fait partie de l'administration?

2005/12/07

Mon livre est publié !

Mon livre, La Bannière Étalée, est paru le 7 décembre 2005. Voici la description sur le dos du livre :

Un arsenal impressionnant de preuves à l'appui, La Bannière Étalée démontre de façon irréfutable que, contrairement à ce que pensent nombre de Français, leur opposition à Washington ne s'explique pas seulement par leur lucidité innée, par la présence de George W. Bush à la Maison Blanche, et par les supposées injustices de la politique étrangère des États-Unis.

De la guerre froide à la crise irakienne, de la malbouffe au protocole de Kyoto, de la misère aux USA au "capitalisme sauvage", Erik Svane démonte un à un les arguments de la presse française, les examine minutieusement, et démontre que l'existence de l'anti-américanisme s'explique simplement par une partialité aiguisée et par de (trop) nombreuses instances de préjugés.

Erik Svane ne se borne pas à décrire l'anti-américanisme qu'il observe quotidiennement et à expliquer à quel point l'obsession anti-américaine régit la politique étrangère de la France depuis plus de 60 ans, il lève le voile sur la façon dont les décisions partiales du Quai d'Orsay, souvent portées aux nues en France, sont perçues ailleurs dans le monde : que ce soit au pays des "cowboys", dans les autres pays européens, ou dans l'Irak post-Saddam Hussein.

Voici un extrait…

2005/12/04

Sous le discours tellement compréhensif, il est clair que nous ne sommes pas sincères dans notre compassion

Les partis pris du Monde ont été assez flagrants ces derniers jours, comme l'ont été les infos que le quotidien de référence a décidé de minimiser ou de ne pas publier du tout…

La bonne nouvelle est que Sophie Gherardi, Patrick Jarreau et Nicolas Weill ont donné la parole à Pierre Manent, qui enseigne l'histoire des idées politiques à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, dans le cadre de l'Institut Raymond- Aron.

…A partir de [la crise de la Constitution de la Ve République inaugurée par la cohabitation, en 1986], on a accepté que les institutions fonctionnent selon la lettre de la Constitution, mais en parfaite contradiction avec son esprit. Le propos du général de Gaulle, bon ou mauvais, avait été de renforcer l'exécutif. Non seulement la cohabitation a fait fonctionner la Constitution de la Ve République à l'inverse de son propos originel, en divisant l'exécutif, et donc en le paralysant, mais encore elle a complètement vidé le système français de sa capacité représentative.

…[En parlant d'aberrations électorales, je] pensais d'abord au 21 avril [le premier tour de la présidentielle de 2002]. Avec la cohabitation, les grands partis de gouvernement, de centre droit et de centre gauche, ont subi une érosion de leur légitimité, mais aussi de leur responsabilité. Ils ont pour ainsi dire intériorisé la paralysie de la cohabitation, même quand ils ont, en principe, tout le pouvoir.

…Le problème est que l'Europe a commencé par une formule et a, ensuite, basculé dans une autre. Tant qu'il s'agissait d'une coopération entre vieilles nations qui acceptaient certaines mises en commun, tout allait bien. La vie nationale continuait et une nouvelle vie européenne se formait. Mais à partir d'une certaine date, disons Maastricht, l'Europe s'est mise à vider de leur légitimité les corps politiques nationaux.

…La "crise du sens" n'est pas plus grande à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) qu'à Neuilly (Hauts-de-Seine). Je crois qu'on ne gagne rien à tenir, de manière toujours plus emphatique, le discours sur les valeurs républicaines. Tous les partis prêchent ces valeurs depuis vingt ans : avec quel résultat ?

…La notion d'intégration est ambiguë. A quoi s'intègre-t-on ? Si c'est à la France, c'est à une nation particulière, avec ses moeurs, son histoire. Si c'est à la République, c'est à un régime de règles, à un ensemble de principes libéraux et démocratiques que l'on retrouve dans tous les pays comparables. Quand on parle d'intégrer ces jeunes à la France, qui elle-même s'intègre à l'Europe, laquelle à son tour s'intègre dans la mondialisation, la confusion est complète.

