2013/09/13

“Je regrette d’avoir abandonné le chômage pour ouvrir ce magasin” — En réalité le PS n’est plus le parti des travailleurs ; Le PS est devenu le PAS : le Parti des ASsistés

Le site Enquête & Débat a interrogé le porte-parole du nouveau parti belge La Droite, Aldo-Michel Mungo, pour voir s'il pourrait s'agir d'un parti d'extrêmistes, de fanatiques et d'autres individus peu recommendables aux idées insensées, loufoques et dangereuses.
Pourquoi avoir créé un nouveau parti et pourquoi l’avoir appelé “LA DROITE”?

Aldo-Michel Mungo : Pour la même raison: Parce qu’il n’existe plus aucun parti aujourd’hui en Belgique qui défende les valeurs économiques “de droite”. Tous les partis se veulent sociaux. Nous aussi, seulement nous, nous n’oublions pas que le social ne peut exister que si l’économie fonctionne bien, donc si elle est régie par des règles libérales. Ce qui signifie le moins d’impôts possible, le moins d’administration possible, le moins de règles contraignantes par rapport à la concurrence internationale. Or, qui défend encore l’économie libérale aujourd’hui? Le MR et l’OPEN VLD? Voyez tous les conclaves budgétaires!  …  La réalité, c’est que le MR et l’OPEN VLD ont oublié ce que sont les valeurs libérales. Il y a donc là un vide à combler. Et pour cela, quel meilleur nom choisir que “LA DROITE”, tout simplement?

Si vous vous appelez LA DROITE, vous êtes opposés à la gauche?

Non! Ou plus exactement: oui ET non.

OUI parce que nous nous opposons à toutes les dérives de la gauche en Belgique: les nominations politiques (en Wallonie, plus d’un citoyen sur deux travaille pour le compte de l’État), la corruption (savez-vous que la Belgique a la réputation d’être le pays le plus corrompu du monde?), le réflexe de vouloir toujours dépenser plus (en oubliant que cela alourdit nécessairement l’impôt), la multiplication des règles bureaucratiques auxquelles doivent se soumettre les entreprises (alors que leur souci premier, c’est de faire face à la concurrence internationale), etc.

NON parce que nous partageons les deux valeurs fondamentales de la gauche (qui sont d’ailleurs, rappelons-le, à l’origine celles du libéralisme): assurer à tous les travailleurs de bien gagner leur vie, et assurer le progrès de la société par rapport aux traditions conservatrices du passé. Le problème, c’est qu’aujourd’hui le PS est devenu le parti conservateur de la gauche-caviar: il se complait dans un beau langage “de gauche” mais s’est éloigné des travailleurs mal payés. Et le travailleur le plus mal payé aujourd’hui, c’est le petit indépendant. J’ai encore croisé l’autre jour un petit commerçant qui me disait: “Je regrette d’avoir abandonné le chômage pour ouvrir ce magasin”. Cette situation n’est pas normale.

Pourtant, la défense des “petits”, c’est le “core business” du PS?

C’est ce qu’ils prétendent. C’est même ce qu’ils croient. Mais en réalité le PS n’est plus le parti des travailleurs. Le PS est devenu le PAS : le Parti des ASsistés. Vous croyez que la majorité des ouvriers vote PS? Pas du tout. Ceux qui ont intérêt à voter PS, ce sont surtout ceux qui ne travaillent pas : les chômeurs et les bénéficiaires d’allocations diverses. Tous ces gens doivent être aidés, bien sûr (hormis les fraudeurs). Mais il est essentiel que leur premier objectif reste de trouver un travail. Et pour cela il faut qu’ils y gagnent plus. Or, aujourd’hui, c’est le contraire: un jeune qui a été inséré dans le système de l’assistance perd de l’argent quand il trouve un emploi, à cause des divers avantages qu’on lui avait octroyés (transports gratuits, logement, etc.) et qui vont disparaître! Ce n’est pas normal…  …
 
Vous avez d’autres revendications en tant que parti LA DROITE ?

 Oui, bien sûr : notre programme est très complet et vise toujours le même objectif: encourager le travail. Pourquoi? Parce que c’est le seul moyen d’augmenter le pouvoir d’achat. Par exemple, nous demandons à l’Etat d’oser cesser de taxer les morts: pourquoi leurs héritiers doivent-ils encore payer des taxes sur des biens qui ont déjà fait l’objet de taxations multiples? D’oser supprimer le revenu cadastral sur le logement familial : pourquoi payer un loyer à l’état sur un bien qui nous appartient, que nous occupons et sur lequel nous avons déjà payé des droits lors de l’achat? D’oser limiter le personnel politique : la Belgique est le pays qui compte le plus de ministres par habitant, de mandats publics, de fausses asbl politiques subsidiées, de parlementaires et de niveaux de pouvoirs. D’oser interdire la double nationalité comme c’était le cas il y a 50 ans : Pourquoi diable certains citoyens auraient-ils le droit d’appartenir à deux nations à la fois? D’oser enfin lier les droits aux devoirs : la Belgique n’est pas capable financièrement d’assurer l’assistanat à vie à tous ceux qui veulent venir s’y installer sans jamais y travailler. La population belge active a toujours voulu être très solidaire. Elle a pu aider sans trop de problèmes 1, 10, 100, 1.000, 10.000, 100.000, 500.000 personnes sans travail. Mais quand ces 500.000 deviennent 1.000.000, alors là, c’est trop. Si l’on continue on va ruiner le pays pour plusieurs générations.

2013/08/23

Le Monde au service des politiciens qui brisent leurs promesses

Typique des journalistes dépendants de l'État de prendre les déclarations auto-congratulatoires des politiciens pour argent comptant et publier un article qui soutient leur politique mensongère.  Et pas n'importe où ; en titre principal sur la Une du quotidien de référence, Le Monde ! (Trop fort, "politique mensongère", exagéré ? Peut-être ; mais lisez donc la suite…)
Faut-il taxer plus lourdement le diesel, cette addiction française ? titrait Le Monde sur la Une il y a quelques mois, en utilisant le spectre d'une société malade, à l'agonie presque, comme excuse pour imposer (encore) un impôt sur les Français.

Notez que Le Monde prend comme acquis, qu'il ne met pas en doute, la prémisse, la présomption, qu'il y ait une addiction française.

Non, Messieurs : il n'y a pas d'addiction qui soit.

En Normandie, un ouvrier utilise sa voiture pour aller au boulot.

En Auvergne, un fermier utilise son camion pour emmener ses volailles au marché.

En Alsace, un PDG utilise sa bagnole pour aller au bureau.

En Bretagne, une femme au foyer emmène ses enfants voir les endroits touristiques.

Partout, des individus utilisent leurs véhicules pour leur besoin personnel et/ou professionnel, et cela sans se préoccuper de leurs voisins ou du reste de leurs concitoyens — et l'idée qu'il faille parler d'une quelleconque "addiction française" n'a pas le moindre sens et est complètement illogique.

Sauf — évidemment — dans le but de hausser les impôts.

Pour notre bien.

Bien entendu.

Évidemment, le diesel avait été loué, aux Cieux, par le même corpus de politiciens (ou par les "pères" des politiciens actuels, mais c'est exactement la même chose) comme une sorte de panacée, et donc ne devait pas être taxé lourdement, pas autant que l'essence normale.

Du coup, les automobilistes aiment. Et achètent. Achètent voitures diesel. Et achètent carburant diesel.

Bientôt, les politiciens découvrent que ça fait un beau pactole, tout ce fric, c'est triste de ne pas en (ab)user ("les quelque 7 milliards d'euros de recettes supplémentaires"), et que ce ne serait une mauvaise idée de le taxer.

Malheureusement, cela pourrait être considéré comme un mensonge par la population ("politiquement délicat").

Alors, que faire ?

Inventer une maladie — une addiction.
(Sans parler d'un tas d'autres soucis, difficilement prouvables…)
Pour bien faire comprendre aux Français que c'est pour leur bien que les politiciens vont nous imposer un impôt de plus.

Ça y est ? Vous commencez à comprendre pourquoi les Tea Parties sont apparus aux USA ?

Un grand merci au Monde, en tout cas, pour leur contribution aux politiciens afin de les aider à briser leurs promesses.

2013/08/19

Pour Le Monde, l'Amérique est un pays d' "excités de la gâchette" qui "jouent aux superflics"


Alors, pour bien entretenir l'histoire du racisme en Amérique (merci l'Éducation Nationale), comme le fait Louise Couvelaire dans son article sur "Les nouveaux shérifs d'Amérique" pour M le magazine du Monde, il faut surtout présenter George Zimmerman comme un blanc, un "excité de la gâchette" qui "joue" aux " superflics" et qui lors de ce "jeu" aurait presque nonchallamment abattu un Noir, un Noir qui serait un adolescent innocent et inoffensif, pour ne pas dire un lycéen des plus sérieux (de préférence en montrant une photo prise il y a 3-4 ans lorsque Trayvon Martin avait 13 ans).
[Cet "ambassadeur" qu'est] Nick Levin ne fait pas partie de ces citoyens américains qui jouent aux superflics, garants autoproclamés de l'ordre public. Il n'a rien à voir avec un George Zimmerman, ce milicien de quartier acquitté le 13 juillet dernier du meurtre de Trayvon Martin, un adolescent afro-américain tué par balle en Floride en 2012. 

 … Personne ne veut de cow-boys dans les rues. A l'image de certains excités de la gâchette, membres des milices de quartier qui, sans supervision ni expérience, organisent des rondes pour surveiller les rues. De plus en plus nombreuses, ces milices ne font pas l'unanimité. La police comme les agents de sécurité privée s'en méfient. "Ils nous appellent pour un rien, confie Franck Flores. Ils sont complètement paranos."
Il faut surtout oublier, ou minimiser, le fait que George Zimmerman est latino, qui vit dans un voisinage infesté de crimes, et que lorsqu'il a appuyé sur la gâchette, il était par terre, sur la bitume, sous (le grand gabarit de) Trayvon Martin, en train de se faire fracasser la tête dans le ciment.

