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2013/08/17

L'image de la Grande Dépression américaine n'a jamais plu à Florence Owens ni à ses enfants, embarrassés d'être réduits à des victimes


La Mère migrante, la vraie, n'a jamais correspondu à sa légende, et n'a jamais apprécié d'être réduite à un symbole
écrit Claire Guillot dans un article dans la série du Monde, Ce que l'on croit voir...
Cette femme au visage marqué et au geste inquiet, qui serre contre elle ses trois enfants en haillons, a été photographiée par Dorothea Lange en 1936 au camp de Nipomo, en Californie. Incarnation du dénuement mais aussi du courage, elle a fini par symboliser la Grande Dépression américaine et la résilience d'une nation face à la crise. Roy Stryker, employeur de Dorothea Lange à la Farm and Security Administration (FSA), voyait même en elle une madone universelle : "Elle a toute la souffrance de l'humanité mais sa persévérance aussi. Une retenue et un étrange courage. Vous pouvez voir tout ce que vous voulez en elle. Elle est immortelle."

Dorothea Lange avait été recrutée par la Resettlement Administration, future FSA, pour illustrer l'action du gouvernement en faveur des travailleurs agricoles migrants. Elle a raconté en 1960 avoir pris la photographie un peu par hasard. En mars 1936, en suivant une pancarte, elle tombe sur le camp de travailleurs de Nipomo, en Californie.

 … Son nom n'émergera que quarante ans plus tard. Florence Owens Thompson, elle-même, écrit à un journal local en 1979 pour dire tout le mal qu'elle pense de l'image qui l'a représentée. Elle n'est pas vraiment une migrante, puisqu'elle résidait déjà en Californie quand la Dépression a frappé. Mieux, elle n'est pas une Américaine blanche chassée de sa ferme par la crise, mais une Indienne de la tribu Cherokee, née en 1903 dans une réserve de l'Oklahoma – où sa tribu avait atterri après avoir été dépossédée de ses terres. Alors que la FSA en a fait son héroïne, Florence Owens Thompson s'est toujours méfiée du gouvernement : "Sa plus grande peur, dira plus tard son fils Troy Owens, était que si elle demandait de l'aide, on lui prendrait ses enfants."

Les souvenirs de Dorothea Lange, en plus d'être parcellaires, se révèlent inexacts. Le jour de la photo, Florence Owens n'habite pas dans le camp de Nipomo, elle s'y est juste arrêtée avec sa famille le temps de faire réparer sa voiture – dont elle n'a jamais vendu les pneus. …


UNE FEMME AIGRIE ET PLEINE D'AMERTUME

En 1979, celle qui vit dans un mobile home se sent trahie par la photographe et exploitée : "Je regrette qu'elle ait pris ma photo. Je ne peux pas en tirer un seul centime. Elle ne m'a jamais demandé mon nom. Elle a dit qu'elle m'enverrait une copie et elle ne l'a jamais fait." On découvre une femme aigrie et pleine d'amertume, bien loin du mythe glorieux.

L'image n'a jamais plu à Florence Owens ni à ses enfants, embarrassés d'être réduits à des victimes. En 2002, le réalisateur Geoffrey Dunne leur donne la parole dans le magazine New Times. Norma Rydlewski, le bébé sur la photo, déclare : "Maman était une femme qui aimait la vie, qui aimait ses enfants. Elle aimait la musique et elle aimait danser. Quand je regarde cette photo, cela m'attriste. Ce n'est pas comme ça que je me souviens d'elle."

 C'est seulement à sa mort que la famille se réconcilie avec l'icône.