…Sans le connaître, il me semble que Nicolas Sarkozy a une certaine sensibilité à l'état de la France, et pas seulement à l'état de l'opinion. S'agissant de la population des banlieues, il a senti que sous le discours tellement compréhensif à l'égard des jeunes il y avait une grande indifférence. Il est clair que nous ne sommes pas sincères dans notre compassion, sinon un pays comme le nôtre aurait obtenu d'autres résultats dans les banlieues. Le diagnostic de M. Sarkozy a été que les jeunes gens avaient besoin de plus de sévérité et de plus de générosité. Sur ce point au moins, il a saisi quelque chose de juste : il faut remplacer le couple bienveillance-indifférence par le couple sévérité-générosité.

… J'ai peur qu'une certaine rhétorique de la grandeur française ne soit qu'une compensation de la perte de confiance dans nos capacités.

…La France est effectivement le seul pays où "libéral" est devenu une insulte. C'est très troublant, car si le libéralisme ne donne pas réponse à tout, aller contre lui ne conduit qu'à l'autodestruction ou la paralysie. Il n'y a pas de parti libéral en France, et guère plus ailleurs, mais tous les partis responsables sont en quelque mesure libéraux. Pourquoi ? Parce que le libéralisme est la formulation des règles fondamentales de la civilisation moderne — liberté de conscience, de religion et d'expression d'un côté, et, de l'autre, acceptation du commerce comme moyen de régulation, plutôt que la guerre et l'économie de commandement.

Le libéralisme implique une certaine disposition à l'action, il suppose que la liberté est désirable et qu'on peut en faire quelque chose. Il doit donc être accompagné d'un sentiment de confiance dans ses forces propres. …

Les Français préfèrent dès lors s'accrocher à ce qu'ils ont — et beaucoup ont quelque chose. Le système français est extrêmement protecteur pour ceux qui ont déjà quelque chose, et terriblement dur pour ceux qui n'ont rien.

Connaissez-vous réellement la personne qui vit près de vous ?

Miroir de Femmes, le nouveau genre du suspens psychologique :
Ce thriller sur fond sociopolitique, dérangeant et provocant précipite le lecteur dans un monde de mensonges, de mystification et de corruption au sein duquel se mêlent suspicion, meurtre et sexe. Après avoir fini ce thriller énigmatique qui explore la mémoire, les fantasmes et les pulsions les plus enfouis, une seule question restera posée :

Connaissez-vous réellement la personne qui vit près de vous ?

2005/12/02

Chroniques d'une résistance

Les grèves à la SNCF et à la RATP, menées sous prétexte d'une «privatisation rampante» et d'une défense du service public, ont été des actes de protection de statuts privilégiés
ecrit Ivan Rioufol.
Comme l'ont été les conflits à la Société nationale Corse Méditerranée ou à la Société des transports marseillais. Ces abus de droit, face auxquels les salariés concernés semblent prendre leurs distances, devraient inciter à faire l'inventaire des avantages accumulés par des syndicats s'étant appropriés des biens publics.

…Plutôt qu'une réflexion sur la crise du «modèle français» nourrissant un tribalisme identitaire et corporatiste, le PS veut revenir aux 35 heures, renationaliser EDF, abroger la loi sur les retraites...

Cette attitude réactionnaire est prête à toutes les connivences avec des syndicats pantouflards et des mouvements protestataires qui ne voient dans l'Etat que la vache à lait.

Rioufol vient de sortir Chroniques d'une résistance (le Bloc-notes des années 2003-2004).

2005/12/01

Insufferable Ballbreaker

U*2 from No Pasarán:
Dans son article figurant dans le dossier du Nouvel Obs sur les Néo-Réacs, Aude Lancelin raconte que "D'autres [intellectuels] croisent Léon Bloy et Philip K. Dick pour soutenir des lieux communs d'évangélistes américains, comme Maurice G. Dantec.". Droit dans le mille, salope.

2005/11/30

Les camps de concentration à la surface et les fosses communes sous terre: Comment peut-on comparer la nouvelle situation avec cette situation unique?