2013/08/18

Les images et la rhétorique des Le Pen et du FN

aroles, paroles, paroles... » Marine Le Pen aime chanter ce tube de Dalida pour dénoncer les promesses de vent de ses adversaires politiques. Pourtant, s'il est bien un parti qui, faute de mandat exécutif, existe avant tout comme discours, c'est le Front national. Car tout autant qu'un groupe politique, c'est un système de communication global - des hommes mais aussi des mots -, qui explique son succès.
Depuis sa fondation, en 1972, selon Cécile Alduy dans Le Monde, le Front national s'appuie sur un imaginaire de la décadence française, un récit anxiogène d'une redoutable efficacité
Dès la fin des années 1970, les leaders du parti, s'inspirant du théoricien socialiste Antonio Gramsci, se lancent explicitement dans une bataille sémantique. Or un retour sur quarante ans de parole frontiste révèle une remarquable stabilité des structures profondes de ce discours extrême. Au-delà des effets de surface - néologismes et calembours du patriarche, humour policé de la fille -, ce sont les mêmes mythes ancestraux que propage le Front national depuis sa création en 1972 : décadence, nostalgie d'un âge d'or révolu, théorie du complot et appel au chef messianique trament un récit national d'une efficacité redoutable.

L'une des forces du frontisme est d'être une forme de discours qui fait immédiatement sens. La cohérence anthropologique de la vision du monde qu'il véhicule explique en partie la longévité politique et l'attractivité d'un parti dont le programme s'est pourtant fossilisé en 1978.

La cosmologie lepéniste est fondamentalement une eschatologie : la fin du monde, ou plutôt de la France, est annoncée à longueur d'années. Jean-Marie Le Pen est le prophète des visions apocalyptiques : barbarie, anarchie, fléaux, et « torrents de sang » émaillent ses textes. Marine Le Pen se contente de rationaliser le vocabulaire millénariste dont elle hérite.
Un deuxième article de Cécile Alduy vient complèter la page, La rhétorique diabolique des Le Pen :
EAN-Marie Le Pen jouait volontiers au diable ; Marine Le Pen se campe en ange laïc. Mais la « dédiabolisation » ne signifie pas l'abandon d'une mythologie manichéenne d'inspiration biblique : le potentiel émotionnel de cette configuration fantasmatique est trop puissant pour ne pas être exploité.

Jean-Marie Le Pen a sciemment participé à sa propre diabolisation. Très tôt, il comprend l'intérêt médiatique et la légitimité morale paradoxale que cette double posture de victime et de trublion lui confère. Tandis que l'ethos victimaire fait de lui un martyr, il puise son autorité dans une parole subversive, donc vraie : Lucifer « porteur de lumière » dit les vérités qu'on ne veut pas entendre.

2013/08/17

L'image de la Grande Dépression américaine n'a jamais plu à Florence Owens ni à ses enfants, embarrassés d'être réduits à des victimes


La Mère migrante, la vraie, n'a jamais correspondu à sa légende, et n'a jamais apprécié d'être réduite à un symbole
écrit Claire Guillot dans un article dans la série du Monde, Ce que l'on croit voir...
Cette femme au visage marqué et au geste inquiet, qui serre contre elle ses trois enfants en haillons, a été photographiée par Dorothea Lange en 1936 au camp de Nipomo, en Californie. Incarnation du dénuement mais aussi du courage, elle a fini par symboliser la Grande Dépression américaine et la résilience d'une nation face à la crise. Roy Stryker, employeur de Dorothea Lange à la Farm and Security Administration (FSA), voyait même en elle une madone universelle : "Elle a toute la souffrance de l'humanité mais sa persévérance aussi. Une retenue et un étrange courage. Vous pouvez voir tout ce que vous voulez en elle. Elle est immortelle."

Dorothea Lange avait été recrutée par la Resettlement Administration, future FSA, pour illustrer l'action du gouvernement en faveur des travailleurs agricoles migrants. Elle a raconté en 1960 avoir pris la photographie un peu par hasard. En mars 1936, en suivant une pancarte, elle tombe sur le camp de travailleurs de Nipomo, en Californie.

 … Son nom n'émergera que quarante ans plus tard. Florence Owens Thompson, elle-même, écrit à un journal local en 1979 pour dire tout le mal qu'elle pense de l'image qui l'a représentée. Elle n'est pas vraiment une migrante, puisqu'elle résidait déjà en Californie quand la Dépression a frappé. Mieux, elle n'est pas une Américaine blanche chassée de sa ferme par la crise, mais une Indienne de la tribu Cherokee, née en 1903 dans une réserve de l'Oklahoma – où sa tribu avait atterri après avoir été dépossédée de ses terres. Alors que la FSA en a fait son héroïne, Florence Owens Thompson s'est toujours méfiée du gouvernement : "Sa plus grande peur, dira plus tard son fils Troy Owens, était que si elle demandait de l'aide, on lui prendrait ses enfants."

Les souvenirs de Dorothea Lange, en plus d'être parcellaires, se révèlent inexacts. Le jour de la photo, Florence Owens n'habite pas dans le camp de Nipomo, elle s'y est juste arrêtée avec sa famille le temps de faire réparer sa voiture – dont elle n'a jamais vendu les pneus. …


UNE FEMME AIGRIE ET PLEINE D'AMERTUME

En 1979, celle qui vit dans un mobile home se sent trahie par la photographe et exploitée : "Je regrette qu'elle ait pris ma photo. Je ne peux pas en tirer un seul centime. Elle ne m'a jamais demandé mon nom. Elle a dit qu'elle m'enverrait une copie et elle ne l'a jamais fait." On découvre une femme aigrie et pleine d'amertume, bien loin du mythe glorieux.

L'image n'a jamais plu à Florence Owens ni à ses enfants, embarrassés d'être réduits à des victimes. En 2002, le réalisateur Geoffrey Dunne leur donne la parole dans le magazine New Times. Norma Rydlewski, le bébé sur la photo, déclare : "Maman était une femme qui aimait la vie, qui aimait ses enfants. Elle aimait la musique et elle aimait danser. Quand je regarde cette photo, cela m'attriste. Ce n'est pas comme ça que je me souviens d'elle."

 C'est seulement à sa mort que la famille se réconcilie avec l'icône.

2013/08/16

Chaque fois qu'une vague de répression policière se répand sur les routes, le nombre d'automobilistes tués augmente



Des amendes, toujours des amendes ! L'État ne sait faire que ça depuis plus de trente ans, frapper les citoyens pour d'obscurs délits tout en escamotant ce qui est de son devoir et pour lequel nous cotisons tous par nos impôts : l'amélioration des routes et la disparition des points noirs routiers mortels. Ce sont pourtant deux mesures qui réduiraient indiscutablement le nombre de morts sans passer par la répression et qui recueilleraient l'adhésion générale.
Ainsi parle jpdelespinay dans son article, PRETENDANT "SAUVER NOS VIES" SUR LES ROUTES, L'ÉTAT NOUS TUE POUR DE L'ARGENT.
L'État entend faire supporter de nouveaux efforts prétendument sécuritaires par les citoyens, qui ne lui demandent rien, refusant d'assumer son rôle et nos impôts pour ce qu'on lui réclame à corps et à cris : l'amélioration des voies de circulation. Cette répression … exaspère même [des élus] qui s'en plai[gne]nt ouvertement. Citons Yves Albarello, député UMP de Seine-et-Marne : "Le gouvernement est dans sa bulle, sourd aux attentes de milliers de français" … 

II - La répression routière, un procédé qui tue au lieu de sauver

Regardez cette courbe [ci-haut] de la Sécurité Routière :

Comme on le voit, de 1972 à 2008 la tendance est à la baisse constante de la mortalité, avec des soubresauts mortels qui vont justement être analysés plus loin. Cette baisse est due à un ensemble de facteurs en constante amélioration : état des routes, véhicules de plus en plus sûrs, de moins en moins de conducteurs du dimanche, circulation de plus en plus dense obligeant à une attention accrue et à de petites vitesses (en 2002, 29 tués pour un million d'habitants dans les Hauts-de-Seine et 292 en Ariège, un des départements les moins peuplés).

La courbe montait jusqu'en 1972, puis de 1972 à 1974, elle chute presque verticalement, grâce aux 50 % de morts évités par l'installation progressive de la ceinture dans les voitures. La ceinture solidarise l'occupant au véhicule : "en cas de choc la force de retenue est de 50 kg avec les bras, 150 kg avec les jambes et de 3 tonnes avec la ceinture de sécurité" (Saser). Les Français l'ont si bien compris que la quasi-totalité boucle sa ceinture avant de partir (97 % en 2007), privant nos gendarmes et nos policiers de ressources en amendes de ce côté-là.

 … Qu'a-t-il bien pu se passer en 1974 qui inverse si brutalement la tendance ? Inutile de chercher loin : le seul facteur nouveau et brutal de cette année-là sur nos routes, c'est la généralisation de la limitation de vitesse, qui se traduit par la généralisation des contrôles policiers. La mortalité remonte dramatiquement pendant 3 ans !

 …La leçon est claire : chaque fois qu'une vague de répression policière se répand sur les routes ou que l'automobiliste se sent menacé dans son droit à conduire, le nombre d'automobilistes tués augmente. Pourquoi ? Parce que c'est le moment où les conducteurs sont contraints de respecter à la lettre une limitation de vitesse antinaturelle. Une vitesse trop basse endort l'attention et cause la somnolence. Et la somnolence est devenue, et de loin, le 1er facteur de mortalité sans que l'État ne le fasse savoir :


Il est prouvé scientifiquement que la vitesse en elle-même ne tue pas. C'est l'inattention qui tue. Au contraire, la vitesse sauve des vies car elle oblige à davantage d'attention de la part du conducteur. Dans son numéro de septembre 1991, Science et Vie publiait un long article intitulé "Non, la vitesse ne tue pas !". Vu certaines réactions indignées, la revue sortit un second article en novembre 1991 qui répondait aux objections et confirmait fermement le premier. Citons aussi la fameuse expérience de l'État du Montana aux États-Unis, qui institua pendant 4 ans la vitesse libre sur autoroute de 1995 à 1999, contrairement à tous les autres états américains. Le nombre des morts chuta à un niveau "historiquement bas". Le Congrès (les députés américains) s'en émut et décida que cette mesure était "inconstitutionnelle" ! Le Montana fut contraint de rétablir en 2000 la répression. Le nombre de morts augmenta aussitôt de 43 % ! Vous croyez que les politiciens revinrent sur leur décision ? Non... Là-bas aussi, les élus tuent leurs concitoyens pour de l'argent.


IV - DEPUIS bientôt 40 ANS, l'etat invente des delits pour nous racketter et tant pis si ça nous tue !