2013/08/16

Chaque fois qu'une vague de répression policière se répand sur les routes, le nombre d'automobilistes tués augmente



Des amendes, toujours des amendes ! L'État ne sait faire que ça depuis plus de trente ans, frapper les citoyens pour d'obscurs délits tout en escamotant ce qui est de son devoir et pour lequel nous cotisons tous par nos impôts : l'amélioration des routes et la disparition des points noirs routiers mortels. Ce sont pourtant deux mesures qui réduiraient indiscutablement le nombre de morts sans passer par la répression et qui recueilleraient l'adhésion générale.
Ainsi parle jpdelespinay dans son article, PRETENDANT "SAUVER NOS VIES" SUR LES ROUTES, L'ÉTAT NOUS TUE POUR DE L'ARGENT.
L'État entend faire supporter de nouveaux efforts prétendument sécuritaires par les citoyens, qui ne lui demandent rien, refusant d'assumer son rôle et nos impôts pour ce qu'on lui réclame à corps et à cris : l'amélioration des voies de circulation. Cette répression … exaspère même [des élus] qui s'en plai[gne]nt ouvertement. Citons Yves Albarello, député UMP de Seine-et-Marne : "Le gouvernement est dans sa bulle, sourd aux attentes de milliers de français" … 

II - La répression routière, un procédé qui tue au lieu de sauver

Regardez cette courbe [ci-haut] de la Sécurité Routière :

Comme on le voit, de 1972 à 2008 la tendance est à la baisse constante de la mortalité, avec des soubresauts mortels qui vont justement être analysés plus loin. Cette baisse est due à un ensemble de facteurs en constante amélioration : état des routes, véhicules de plus en plus sûrs, de moins en moins de conducteurs du dimanche, circulation de plus en plus dense obligeant à une attention accrue et à de petites vitesses (en 2002, 29 tués pour un million d'habitants dans les Hauts-de-Seine et 292 en Ariège, un des départements les moins peuplés).

La courbe montait jusqu'en 1972, puis de 1972 à 1974, elle chute presque verticalement, grâce aux 50 % de morts évités par l'installation progressive de la ceinture dans les voitures. La ceinture solidarise l'occupant au véhicule : "en cas de choc la force de retenue est de 50 kg avec les bras, 150 kg avec les jambes et de 3 tonnes avec la ceinture de sécurité" (Saser). Les Français l'ont si bien compris que la quasi-totalité boucle sa ceinture avant de partir (97 % en 2007), privant nos gendarmes et nos policiers de ressources en amendes de ce côté-là.

 … Qu'a-t-il bien pu se passer en 1974 qui inverse si brutalement la tendance ? Inutile de chercher loin : le seul facteur nouveau et brutal de cette année-là sur nos routes, c'est la généralisation de la limitation de vitesse, qui se traduit par la généralisation des contrôles policiers. La mortalité remonte dramatiquement pendant 3 ans !

 …La leçon est claire : chaque fois qu'une vague de répression policière se répand sur les routes ou que l'automobiliste se sent menacé dans son droit à conduire, le nombre d'automobilistes tués augmente. Pourquoi ? Parce que c'est le moment où les conducteurs sont contraints de respecter à la lettre une limitation de vitesse antinaturelle. Une vitesse trop basse endort l'attention et cause la somnolence. Et la somnolence est devenue, et de loin, le 1er facteur de mortalité sans que l'État ne le fasse savoir :


Il est prouvé scientifiquement que la vitesse en elle-même ne tue pas. C'est l'inattention qui tue. Au contraire, la vitesse sauve des vies car elle oblige à davantage d'attention de la part du conducteur. Dans son numéro de septembre 1991, Science et Vie publiait un long article intitulé "Non, la vitesse ne tue pas !". Vu certaines réactions indignées, la revue sortit un second article en novembre 1991 qui répondait aux objections et confirmait fermement le premier. Citons aussi la fameuse expérience de l'État du Montana aux États-Unis, qui institua pendant 4 ans la vitesse libre sur autoroute de 1995 à 1999, contrairement à tous les autres états américains. Le nombre des morts chuta à un niveau "historiquement bas". Le Congrès (les députés américains) s'en émut et décida que cette mesure était "inconstitutionnelle" ! Le Montana fut contraint de rétablir en 2000 la répression. Le nombre de morts augmenta aussitôt de 43 % ! Vous croyez que les politiciens revinrent sur leur décision ? Non... Là-bas aussi, les élus tuent leurs concitoyens pour de l'argent.


