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2012/03/24

L'automobiliste paie une amende majorée, perd ses points, et surtout se voit refuser le droit de se défendre ; C'est inadmissible !

La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) vient de condamner la France pour avoir refusé à des automobilistes de contester leurs contraventions, et ce à trois reprises. Les juges condamnent le système de consignation, une somme d'argent à transmettre à l'administration pour avoir le droit de mettre en cause la validité d'une amende, ainsi que l'attitude de certains officiers du ministère public (OMP).

Rémy Josseaume, un des automobilistes qui a eu gain de cause, est interviewé par Anne-Gaëlle Rico in Le Monde :
L'automobiliste paie une amende majorée, perd ses points, et surtout se voit refuser le droit de se défendre. C'est inadmissible !

… Je me suis fait traiter "d'emmerdeur" et de "procédurier", mais la décision de la CEDH est finalement une grande victoire. Le ministère de la justice doit comprendre : si l'administration continue à automatiser les contraventions et les sanctions, je vais automatiser les recours devant la CEDH. L'administration ferme les yeux sur les agissements illégaux des officiers de police, ce qui est très grave. Quant à la consignation c'est du vol. Le ministère de la justice a pris acte de la décision et a promis des annonces dans la semaine. Je

2012/03/23

Si Mohamed Merah a pu assassiner c'est également parce que le djihadiste a été couvé par l'angélisme des moralistes, ces donneurs de leçons

Michel Garroté a plus sur le tueur de Toulouse :
Ivan Rioufol dénonce les complices :
« Le fanatisme salafiste ne peut être tenu pour seul responsable de la barbarie qui a terrorisé la France, en y important les germes d'une guerre civile. Si le Français Mohamed Merah, 23 ans, a pu assassiner c'est également parce que le djihadiste, se réclamant d'al-Qaida et de ses réseaux, a été couvé par l'angélisme des moralistes. Ces donneurs de leçons récitent depuis des lustres une propagande ayant décrété qu'il ne fallait pas "montrer du doigt" ni critiquer les dérives d'une religion surprotégée. L'aveuglement volontaire sur la montée de l'islam radical en France est comptable de la tragédie natio­nale. Toute une construction idéologique s'effondre tandis que tombent les masques des associations subventionnées (SOS-Racisme, Mrap, Indivisibles, etc.) : mises au service des minorités ethniques et religieuses, elles ont imposé un politiquement correct qui a interdit d'élémentaires critiques et rappels à l'ordre contre les embrigadements ».
Rioufol demande des comptes aux "moralistes". "Qui a couvé ce monstre ?", demande-t-il.
« Ceux qui, dès lundi, ont accusé tout à la fois Marine Le Pen (Dominique Sopo de SOS Racisme), les "pyromanes de l'identité française" (Bernard Henri-Lévy), "un climat de haine" (Corinne Lepage) ou "l'intolérance" menée par "ceux qui montrent du doigt en fonction des origines" (François Bayrou) se retrouvent confrontés à leur aveuglement et à leur lâcheté sur la montée en puissance de l'islam radical en France. Car le barbare, Mohammed Merah, 24 ans, Français d'origine algérienne, soutenu par un réseau familial, se réclame d'Al Qaïda, du jihad et de sa guerre menée contre l'Occident et les mécréants. Les accusateurs qui voulaient que la France silencieuse le redevienne vont devoir rendre des comptes ».
Laxisme d'Etat quant au traitement de l'islam radical en France ? C'est la question que pose Joachim Véliocas, le directeur de l'Observatoire de l'islamisation :
« L'identité du tueur étant connue, il n'est aujourd'hui pas trop tôt pour tirer quelques conclusions. Il est urgent d'en tirer rapidement, car même en cette période de deuil, je pense que les victimes auraient été les premières à vouloir mettre le doigt sur des étonnants dysfonctionnements : comment un individu, fiché pour non seulement fréquenter la mouvance salafiste mais être de surcroit déjà connu pour avoir effectué plusieurs voyages au Pakistan et en Afghanistan, où on doute qu'il y alla pour aborder ces pays sous l'angle de l'histoire de l'art, n'est-il pas surveillé de très près ?