Depuis 1974, nos présidents sont issus de l'administration. De Gaulle était militaire, Pompidou professeur (mais il est le seul à avoir aussi dirigé des entreprises), Giscard est énarque et polytechnicien, Chirac est énarque, Mitterrand écumait les postes dans les ministères de la 4ème et la 5ème républiques. Quant à Sarkozy, le seul non-fonctionnaire, c'est un avocat devenu rapidement politicien allié de fait de la haute administration, qui l'a remercié en le portant au pouvoir. 

 … Ces présidents-là ne savent pas gérer un Etat, faute d'avoir jamais rien géré avant d'arriver au pouvoir. Ils font de la politique politicienne : ils privilégient une clientèle. Et bien entendu celle à laquelle ils appartiennent : la fonction publique. D'où la croissance permanente du nombre de fonctionnaires et d'agents payés par les pouvoirs publics en France et leurs revenus bien supérieurs à la moyenne nationale. Aujourd'hui, ils sont 7 millions à être rémunérés par l'Etat, soit le quart de la population active. Leurs patrons ce sont les "hauts-fonctionnaires". Des super-diplômés bombardés patrons de services de l'Etat dès la sortie de l'école, qui n'ont jamais mis le pied sur le terrain, jamais travaillé en entreprise, qui méprisent le privé faute d'avoir le courage d'y avoir fait leurs classes comme Pompidou, qui détestent les patrons dont ils jalousent la compétence. Leur incapacité est inscrite dans leur CV mais c'est eux qui dirigent, c'est eux notre "élite"...

Ces 7 millions coûtent cher ! Il faut financer leurs salaires, les charges, leurs excès et leurs erreurs, le tout en permanente augmentation. Sans parler de la capacité de nuisance d'un grand nombre d'entre eux - proportionnelle à leur pouvoir - sur la progression de notre économie, donc de notre niveau de vie ! Nos présidents-fonctionnaires ne savent pas gérer un Etat : "en France, depuis 1975, le budget de l'État est chaque année déficitaire" (Wikipédia). Comme par hasard... depuis Giscard ! Faute d'intelligence, ils ont toujours retenu la solution bête pour remplir les caisses de l'État : ils puisent de force l'argent dans les poches des Français et des entreprises. D'où cette augmentation constante des impôts, des taxes, de la TVA, la réduction des "niches" et les services de l'État qui deviennent payants … Mais le citoyen renâcle devant cette accumulation de prélèvements obligatoires ! Alors, on crée des lois... Des lois qui inventent des délits. Des lois impossibles à respecter. Ces lois vont générer une pluie de sanctions donc du cash !

L'irresponsabilité est l'un des attributs du fonctionnaire comme du politique et ils y tiennent tous les deux. Que la répression tue, quelle importance pour eux, si l'argent rentre ?

2013/08/15

"The Total State": The 3 Philosophers Who Prepared the Road for Adolf Hitler

Pour le philosophe et écrivain Jean-Pierre Faye, soixante-dix ans après, il faut enfin admettre que ce sont trois grands esprits philosophiques – Heidegger, Jünger et Schmitt qui ont fait le lit d'Hitler.
 … existe-t-il des écrits vraiment nazis de Heidegger, le philosophe auquel allait notre respect en raison de ses essais "existentiels" des années 1920 ? L'honnêteté de la lecture découvre en effet chez lui des écrits politiques marqués plus gravement encore que ceux de son ami l'écrivain et essayiste Ernst Jünger (1895-1998), l'auteur, dès 1930, de La Mobilisation totale (Die totale Mobilmachung), traduite en français et publiée chez Gallimard en 1990.

"L'ETAT TOTAL"

Ceux-ci se prolongent chez l'ami Carl Schmitt, l'idéologue de "l'Etat total", à qui Hitler devra, pour une très grande part, d'avoir reçu le pouvoir en 1933 – par l'effet même de la conférence sur le totale Staat que Schmitt donne, le 23 novembre 1932, devant les représentants de la grande industrie. Une amitié intensément politique lie alors Heidegger à Jünger et, par lui, à Carl Schmitt. C'est le triptyque des noms qui dessine un temple d'acceptation pour l'idéologie propagée par la furie hitlérienne.

Il faut lire les écrits politiques d'Heidegger en 1933-1934 pour saisir ces enjeux. Dès son "Appel aux étudiants" du 3 novembre 1933, il prononce : "Le Führer lui-même et lui seul est la réalité allemande d'aujourd'hui et de demain..." Et sa "Profession de foi en Adolf Hitler", la Bekenntnis zu Adolf Hitler en décembre 1933, décrit le Führer comme l'instant de "retourner à l'essence de l'Etre". Le Führer devient une ontologie...

Bien pire, son "Appel pour le service du travail", le 23 janvier 1934, souligne "l'empreinte préfigurée dans le Parti national-socialiste ouvrier allemand". Ce parti dont le nom est raccourci par Goebbels en Parti nazi-sozi, ou en version courte : Nazi. Il s'agira en effet des camps de travail, salués par Heidegger comme "le bienfait qui émerge du mystère vivifiant qu'est l'avenir nouveau de notre peuple"... Le délire nazi atteint son apogée.

Car au même moment surviennent d'autres camps de travail, dits "camps de concentration", qui couvrent le territoire national. Durant la seconde guerre mondiale, apparaissent en Pologne ceux qui sont nommés secrètement les camps d'extermination, les Vernichtungslager.

 Or le 1er mai 1933, Heidegger et Carl Schmitt adhèrent au Parti nazi. Il faut souligner le fait que l'adhésion au parti unique est difficile dans le Reich hitlérien. Contrairement à l'Italie mussolinienne, où tout le monde prend sa carte, comme la "carte du pain". Il y aura 24 millions d'adhérents au Parti fasciste, 8 millions seulement au parti hitlérien. Le geste de l'adhésion est donc grave et contrôlé. Heidegger, dans son cours de décembre 1933 sur Héraclite..., énonce la nécessité de "l'attaque", dans le but "d'effectuer l'extermination totale".

LES CAMPS D'EXTERMINATION

Ce terme terrible va marquer les Vernichtungslager, les camps d'extermination hitlériens de 1942-1945. Surgis dans la Pologne anéantie : à Chelmno, à Belzec, Auschwitz-Birkenau, Maïdanek, Sobibor, Treblinka... Ce terme s'inscrit dans la plus terrible réalité de l'Histoire. Heidegger aura-t-il connaissance de ce qui a lieu dans les camps de Pologne ? Jünger note dans son journal ce qu'il entrevoit en 1943 à Lodz, en deçà du front de l'Est...

Mobilisation totale, Etat total, extermination totale : ces trois formules dessinent l'Europe en état de guerre. Jünger, Carl Schmitt, Heidegger prononcent en ces termes le réel le plus dangereux et la même terreur politique croissante.

 … Carl Schmitt ? Ce juriste est un ami de longue date pour Jünger, ce dont témoigne son journal posthume, comme Jünger devient l'ami intense d'Heidegger. Carl Schmitt a donc en décembre 1932 donné sa conférence décisive devant ce qui se nomme "l'Union au Long Nom", réunissant les plus grands de la grande industrie. La conférence de Schmitt devant un tel auditoire culmine dans l'exigence de fonder "l'Etat total" – Etat qui doit s'affirmer "total au sens de la qualité et de l'énergie"... Un Etat qui s'attribue "les moyens de la puissance"...

Ainsi l'Etat total est-il défini par Schmitt en opposition à l'Etat "quantitativ total", celui qui se retrouverait gonflé d'entreprises nationalisées... Au contraire, "l'Etat total en ce sens est un Etat fort... Il est total au sens de la qualité et de l'énergie, comme l'Etat fasciste se nomme "Stato totalitario"", précise Carl Schmitt, reprenant les termes du fascisme italien. Mais qui sait aujourd'hui que le mot "totalitaire" est une improvisation mussolinienne ?

Voici surgir la doctrine de Schmitt sur les "nouveaux moyens de puissance". Nous sommes le 23 novembre 1932. Dans un mois et une semaine, l'ex-chancelier von Papen, dont Schmitt est l'avocat, et dont le chancelier Schleicher a pris la place, aura préparé la "combinaison" du 30 janvier 1933. Donnant le pouvoir au caporal Hitler, méprisé et haï par le président Hindenburg, qui pourtant le nomme chancelier du Reich. …

"LES MOYENS DE LA PUISSANCE"

La formule de Schmitt souligne les enjeux : "L'Etat total" est l'Etat des "moyens de puissance", et non des socialisations, il se gonfle de police, et non d'entreprises socialisées. Le totale Staat hitlérien vient prendre la relève du Stato totalitario fasciste. Car le mot "totalitär" n'est pas un terme hitlérien : il est refusé comme "trop libéral" par le juriste nazi Wilhelm Stuckart, celui dont Eichmann sera le subordonné.

 … Par Carl Schmitt, juriste spécialisé dans le droit d'Etat, est donc apparue cette proposition grave, dans sa conférence de novembre 1932 : c'est la figure de "l'Etat total" – cette formule dangereuse d'où va survenir le mot "totalitarisme", aujourd'hui courant, exploré plus tard par Hannah Arendt, qui va pourtant méconnaître son origine mussolinienne.

On peut sous-estimer la magie toxique de ces creuses formules. Et négliger le lien étroit entre Carl Schmitt, Heidegger et Jünger, le porteur de la mobilisation totale. Car ce triumvirat va demeurer en marge du IIIe Reich qui survient. Mais Jünger l'a annoncé, par sa formule explosive. Carl Schmitt l'énonce violemment en termes de "droit" – ou de "contre-droit"...

 … Ainsi les trois amis, Schmitt, Jünger, Heidegger – l'étrange trio des penseurs – contribuent au langage de ce Reich qui dévaste l'Europe de la seconde guerre mondiale. Tous trois se retrouvent donc en 1955 pour fêter l'anniversaire de l'un d'eux, Jünger. A l'occasion de cette fête, Heidegger décrira ce qu'il nomme l'Abbau, que le philosophe français Gérard Granel (1930-2000) traduira par la "déconstruction".

Cette inflation des langages débouche dans ce qu'Heidegger revendique à son compte comme "la Terreur". Cette terreur aura suscité de surcroît pour notre avenir l'arme de la destruction absolue.

