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2004/06/05

"Pas un seul drapeau américain dans Paris"

Une des plus belles filles de France vient de franchir le seuil de la porte.

Elle est énervée. Laissons-la expliquer pourquoi. (Notons qu'elle n'est pas particulièrement anti- ou pro-américaine, elle serait plutôt apolitique. Comme nous allons le voir, il n'empêche…)

Il n'y a pas un seul drapeau américain dans tout Paris, pas sur les Champs-Élysées, nulle part. Je me fiche de ce que les gens pensent de la politique de Bush, le minimum de respect aurait été de sortir la bannière étoilée. Ce n'est pas George W Bush qui arrive, c'est le président des États-Unis.

Les Champs sont couverts des drapeaux de tout autre pays quand leurs dirigeants arrivent en visite, quels que soient leurs politique et agissements. On a même vu la Tour Eiffel en rouge…

Mais en France, on ose (!) tenir tête aux États-Unis! Quel courage!

2004/06/04

"Une antipathie" aggravée qui s'exprime par "une intensification accrûe dans le nombre d'attaques sur les soldats américains"

Un habitant de Sadr-City murmure que "Les Américains nous ont libérés de Saddam, mais ils ont apporté la haine", nous apprend un article dans Le Monde (qui suggère que c'est le sentiment général en Irak).

Pendant ce temps, les craintes des Français se confirment : George W Bush continue à faire le parallèle entre l'intervention en Irak et la Seconde Guerre Mondiale. Heureusement que nous avons Michèle Alliot-Marie pour mettre les choses au point : "Les parallèles sont toujours difficiles, voire dangereux, quand on est dans des circonstances extrêmement différentes". (Comme c'est bon que le monde a l'élite française pour le remettre dans le droit chemin.)

Un article dans le New York Times semble confirmer la lucidité des Français :

L'attitude envers les forces d'occupation américaines a viré de l'apathie et l'amitié de surface à une antipathie active. Selon un officiel du gouvernement militaire, cette attitude trouve son expression dans l'organisation de plusieurs organisations anti-américaines locales … et dans une intensification accrûe dans le nombre d'attaques sur les soldats américains. Il y avait plus d'attaques pendant la première semaine d'octobre, a déclaré la source, que pendant les cinq mois précédents de l'occupation.
"Avez-vous besoin d'autres preuves que l'invasion était une erreur gravissime?" demande David Kaspar sur son Medienkritik, d'où je tiens ces informations.

"Il faut que les Américains se fassent les malles, et le plus tôt possible."

"Qu'ils quittent l'Allemagne."

L'Allemagne?

Oui, il s'avère que l'article du New York Times cité ci-haut date du 31 octobre 1945. Voici quelques autres extraits d'articles publiés dans les mois qui ont suivi :

Des inquiétudes sérieuses ont été exprimées aujourd'hui : les États-Unis pourraient bientôt perdre les fruits de la victoire en Allemagne pour ne pas s'être preparés suffisamment pour leur mandat imposé par la déclaration de Potsdam. Les échecs du gouvernement ont été mis sur le compte de l'indifférence du public. …

Une compilation minutieuse des opinions des Allemands, toutes couches sociales confondues, quant à leur réaction à l'occupation américaine de leur pays est paru cet après-midi, après qu'il ait perdu le statut confidentiel sous lequel il a été soumis récemment aux officiels des forces américaines dans le théâtre européen.

De l'amertume et une déception profonde ont été exprimées pendant les premiers six mois de l'occuption américaine…

Tout s'éclaircit maintenant, s'exclame David: Tout ça (la seconde guerre mondiale), c'était un complot des Yankees, les combats étaient inutiles, le dialogue aurait pu tout résoudre, et Roosevelt et Truman étaient des menteurs!

2004/06/03

Pas d'infos dans 8000 villes et villages irakiens ni au Kurdistan…

Leçon d'anglais :
Sortez votre article History tells us that most conflicts end in chaos de John Keegan dans le Daily Telegraph, et répétez après moi :
What monopolises the headlines and prime time television at the moment is news from Iraq on the activity of small, localised minorities struggling to entrench themselves before full peace is imposed and an effective state structure is restored. The news is, in fact, very repetitive: disorder in Najaf and Fallujah, misbehaviour by a tiny handful of US Army reservists — not properly trained regular soldiers — in one prison. There is nothing from Iraq's other 8,000 towns and villages, nothing from Kurdistan, where complete peace prevails, very little from Basra, where British forces are on good terms with the residents.