Comment Merah a-t-il pu acquérir des armes de guerres et des munitions si facilement : une kalachnikov, un fusil-mitrailleur automatique, des pistolets, alors qu'il aurait dû être étroitement surveillée ? … »
A propos de l'affaire de Toulouse-Montauban, Bernard Antony dénonce :
"Une fois de plus, on tentait de faire avaler au peuple français la désinformation avec les trois grosses ficelles de l’amalgame classique : tout crime à motivation apparemment raciste et/ou antisémite est le fait de nazis. L’extrême-droite est réputée nazie, donc coupable. La droite nationale est réputée proche de l’extrême-droite, donc coupable, et coupable donc tout ce qui ne s’aligne pas sur la pensée unique de l’antiracisme. À cela s’ajoute désormais que l’on entend faire passer comme « musulmanophobe » toute légitime critique de la théocratie totalitaire islamique politico-sociale qui pourtant, dans des dizaines de pays, impose aux non-musulmans des régimes rigoureux ou atroces de dhimmitude. Un rédacteur du Nouvel Obs déclarait sur twitter : "p*tain je suis dégoûté que ça soit pas un nazi". Devant le tollé, il a effacé ce message et se justifie : "Je précise que le sens était : malheureusement ça va être encore un prétexte pour stigmatiser les musulmans".

2012/03/20

L'antisémitisme new-age

Alors que SOS Racisme affirme que la tuerie de Toulouse serait dû au discours du Front National, Michel Garroté fait valoir que "le sang juif qui a coulé depuis la Deuxième guerre mondiale ne l’a pas été des mains de l’extrême-droite mais davantage de l’antisémitisme new-age lié soit à l’islamisme soit au conflit moyen-oriental."
Hier soir, au Grand Journal, sur Canal+, un leader de SOS Racisme a sous-entendu que la tuerie de Toulouse serait, selon lui, en quelque sorte le résultat du discours tenu depuis des années par le Front National. Le tueur de masse serait, en plus, un néonazi. Voilà pour l’ambiance.
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Cet incroyable négationnisme de SOS Racisme est vertement critiqué par Ivan Rioufol :
« Dans un communiqué, SOS Racisme suggère de "s'interroger sur l'affaissement dans notre pays de la parole politique, intellectuelle et médiatique envers les discours racistes et en faveur des discours de vivre ensemble". Cette organisation, mise au service de la défense des minorités ethniques, pourrait aussi bien s'interroger sur sa propre responsabilité dans la mise en scène des concurrences victimaires et sur son aveuglement face aux dérives communautaristes encouragées par l'idéologie différentialiste. En 2000, les antiracistes professionnels n'avaient rien voulu voir de la montée du sentiment anti-juif dans les cités. Se précipiter ainsi pour faire la leçon relève de l'indécence »,
conclut Ivan Rioufol.
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Car, effet, le sang juif qui a coulé depuis la Deuxième guerre mondiale ne l’a pas été des mains de l’extrême-droite. L'avocat Gilles-William Goldnadel déclare ainsi à Atlantico, à propos de la tuerie à Toulouse : « A ce stade, il est urgent d’attendre avant que de commencer à conjecturer. J’ai, malheureusement, une trop longue expérience des attentats antisémites de ces trente dernières années pour savoir que les premières pistes ont rarement été les bonnes et pour me méfier des déclarations à l’emporte-pièce du personnel politique - ou plus encore des associations antiracistes. Mais je ne sais si le drame est en lien avec ce que s'est déjà passé. Une chose est certaine : de la Rue Copernic, en passant par la fusillade de la rue des Rosiers, jusqu’à la triste affaire Halimi, il est clair que le sang juif qui a coulé depuis la Deuxième guerre mondiale ne l’a pas été des mains de l’extrême-droite mais davantage de l’antisémitisme new-age lié soit à l’islamisme soit au conflit moyen-oriental. C’est une certitude absolue. Le fond historique est indéniable ».