IV - DEPUIS bientôt 40 ANS, l'etat invente des delits pour nous racketter et tant pis si ça nous tue !

Depuis 1974, nos présidents sont issus de l'administration. De Gaulle était militaire, Pompidou professeur (mais il est le seul à avoir aussi dirigé des entreprises), Giscard est énarque et polytechnicien, Chirac est énarque, Mitterrand écumait les postes dans les ministères de la 4ème et la 5ème républiques. Quant à Sarkozy, le seul non-fonctionnaire, c'est un avocat devenu rapidement politicien allié de fait de la haute administration, qui l'a remercié en le portant au pouvoir. 

 … Ces présidents-là ne savent pas gérer un Etat, faute d'avoir jamais rien géré avant d'arriver au pouvoir. Ils font de la politique politicienne : ils privilégient une clientèle. Et bien entendu celle à laquelle ils appartiennent : la fonction publique. D'où la croissance permanente du nombre de fonctionnaires et d'agents payés par les pouvoirs publics en France et leurs revenus bien supérieurs à la moyenne nationale. Aujourd'hui, ils sont 7 millions à être rémunérés par l'Etat, soit le quart de la population active. Leurs patrons ce sont les "hauts-fonctionnaires". Des super-diplômés bombardés patrons de services de l'Etat dès la sortie de l'école, qui n'ont jamais mis le pied sur le terrain, jamais travaillé en entreprise, qui méprisent le privé faute d'avoir le courage d'y avoir fait leurs classes comme Pompidou, qui détestent les patrons dont ils jalousent la compétence. Leur incapacité est inscrite dans leur CV mais c'est eux qui dirigent, c'est eux notre "élite"...

Ces 7 millions coûtent cher ! Il faut financer leurs salaires, les charges, leurs excès et leurs erreurs, le tout en permanente augmentation. Sans parler de la capacité de nuisance d'un grand nombre d'entre eux - proportionnelle à leur pouvoir - sur la progression de notre économie, donc de notre niveau de vie ! Nos présidents-fonctionnaires ne savent pas gérer un Etat : "en France, depuis 1975, le budget de l'État est chaque année déficitaire" (Wikipédia). Comme par hasard... depuis Giscard ! Faute d'intelligence, ils ont toujours retenu la solution bête pour remplir les caisses de l'État : ils puisent de force l'argent dans les poches des Français et des entreprises. D'où cette augmentation constante des impôts, des taxes, de la TVA, la réduction des "niches" et les services de l'État qui deviennent payants … Mais le citoyen renâcle devant cette accumulation de prélèvements obligatoires ! Alors, on crée des lois... Des lois qui inventent des délits. Des lois impossibles à respecter. Ces lois vont générer une pluie de sanctions donc du cash !

L'irresponsabilité est l'un des attributs du fonctionnaire comme du politique et ils y tiennent tous les deux. Que la répression tue, quelle importance pour eux, si l'argent rentre ?

2013/08/15

"The Total State": The 3 Philosophers Who Prepared the Road for Adolf Hitler

Pour le philosophe et écrivain Jean-Pierre Faye, soixante-dix ans après, il faut enfin admettre que ce sont trois grands esprits philosophiques – Heidegger, Jünger et Schmitt qui ont fait le lit d'Hitler.
 … existe-t-il des écrits vraiment nazis de Heidegger, le philosophe auquel allait notre respect en raison de ses essais "existentiels" des années 1920 ? L'honnêteté de la lecture découvre en effet chez lui des écrits politiques marqués plus gravement encore que ceux de son ami l'écrivain et essayiste Ernst Jünger (1895-1998), l'auteur, dès 1930, de La Mobilisation totale (Die totale Mobilmachung), traduite en français et publiée chez Gallimard en 1990.