2013/08/14

Encore une p'tite bière et une barbe à papa, et le capitalisme s'effondrera de lui-meme comme un fruit mûr


A La Courneuve, chaque deuxième week-end de septembre que font Marx et Engels, se tient la Fête de L'Humanité, dite "Fête de L'Huma". Fête du quotidien communiste fondé en 1904 par Jaurès, L'Humanité. Fête des luttes, des régions, des débats, des livres, de la musique. Pendant trois jours, on voit des visages qu'on ne voit jamais. Si, à la Foire du Trône : les visages du peuple détendu. Les artistes du monde entier auront défilé ici. Tel fut le conservatoire national de Marc Perrone, en face de la cité.
Francis Marmande célébre la fête des communistes.
UN RESTE TERRESTRE

Fête lancée en 1930 par Marcel Cachin, mille camarades participent à sa première édition. Perrone dit "les copains". En 36, la Fête du Front populaire dépasse les 300 000 participants (le double, aujourd'hui). Dédicaces, discours, stands de boissons exotiques, chaleureuse ambiance, quel est l'en-plus de la Fête de L'Huma ? Certaine camaraderie diffuse, une joie de vivre et de partager, sans compter le regret de ce qui n'existe probablement plus que là.

Programme de la grande scène en 1973 ? Chuck Berry, Alan Stivell, Catherine Ribeiro, Ange, Sun Ra, Robert Charlebois. Au fait, en 1968 ? Mireille Mathieu... Historiens, au boulot ! Epoque et idéologie par les programmes de la Fête de L'Huma. Dans les années 1970, le PSU, la LCR, Lutte ouvrière, tous les journaux et mouvements gauchistes faisaient leur fête. Avec leur mixture d'utopie, de nourritures terrestres et de musiques.

 … Question subsidiaire : pourquoi, d'un Parti communiste et d'un journal aussi affaiblis ou menacés, ne subsiste que la Fête de L'Huma ? Et si les fêtes n'étaient que le reste terrestre des rêves ?
Un lecteur réagit :
A. de Tocqueville
Encore une petite biere et une barbe a papa et le capitalisme s'effondrera de lui-meme comme un fruit mur, victime de ses contradictions socio-historico-materialisto-imperialistes. Au moins je vois qu'on vend des T-shirt ornes de la faucille et du marteau, le meme symbole qui flottait au-dessus des goulag, et au nom duquel Staline et Mao ont massacre des dizaines de millions de "camarades".

2013/08/13

Surtout, il s'agit d'un Noir en couple avec une Blanche, qui plus est blonde


Un des plus grands photographes américains de New York s'appelle Garry Winogrand (1928-1984)
nous raconte Pauline Auzou dans le cadre d'un article du monde de la série Ce que l'on croit voir... où elle peut puiser dans ce sujet cher aux élites et aux journalistes européens tout en étant adoré des Européens moyens — le racisme (prétendu ou réel) en Amérique.
Dans le genre compulsif. Il descendait dans la rue, marchait, et déclenchait comme un forcené, se demandant à quoi pouvaient ressembler les gens une fois qu'ils étaient prisonniers de son objectif grand angle.

Il essayait d'y caser le plus possible d'informations, sans message à livrer. "Il trouvait ennuyeuses et trop évidentes les photographies à message politique", confirme Peter Galassi, ancien directeur de la photographie au Musée d'art moderne de New York (MoMA). Il ne considérait pas, non plus, qu'il avait une responsabilité sociale. Ses détracteurs n'appréciaient guère ce formalisme assumé. Les photos de Garry Winogrand reflètent pourtant la société américaine, celle de la consommation, de la libération des moeurs, le tout entre brutalité et tendresse.

Ce couple impeccable, elle blonde, lui noir, portant deux singes habillés comme des enfants, est une des grandes photographies de Winogrand. Elle a été prise en 1967. Elle figure dans sa première exposition en solo au MoMA, en 1969, intitulée "The Animals", qui était accompagnée d'un livre du même nom. La première lecture de l'image, donc, nous oriente vers les animaux, et non vers ceux qui les tiennent dans les bras.

 …  Une autre lecture de l'image est possible, qui nous ramène au couple. Rappelons le contexte. L'ivresse joyeuse des années 1950 aux Etats-Unis est passée, et les années 1960 se réveillent avec la gueule de bois. La guerre du Vietnam, l'assassinat de John Kennedy et la lutte des Noirs américains pour l'égalité des droits civiques impriment leur marque sur cette décennie. Les photos de Garry Winogrand, non sans humour, reflètent bien ce pessimisme ambiant.

L'image de ce couple a quelque chose d'amusant, avec ces deux petits singes qui se comportent comme s'ils étaient ses enfants. Il y a encore le visage sérieux des "adultes", comme si la scène n'avait rien d'incongru, qui renforce la froideur sinistre d'une photo de famille pourtant peu ordinaire. Et, surtout, il s'agit d'un Noir en couple avec une Blanche, qui plus est blonde. …

RACISME AMBIANT DANS CETTE PHOTO

Nous sommes ici à New York, ville plus libérale que beaucoup d'autres aux Etats-Unis. A sa façon, et par des chemins de traverse, Garry Winogrand parle du racisme ambiant dans cette photo où les enfants ne sont pas humains : ce sont des primates nés d'une union contre nature. "Winogrand a évidemment conscience, en la réalisant, de la dimension raciste de son image, affirme Peter Galassi. Néanmoins, il n'a fait que photographier une réalité qui existe, une scène anodine qui se passe dans un zoo. Si on l'avait accusé de racisme, il aurait alors répondu que c'est juste une image."

 … Aujourd'hui, il est à parier que, dans un film américain à grand spectacle, ce couple symboliserait l'harmonie apparente d'une nation multiculturelle.

2013/08/12

Howard Zinn, "ce bouillant auteur… au parcours extraordinaire… au service des opprimés" blablabla…


Pour le célèbre auteur d'Histoire populaire des Etats-Unis, écrire n'avait de sens qu'à la condition de se mettre au service des opprimés
écrit Marc-Olivier Bherer. dans son papier laudatoire du livre tout aussi laudatoire de Martin Duberman, Howard Zinn, une vie à gauche (Editeur Lux, 392 pages, 24 €) — "ce bouillant auteur… au parcours extraordinaire… au service des opprimés" etc, etc, etc…
L'austérité d'un tel personnage pourrait décourager le biographe, d'autant qu'il a pris soin de détruire les éléments les plus personnels de ses archives. Martin Duberman, historien et ami, a néanmoins tenté dans Howard Zinn, une vie à gauche, de raconter l'homme qu'il a connu. Dans la première biographie – en français – de ce bouillant auteur se dessine un portrait de militant au parcours extraordinaire.

 … Howard Zinn, comme le rappelle Martin Duberman, a en effet choisi d'être un véritable acteur de l'histoire. D'abord à Atlanta, où il enseigna, de 1956 à 1963, au Spelman College, une université noire. Il y prit conscience de la violence de la ségrégation et aida ses étudiants à s'organiser. Un engagement qu'il poursuit encore ailleurs dans le sud des Etats-Unis. Mais c'est véritablement la guerre au Vietnam qui sera le combat de sa vie.

 … Ces épisodes forment un palpitant récit que Martin Duberman tâche de compléter en faisant aussi revivre l'intellectuel. Il en dresse un portrait sans concession, rappelant les raccourcis employés par Howard Zinn dans son histoire des Etats-Unis, ainsi que les nombreux oublis commis. L'oeuvre, parue en 1980, n'est pas aussi révolutionnaire qu'on a pu le croire. A la même époque, de nombreux autres historiens ont également choisi de s'intéresser aux oubliés du récit officiel.

2013/08/11

"Il y a en France un climat économique et social nauséabond"


Solenne a 32 ans, encore ses airs de jeune fille, mais les soucis des veilles de grand saut. Mercredi 31 juillet, à 16 heures, elle devait quitter la France. Un départ de Paris par le vol Corsair SS 900, direction Montréal, au Canada. "Emigration ? Expatriation ?" Elle hésite : "Bonne question..." Puis elle tranche : "Expatriation." Ce départ au milieu de l'été avec pour seuls bagages deux grosses valises remplies de vêtements, de CD et de bouquins "est un choix, pas une nécessité", affirme-t-elle.
Elise Vincent a un grand article sur Pourquoi des jeunes choisissent de s'expatrier. alors que Le Monde publie un éditorial, La promesse oubliée de François Hollande.
Solenne a le profil classique des 1,6 million de Français qui vivent aujourd'hui à l'étranger. Comme la plupart d'entre eux, elle a moins de 40 ans et elle est qualifiée (bac + 5). C'est ce profil qui alimente le plus l'émigration . En février, une étude du cabinet Deloitte – l'un des plus grands cabinet d'audit et de conseil – a révélé que 27 % des jeunes diplômés voulaient travailler hors de France, contre 15 % en 2012.

Pour autant, les experts ne parlent pas encore d'émigration massive. Plutôt d'un frémissement. Contrairement aux idées reçues, pour Solenne comme pour beaucoup de ceux partis avant elle, la morosité du marché français n'est pas la principale raison de départ. "Est-ce que je serais restée s'il avait été plus facile de changer de boulot en France ? Non", assure-t-elle. Solenne rêvait d'ailleurs de toute façon. Mais elle concède : sans la crise "sans doute que j'aurais réfléchi autrement"...

"ON NE SAIT PAS SI ON REVIENDRA"

Avant de se décider à tenter sa chance au Canada, Solenne occupait un poste de chargée de communication à l'Institut français. A Montréal, elle sera propulsée directrice de la communication d'un centre de danse. Son salaire y gagnera. Elle aura des horaires plus tranquilles et pourra se loger dans une jolie maisonnette au lieu d'un T3. Son compagnon, ingénieur à la RATP il y a encore trois mois, l'y attend déjà.

\Avec un départ prévu le 5 août direction la Chine, Raphaëlle, urbaniste, et son conjoint, instituteur, sont dans la même situation. Avec les mêmes stress liés au largage des ultimes attaches affectives et administratives : dire au revoir à la famille, aux copains, trouver à qui louer leur T2 bis sur leboncoin.fr. Seule différence, ce couple de Parisiens se lance dans l'aventure avec leur petite fille âgée de 2 ans et demi.


"On ne sait pas si on reviendra", lâche d'emblée Raphaëlle, 32 ans. Son conjoint a trouvé un poste dans une école franco-chinoise dans le centre de Shanghaï. Elle pense trouver à monnayer d'une façon ou d'une autre ses services d'urbaniste. Là encore, les effets de la crise ont pu être un "accélérateur", pense Raphaëlle, mais le couple avait dans tous les cas des prédispositions à l'expatriation : ils ont passé respectivement cinq et quinze ans de leur enfance à l'étranger.