Le président irakien, Jalal Talabani, a violemment réagi aux accusations d'Iyad Allaoui, les qualifiant d'"absurdités"
écrit Le Monde en décrivant les mises des points sur les I qui pourraient autant s'appliquer aux "pacifistes" en Occident.
"Si nous revenions à l'Irak de Saddam, nous verrions les camps de concentration à la surface et les fosses communes sous terre. Comment peut-on comparer la nouvelle situation avec cette situation unique ?"

2005/11/28

Les amants de l'éternel

Vous rêvez d'un amour vrai et charnel à la manière de Humphrey Bogart et de Lauren Bacall ? Vous rêvez de partager une passion folle, intense et dangereuse comme Bonnie & Clyde en leur temps ? Depuis notre plus tendre enfance, nous sommes bercés par ces histoires d'amour qui triomphent parfois mais échouent souvent. Qu'ils soient héroïques ou maudits, ces amants de l'éternel, comme Roméo et Juliette, font partie intégrante du patrimoine culturel mondial, de notre inconscient collectif et plus insidieusement de nos vies. Régulièrement, nous côtoyons des Scarlett O'Hara et des Rhett Butler, des Julien Sorel et des Madame de Rénal, des John Lennon et des Yoko Ono... Avec cette ultime interrogation : pourquoi ça marche ? … L'ouvrage d'Erick Dietrich et Charlotte Roudaut vous révèlera si vous êtes un couple façon Bogart et Bacall, Dali et Gala, Taylor et Burton ou Sartre et Beauvoir. Et comment les romances contemporaines comme Johnny Depp et Vanessa Paradis, Benjamin Biolay et Chiara Mastroianni, Jacques Dutronc et Françoise Hardy s'inscrivent Dans cette épopée. Une analyse passionnante au cœur de relations passionnées, tumultueuses, glamour, tyranniques voire même perverses, qui brise le miroir entre le rêve et la réalité.

2005/11/24

Ce n'est pas dans les pays capitalistes que l'argent est le maître du jeu ; c'est dans les sociétés soi-disant solidaires et compassionels

Le socialisme est la société d'aliénés intégrale. L'homme y est un loup pour l'homme, c'est à celui qui tirera les plus beaux dividendes de l'oppression fiscale. L'argent est le maître du jeu, la valeur ultime : il se substitue aux liens naturels entre les hommes. Le socialisme n'apporte pas plus d'humanité, il en enlève. Il n'ajoute pas du spirituel au matériel, il transforme le spirituel en matériel. De sentiment, la solidarité devient argent ; de sentiment, la compassion devient argent.
écrit Citoyen Durable (thanks to Carine and RV).

Lire pourquoi…

Deux poids, deux mesures

George Booze.

Julien.

Raoul.

Nero.

Rémi.

Mr M.

Bof.

Vous devriez tous avoir honte d'etre nés... Si vous aimez pas la France alors cassez vous et nous faites pas chier
Sommes-nous dans le pays cartésien du dialogue, du débat, et de l'ouverture, ou ne le sommes-nous pas?

Ou alors sommes-nous dans le pays où la seule règle qui vaille, le seul argument qui vaille, est celle ou celui qui dit, ipso facto, la culpabilité de l'Amérique est toujours le pire?

Sommes-nous dans le pays où l'on peut réfléchir, et dire, et croire, ce que l'on veut, mais seulement du moment qu'on arrive à la conclusion sine qua non que l'Amérique est le grand Satan et que, dans tous les cas, la France a la meilleure (ou la moins pire) des sociétés?

Sommes-nous aussi dans le pays ou l'ironie, la colère, ou le mépris font valeur d'arguments?

Quel est le message que tient la France (ou une grande partie de la France) par rapport aux États-Unis?

Que leur leaders sont fourbes, n'est-ce pas?

Que les sujets de ceux-ci sont aveugles, n'est-ce pas?

Que les dirigeants américains avaient des raisons inavouées pour leurs actions vis-à-vis du régime de Saddam Hussein, et si les pauvres Américains bornés (et bernés) avaient seulement voulu être ouverts et écouter les Français lucides, on aurait évité bien des problèmes.