"L'ETAT TOTAL"

Ceux-ci se prolongent chez l'ami Carl Schmitt, l'idéologue de "l'Etat total", à qui Hitler devra, pour une très grande part, d'avoir reçu le pouvoir en 1933 – par l'effet même de la conférence sur le totale Staat que Schmitt donne, le 23 novembre 1932, devant les représentants de la grande industrie. Une amitié intensément politique lie alors Heidegger à Jünger et, par lui, à Carl Schmitt. C'est le triptyque des noms qui dessine un temple d'acceptation pour l'idéologie propagée par la furie hitlérienne.

Il faut lire les écrits politiques d'Heidegger en 1933-1934 pour saisir ces enjeux. Dès son "Appel aux étudiants" du 3 novembre 1933, il prononce : "Le Führer lui-même et lui seul est la réalité allemande d'aujourd'hui et de demain..." Et sa "Profession de foi en Adolf Hitler", la Bekenntnis zu Adolf Hitler en décembre 1933, décrit le Führer comme l'instant de "retourner à l'essence de l'Etre". Le Führer devient une ontologie...

Bien pire, son "Appel pour le service du travail", le 23 janvier 1934, souligne "l'empreinte préfigurée dans le Parti national-socialiste ouvrier allemand". Ce parti dont le nom est raccourci par Goebbels en Parti nazi-sozi, ou en version courte : Nazi. Il s'agira en effet des camps de travail, salués par Heidegger comme "le bienfait qui émerge du mystère vivifiant qu'est l'avenir nouveau de notre peuple"... Le délire nazi atteint son apogée.

Car au même moment surviennent d'autres camps de travail, dits "camps de concentration", qui couvrent le territoire national. Durant la seconde guerre mondiale, apparaissent en Pologne ceux qui sont nommés secrètement les camps d'extermination, les Vernichtungslager.

 Or le 1er mai 1933, Heidegger et Carl Schmitt adhèrent au Parti nazi. Il faut souligner le fait que l'adhésion au parti unique est difficile dans le Reich hitlérien. Contrairement à l'Italie mussolinienne, où tout le monde prend sa carte, comme la "carte du pain". Il y aura 24 millions d'adhérents au Parti fasciste, 8 millions seulement au parti hitlérien. Le geste de l'adhésion est donc grave et contrôlé. Heidegger, dans son cours de décembre 1933 sur Héraclite..., énonce la nécessité de "l'attaque", dans le but "d'effectuer l'extermination totale".

LES CAMPS D'EXTERMINATION

Ce terme terrible va marquer les Vernichtungslager, les camps d'extermination hitlériens de 1942-1945. Surgis dans la Pologne anéantie : à Chelmno, à Belzec, Auschwitz-Birkenau, Maïdanek, Sobibor, Treblinka... Ce terme s'inscrit dans la plus terrible réalité de l'Histoire. Heidegger aura-t-il connaissance de ce qui a lieu dans les camps de Pologne ? Jünger note dans son journal ce qu'il entrevoit en 1943 à Lodz, en deçà du front de l'Est...

Mobilisation totale, Etat total, extermination totale : ces trois formules dessinent l'Europe en état de guerre. Jünger, Carl Schmitt, Heidegger prononcent en ces termes le réel le plus dangereux et la même terreur politique croissante.

 … Carl Schmitt ? Ce juriste est un ami de longue date pour Jünger, ce dont témoigne son journal posthume, comme Jünger devient l'ami intense d'Heidegger. Carl Schmitt a donc en décembre 1932 donné sa conférence décisive devant ce qui se nomme "l'Union au Long Nom", réunissant les plus grands de la grande industrie. La conférence de Schmitt devant un tel auditoire culmine dans l'exigence de fonder "l'Etat total" – Etat qui doit s'affirmer "total au sens de la qualité et de l'énergie"... Un Etat qui s'attribue "les moyens de la puissance"...