(Merci à Eursoc)

Le président du "pays où tout est bâti sur le dollar" "incite les nations à la guerre"

Il ne faut pas prendre les critiques comme une attaque sur les USA, me dit-on souvent. Ce n’est pas contre le peuple américain que nous en avons, c’est contre leurs dirigeants. Ah oui, je compatis. Ainsi, récemment, un ministre des affaires étrangères européen a dénoncé le président américain comme “un fanatique" et le “coupable principal de la guerre” et a pleuré le “peuple américain” d’avoir été trahi par un tel leader irresponsable avec son “attitude intransigeante”.

“Les Américains n’ont pas d’avenir” disait pour sa part le chef d’État du ministre sus-mentionné.

C’est un pays pourri. Le problème racial et le problème d’inégalités raciales y sévissent … Mes sentiments sur l’américanisme sont la haine et le plus profond dégoût … Comment espérer qu’une tel État puisse rester soudé — un pays où tout est bâti sur le dollar.
Évoquant l’“insolent mépris [américain] de la vérité et du droit” dans des paroles qui auraient sans doute pu sortir tant des bouches des militants d’Attac et d’autres pacifistes qui défilent dans les rues de Paris que des salles des Nations Unies, il ajouta que le “soi-disant” président s’était “rendu coupable d’une série de crimes contre les lois internationales”. L’Européen précisa que
tout d’abord, [le président américain] incite les nations à la guerre, puis il en falsifie les causes et, drapé dans un manteau d’hypocrisie chrétienne, il conduit lentement et sûrement l’humanité à la guerre, non sans prendre Dieu à témoin de la pureté de ses intentions.

Une opposition menaçante se concentrait sur la tête de cet homme et lui fit pressentir qu’il ne trouverait le salut qu’en détournant l’attention publique de la politique intérieure vers la politique extérieure … Ainsi commencèrent à se manifester les efforts du Président américain dans le sens de la provocation de cette guerre … Pendant des années, cet homme nourrit un désir unique : le déchaînement d’un conflit quelque part dans le monde.

[Le fait qu’un pays] se soit finalement lassé de se voir bafoué de manière aussi indigne, voilà qui remplit … toutes les … nations honnêtes d’une profonde satisfaction.

Et au chef d’État d'exprimer son opinion qu’il ne voyait
aucune raison de prolonger cette guerre.
Quels politiciens courageux avaient proféré de telles paroles édifiantes? Quels héros de la scène internationale avaient prononcé de tels discours impressionants? Jacques Chirac? Villepin? Zapatero? Schröder? Fischer?

Non.

Et de quel président parlaient-ils, au fait? De Bush junior?

Non.

Bush père?

Non.

Ronald Reagan?

Non.

Pas un démocrate, quand même?

Si, si.

Et d'où tiens-je ces paroles édifiantes?

De Jean-Marie Colombani? D'Edwy Plenel? De Claire Tréan? De Bertrand Le Gendre? De Dominique Dhombres? D'Éric Fottorino?

Non non non non non non.

Du journal Le Monde? De Libération? De France 3? D'El País? De la BBC? De Stern? Du Spiegel?

Non, non, non, no, no, nein, nein.

Suffit, les devinettes.

Voici les réponses…

Voici le président américain qui est à la tête d'une société pourrie ainsi que la cause de la guerre.

Voici le ministre des affaires étrangères cité.

Voici le journaliste et la source de mes informations.

Voici le chef d'État.

