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2013/07/01

Le phénomène Tea Party arrive-t'il (enfin) en Europe ?


Le Monde ne s'en rend pas compte, mais les articles de et Frédéric Lemaître décrivent le même phénomène en France et en Allemagne que l'arrivée des Tea Parties aux USA (diabolisées à souhait et ce, des deux côtés de l'Atlantique). Dans tous les cas, le cri des citoyens est le même : "Nous ne sommes pas des vaches à lait" et "Cessez de jeter notre argent par les fenêtres!"

En France:
Vraie bombe pour les nombreuses collectivités territoriales qui attendent de voir se réaliser leurs projets d'infrastructures de transports, le rapport remis par Philippe Duron au gouvernement, jeudi 27 juin, est une aubaine pour ceux qui s'opposent au bétonnage du territoire. Le député socialiste du Calvados préconise la fin du "tout-TGV" et du "tout-autoroutes", et propose notamment le report (l'abandon ?) de nombreux projets de lignes à grande vitesse, comme Bordeaux-Hendaye, ou de tronçons d'autoroutes, tel l'A51 entre Gap et Grenoble, contestés localement.


Cette proposition de révision des schémas de transports, dont le premier ministre Jean-Marc Ayrault a dit qu'il partageait "le diagnostic précis", suffira-t-elle à calmer la contestation des collectifs locaux formés contre ces projets qu'ils jugent inutiles, voire néfastes ? Pour quelques-uns d'entre eux peut-être, mais la fronde ne concerne pas uniquement les grandes infrastructures de transports.

Centres commerciaux, équipements sportifs, centrales à gaz, projets d'exploitation de gaz de schiste, déchetteries géantes : les batailles se mènent contre les projets les plus "modestes", comme le golf gardois de Saint-Hilaire-de-Brethmas, jusqu'aux plus ambitieux, tel l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique). Parfois avec pour seule préoccupation de s'opposer à la dégradation de son environnement personnel – à l'image du mouvement Nimby ( Not in my Backyard – "Pas dans mon arrière-cour" !) présent dans d'autres pays –, mais le plus souvent pour défendre une autre idée de l'intérêt collectif, du développement économique et de l'utilisation des fonds publics.

En Allemagne :
Ils se sont opposés en 2010 au réaménagement complet du quartier de la gare de Stuttgart, ont obtenu la limitation des vols de nuit à l'aéroport de Francfort, imposé l'abandon d'une troisième piste à celui de Munich, ont contraint le gouvernement à chercher un nouveau centre de stockage de déchets nucléaires en s'enchaînant aux voies ferrées pour empêcher les trains d'atteindre le site de Gorleben... "Ils" sont même devenus suffisamment importants pour qu'on leur donne un nom : ce sont les "Wutbürger", les "citoyens en colère", un terme élu "mot de l'année 2010" et qui figure désormais dans le dictionnaire.

Difficile de trouver en Allemagne un grand projet d'infrastructure qui ne suscite pas la mobilisation d'opposants. "Même l'électrification d'une voie ferrée semble devenue un problème", admet Cem Özdemir, le président des Verts, dans une récente tribune de la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Il fait référence à l'électrification de la ligne Munich-Zurich, décidée en 1985 et toujours pas réalisée en Allemagne, bien que la Suisse ait proposé de la financer.
 
EMPÊCHEURS DE CONSTRUIRE

Dans un pays qui a décidé d'abandonner le nucléaire, et qui va devoir construire des milliers de lignes à haute tension pour relier les éoliennes installées en mer du Nord avec les centres industriels du Sud, en Bavière et dans le Bade-Wurtemberg, le phénomène inquiète les partis politiques. Les inondations récentes ont relancé le débat. Après les crues de 2002, les autorités avaient prévu d'investir des centaines de millions d'euros, notamment pour construire des digues mais, dans de nombreuses localités, les citoyens s'y sont opposés.

Qui sont ces empêcheurs de construire en rond ? Selon une étude de l'Institut de recherche sur la démocratie, publiée fin janvier et financée par BP, ce sont pour l'essentiel des gens sans enfants : salariés à temps partiel, lycéens, enseignants et surtout préretraités et retraités. Des hommes pour 70 % des 200 militants interrogés, bien plus diplômés que la moyenne. Techniciens, informaticiens, biologistes, ingénieurs sont les principales professions exercées. Plus de la moitié se disent sans religion. Enfin, une grande majorité estime que l'Allemagne n'est pas une "vraie démocratie".

Contre ces mouvements, la réponse des politiques varie. Si, après les inondations, certains ont estimé que l'intérêt public devait prévaloir sur les intérêts privés, la plupart des partis insistent sur une meilleure participation des citoyens "en amont" des décisions. Mais celle-ci n'est pas une garantie de succès. Le Bade-Wurtemberg, pourtant dirigé par un élu écologiste, vient d'en faire l'expérience. Sept villages se sont opposés à un projet porté par le Land. En l'occurrence, il ne s'agit ni de construire un aéroport ni une centrale à charbon... mais de créer un parc national pour protéger le nord de la Forêt-Noire.

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