Ainsi l'Etat total est-il défini par Schmitt en opposition à l'Etat "quantitativ total", celui qui se retrouverait gonflé d'entreprises nationalisées... Au contraire, "l'Etat total en ce sens est un Etat fort... Il est total au sens de la qualité et de l'énergie, comme l'Etat fasciste se nomme "Stato totalitario"", précise Carl Schmitt, reprenant les termes du fascisme italien. Mais qui sait aujourd'hui que le mot "totalitaire" est une improvisation mussolinienne ?

Voici surgir la doctrine de Schmitt sur les "nouveaux moyens de puissance". Nous sommes le 23 novembre 1932. Dans un mois et une semaine, l'ex-chancelier von Papen, dont Schmitt est l'avocat, et dont le chancelier Schleicher a pris la place, aura préparé la "combinaison" du 30 janvier 1933. Donnant le pouvoir au caporal Hitler, méprisé et haï par le président Hindenburg, qui pourtant le nomme chancelier du Reich. …

"LES MOYENS DE LA PUISSANCE"

La formule de Schmitt souligne les enjeux : "L'Etat total" est l'Etat des "moyens de puissance", et non des socialisations, il se gonfle de police, et non d'entreprises socialisées. Le totale Staat hitlérien vient prendre la relève du Stato totalitario fasciste. Car le mot "totalitär" n'est pas un terme hitlérien : il est refusé comme "trop libéral" par le juriste nazi Wilhelm Stuckart, celui dont Eichmann sera le subordonné.

 … Par Carl Schmitt, juriste spécialisé dans le droit d'Etat, est donc apparue cette proposition grave, dans sa conférence de novembre 1932 : c'est la figure de "l'Etat total" – cette formule dangereuse d'où va survenir le mot "totalitarisme", aujourd'hui courant, exploré plus tard par Hannah Arendt, qui va pourtant méconnaître son origine mussolinienne.

On peut sous-estimer la magie toxique de ces creuses formules. Et négliger le lien étroit entre Carl Schmitt, Heidegger et Jünger, le porteur de la mobilisation totale. Car ce triumvirat va demeurer en marge du IIIe Reich qui survient. Mais Jünger l'a annoncé, par sa formule explosive. Carl Schmitt l'énonce violemment en termes de "droit" – ou de "contre-droit"...

 … Ainsi les trois amis, Schmitt, Jünger, Heidegger – l'étrange trio des penseurs – contribuent au langage de ce Reich qui dévaste l'Europe de la seconde guerre mondiale. Tous trois se retrouvent donc en 1955 pour fêter l'anniversaire de l'un d'eux, Jünger. A l'occasion de cette fête, Heidegger décrira ce qu'il nomme l'Abbau, que le philosophe français Gérard Granel (1930-2000) traduira par la "déconstruction".

Cette inflation des langages débouche dans ce qu'Heidegger revendique à son compte comme "la Terreur". Cette terreur aura suscité de surcroît pour notre avenir l'arme de la destruction absolue.

2013/08/14

Encore une p'tite bière et une barbe à papa, et le capitalisme s'effondrera de lui-meme comme un fruit mûr


A La Courneuve, chaque deuxième week-end de septembre que font Marx et Engels, se tient la Fête de L'Humanité, dite "Fête de L'Huma". Fête du quotidien communiste fondé en 1904 par Jaurès, L'Humanité. Fête des luttes, des régions, des débats, des livres, de la musique. Pendant trois jours, on voit des visages qu'on ne voit jamais. Si, à la Foire du Trône : les visages du peuple détendu. Les artistes du monde entier auront défilé ici. Tel fut le conservatoire national de Marc Perrone, en face de la cité.
Francis Marmande célébre la fête des communistes.
UN RESTE TERRESTRE

Fête lancée en 1930 par Marcel Cachin, mille camarades participent à sa première édition. Perrone dit "les copains". En 36, la Fête du Front populaire dépasse les 300 000 participants (le double, aujourd'hui). Dédicaces, discours, stands de boissons exotiques, chaleureuse ambiance, quel est l'en-plus de la Fête de L'Huma ? Certaine camaraderie diffuse, une joie de vivre et de partager, sans compter le regret de ce qui n'existe probablement plus que là.