Décidément, il s'avère que, comme on le voit, l'Europe a une longue tradition de produire des citoyens, des sociétés, et des leaders qui ne se privent pas de donner des leçons aux Yankees, tant ces Européens étonnent par leur lucidité, leur humanisme, leur générosité, leur amour du genre humain, leur respect pour les conventions internationales, et leur immuable désir pour la paix…

2004/06/02

Quand ce n'est pas aux fascistes que les Américains sont comparés, c'est aux staliniens

Comparant l'anti-américanisme primaire à "un américanisme primaire, suiviste et automatique", Edwy Plenel termine ainsi son édito dans Le Monde 2 de cette semaine :
Il y a un demi-siècle, les communistes orthodoxes faisaient taire le critiques du socialisme réel, fussent-elles de gauche, en les disqualifiant sous un label similaire — anticommunisme primaire! Or nombre de ces critiques manifestaient un souci autrement concret des peuples soviétiques et de leurs libertés. Aujourd'hui, certains défenseurs de l'administration Bush font de même, démonisant à priori toute critique de celle-ci, fût-elle d'origine américaine. Ce faisant, et comme certains communistes d'hier, ils manifestent un amour aveugle de la puissance et font preuve d'une grande indifférence pour les peuples, au premier chef desquels le peuple américain.
Le Monde, dont la réticence pour reconnaître ses positions pro-soviétiques a été bien documentée par le passé, ne sait de toute évidence pas qu'il existe en Amérique la liberté d'expression, et que celle-ci vaut aussi bien pour George W Bush, les membres du gouvernement, et leurs défenseurs que pour tout autre citoyen. Surtout, le quotidien de référence ne semble pas savoir qu'il existe une différence entre un système à parti unique où les recalcitrants peuvent être baîllonnés, emprisonnés, et fusillés dans le plus grand secret (et avec impunité pour les responsables), et un système où les opposants du régime ont le droit de répondre aux occupants du pouvoir, et ne s'en privent pas. Les membres du gouvernement ont le droit de fustiger leurs critiques — à leurs risques et périls — comme ces derniers ont le droit de les traiter, par exemple, d'Ayatollahs de l'Amérique.

En fait, c'est ça, la différence : En URSS, il n'y en avait justement pas, de risques et de périls, pour les membres du pouvoir, de pester contre leurs adversaires, réels ou supposés. Et il va sans dire que les risques et les périls comprennent les élections.

Ou peut-être est-ce faire preuve d'exagération. En fait, ce dont il s'agit ici, c'est tout simplement de fustiger le Yankees à toute heure et à tout prix. Tous les moyens sont bons, toutes les comparaisons sont bonnes, si c'est pour montrer que nous, Européens dotés d'une sagesse sans égal, ne sommes pas dupes de la fourberie de ces membres incroyables d'une société pourrie.

Dans un autre article (voir la dépêche AFP tout en bas du lien), le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Alvaro Gil-Robles, déclare que "si le centre de détention américain de Guantanamo se trouvait en Russie, on parlerait de goulag".

Señor Rossi, c'est bientôt l'été. Voici deux livres que je suggère que vous emmeniez avec vous en vacances. Je vous souhaite une bonne lecture.

Sérieusement, tout du moins je vous félicite pour avoir porté un regard objectif sur le système qui a sévi en Russie pendant plusieurs décennies. Si vous évoquez ainsi les goulags, sans doute devez-vous être aussi prêt à critiquer le Kremlin que Washington? Ou… se pourrait-il que je me trompe?…

En effet. Le meilleur se trouve pour la fin. Nous avons vu que les Européens ne se gênent pas pour comparer les Américains aux Nazis ou aux staliniens, n'est-ce pas, et pour dire que l'armée américaine entière, que-dis-je, la nation entière, est éclaboussée par les sévices et humiliations qui ont eu lieu dans les geôles américaines. Que nous apprend le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe dans le paragraphe suivant?

De retour d'une visite à Moscou, où Vladimir Poutine lui a demandé "un rapport objectif venant de l'extérieur" sur la situation des droits de l'homme dans la Fédération de Russie, Alvaro Gil-Robles affirme par ailleurs qu'il ne faut "pas porter une accusation générale contre l'armée russe", même si elle "comporte des éléments qui ne sont pas intéressés par la fin de la violence en Tchétchénie".
Oh! Comme c'est gentil, comme c'est attentionné. C'est la même attitude bénigne que pour la Côte d'Ivoire ou l'Irak de Saddam Hussein. Européens! N'êtes-vous pas impressionnés par la candeur dont font preuve vos dirigeants? N'êtes-vous pas impressionnés par les principes éternels qu'est censé incarner, à travers eux, votre continent?