Dans les jours à venir, nous devrons nous attendre au pire : car je ne serais pas surpris d’entendre certains alléguer que si des enfants juifs se font massacrer en France, ce serait soi-disant « à cause de la politique menée par l’Etat d’Israël »…

2012/03/19

L'Algérie et la Torture

Florence Beaugé se souvient comment Le Monde a relancé le débat sur la torture en Algérie il y a une dizaine d'années…

2012/03/18

Camus : "Une société qui supporte d'être distraite par une presse déshonorée et par un millier d'amuseurs cyniques court à l'esclavage"

L'article que Le Monde publie devait paraître le 25 novembre 1939 dans " Le Soir républicain ", un quotidien limité à une feuille recto verso que Albert Camus codirige à Alger. L'écrivain y définit " les quatre commandements du journaliste libre " : lucidité, refus, ironie et obstination.

En 1939, peu après le déclenchement de la guerre, et alors que la presse est déjà souvent censurée, l'écrivain veut publier dans le journal qu'il dirige à Alger un texte vibrant qui invite les journalistes à rester libres. Ce texte fut interdit de publication. Il est inédit. Et il reste très actuel.

Albert Camus :
Certes, toute liberté a ses limites. Encore faut-il qu'elles soient librement reconnues. Sur les obstacles qui sont apportés aujourd'hui à la liberté de pensée, nous avons d'ailleurs dit tout ce que nous avons pu dire et nous dirons encore, et à satiété, tout ce qu'il nous sera possible de dire.

… ce qu'il nous plairait de définir ici, ce sont les conditions et les moyens par lesquels, au sein même de la guerre et de ses servitudes, la liberté peut être, non seulement préservée, mais encore manifestée. Ces moyens sont au nombre de quatre : la lucidité, le refus, l'ironie et l'obstination.
C'est Macha Séry qui a retrouvé le texte aux Archives Nationales d'Outre-Mer, à Aix-en-Provence. La collobroratrice explique son enquête :
Moins encore qu'en métropole, la censure ne fait pas dans la nuance. Elle biffe ici, rature là. … Ce n'est jamais assez pour le chef des censeurs, le capitaine Lorit, qui ajoute d'acerbes remarques sur le travail de ses subalternes lorsqu'ils laissent passer des propos jugés inadmissibles. Comme cet article du 18 octobre, titré " Hitler et Staline ". " Il y a là un manque de discernement très regrettable ", écrit le capitaine. Ironie, trois jours plus tard, à Radio-Londres (en langue française), les auditeurs peuvent entendre ceci : " La suppression de la vérité, dans toutes les nouvelles allemandes, est le signe caractéristique du régime nazi. "

Le 24 novembre, Camus écrit ces lignes, qui seront censurées : " Un journaliste anglais, aujourd'hui, peut encore être fier de son métier, on le voit. Un journaliste français, même indépendant, ne peut pas ne pas se sentir solidaire de la honte où l'on maintient la presse française. A quand la bataille de l'Information en France ? " Même chose pour cet article fustigeant le sentiment de capitulation : " Des gens croient qu'à certains moments les événements politiques revêtent un caractère fatal, et suivent un cours irrésistible. Cette conception du déterminisme social est excessive. Elle méconnaît ce point essentiel : les événements politiques et sociaux sont humains, et par conséquent, n'échappent pas au contrôle humain " (25 octobre).

… " Les quatre commandements du journaliste libre ", à savoir la lucidité, l'ironie, le refus et l'obstination, sont les thèmes majeurs qui traversent son oeuvre romanesque, autant qu'ils structurent sa réflexion philosophique. Comme le football puis le théâtre, le journalisme a été pour Camus une communauté humaine où il s'épanouissait, une école de vie et de morale. Il y voyait de la noblesse. Il fut d'ailleurs une des plus belles voix de cette profession, contribuant à dessiner les contours d'une rigoureuse déontologie.