Programme de la grande scène en 1973 ? Chuck Berry, Alan Stivell, Catherine Ribeiro, Ange, Sun Ra, Robert Charlebois. Au fait, en 1968 ? Mireille Mathieu... Historiens, au boulot ! Epoque et idéologie par les programmes de la Fête de L'Huma. Dans les années 1970, le PSU, la LCR, Lutte ouvrière, tous les journaux et mouvements gauchistes faisaient leur fête. Avec leur mixture d'utopie, de nourritures terrestres et de musiques.

 … Question subsidiaire : pourquoi, d'un Parti communiste et d'un journal aussi affaiblis ou menacés, ne subsiste que la Fête de L'Huma ? Et si les fêtes n'étaient que le reste terrestre des rêves ?
Un lecteur réagit :
A. de Tocqueville
Encore une petite biere et une barbe a papa et le capitalisme s'effondrera de lui-meme comme un fruit mur, victime de ses contradictions socio-historico-materialisto-imperialistes. Au moins je vois qu'on vend des T-shirt ornes de la faucille et du marteau, le meme symbole qui flottait au-dessus des goulag, et au nom duquel Staline et Mao ont massacre des dizaines de millions de "camarades".

2013/08/13

Surtout, il s'agit d'un Noir en couple avec une Blanche, qui plus est blonde


Un des plus grands photographes américains de New York s'appelle Garry Winogrand (1928-1984)
nous raconte Pauline Auzou dans le cadre d'un article du monde de la série Ce que l'on croit voir... où elle peut puiser dans ce sujet cher aux élites et aux journalistes européens tout en étant adoré des Européens moyens — le racisme (prétendu ou réel) en Amérique.
Dans le genre compulsif. Il descendait dans la rue, marchait, et déclenchait comme un forcené, se demandant à quoi pouvaient ressembler les gens une fois qu'ils étaient prisonniers de son objectif grand angle.

Il essayait d'y caser le plus possible d'informations, sans message à livrer. "Il trouvait ennuyeuses et trop évidentes les photographies à message politique", confirme Peter Galassi, ancien directeur de la photographie au Musée d'art moderne de New York (MoMA). Il ne considérait pas, non plus, qu'il avait une responsabilité sociale. Ses détracteurs n'appréciaient guère ce formalisme assumé. Les photos de Garry Winogrand reflètent pourtant la société américaine, celle de la consommation, de la libération des moeurs, le tout entre brutalité et tendresse.

Ce couple impeccable, elle blonde, lui noir, portant deux singes habillés comme des enfants, est une des grandes photographies de Winogrand. Elle a été prise en 1967. Elle figure dans sa première exposition en solo au MoMA, en 1969, intitulée "The Animals", qui était accompagnée d'un livre du même nom. La première lecture de l'image, donc, nous oriente vers les animaux, et non vers ceux qui les tiennent dans les bras.

 …  Une autre lecture de l'image est possible, qui nous ramène au couple. Rappelons le contexte. L'ivresse joyeuse des années 1950 aux Etats-Unis est passée, et les années 1960 se réveillent avec la gueule de bois. La guerre du Vietnam, l'assassinat de John Kennedy et la lutte des Noirs américains pour l'égalité des droits civiques impriment leur marque sur cette décennie. Les photos de Garry Winogrand, non sans humour, reflètent bien ce pessimisme ambiant.