2004/06/01

Les deux 60èmes anniversaires en 2004

Le quotidien de référence nous apprend que George [W] Bush débute une difficile épreuve diplomatique en Europe. "Côté français, nous explique Claire Tréan, on n'apprécie guère le rapprochement que fait ouvertement, depuis quelque temps, George W. Bush entre le combat pour la liberté de l'Europe que fut la bataille de Normandie et l'intervention actuelle en Irak."

Ah! Vous n'appréciez pas cette comparaison?! Comme c'est bon à savoir! Peut-être qu'il y a des gens qui n'apprécient pas trop qu'il est devenu habituel en France de faire la comparaison entre Bush et Hitler, entre l'armée américaine et les Nazis, entre l'Irak de Saddam Hussein et la Pologne de 1939 (et non pas parce que ces gens apprécient particulièrement Deubeliou ; non, parce qu'ils trouvent ces comparaisons tant soit peu exagéréees, auto-congratulatoires (pour ceux qui les prononcent), méprisantes, et, d'un point de vue historique, totalement incorrectes).

Regardons ce que nous dit l'article en page 2. Lecture faite, c'est de la part du journal "indépendant" une apologie complète (comme nous en avons déjà vu) de la politique de Paris, et un tir de barrage sur l'administration américaine. L'article, qui prend exactement la moitié d'une page, ne fait que donner la parole ironique, cynique, indignée, moqueur, qu'à un membre de l'élite française après l'autre (surtout, des "proches de Chirac"), avec moult "grincements de dents". Sur une quinzaine de citations, la plupart viennent de "l'entourage de Jacques Chirac", les autres (américaines) étant inconséquentes ou ne se trouvant entre guillements justement que pour leur donner un ton de détachement ironique.

Claire Tréan pose la question (en répétant la formule utilisée auparavant, pour que ce soit bien clair) : "Fallait-il en faire tant et offrir cette tribune à M. Bush, qui ne se prive pas de faire un rapprochement entre le combat pour la liberté de l'Europe que fut la bataille de Normandie et l'intervention actuelle en Irak ?" Oui, que ce soit bien clair : c'est sans le moindre doute que la bataille de Normandie fut le combat pour la liberté (pas de désaccords, là) tout comme c'est sans le moindre doute que l'intervention actuelle en Irak ne le fut pas. Là, franchement, je souhaiterais trancher moi-même, mais Claire Tréan, les responsables du Monde, les élites bien-pensantes françaises l'ont déjà fait pour moi. Par ailleurs, que ce soit aussi clair (d'après le début de la question) : la démocratie n'est pas viable si la parole est donnée à des Yankees de l'espèce de W. Seul doit prévaloir le point de vue auto-congratulatoire des humanistes auto-proclamés.

Cette opinion est sèche, claire, et sans appel. Que personne ne s'avise de faire la comparaison entre le régime nazi et le régime baasiste. Que personne ne s'avise de faire la comparaison entre l'écroulement du Troisième Reich et celui du régime du Raïs irakien. Que personne ne s'avise de faire la comparaison entre Adolf Hitler et Saddam Hussein! La comparaison du Führer avec George Bush, oui — et plutôt deux fois qu'une! —, mais avec Saddam, que nenni. La finesse des positions des classes dirigeantes dans l'Hexagone est, encore une fois, d'une clarté remarquable. Et le l'oublions pas : avec leur lucidité légendaire!…

Mon article pourrait s'arrêter là. Mais je me suis posé la question : si Saddam était resté au pouvoir, aurait-on fait tant de manières pour exprimer son désaccord envers lui, surtout pendant les célébrations de 2004? Non, pas celles en Normandie, celles à Bagdad. Je m'explique : il s'avère qu'il y a un autre 60ème anniversaire cette année. Celle du parti baasiste. Eh oui, il fut fondé par un Syrien (d'ailleurs, un Chrétien) en 1944.