C'est aux lecteurs algériens que Camus a d'abord expliqué les devoirs de clairvoyance et de prudence qui incombent au journaliste, contre la propagande et le " bourrage de crâne ". A Combat, où Pascal Pia, son mentor dans le métier, fait appel à lui en 1944, Camus poursuit sa charte de l'information, garante de la démocratie pour peu qu'elle soit " libérée " de l'argent : " Informer bien au lieu d'informer vite, préciser le sens de chaque nouvelle par un commentaire approprié, instaurer un journalisme critique et, en toutes choses, ne pas admettre que la politique l'emporte sur la morale ni que celle-ci tombe dans le moralisme. "

En 1951, il laisse percer sa déception dans un entretien donné à Caliban, la revue de Jean Daniel : " Une société qui supporte d'être distraite par une presse déshonorée et par un millier d'amuseurs cyniques (...) court à l'esclavage malgré les protestations de ceux-là mêmes qui contribuent à sa dégradation. "

Le texte entier de Albert Camus :

Il est difficile aujourd'hui d'évoquer la liberté de la presse sans être taxé d'extravagance, accusé d'être Mata-Hari, de se voir convaincre d'être le neveu de Staline.

Pourtant cette liberté parmi d'autres n'est qu'un des visages de la liberté tout court et l'on comprendra notre obstination à la défendre si l'on veut bien admettre qu'il n'y a point d'autre façon de gagner réellement la guerre.

Certes, toute liberté a ses limites. Encore faut-il qu'elles soient librement reconnues. Sur les obstacles qui sont apportés aujourd'hui à la liberté de pensée, nous avons d'ailleurs dit tout ce que nous avons pu dire et nous dirons encore, et à satiété, tout ce qu'il nous sera possible de dire. En particulier, nous ne nous étonnerons jamais assez, le principe de la censure une fois imposé, que la reproduction des textes publiés en France et visés par les censeurs métropolitains soit interdite au Soir républicain - le journal, publié à Alger, dont Albert Camus était rédacteur en chef à l'époque - , par exemple. Le fait qu'à cet égard un journal dépend de l'humeur ou de la compétence d'un homme démontre mieux qu'autre chose le degré d'inconscience où nous sommes parvenus.

Un des bons préceptes d'une philosophie digne de ce nom est de ne jamais se répandre en lamentations inutiles en face d'un état de fait qui ne peut plus être évité. La question en France n'est plus aujourd'hui de savoir comment préserver les libertés de la presse. Elle est de chercher comment, en face de la suppression de ces libertés, un journaliste peut rester libre. Le problème n'intéresse plus la collectivité. Il concerne l'individu.

Et justement ce qu'il nous plairait de définir ici, ce sont les conditions et les moyens par lesquels, au sein même de la guerre et de ses servitudes, la liberté peut être, non seulement préservée, mais encore manifestée. Ces moyens sont au nombre de quatre : la lucidité, le refus, l'ironie et l'obstination. La lucidité suppose la résistance aux entraînements de la haine et au culte de la fatalité. Dans le monde de notre expérience, il est certain que tout peut être évité. La guerre elle-même, qui est un phénomène humain, peut être à tous les moments évitée ou arrêtée par des moyens humains. Il suffit de connaître l'histoire des dernières années de la politique européenne pour être certains que la guerre, quelle qu'elle soit, a des causes évidentes. Cette vue claire des choses exclut la haine aveugle le désespoir qui laisse faire. Un journaliste libre, en 1939, ne désespère pas et lutte pour ce etqu'il croit vrai comme si son action pouvait influer sur le cours des événements. Il ne publie rien qui puisse exciter à la haine ou provoquer le désespoir. Tout cela est en son pouvoir.