L'image de ce couple a quelque chose d'amusant, avec ces deux petits singes qui se comportent comme s'ils étaient ses enfants. Il y a encore le visage sérieux des "adultes", comme si la scène n'avait rien d'incongru, qui renforce la froideur sinistre d'une photo de famille pourtant peu ordinaire. Et, surtout, il s'agit d'un Noir en couple avec une Blanche, qui plus est blonde. …

RACISME AMBIANT DANS CETTE PHOTO

Nous sommes ici à New York, ville plus libérale que beaucoup d'autres aux Etats-Unis. A sa façon, et par des chemins de traverse, Garry Winogrand parle du racisme ambiant dans cette photo où les enfants ne sont pas humains : ce sont des primates nés d'une union contre nature. "Winogrand a évidemment conscience, en la réalisant, de la dimension raciste de son image, affirme Peter Galassi. Néanmoins, il n'a fait que photographier une réalité qui existe, une scène anodine qui se passe dans un zoo. Si on l'avait accusé de racisme, il aurait alors répondu que c'est juste une image."

 … Aujourd'hui, il est à parier que, dans un film américain à grand spectacle, ce couple symboliserait l'harmonie apparente d'une nation multiculturelle.

2013/08/12

Howard Zinn, "ce bouillant auteur… au parcours extraordinaire… au service des opprimés" blablabla…


Pour le célèbre auteur d'Histoire populaire des Etats-Unis, écrire n'avait de sens qu'à la condition de se mettre au service des opprimés
écrit Marc-Olivier Bherer. dans son papier laudatoire du livre tout aussi laudatoire de Martin Duberman, Howard Zinn, une vie à gauche (Editeur Lux, 392 pages, 24 €) — "ce bouillant auteur… au parcours extraordinaire… au service des opprimés" etc, etc, etc…
L'austérité d'un tel personnage pourrait décourager le biographe, d'autant qu'il a pris soin de détruire les éléments les plus personnels de ses archives. Martin Duberman, historien et ami, a néanmoins tenté dans Howard Zinn, une vie à gauche, de raconter l'homme qu'il a connu. Dans la première biographie – en français – de ce bouillant auteur se dessine un portrait de militant au parcours extraordinaire.

 … Howard Zinn, comme le rappelle Martin Duberman, a en effet choisi d'être un véritable acteur de l'histoire. D'abord à Atlanta, où il enseigna, de 1956 à 1963, au Spelman College, une université noire. Il y prit conscience de la violence de la ségrégation et aida ses étudiants à s'organiser. Un engagement qu'il poursuit encore ailleurs dans le sud des Etats-Unis. Mais c'est véritablement la guerre au Vietnam qui sera le combat de sa vie.

 … Ces épisodes forment un palpitant récit que Martin Duberman tâche de compléter en faisant aussi revivre l'intellectuel. Il en dresse un portrait sans concession, rappelant les raccourcis employés par Howard Zinn dans son histoire des Etats-Unis, ainsi que les nombreux oublis commis. L'oeuvre, parue en 1980, n'est pas aussi révolutionnaire qu'on a pu le croire. A la même époque, de nombreux autres historiens ont également choisi de s'intéresser aux oubliés du récit officiel.

2013/08/11

"Il y a en France un climat économique et social nauséabond"


Solenne a 32 ans, encore ses airs de jeune fille, mais les soucis des veilles de grand saut. Mercredi 31 juillet, à 16 heures, elle devait quitter la France. Un départ de Paris par le vol Corsair SS 900, direction Montréal, au Canada. "Emigration ? Expatriation ?" Elle hésite : "Bonne question..." Puis elle tranche : "Expatriation." Ce départ au milieu de l'été avec pour seuls bagages deux grosses valises remplies de vêtements, de CD et de bouquins "est un choix, pas une nécessité", affirme-t-elle.
Elise Vincent a un grand article sur Pourquoi des jeunes choisissent de s'expatrier. alors que Le Monde publie un éditorial, La promesse oubliée de François Hollande.
Solenne a le profil classique des 1,6 million de Français qui vivent aujourd'hui à l'étranger. Comme la plupart d'entre eux, elle a moins de 40 ans et elle est qualifiée (bac + 5). C'est ce profil qui alimente le plus l'émigration . En février, une étude du cabinet Deloitte – l'un des plus grands cabinet d'audit et de conseil – a révélé que 27 % des jeunes diplômés voulaient travailler hors de France, contre 15 % en 2012.