LES PAYS ARABOPHONES À FORTE CROISSANCE

Effet de génération ? La fragilité de l'économie française est par contre clairement un moteur chez Nadia et Reda, fraîchement diplômés de leur école de commerce. Agés de 23 ans et 22 ans, ils ont chacun achevé, le 13 juillet, deux ans en alternance en entreprise : Nadia au service marketing d'IBM France et Reda dans une start-up spécialisée dans le développement digital. Pour eux, partir est une évidence. Reda dit même n'avoir fait "aucune recherche en France".

  … Mais l'une des raisons qui poussent Nadia et Reda à aller voir hors de France pour une durée qu'ils ont du mal à planifier réside aussi dans les origines marocaines de leurs parents. Même si Reda ne sait pas très bien où classer ce sentiment dans la hiérarchie de ses motivations à l'expatriation, prévue d'ici à l'automne, il résume pudiquement : "Il y a en France un climat économique et social nauséabond..." "Une xénophobie et une islamophobie", ajoute-t-il quand on lui demande de préciser.

Son entourage est un peu désarçonné. Les parents de ce jeune homme d'1 m 80, au bouc et à la moustache soignés, sont agents d'entretien. Ils sont arrivés en France à l'âge de 12 ans et 27 ans. "Pour eux, c'est forcément un peu bizarre de me voir partir, surtout dans ces régions", avoue Reda qui, bon élève, a aussi fait deux ans de classe préparatoire en lettres au lycée Masséna de Nice. Si ses parents avaient des ambitions pour lui, "c'était plus aux Etats-Unis".

Une semaine plus tard, le gouvernement répond, à travers un article de Hélène Conway-Mouret (Ministre déléguée chargée des Français de l'étranger), et ce notamment au billet de Thierry Mariani (Député de la 11e circonscription des Français de l'étranger, vice-président de l'UMP) :
Non, la jeunesse ne fuit pas la France!

2013/08/09

Le bébé africain sur la photo de Carter n'était pas seul, il était à quelques mètres du centre de soins, près de son père, de personnels médicaux


Aux Rencontres d'Arles, l'artiste chilien Alfredo Jaar présente actuellement une installation intitulée "Sound of Silence". Elle s'appuie sur la photo mythique de Kevin Carter. Le public entre dans une caisse noire où défile en silence sur un écran un texte racontant la vie de ce photographe sud-africain.
Voilà ce qu'écrit Pauline Auzou dans le cadre d'un article dans la série du Monde, Ce que l'on croit voir...
Des flashs violents viennent subitement interrompre l'obscurité silencieuse pour révéler la photo de cet enfant soudanais affamé, guetté par un vautour qui valut à Carter en 1994 un prix Pulitzer et un suicide.

Le Sud-Africain Kevin Carter est âgé de 33 ans quand il entre dans l'histoire du photojournalisme avec cette image. Depuis plusieurs années déjà, il travaille comme photoreporter, notamment au sein du Bang-Bang Club, association de quatre photographes qui ont documenté la transition de l'Afrique du Sud à la fin de l'apartheid.

En mars 1993, accompagné d'un membre du Bang-Bang Club, Joao Silva, Kevin Carter se rend au Soudan pour enquêter sur la guerre civile et la famine qui frappe le pays. Avec d'autres photographes, il arrive dans le village d'Ayod. Il tombe sur un enfant squelettique qui se traîne péniblement jusqu'au centre d'approvisionnement alimentaire voisin.

SOUDAIN, UN VAUTOUR VIENT SE POSER DERRIÈRE LUI

Soudain, un vautour vient se poser derrière lui. Carter a devant lui un symbole fort de la misère qui sévit dans la région et il déclenche son appareil. Il attend alors une vingtaine de minutes espérant que le charognard déploie ses ailes et accentue encore plus la force de cette image. En vain. Il va ensuite chasser le vautour avant de parcourir un ou deux kilomètres et s'effondrer en larmes.

UNE SALVE DE CRITIQUES ACERBES

Un an après cette prise de vue, le 12 avril 1994, Nancy Buirski, alors rédactrice photo au New York Times, appelle Kevin Carter pour lui annoncer qu'il vient de remporter le prix Pulitzer grâce à cette photographie. Ce prix prestigieux apporte à Kevin Carter une reconnaissance de ses pairs en même temps qu'une salve de critiques acerbes. La plupart portent sur l'éthique du photographe dans une situation pareille. "L'homme qui n'ajuste son objectif que pour cadrer au mieux la souffrance n'est peut-être aussi qu'un prédateur, un vautour de plus sur les lieux", écrit le St. Petersburg Times, quotidien publié en Floride. Beaucoup se demandent à voix haute pourquoi Carter n'a pas aidé l'enfant.

En 2011, Alberto Rojas, photojournaliste pour le quotidien espagnol El Mundo, s'est rendu à Ayod. Obsédé par cette image, il s'était mis à chercher des informations sur elle. Il n'avait trouvé que des écrits accablant Kevin Carter, faisant croire qu'il avait laissé mourir l'enfant. Son enquête allait peut-être lui faire justice.

 … Au terme d'une enquête de plusieurs jours, il rencontra le père de l'enfant immortalisé par Kevin Carter. Dans le petit village, personne n'avait jamais vu la photo et ne savait qu'elle avait fait le tour du monde. La présence du vautour, tant décriée en Occident, ne frappait personne : ils étaient très nombreux dans la région. L'enfant avait effectivement survécu à la famine mais était mort quatorze ans plus tard des suites de fièvres intenses provoquées par une crise de paludisme.

Grâce à Alberto Rojas, on sait désormais que le petit garçon n'est pas mort de faim, abandonné à son sort par un charognard de l'image. Justice est rendue. Mais Kevin Carter n'est plus là pour en profiter. Le 27 juillet 1994, trois mois donc après l'attribution de son prix, le Sud-Africain s'est donné la mort en s'empoisonnant dans sa voiture. Sur la note qu'il a laissée, il évoque "les souvenirs persistants de massacres et de cadavres" qui le hantaient. Rien sur l'enfant soudanais et le célèbre rapace. C'est pourtant cette image et le paradoxe du photoreporteur qu'elle incarne aujourd'hui encore que Kevin Carter symbolise : observer immobile l'horreur pour mieux la combattre.

2013/08/08

Idolâtres d'Obama, ainsi que des projets d'État, les Européens ne comprennent toujours pas que les Tea Parties participent au combat contre les "grands projets inutiles et imposés"


Quoi de commun entre la mine d'or de Rosia Montana en Roumanie, le train à grande vitesse du Pays basque espagnol, l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en France, ou la ligne ferroviaire souterraine qui pourrait passer sous Florence, en Italie ? Ce sont tous, aux yeux des centaines de militants réunis jusqu'au lundi 29 juillet, à Stuttgart, en Allemagne, de "grands projets inutiles et imposés" (GPII).
Voilà comment Rémi Barroux commence son article dans Le Monde sur les militants européens contre les "projets inutiles". Mais relisez-le texte : qui est-ce qui manque ? Eh bien, l'équivalent américain. Idolâtres de Barack Obama, ainsi que des projets d'État généralisés, les Européens ne comprennent toujours pas que les Tea Parties sont quelque part à l'origine du combat contre les GPII.
Qu'est-ce qui réunit l'ensemble de ces luttes locales, dont l'écho franchit souvent les frontières ? Comment apprendre des victoires et des échecs des uns et des autres ? Comment tisser un réseau international de solidarité et d'expertise ? Voilà les questions qui animent les débats de cette troisième édition du Forum européen des GPII.
Regardez le travail des Tea Partiers aux States, dont le message aux politiciens aux States est — et n'a jamais été autre que — "Nous ne sommes pas des vaches à lait" et "Cessez de jeter l'argent par les fenêtres."

D'où — précisément — la raison que les Tea Parties ont été diabolisées à souhait, tant en Amérique qu'à l'étranger. (Voir aussi : Le phénomène Tea Party arrive-t'il (enfin) en Europe?)
Le rassemblement s'achève lundi par une manifestation devant la gare de Stuttgart, dont le projet de réaménagement "Stuttgart 21" mobilise depuis des années les militants allemands dénommés les Wutbürger, les "citoyens en colère", un terme élu "mot de l'année 2010" et qui figure désormais dans le dictionnaire. …
 
"NOUS LUTTONS DES DEUX CÔTÉS DES ALPES, NOTRE INTÉRÊT EST LE MÊME"

Ils estiment "pharaoniques" les projets contre lesquels ils continuent de se battre. Ce sont souvent des infrastructures à dimension internationales, financées en partie par l'Union européenne, d'où l'évidence de "la coordination", explique Paolo Prieri, des "No TAV" italiens, qui s'opposent à la construction de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin (TAV). "Nous luttons des deux côtés des Alpes, notre intérêt est le même, mais les conditions politiques ne sont pas toujours identiques", explique-t-il, dénonçant la mainmise de la mafia sur les chantiers d'infrastructures, côté italien.

Le verbe haut, il explique les "incohérences" des décisions gouvernementales, l'absence de prise en compte de l'avis des populations. "C'est fou, s'étrangle Paolo, on sait qu'en France le projet risque d'être remis à plus tard, que le contournement ferroviaire de Lyon n'est plus prioritaire, mais on s'apprête quand même à construire la partie internationale du tunnel !"

2013/08/07

Toute illustration du "bon soldat américain" se doit d'être diabolisé et ce, dans les plus brefs délais

Comment raconter la guerre de la façon la plus juste possible sans tomber dans l'esthétisation ou le pathos facile ?

demande Pauline Auzou dans le cadre d'un article du Monde dans la série Ce que l'on croit voir... censé diaboliser, celui-ci (plus ça change…), toute illustration du "bon soldat américain".
Le photojournaliste est responsable de son cadrage, mais aussi de la légende qui accompagne l'image. Il doit par exemple veiller à ce que des éléments importants pour la compréhension de l'événement mais absents du cadre figurent dans le texte qui l'accompagne.

Le Bosnien Damir Sagolj, 42 ans, est photographe à l'agence Reuters depuis 1997. Aujourd'hui basé à Bangkok, il est chef photo pour l'Asie du Sud-Est. Photojournaliste aguerri, il a été à maintes reprises récompensé, notamment par un World Press en 2012, pour une image réalisée en Corée du Nord : dans un décor urbain nocturne, gris et sinistre, à Pyongyang, la seule trace d'électricité est un portrait de l'ex-dictateur Kim Il-sung, affiché sur une façade.