En face de la marée montante de la bêtise, il est nécessaire également d'opposer quelques refus. Toutes les contraintes du monde ne feront pas qu'un esprit un peu propre accepte d'être malhonnête. Or, et pour peu qu'on connaisse le mécanisme des informations, il est facile de s'assurer de l'authenticité d'une nouvelle. C'est à cela qu'un journaliste libre doit donner toute son attention. Car, s'il ne peut dire tout ce qu'il pense, il lui est possible de ne pas dire ce qu'il ne pense pas ou qu'il croit faux. Et c'est ainsi qu'un journal libre se mesure autant à ce qu'il dit qu'à ce qu'il ne dit pas. Cette liberté toute négative est, de loin, la plus importante de toutes, si l'on sait la maintenir. Car elle prépare l'avènement de la vraie liberté. En conséquence, un journal indépendant donne l'origine de ses informations, aide le public à les évaluer, répudie le bourrage de crâne, supprime les invectives, pallie par des commentaires l'uniformisation des informationset, en bref, sert la vérité dans la mesure humaine de ses forces. Cette mesure, si relative qu'elle soit, lui permet du moins de refuser ce qu'aucune force au monde ne pourrait lui faire accepter : servir le mensonge.

Nous en venons ainsi à l'ironie. On peut poser en principe qu'un esprit qui a le goût et les moyens d'imposer la contrainte est imperméable à l'ironie. On ne voit pas Hitler, pour ne prendre qu'un exemple parmi d'autres, utiliser l'ironie socratique. Il reste donc que l'ironie demeure une arme sans précédent contre les trop puissants. Elle complète le refus en ce sens qu'elle permet, non plus de rejeter ce qui est faux, mais de dire souvent ce qui est vrai. Un journaliste libre, en 1939, ne se fait pas trop d'illusions sur l'intelligence de ceux qui l'oppriment. Il est pessimiste en ce qui regarde l'homme. Une vérité énoncée sur un ton dogmatique est censurée neuf fois sur dix. La même vérité dite plaisamment ne l'est que cinq fois sur dix. Cette disposition figure assez exactement les possibilités de l'intelligence humaine. Elle explique également que des journaux français comme Le Merle ou Le Canard enchaîné puissent publier régulièrement les courageux articles que l'on sait. Un journaliste libre, en 1939, est donc nécessairement ironique, encore que ce soit souvent à son corps défendant. Mais la vérité et la liberté sont des maîtresses exigeantes puisqu'elles ont peu d'amants.

Cette attitude d'esprit brièvement définie, il est évident qu'elle ne saurait se soutenir efficacement sans un minimum d'obstination. Bien des obstacles sont mis à la liberté d'expression. Ce ne sont pas les plus sévères qui peuvent décourager un esprit. Car les menaces, les suspensions, les poursuites obtiennent généralement en France l'effet contraire à celui qu'on se propose. Mais il faut convenir qu'il est des obstacles décourageants : la constance dans la sottise, la veulerie organisée, l'inintelligence agressive, et nous en passons. Là est le grand obstacle dont il faut triompher. L'obstination est ici vertu cardinale. Par un paradoxe curieux mais évident, elle se met alors au service de l'objectivité et de la tolérance.

Voici donc un ensemble de règles pour préserver la liberté jusqu'au sein de la servitude. Et après ?, dira-t-on. Après ? Ne soyons pas trop pressés. Si seulement chaque Français voulait bien maintenir dans sa sphère tout ce qu'il croit vrai et juste, s'il voulait aider pour sa faible part au maintien de la liberté, résister à l'abandon et faire connaître sa volonté, alors et alors seulement cette guerre serait gagnée, au sens profond du mot.

Oui, c'est souvent à son corps défendant qu'un esprit libre de ce siècle fait sentir son ironie. Que trouver de plaisant dans ce monde enflammé ? Mais la vertu de l'homme est de se maintenir en face de tout ce qui le nie. Personne ne veut recommencer dans vingt-cinq ans la double expérience de 1914 et de 1939. Il faut donc essayer une méthode encore toute nouvelle qui serait la justice et la générosité. Mais celles-ci ne s'expriment que dans des coeurs déjà libres et dans les esprits encore clairvoyants. Former ces coeurs et ces esprits, les réveiller plutôt, c'est la tâche à la fois modeste et ambitieuse qui revient à l'homme indépendant. Il faut s'y tenir sans voir plus avant. L'histoire tiendra ou ne tiendra pas compte de ces efforts. Mais ils auront été faits.

par Albert Camus