Je suis en train de lire un livre par l'un des historiens militaires les plus respectés de notre ère. Dans The Iraq War, John Keegan ne nous parle pas seulement des opérations militaires de mars à avril 2003, mais donne le contexte et les antécédents de la guerre d'Irak, tant sur l'histoire de Mésopotamie que sur la scission historique entre Sunnites et Shi'ites, tant sur l'effondrement de l'empire ottoman que sur les rivalités contemporaines. Ce qui a retenu mon attention (ce qui a, pour tout vous avouer, fait monter une colère sourde en moi — surtout quand je pense aux comparaisons et aux refus de comparer évoqués dans les paragraphes précédents), c'est l'information sur les origines du parti baasiste à la fin du chapitre 3.

Parlant de Saddam Hussein : "La nature de son régime devait plus aux idéologies d'intolérance et aux systèmes de répression du 20ème siècle qu'à quoi que ce soit du passé lointain" (c'est-à-dire de la tradition).

Parlant du parti baasiste : "Michel Aflaq, le fondateur du baasisme, avait modellé l'organisation de son parti sur celui du mouvement nazi de Hitler, qu'il admirait."

Rappelons-nous de l'article de Rémy Ourdan en mars : "Contrairement à ce que croient souvent les Européens, le fait d'être opposé à l'occupation américaine ne fait absolument pas monter la cote de popularité de l'Europe, ou de tel ou tel pays, en Irak." Un article seul, isolé, dont le contenu semble démentir toutes les initiatives parisiennes de ces derniers 20 mois, mais dont on se garde bien de nous en servir d'autres bien qu'il semble capital pour la bonne compréhension du Moyen-Orient. Pour revenir aux plages du Débarquement, en voici un autre, d'article isolé, dans lequel on apprend que "La liberté, il faut en avoir été privé pour savoir ce que c'est" (donc, que contrairement à ce que aiment répéter nos élites à longueur de journée, 365 jours par an, la guerre n'est peut-être pas toujours la pire des situations). Des articles qui en disent long. Que disait Churchill, déjà? "Les hommes trébuchent parfois sur la vérité, mais la plupart se redressent et passent vite leur chemin comme si rien ne leur était arrivé."

Allez-y, Claire Tréan : répétez-le nous, on a encore envie de l'entendre. "Côté français, on n'apprécie guère le rapprochement que fait Bush entre le combat pour la liberté de l'Europe et l'intervention actuelle en Irak." Et citez-nous encore tout plein de proches du pouvoir français, ces spécialistes de ce qui est (néo-)fasciste et de ce qui ne l'est pas. C'est d'une lecture on ne peut plus édifiante.

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6 juin 1944 : une bonne occasion pour rappeler aux Ricains à quel point les valeurs des Français sont supérieures aux leurs

Soixantième anniversaire du Débarquement en Normandie oblige, la une de la rubrique télévision du Monde est dédiée aux Regards neufs sur le Jour J. Il s'en va de soi qu'on ne pouvait célébrer cette anniversaire sans fustiger les Ricains. On reconnaîtra dans l'article de Eric Leser (Un événement majeur pour Américains et Britanniques) l'air hautain et légèrement (?) dédaigneux que se permettent, avec leurs jugements catégoriques, bonne partie de Français — toujours plus humanistes que chacun — sur les Yankees :
Le souvenir de ce conflit qui s'est terminé il y a cinquante-neuf ans reste étonnamment fort aux Etats-Unis. Enjolivé, considéré comme le symbole de la victoire du bien sur le mal, il est l'occasion de s'interroger sur la guerre menée aujourd'hui en Irak et sur les valeurs américaines. La mémoire des héros du 6 juin 1944 permet à la fois à l'Amérique inquiète de se rassurer et aussi de s'interroger sur ce qu'elle était et ce qu'elle est devenue.
Traduction :
  • "Le souvenir de ce conflit qui s'est terminé il y a cinquante-neuf ans reste étonnamment fort aux Etats-Unis" (c'est si ancien (59 ans), comment — et pourquoi — ces ploucs (bien sympatiques, au demeurant) peuvent-ils se permettre d'y consacrer autant d'efforts mentaux? Sérieusement : n'ont-ils pas mieux à faire — par exemple, s'affairer à découvrir les crimes de l'équipe Bush?)