Une autre image, plus ancienne, de Damir Sagolj a fait débat. Elle montre un soldat américain en pleurs tenant dans ses bras une petite fille irakienne, le 29 mars 2003. La guerre en Irak a commencé quelques jours plus tôt. Le photographe est "embedded", c'est-à-dire embarqué avec les soldats américains, et sous leur contrôle, afin de suivre leur progression.

Cette photo a été la plus publiée parmi toutes celles qu'il a réalisées en Irak. Ce sont les conditions de la prise de vue qui ont soulevé des questions. Elles sont racontées par Sagolj lui-même sur le blog de Reuters.

Ce jour-là, les marines sont de repos, ils ont monté leur campement quelque part au cœur de l'Irak, sur la route qui doit les mener à Bagdad. Le photographe se repose dans une tranchée, un pied cassé, quand une fusillade survient. Quinze minutes plus tard, les coups de feu cessent. Le photographe découvre autour de lui des cadavres près d'une voiture criblée de balles et des personnes criant à l'aide.

LES MARINES ONT RÉAGI ET OUVERT LE FEU

Selon Damir Sagolj, des tireurs irakiens, installés dans un camion militaire, poursuivaient une voiture de civils, les forçant à se diriger vers la petite base militaire américaine. Les marines ont réagi et ouvert le feu.

Peu de temps après, le photographe envoie son image à Reuters avec la légende suivante : "Richard Barnett, aide-soignant de la marine américaine, appartenant à la 1re division de la marine, porte un enfant irakien, en Irak central, le 29 mars 2003." Il précise également les circonstances qui ont conduit au massacre, à savoir la poursuite des civils par des militaires locaux.

Mais ensuite l'image est diffusée par les médias sans que le photographe puisse réellement contrôler son utilisation et sa lecture. Ce que le lecteur de journaux et magazines voit, c'est une petite fille blottie contre l'homme qui, les yeux fermés, semble se recueillir, tout en la protégeant. Ce qu'il ne voit pas, c'est que l'armée américaine, celle-là même à laquelle appartient le médecin accablé, a tué la famille de cette petite fille.

Pour Jean-François Leroy, directeur du festival de photojournalisme Visa pour l'image, à Perpignan, "le photographe, à aucun moment, n'a fait de cette photo de la propagande américaine. Pour moi, il a fait son boulot. Est-ce que les médias ont bien fait leur boulot ? Pas toujours".

2013/08/05

Latest Rewriting of History: During World War II, "Sex become a a manner of assuring American domination" over France


Just when you thought that World War II was fought by the greatest generation comes a book accusing the American army of racism, of harboring innumerable rapists, of bombing French cities with no just cause, and of being "guests [in France] who have overstayed their welcome", thus meaning the US presence "was not just an experience of liberation." (Oh, and while we're at it, Times Square's VJ-Day Kissing Sailor Turns Out to Be a "Sexual Aggressor".)

Nothing about the fact that these young men are going into combat, that soldiers everywhere are hungry for the company of women (whether in their own country or on a foreign base), the unfortunate but necessary options that must considered be to wage and to win battles, and what kind of country France would be in had the status quo (continued occupation by a different kind of army, the Nazi one) continued.

No matter.  Of course, What Soldiers Do (Sex and the American GI in World War II France)  is a World War II book that Le Monde must review, by all means, indeed that it must devote a full-page article to, and so it sends Washington correspondent Corine Lesnes to interview the author.

It turns out that Mary Louise Roberts started the book right after the beginning of the Gulf War and, thus, the slightly skeptical citizen (American or foreign) is forced to wonder whether it isn't really but the latet full-blown attack on America and on American history.

"Sex become a a manner of assuring American domination over a secondary power", says the University of Wisconsin professor. "I wish the United States would be less arrogant vis-à-vis France." And the French are correct not to be grateful to Uncle Sam.
Vous avez commencé ce livre juste après les tensions entre la France et les Etats-Unis sur l'intervention en Irak, en 2003. Pourquoi ?

Je voulais voir comment une telle friction avait pu se produire entre ces deux alliés. Du coup, je me suis intéressée à ce qui s'était passé à la fin de la seconde guerre mondiale, notamment après le débarquement. Et là, en consultant les archives, je me suis aperçue que tous les rapports de police montrent la même chose. Il y a eu des viols et des crimes partout où les GI étaient stationnés, à Reims, Cherbourg, Brest, Le Havre, Caen...

Vous montrez d'abord le contexte chargé dans lequel les soldats américains sont envoyés en Normandie.

Il suffit de consulter Stars and Stripes, le quotidien de l'armée. On y trouve tous les vieux stéréotypes. La France est présentée comme une sorte de bordel. Elle est complètement érotisée. Cette image date en fait de la première guerre mondiale. Quand les soldats sont revenus, ils ont raconté des histoires affriolantes. Après, l'armée américaine a "vendu" la guerre comme une occasion de se faire embrasser par des Françaises, et peut-être plus. Ce n'est pas propre à la France, bien sûr. Tous les théâtres de guerre étaient érotisés. C'était l'époque des photos de pin-up accrochées dans les dortoirs, de Rita Hayworth... Mais une image revient avec constance dans le journal de l'armée : les GI entourés par des Françaises. Embrassés par des Françaises. Sur l'une, on voit un groupe de femmes, visiblement réjouies. Et la légende dit : "Voilà ce pour quoi nous nous battons." 

Dans le vocabulaire, Paris est une femme, elle est "belle", elle est "seule depuis quatre ans", nous allons lui "tenir compagnie"... Quand ils débarquent en France, les GI ont l'impression d'être des chevaliers qui viennent à la rescousse de la damoiselle en péril. Ils ont été préparés à l'idée qu'ils seraient gratifiés de certaines récompenses, que les Français avaient une dette à leur égard et que les Françaises s'en acquitteraient.

Il s'en est suivi un tsunami de libido masculine, qui va se traduire par des phénomènes de prostitution à grande échelle. Et il y aura une vague de viols en Normandie, en août et septembre 1944.

Quelle est l'ampleur de la prostitution ?

A la Libération, beaucoup de femmes étaient pauvres, particulièrement à Paris. Leurs maris étaient dans les camps allemands, elles avaient besoin d'argent. De plus, il y avait un sentiment de reconnaissance vis-à-vis des Américains. Mais ce sentiment a disparu après quelques mois, et, à l'été 1945, les GI ressemblaient davantage à des invités qui s'attardent trop longtemps. A ce moment-là, le système français des maisons closes a été complètement débordé. …

Vous y voyez une leçon politique ?

Je me suis intéressée au sexe comme une forme de pouvoir. L'armée américaine a envisagé la question de la prostitution et des viols comme une façon d'établir une forme de suprématie. Souvenez-vous, nous sommes en 1945, les Etats-Unis commencent à s'affirmer comme une puissance mondiale. C'est aussi un moment où la France, humiliée, s'aperçoit qu'elle a perdu son statut de superpuissance. Le sexe devient une manière d'assurer la domination américaine sur une puissance secondaire. L'image romantique du Débarquement permet de neutraliser les tensions sur la souveraineté nationale française et le refus, pendant des mois, de reconnaître le général de Gaulle comme le chef du gouvernement provisoire.

2013/08/03

Times Square's VJ-Day Kissing Sailor Attacked for "Sexual Aggression"


Il ne manquait plus que ça : comme l'explique Claire Guillot dans un article dans la série du Monde, Ce que l'on croit voir...,  le marin dans la photo du baiser de Times Square est attaqué par les féministes pour "agression sexuelle". "Greta Zimmer Friedman [assistante dans un cabinet dentaire et non pas infirmière] … n'était pas là pour faire la fête, elle ne voulait pas être embrassée, encore moins par un marin costaud et saoul." Entendez bien : un homme, un combattant, n'a pas le droit d'être ivre, même en apprenant la fin de la guerre la plus meurtrière de l'histoire. Et une "Autrichienne réfugiée aux Etats-Unis [qui] a perdu son père et sa mère dans les camps nazis" n'avait aucune intention de célébrer la fin de la guerre la plus meurtrière de l'histoire.

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On l'a longtemps prise pour l'image la plus romantique du monde, mais la photo d'Alfred Eisenstaedt n'a rien d'une scène d'amour. Dans cette image, tout semble parfait : un marin et une infirmière s'embrassent avec passion à Times Square pour célébrer la capitulation du Japon le 14 août 1945. Lui en uniforme sombre, elle tout en blanc, abandonnés dans une embrassade théâtrale, aveugles à la foule riante, sur la place la plus célèbre du monde. Publiée par le magazine Life, elle est devenue une icône, image symbole du "V-J Day" (Victory over Japan Day) et de l'euphorie qui l'a accompagné.

L'image est si parfaite qu'elle a longtemps été accusée d'être une mise en scène. D'autant que le photographe n'avait pas identifié les protagonistes. Au fil du temps, plusieurs marins et infirmières se sont reconnus. En 2012, The Kissing Sailor, de Lawrence Verria et George Galdorisi (éd. Naval Institute, en anglais), confirme que la scène était spontanée – contrairement au Baiser de l'Hôtel de Ville, de Robert Doisneau. L'ouvrage conclut que les héros en sont Greta Zimmer Friedman et George Mendonsa, tous deux encore vivants. Mais la sortie du livre déclenche une polémique : l'image cacherait... une agression sexuelle.

 … Le marin George Mendonsa, lui, est au cinéma avec sa petite amie (et future femme) Rita, quand une foule en liesse interrompt la séance. Ravi de ne pas avoir à retourner dans le Pacifique, le marin écume les bars, Rita sur ses talons. A Times Square, bien aviné, il aperçoit Greta Zimmer qui retourne au travail. Dans le livre The Eye of Eisenstaedt, le photographe écrit : "J'ai remarqué un marin venant dans ma direction. Il attrapait toutes les femmes à sa portée et les embrassait, jeunes comme vieilles. Puis j'ai remarqué l'infirmière, debout dans cette immense foule. J'ai fait le point sur elle, et, comme je l'espérais, le marin est arrivé, a attrapé l'infirmière, et s'est penché pour l'embrasser."