Dans cet etat d'esprit, d'ailleurs, les Français sont descendus manifester dans la rue, et ils ont encensé leurs dirigeants par des phrases du genre

Chirac, au moins, il avait les couilles de s'opposer a Bush
Quant a nos posts dont le message était essentiellement qu'il fallait voir toute chose dans son contexte, et se poser des questions du genre "quelles etaient les vraies raisons de Paris pour s'opposer à l'Amérique (ou à Bush)", on nous les attribuait a un amour aveugle pour l'Amérique, à une inféodation totale pour Deubeliou, et à une haine non avouée pour la France.

Bien. Maintenant, nous apprenons que (pour être diplomates) les leaders français n'ont peut-etre pas été totalement honnêtes (tant avec leur propre population qu'avec leurs interlocuteurs étrangers), que les citoyens fiers de la politique d'opposition de ceux-ci ne connaissaient pas toute l'histoire, et, plutôt que de se référer à la guerre pour le pétrole (cet hyperlien date d'avril 2004), qu'il serait plus juste de parler de défense de dictateurs sanguinaires pour le pétrole.

Et comment réagissent les moqueurs, les cyniques, les visionnaires, les gens lucides, les cartésiens capables de raisonner calmement?

Font-ils ne serait-ce qu'une tentative minuscule de percevoir la situation dans le Moyen-Orient différemment? (Pas nécessairement sur ce blog, ni même sur le web, mais dans la société en général.)

Non, ils… continuent leur hargne sur l'Amérique de plus belle.

Comble du toupet, George Booze dit que c'est a nous de repondre aux attaques (toujours personnelles)!

George Booze, tu n'as rien compris.

Qu'avons-nous à prouver? Rien. Nous le savons : nous sommes fourbes, intolérants, haineux, aveugles, de mauvaise foi. C'est ce que vous disiez avant, c'est ce que vous dites maintenant, c'est ce que vous direz toujours.

C'est aux Français (ces êtres raisonnables, logiques, lucides, tolérants, solidaires, et pacifistes) de nous convaincre, nous (ainsi qu'à eux-mêmes et le reste du monde) à quel point ils l'étaient, justement, raisonnables, logiques, lucides, tolérants, solidaires, et pacifistes.

Dans le film Music Box de Costa-Gavras, une jeune avocate est appelée à défendre son père, injustement accusé de crimes contre l'humanité durant la Seconde Guerre Mondiale). Elle prépare une défense brillante contre les infâmes extrêmistes qui ont intenté le procès, sauf que le doute commence à s'installer dans son esprit au fur et à mesure de ses recherches pour le procès. Bientôt elle aura des choix très personnels à prendre…

Est-ce que tu crois tout ce qu'on te dit?!
me demande-t'on souvent. D'autres fois, des gens coléreux m'ont interpellé, en me crachant : "Je vais t'en apprendre, des choses, sur ton pays." Et de faire la liste des péchés de l'Oncle Sam… (Jamais les personnes de ce type ne semblent prendre conscience du fait que cette liste je la connais déjà et, surtout, du fait que si nous (tant moi que lui) connaissons cette liste de péchés, c'est précisément dû, en grande partie, à une certaine ouverture de la société américaine.)

Ce qui est intéressant avec la question rhétorique, "Est-ce que tu crois tout ce qu'on te dit?!", c'est qu'elle s'applique toujours aux autres. Elle ne s'applique jamais à soi-même… Plus particulièrement, elle s'applique toujours à ceux qu'on méprise — pour les Français, les Américains. Elle s'applique beaucoup plus rarement aux Français eux-mêmes.

Une des raisons d'être de ce weblog est de donner des exemples du contraire — en d'autres mots, du fait qu'en France, il ne faudrait peut-être pas croire en tout ce que l'on vous dit (tant sur vous-mêmes que sur les Américains que sur le reste du monde). Or, quand nous faisons cela, on nous répond que c'est la haine qui nous pousse. Ou l'obsession. Ou le racisme. Ou l'inféodation à Washington. Ou la perte d'un boulot. Ou (c'est mon exemple préféré) l'échec des tentatives de ramener des filles au lit. Alors qu'à priori, ils n'en savent rien — pas plus que vous et moi. L'idée que cela puisse être la recherche du savoir (ne fût-ce que partiellement) est évidemment (sourires entendus) à écarter d'office.