  • "souvenir … enjolivé" (quasiment un mensonge, un de plus)

  • "considéré comme le symbole de la victoire du bien sur le mal" (ah, ces Ricains, ils n'ont décidément rien appris)

  • "l'occasion de s'interroger sur la guerre menée aujourd'hui en Irak et sur les valeurs américaines" (si on ne déduit pas que l'Amérique de Bush est criminelle, c'est qu'on n'a pas assez réfléchi, pas autant, en tout cas, que les Français éternellement lucides)

  • "La mémoire des héros du 6 juin 1944 permet à la fois à l'Amérique inquiète de se rassurer" (ce qui est pas mal, mais ils feraient d'utiliser leur cerveaux à l'exemple des Français et leur capacité étonnante de raisonner) "et aussi de s'interroger sur ce qu'elle était et ce qu'elle est devenue" (criminelle, voir le commentaire pour le bout de phrase précédent)
Sympa, l'attitude des hôtes pour l'anniversaire du Jour J…

L'action et l'inaction vus par le critique des médias allemands

Cela fait plusieurs semaines que je fais des liens avec David's Medienkritik, l'équivalent de ce blog et de ¡No Pasarán! pour l'Allemagne (concernant "les plats antiaméricains fétides servis par les médias allemands"). Cette semaine, on va, pour plusieurs raisons (wink wink), en evoquer trois, surtout l'un des derniers posts, puisqu'il concerne un article de Welt am Sonntag qui prend à part le ministre des affaires étrangères français et la politique de son pays. L'article est signé Jeffrey Gedmin, le directeur de l'institut Aspen à Berlin.
Je ne suis pas convaincu, Monsieur Barnier!

Même si les pourfendeurs de Bush n'aiment pas cette vérité — l'Irak n'est pas perdu.

Michel Barnier a averti les États-Unis que le "transfert de pouvoir au nouveau gouvernement [irakien] doit être compréhensif, authentique, et sans aucune ambiguïté".

Le ministre des affaries étrangères ajouta qu'il était grand temps que les États-Unis se comportent de manière "crédible". Aussi longtemps qu'un politicien français puisse faire une déclaration de cet ordre, nous n'aurons pas à nous inquiéter de la survie du cynisme. …

Les deux idéologies intimement liées, le nationalisme de l'UE et l'anti-Américanisme, aiment se dédaigner des simples éléments factuels …

L'Amérique, la Grande Bretagne, l'Allemagne, la France, Israël, le monde arabe, et Peter Scholl-Latour croyaient tous que Saddam détenait des depôts d'armes secrètes et illégales. Nous devrions nous demander comment on s'est trompé, ce que nous aurions pu faire de mieux, ce que nos services secrets savent concrètement sur les armes que les Nord-Koréens et les Iraniens détiennent dans leurs arsenals. Mais “Bush a menti” produit un son tellement magnifique pour les oreilles — alors quel besoin y a-t'il de s'accomoder des détails contrariants ?

Lire le reste de l'article (en anglais et en allemand) …

Un post plus ancien concernait l'analyse du professeur Joachim Krause de l'institut de politique de sécurité à l'université de Kiel. Ses conclusions principales :

Il n'y a rien qui puisse indiquer qu'il existe un fondement pour l'hypothèse que la politique américaine est guidée par un intérêt égoïste qui veut s'assurer le contrôle de ressources d'énergie. Au contraire, il faut conclure que les positions française et russe ont été déterminées par-dessus tout par des intérêts financiers très étroitement définis par l'exploration pour le pétrole brut en Irak.

La position allemande dans la crise irakienne a été caracterisée par un pacificisme sans distinction et un populisme antiaméricain dont le résultat est une dégradation sérieuse de la solidarité trans-atlantique.

La conclusion de David: "Étant donné la teneur de ses thèses, autant vous dire que le professeur Krause a très peu d'espoir d'être cité fréquemment comme un expert dans les médias allemands" (ou francais).