Greta Zimmer ne connaît donc pas le marin. Son abandon n'est pas une pose consentie mais contrainte. Sur une des quatre images d'Eisenstaedt, on la voit serrer le poing. En 2005, quand on lui demande ce qu'elle a ressenti, Greta Zimmer déclare : "Je sentais qu'il était très fort. Il me tenait très serré. Je ne sais pas quoi penser du baiser... c'était juste quelqu'un qui fêtait une occasion. Ce n'était pas romantique." Les célébrations de la victoire n'ont pas toujours été bon enfant, rappellent Robert Hariman et John Louis Lucaites dans le livre No Caption Needed (éd. University of Chicago, en anglais, 2011). L'article de Life consacré à l'événement en 1945 évoque des scènes de liesse, mais aussi des débordements, des violences. Six images de baisers accompagnent l'article. Mais "à l'exception de la photo du "Baiser de Times Square" d'Eisenstaedt, toutes les autres photos de baisers décrivent des actes plus lascifs ou transgressifs". C'est la plus consensuelle qui deviendra une icône, réduisant l'événement à ses aspects positifs.

 … Quand le livre The Kissing Sailor est publié, plusieurs auteurs, dont le blog féministe "Crates and Ribbons", soulignent "l'agression sexuelle" : Greta n'était pas là pour faire la fête, elle ne voulait pas être embrassée, encore moins par un marin costaud et saoul. Les réactions des internautes sont violentes. Beaucoup jugent cette lecture de l'image anachronique. Il est vrai que Greta Zimmer, la "victime", ne semble pas traumatisée.

2013/07/26

Logiquement, c'est aux endroits où la vitesse est la plus élevée (autoroutes) que nous devrions observer le plus d'accidents ; On ne fait pas de la sécurité routière avec des formules mathématiques


La vitesse. Voici le mot clé, le mot matraqué par les pouvoirs publics, le mot décliné pour expliquer tous les accidents. La vitesse. Un simple mot qui ne signifie pourtant rien de plus que le véhicule "roule" et qui est bien loin d'expliquer à lui seul les accidents de la route.
Voilà ce qu'écrit Atlantico.
Bien au contraire, un seul argument semble fatal au théorème de cette pensée unique… Sur quels axes routiers dénombre t'on le moins d'accidents ? Sur autoroute… C'est à dire le réseau routier où les vitesses sont les plus élevées…

Alors quelles motivations peuvent réellement pousser Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, à pencher vers cette mesure d'abaissement des vitesses maximales autorisées ? Dans un contexte où tous les éléments portés à la connaissance du ministre confirment que les deux principales causes de mortalité sur les routes résident dans l'alcoolémie (alcool excessif) et dans la somnolence, pourquoi chercher une nouvelle fois à restreindre la vitesse des déplacements ?

Des lobbys aux formules mathématiques dépassées 

Une chose est certaine : vouloir réduire le nombre des accidents est une intention louable à laquelle on ne peut qu'adhérer et dans cet objectif, notre association "40 millions d'automobilistes" entend jouer un rôle majeur et apporter à Manuel Valls toute son expertise pour permettre d'atteindre les objectifs les plus ambitieux. Mais force est de constater que les dernières déclarations de Manuel Valls semblent être profondément influencées par les préceptes de quelques lobbies anti-voiture reprenant des formules mathématiques "antiques" pour expliquer les accidents, oubliant ainsi l'évolution de nos véhicules (airbag, ABS, ESP, déformation optimisée du véhicule en cas de choc,…), et l'aménagement des routes notamment.

Ces lobbies restrictifs et liberticides oublient simplement qu'on ne fait pas de la sécurité routière avec des formules mathématiques mais bien en faisant preuve de pragmatisme et en analysant précisément les accidents. Ils considèrent qu'1km/h de vitesse moyenne en moins permet instantanément d'abaisser la mortalité de 4% ! Voici sans doute pourquoi Manuel Valls, qui souhaite atteindre des objectifs de sécurité routière ambitieux, apporte une écoute fortement attentive à leurs arguments.

Pourtant, cette formule ne répond à rien. Une personne imbibée d'alcool aurait-elle été sauvée sur la route grâce à 1km/h de moins ? Un conducteur somnolant sur une autoroute de nuit aurait-il été sauvé par une vitesse d'1km/h de moins ? Un contre-sens sur autoroute aurait-il été moins meurtrier avec 1km/h de moins ? Restons sérieux, cette formule n'explique rien et ne propose rien d'autre qu'un abaissement de la vitesse comme réponse à tous les maux. Osons l'affirmer, c'est faux. si nous suivions ce théorème absurde, c'est aux endroits où la vitesse est la plus élevée que nous devrions observer le plus d'accidents. Et bien évidemment, ce n'est pas le cas. Et de loin !

A chaque gouvernement sa mesure

Mais au delà de ces lobbies, chaque ministère a toujours souhaité apporter sa mesure pour expliquer une baisse de l'accidentalité, oubliant une nouvelle fois que les infrastructures et les véhicules dans leurs innombrables améliorations, sont certainement à la base même de l'amélioration des chiffres de la sécurité routière. Car il est une réalité imperturbable en termes de sécurité, c'est que depuis 1972, la baisse du nombre d'accidents est constante, imperturbable. C'est le sens de l'histoire.

Peut-on l'expliquer par des mesures de répression supplémentaires ? Non, ce n'est pas la seule et unique raison. Bien évidemment la répression mesurée est nécessaire pour que des règles existent et soient respectées. Mais l'excès de répression n'explique pas tout.

Si nous revenons en 2011, les lobbies anti-voitures nous promettaient des chiffres de la mortalité sur les routes en explosion suite aux mesures nécessaires d'assouplissement du permis à points. Le bilan ? Des délais de récupération des points réduits, un assouplissement évident mais des chiffres de l'accidentalité… en baisse ! En 2011… Puis en 2012… Et 2013 suivra cette tendance imperturbable et encourageante. Il y a de moins en moins d'accidents mortels sur les routes. Alors non, les prédictions de ces lobbies étaient fausses… Tout aussi fausses que leurs formules arithmétiques…

Certes une année peut connaître un phénomène conjoncturel faisant reprendre les accidents légèrement à la hausse mais la logique de baisse se confirme globalement d'année en année. L'abaissement des limitations de vitesse n'apporterait donc rien de plus à la baisse naturelle du nombre d'accidents

L'argent de la répression

Il y a pourtant tellement à faire en termes de sécurité des routes, tellement d'améliorations à apporter sur nos infrastructures, tellement d'éléments à développer dans nos nouvelles technologies. Qu'attend-t-on pour adapter les glissières de sécurité aux motards et ainsi pouvoir leur sauver la vie ? Qu'attend-t-on pour suivre l'avis de nombreux parlementaires pour introduire les nouvelles technologies comme le simulateur de conduite dans le cadre de la formation au permis de conduire ? Les questions de bon sens sont innombrables tout autant que les réponses pragmatiques à apporter pour sauver davantage de vies.

Alors, pourquoi vouloir à tout prix abaisser des limitations de vitesse qui n'apporteront pas de gain supplémentaire sur l'accidentalité qu'une simple absence de mesure… Comment ne pas faire le lien entre la répression intensive sur nos routes à travers les radars automatiques qui ne feront que "flasher" encore davantage, au motif d'un abaissement des vitesses autorisées qui deviendraient difficilement respectables ? Quel impression sera donnée aux automobilistes sinon le sentiment de sans cesse chercher des mesures pour le piéger encore, pour le traquer encore ?

A Monsieur le Ministre

Monsieur le Ministre, nous vous apporterons bientôt à travers les résultats de notre opération www.racontemoitaroute.com menée tout au long de l'été que les automobilistes peuvent se mobiliser et avoir des idées extrêmement intéressantes pour abaisser de manière pragmatique le nombre de décès sur nos routes et que leurs propositions permettraient assurément d'atteindre l'objectif que vous fixez pour 2020 dès l'année prochaine. …/…

2013/07/25

La vaste majorité des accidents mortels sur les autoroutes ne sont pas dus à la vitesse mais au manque de vigilance, comme la fatigue, la somnolence ou l'inattention


Les excès de vitesse, principale cause d'accidents mortels sur l'autoroute ?
Le reportage de Cécile Bouanchaud et Aude Leroy sur Europe 1 vient comforter, si besoin était, les conclusions dans le documentaire de Direct Huit.
Contrairement à une idée reçue, c'est la somnolence qui est le plus responsable d'accidents mortels, selon l'étude publiée par l'Association des sociétés d'autoroutes (ASFA). Le nombre de victimes mortelles sur les routes est toutefois bien moins important sur les autoroutes que sur les autres voies de communication. En 2012, sur les 3.645 tués recensés par la sécurité routière, 143 personnes sont mortes sur les autoroutes, soit 25 fois moins que sur les nationales ou les départementales. Europe 1 dévoile en exclusivité les conclusions de ce baromètre des accidents mortels.
Un accident sur cinq à cause de la consommation de substance. De manière générale, 40% des accidents mortels sur les autoroutes sont dus au manque de vigilance, comme la fatigue, la somnolence ou l'inattention. La deuxième cause des accidents mortels sur autoroutes est la consommation de substances qui altèrent le comportement. Alcool, drogues et médicaments sont en effet à l'origine d'un accident mortel sur cinq. Et les campagnes de prévention n'y font rien, le cocktail tue toujours plus, particulièrement la nuit et les week-ends.

De moins en moins d'accident à cause de la vitesse. Constat positif toutefois, les automobilistes continuent à lever le pied. Les excès de vitesse ne provoquent plus que 15% des accidents mortels. C'est deux fois moins qu'il y a 15 ans. En clair, la vitesse n'a jamais aussi peu tuée sur autoroute.

Le mois de juillet le plus meurtrier. Dernier enseignement de cette étude, c'est au mois de juillet qu'il y a le plus de morts sur les autoroutes, une quinzaine en moyenne, soit un tous les deux jours. Ces accidents se produisent principalement aux petites heures du matin et à l'heure la sieste, c'est-à-dire les moments de la journée où la vigilance est au plus bas. Les campagnes de prévention incitent donc les automobilistes à respecter les recommandations d’usage : un arrêt toutes les deux heures pour s’aérer et s’hydrater. 
Parmi les réactions :

  1. par tintin6391 à 12:11 le 24/07/2013

    Bravo Mr Valls.

    En réduisant la vitesse vous tuerez encore plus de gens.un conseil monsieur Valls, faite comme le tabac supprimer les automobiles, ça fera plaisir aux écolos. Plus de voitures pour le chômage il faudra faire confiance à notre président ,il trouvera une solution.

  2. par alainhd à 12:10 le 24/07/2013

    30 ans que je pense ça

    Les limitations de vitesse, ça endort et on est distraits parce qu'on s'embête... A partir de 140/150 je suis attentif et affuté comme un Laguiolle de course; si je dois respecter les limitations de vitesse je cale le cruise control à 138 et je pense à autre chose, je dévisage les voisins, je cherche les jolies femmes, etc... car plus aucun plaisir de conduire.