Quand nous avons évoqué la divulgation de certains secrets français après la Seconde Guerre Mondiale, un internaute, par exemple, a défendu le fait qu'on en contrôle l'accés aux secrets, et cela, alors que l'importance de la divulgation était justement que c'était une info inconnue, et qui l'est, parce que le gouvernement l'avait (et les individus qui le composaient l'avaient) jusqu'alors tenu secret, tant pour les étrangers que pour ses propres concitoyens.

J'ajouterais que l'article vient du Guardian, qui n'est connu ni comme étant pro-guerre en Irak ni comme étant pro-Bush — bien au contraire, le quotidien suit tout à fait la France dans ce domaine-là. Or, il suffit que l'on écrive un article sur la France (j'ai failli écrire "contre" la France) qu'ils réagissent automatiquement — alors qu'à priori ils ne connaissent rien à l'affaire. Ils n'en savent pas plus que moi ou qu'un autre, et pour cause, puisqu'on le leur (puisqu'on le nous) l'aurait caché. Et cela, alors que les Français n'aiment rien de mieux que de dire qu'ils ne sont pas contre l'Amérique — au contraire, ils adorent les Américains — ce n'est que contre Bush et sa politique qu'ils sont. Et pourtant, nos détracteurs agissent ainsi par amour de leur pays.

Le fait — hypothétique — d'admettre, par exemple, les vues erronées ou les partis pris du quotidien de référence, n'implique pas nécessairement une attaque sur la France, sa culture, son histoire, sa civilisation, son existence même. Ce fait-là implique que des informations sur Charles de Gaulle sur (les membres de) son gouvernement, et sur Le Monde.

Ce fait-là implique, plus généralement, de "ne pas croire en tout ce que l'on dit" — la formule de base de toute personne voulant se gausser de l'Oncle Sam et des Américains et des capitalistes à tout bout de champ. C'est parfois accompagné d'une phrase rassurante comme quoi on n'est pas contre les Américains — nous n'avons que le plus profond respect pour "nos amis américains", nous assure-t'on — c'est seulement contre Bush.

Or, d'après nombre de commentaires ici, dans la France, et l'Europe, raisonnable, solidaire, et lucide — voilà une situation déjà établie —, il faut (en gros) faire confiance à ce qu'on vous dit ; dans l'Amerique fourbe, traître, et hypocrite, il ne faut pas faire confiance à ce que l'on vous dit. Et si, à contre-cœur, on prête à l'information positive sur l'Amérique une quelconque validité, il faut aussitôt le remettre en question.

Or, ce ne sont pas seulement les commentateurs des blogs, c'est quelque chose qui existe dans les journaux, à la télévision, dans les "débats", chez les politiciens et les ministres d'État…

Voilà un exemple fondamental des deux poids deux mesures.

Et c'est cela qui explique l'existence de ce blog.

J'ajouterais ceci : Dans la vie de tout homme, et de toute femme, il arrive un moment où il (elle) doit se demander, est-ce que je suis sur cette terre simplement pour répéter les platitudes de mon entourage (fussent-elles auto-congratulatoires) ou est-ce que je suis la pour faire preuve d'un tantinet de curiosité intellectuelle?

Après tout, Nero résume bien :

je ne peut pas supporter que l'on critique mon pays même quant il à tort , tu vois c'est drôle mais je suis patriote !!

2005/11/22

"Le Désespéré" est paru aux Éditions Underbahn

Dans Le Désespéré, Caïn Marchenoir, le personnage principal, ne semble pas regretter d'en révolter plus d'un. Bien au contraire : un sentiment de jubilation hérité de l'auteur, Léon Bloy, écrivain peu enclin aux sourires de façade et aux sentiments tièdes.

Léon Bloy est l'empêcheur de danser en rond. … Le Désespéré, autoportrait à peine maquillé d'un homme en procès contre l'infamie d'une élite baignant dans un trouble et poisseux mélange de conformité et de médiocrité. Les aficionados du genre autofictionnel, apprécieront de ne pas trouver ici la puanteur de poubelle qui rappelle l'âcre relent de certains romans d'aujourd'hui.
À paraître : La Bannière étalée