Le troisième exemple concerne une interview que Deubeuliou a donné la semaine passée. "Bien qu'elles s'adressaient à un public national, certaines des remarques du président vont clairement à l'encontre des préjugés et de la désinformation propagés sur M. Bush dans les médias allemands " (et français). Bush se prononce aussi sur des sujets aussi variés que l'Irak, Cuba, l'histoire, et l'élection de 2000.

La conclusion de David: "On ne s'étonne pas que le chancellier allemand, Schröder, ne s'entend pas avec ce mec. Bush, lui, a des principes."

Il faut peut-être se souvenir qu'on a récemment célébré les anniversaires de deux Américains célébres. Voici une citation de chacun d'entre eux. (Au lecteur de se décider s'ils s'appliquent à la crise en Irak et aux choix respectifs de la "coalition des volontaires " et du "camp de la paix ".)

On trouve des risques et des coûts dans un programme d'action. Mais ils sont moindres que les risques et les coûts à long terme du confort de l'inaction.

John Fitzgerald Kennedy

L'action est un "redonneur" et un fondateur formidables de la confiance. L'inaction n'est pas seulement le résultat, mais aussi la cause, de la peur. Peut-être que l'action que vous choisirez de prendre aura l'effet escompté; peut-être que des actions différentes ou des ajustements seront nécessaires par la suite. Mais toute action est meilleure que pas d'action du tout.

Norman Vincent Peale

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Le chaos en Irak ?

Un lecteur installé au Canada nous envoie ce texte :
Depuis un certain temps déjà, en ce qui concerne le conflit en Irak, j'ai remarqué que le mot "chaos" est souvent utilisé pour décrire ce qui se passe en Irak, que ce soit par la presse écrite ou télévisée. Il est normal que la signification de ce mot puisse légèrement varier selon les personnes qui l'utilisent mais, dans ce cas-ci, l'emploi de ce mot pour décrire la situation en Irak m'apparaît comme étant vraiment inadéquat.

Pour moi, si l'Irak était réellement en situation de chaos, il y aurait des conflits armés dans de nombreuses villes du pays ; de nombreux soldats de la coalition ainsi que des Irakiens seraient tués chaque jour ; les différentes institutions et organismes publics (ministères, écoles, hôpitaux, transports, etc...) ne fonctionneraient pas ou très difficilement ; il y aurait des pillages réguliers ; une nouvelle monnaie ainsi qu'une Constitution (et maintenant un nouveau drapeau) n'auraient pu voir le jour ; il y aurait des dizaines, voire des centaines de milliers de réfugiés (comme, par exemple, ce fut le cas dans certains conflits africains ou au Kosovo). Cela serait vraiment le chaos, c'est-à-dire une situation où l'anarchie règne, où les différents niveaux de pouvoir au sein de la société civile et militaire sont incapables de faire régner l'ordre dans l'ensemble du pays.

Qui plus est, je vois parfois dans la presse que l'Irak "s'enfonce chaque jour de plus en plus dans le chaos". C'est vraiment terrifiant ! Non seulement c'est déja le chaos mais celui-ci semble s'aggraver de jour en jour. Où l'Irak s'en va ? Vers l'apocalypse ? Vers le chaos infernal total ? Pauvre Irak ! Depuis que les forces de la coalition y sont, c'est le chaos. Et cela ne semble pas devoir prendre fin très vite puisque, malheureusement, les Américains "s'enlisent", se retrouvent dans un vrai "bourbier" et, cauchemar suprême, voient le "spectre du Vietnam" planer sur eux...

Pour des journalistes professionnels censés maîtrisés l'art de la langue, il est assez incroyable d'assister à une telle surenchère verbale. Peut-être pourrions-nous leur proposer d'utiliser des termes comme "conflit de basse intensité", "attaques ciblées contre les forces de la coalition", "tentatives de déstabilisation d'un pays en voie de reconstruction", etc... Ce serait également intéressant pour le grand public que les journalistes parlent davantage de toutes les actions positives qui se réalisent actuellement en Irak. Mais, bien sûr, cela ne doit pas être facile à trouver puisque c'est le chaos !

Jean-François Devloo