  3. par chauchat à 11:29 le 24/07/2013

    à 100 on a rien à faire ....

    A 100 km/h sur l'autoroute, on représente un danger pour soi-même et pour les autres car le risque de somnolence y est accru. Il y a des routes nationales pour les escargots !

  4. par famuck à 10:48 le 24/07/2013

    la sommonolence premier fleau

    GENIAL, enfin on reconnait que ce que l'on nous assene dépuis 40 ans c'est un énorme mensonge la vitesse tue la vitesse tue (en physique c'est le choc qui tue) voila enfin le vrai visage de la mort qui fauche les comportements idiots fatique alcool drogue et refatique et on mets des radars partout francais on vous ment en tout lieu a tout moment ...

    par mistral à 10:23 le 24/07/2013
  1. 120

    Allez les hystériques! Mettez donc la vitesse à 120 sur les autoroutes et tout le monde va roupiller!Pauvre France.

  2. par Alloallo à 09:08 le 24/07/2013

    On se trompe (volontairement?) de combat !

    Accidents domestiques = 20.000 morts/an.
    Décès liés au tabac = 49.000 morts/an.
    Accidents de la route = 3645 morts en 2012
    dont 143 sur autoroutes, soit 4%.
    Comment une limitation à 120 km/h sur autoroute pourrait-elle être crédible alors que la vitesse n'y est même pas la première cause d'accident mortels ? N'est-ce pas plutôt un moyen de remplir les caisses de l'Etat ?

2013/07/23

La lecture fausse de la photo de Platt est le fait d'Occidentaux ignorants du Liban ; Et qui ont le regard faussé par des tonnes de photos de guerre standardisées

L'été en séries : Ce que l'on croit voir... 1/6.
A première vue, cette photo, prise à la fin du conflit entre le Liban et Israël, montre des jeunes gens insouciants dans une zone dévastée. La réalité est tout autre...

Riche ou pauvre, chrétien ou musulman : au Liban, les apparences sont trompeuses. 
Voilà ce qu'écrit Claire Guillot dans le premier épisode de la série Ce que l'on croit voir dans Le Monde.
Et sur la photo de Spencer Platt, rien n'est aussi simple qu'il y paraît. Le photographe a pris cette image étonnante le 15 août 2006, à la fin de la guerre entre Israël et le Liban, dans la banlieue sud de Beyrouth.

Récompensée du prestigieux prix World Press Photo, en 2007, elle a fait polémique dès l'annonce du prix. Il faut dire qu'elle rompt avec les figures imposées, souvent convenues, de la photo de guerre : pas de madones éplorées, pas de cadavres calcinés, pas de blessés à l'hôpital. Spencer Platt montre des ruines, certes, mais surtout des jeunes branchés, dignes d'une émission de télé-réalité. Embarqués dans une décapotable rouge pétard, lunettes de soleil sur le nez, ils sont en train de prendre des photos des zones dévastées à l'aide d'un téléphone portable.

Alors que la photo de guerre suscite d'ordinaire chez le spectateur compassion, tristesse ou révolte, là, c'est plutôt le sourire ou l'incrédulité qui dominent. Rire de la guerre ? Un parti pris jugé insupportable à l'époque par certains.

"PAS ASSEZ REPRÉSENTATIVE DES ATROCITÉS"

Samer Mohdad, photographe libanais, voit dans cette photo "une insulte vis-à-vis de tous les photojournalistes qui risquent leur vie en couvrant cette horrible guerre". Le photographe Patrick Baz, responsable photo de l'AFP pour le Moyen-Orient, qui a lui-même couvert le conflit, comprend cette réaction. "Les photographes ne l'ont pas trouvée assez représentative des atrocités qu'ils avaient vues." Même s'ils savent que chaque conflit réserve son lot de situations absurdes. Voire de fragments de bonheur dans le malheur.

Mais il y a plus problématique. Que montre l'image exactement ? On a affaire ici, semble-t-il, à des jeunes riches en goguette dans un quartier pauvre et détruit. Des "touristes de guerre" en mal de sensations fortes. A l'époque, on critique leur voyeurisme, mais aussi leur accoutrement : les décolletés auraient un tour provocant dans ce quartier peuplé en majorité par des musulmans chiites – il y a une femme voilée dans le fond.

La réalité est tout autre. Ces jeunes sont simplement des habitants du quartier, des victimes venues voir ce qu'est devenu leur immeuble pendant les bombardements. Bissan Maroun (la jeune femme au téléphone) a réagi la première quand les critiques ont commencé à pleuvoir sur sa tête après le World Press. Elle a déclaré au magazine Spiegel : "Tout le monde a dit que nous étions des Libanais chics qui visitent un quartier pauvre comme une attraction touristique. Mais nous sommes de Dahiye, de cette banlieue !"

"REGARDEZ NOS VISAGES. ILS MONTRENT CLAIREMENT LE CHOC"

Le 15 août 2006, Bissan, son frère Jad (le conducteur) et sa sœur Tamara (cheveux blonds) profitent du cessez-le-feu pour constater l'étendue des dégâts. Ils ont passé une grande partie du conflit réfugiés dans un hôtel du centre de Beyrouth, logés là par leurs employeurs. Jad n'a pas de voiture, il emprunte celle de sa petite amie et embarque ses sœurs ainsi que deux amies, réfugiées comme eux, qu'ils ont rencontrées à l'hôtel. L'une d'elles est du quartier. La bande relève la capote de la voiture parce qu'ils ont chaud, la fumée leur pique la gorge et les yeux. Ce jour-là, l'ambiance n'est pas à la fête.

"Regardez nos visages, déclare la jeune fille. Ils montrent clairement le choc. Nous étions tout sauf joyeux." Les Maroun trouveront finalement leur appartement debout, "mais autour, tout était détruit".
Quant à l'accusation de "richesse", elle fait plutôt rire la jeune femme. "Nous appartenons à la classe moyenne", déclare Bissan Maroun à la BBC – elle travaille comme employée de banque, son frère est étudiant. Et les vêtements branchés ? "Il faut savoir qu'au Liban, tout le monde essaie d'avoir l'air glamour, les pauvres et les riches. L'apparence est très importante." Aucune marque de luxe n'est visible – et la mini-voiture de la petite troupe est loin d'être une Porsche.

"CES GENS N'ONT PAS L'AIR DE VICTIMES"

La lecture fausse de l'image est finalement le fait d'Occidentaux ignorants de la société libanaise. Et qui ont le regard faussé par des tonnes de photos de guerre standardisées. "Cette photo n'est pas surprenante pour les Libanais, car le Liban est le pays des extrêmes, souligne Patrick Baz. On passe sans transition des chippendales aux talibans." Il fait remarquer que, sur l'image, personne ne semble choqué par la présence des jeunes gens.

De même, au Liban, les étiquettes liées à l'apparence sont inopérantes. "Le décolleté ne veut pas dire que vous êtes chrétienne. Et vous pouvez être chiite sans être voilée." Les jeunes en question sont chrétiens, à l'exception de Nour Nasser, qui est chiite. Elle est au fond sur le siège arrière – en tee-shirt moulant, comme ses amies.

Et quand bien même ces jeunes ne seraient pas du quartier, Patrick Baz ne voit pas où est le mal. "Il y avait plein de touristes sur les lieux à l'époque et c'est normal ! Quand il y a la guerre, vous allez voir. Parce que c'est chez vous, c'est votre pays." Lui-même, qui est libanais, y a emmené sa fille.

Quant au photographe, il a toujours apprécié les ambiguïtés de l'image. A la BBC, il a déclaré : "Elle remet en question notre notion de ce à quoi doit ressembler une victime. Ces gens n'ont pas l'air de victimes, ils sont forts, ils sont pleins de vie. (...) Il y a plein d'autres photos de la guerre, mais celle-ci a soulevé le débat."

2013/07/21

Encore une loi et humanitaire et humaniste avec des conséquences inattendues et insoupçonnées


Panique au village du cinéma d'auteur français
s'exclame Clarisse Fabre à propos de L'affaire qui déchire la famille du cinéma français :
depuis six mois, le débat autour de la convention collective de la production cinématographique met le feu aux poudres.

Et détruit un à un les ponts qui semblaient souder une profession certes fragile, mais unie par le désir de fabriquer des films coûte que coûte. Machinistes, électros, habilleuses, régisseurs, réalisateurs, directeurs de la photographie... Tous ces hommes et ces femmes se sont mis à se regarder en chiens de faïence : "Dis-moi si tu es pour ou contre le texte, et je dirai si je te parle ou t'insulte."

Signée le 19 janvier 2012 par la plupart des syndicats de salariés, et, côté patronal, par quatre poids lourds de la profession (Gaumont, Pathé, UGC et MK2), la convention collective vise à réguler une profession qui n'a jamais été couverte par un texte officiel – seule une grille des salaires datant de 1950, et actualisée au fil des années, sert de repère. C'est ainsi qu'un technicien peut être payé à – 10 %, – 20 %, voire – 50 % du tarif. L'économie du film en décide. Et, faute de financements suffisants, ces dernières années, la part des films pauvres s'est accrue.

Les opposants, l'immense majorité des producteurs, ont tiré la sonnette d'alarme : les salaires fixés par le nouveau texte, assortis des tarifs prévus pour les heures supplémentaires, le travail de nuit, etc., vont selon eux compromettre la faisabilité des films fragiles.

 …  "Vous entérinez le cinéma à plusieurs vitesses !", ont dénoncé les partisans de la convention collective.

Cette question est l'un des cauchemars qui hante Aurélie Filippetti depuis son arrivée au ministère de la culture, en mai 2012. Faut-il ou non étendre, c'est à dire appliquer à toute la profession, la convention collective du cinéma ? Les "pour" et les "contre" défilent Rue de Valois. Il ne faudrait pas que les socialistes soient accusés d'avoir "tué" le cinéma d'auteur. Dans Le Monde du 25 décembre 2012, le cinéaste Robert Guédiguian règle déjà son compte à ce texte, expliquant qu'il n'aurait jamais pu faire ses sept premiers films s'il avait dû respecter les minima sociaux. Et il assume parfaitement avoir travaillé dans l'illégalité.
Comme quoi les solutions simplistes des YAKAs de gauche (y'a qu'à faire une loi pour défendre, et protéger, tout le monde ; y'a qu'à donner des droits, les mêmes droits, à tous, etc etc etc) ne sont jamais aussi simples qu'ils le croient…