Pour autant, les experts ne parlent pas encore d'émigration massive. Plutôt d'un frémissement. Contrairement aux idées reçues, pour Solenne comme pour beaucoup de ceux partis avant elle, la morosité du marché français n'est pas la principale raison de départ. "Est-ce que je serais restée s'il avait été plus facile de changer de boulot en France ? Non", assure-t-elle. Solenne rêvait d'ailleurs de toute façon. Mais elle concède : sans la crise "sans doute que j'aurais réfléchi autrement"...

"ON NE SAIT PAS SI ON REVIENDRA"

Avant de se décider à tenter sa chance au Canada, Solenne occupait un poste de chargée de communication à l'Institut français. A Montréal, elle sera propulsée directrice de la communication d'un centre de danse. Son salaire y gagnera. Elle aura des horaires plus tranquilles et pourra se loger dans une jolie maisonnette au lieu d'un T3. Son compagnon, ingénieur à la RATP il y a encore trois mois, l'y attend déjà.

\Avec un départ prévu le 5 août direction la Chine, Raphaëlle, urbaniste, et son conjoint, instituteur, sont dans la même situation. Avec les mêmes stress liés au largage des ultimes attaches affectives et administratives : dire au revoir à la famille, aux copains, trouver à qui louer leur T2 bis sur leboncoin.fr. Seule différence, ce couple de Parisiens se lance dans l'aventure avec leur petite fille âgée de 2 ans et demi.


"On ne sait pas si on reviendra", lâche d'emblée Raphaëlle, 32 ans. Son conjoint a trouvé un poste dans une école franco-chinoise dans le centre de Shanghaï. Elle pense trouver à monnayer d'une façon ou d'une autre ses services d'urbaniste. Là encore, les effets de la crise ont pu être un "accélérateur", pense Raphaëlle, mais le couple avait dans tous les cas des prédispositions à l'expatriation : ils ont passé respectivement cinq et quinze ans de leur enfance à l'étranger.

LES PAYS ARABOPHONES À FORTE CROISSANCE

Effet de génération ? La fragilité de l'économie française est par contre clairement un moteur chez Nadia et Reda, fraîchement diplômés de leur école de commerce. Agés de 23 ans et 22 ans, ils ont chacun achevé, le 13 juillet, deux ans en alternance en entreprise : Nadia au service marketing d'IBM France et Reda dans une start-up spécialisée dans le développement digital. Pour eux, partir est une évidence. Reda dit même n'avoir fait "aucune recherche en France".

  … Mais l'une des raisons qui poussent Nadia et Reda à aller voir hors de France pour une durée qu'ils ont du mal à planifier réside aussi dans les origines marocaines de leurs parents. Même si Reda ne sait pas très bien où classer ce sentiment dans la hiérarchie de ses motivations à l'expatriation, prévue d'ici à l'automne, il résume pudiquement : "Il y a en France un climat économique et social nauséabond..." "Une xénophobie et une islamophobie", ajoute-t-il quand on lui demande de préciser.

Son entourage est un peu désarçonné. Les parents de ce jeune homme d'1 m 80, au bouc et à la moustache soignés, sont agents d'entretien. Ils sont arrivés en France à l'âge de 12 ans et 27 ans. "Pour eux, c'est forcément un peu bizarre de me voir partir, surtout dans ces régions", avoue Reda qui, bon élève, a aussi fait deux ans de classe préparatoire en lettres au lycée Masséna de Nice. Si ses parents avaient des ambitions pour lui, "c'était plus aux Etats-Unis".

Une semaine plus tard, le gouvernement répond, à travers un article de Hélène Conway-Mouret (Ministre déléguée chargée des Français de l'étranger), et ce notamment au billet de Thierry Mariani (Député de la 11e circonscription des Français de l'étranger, vice-président de l'UMP) :
Non, la jeunesse ne fuit pas la France!