2018/10/24

Le supposé manque de respect des conducteurs : Quel est le (très grand) couac dans cette jérémiade ?


"Un gouvernement qui impose des impôts sur les personnes non requis par une nécessité publique urgente et par une politique publique saine n'est pas un protecteur de la liberté, mais un instrument de tyrannie. Il condamne le citoyen à la servitude."
— Calvin Coolidge
(Calvin Coolidge est un président américain de la première moitié du XXe siècle (entre Woodrow Wilson de la Première Guerre Mondiale et Franklin D Roosevelt de la Seconde) oublié tant par les historiens et journalistes américains que par les historiens et les journalistes étrangers, ce qui est aisément compréhensible vu son attitude ainsi que les paroles qu'il tenait)
    En octobre 2018, un article de Jules Humbert dans Le Figaro posait la question suivante : Les Français respectent-ils le 80 km/h ?

    Nous avons déjà vu que des expressions comme "limite de vitesse" ou "la vitesse réglementaire" (qui devraient plus logiquement s'appeler la limite de lenteur et la lenteur réglementaire), "le mauvais comportement" des "délinquants" punis pour "excès de vitesse" ou "vitesse excessive", "VMA", sont des termes orwelliens dont l'utilisation, dès la case départ, fausse le débat tout entier de la sécurité routière.

    On peut y ajouter un terme qui, dans le même contexte, est tout aussi trompeur : Le "respect" — ainsi que l'expression "manque de respect".

    Il y a comme un couac majeur dans la machinerie autour de la discussion du respect dans le contexte de la Sécurité Routière. Savez-vous quel est ce couac ?

    Avant tout, examinons le sujet — il y aurait deux manques de respect dans la société actuelle : Tout d'abord, les autorités évoquent ou le soi-disant manque de "respect" par rapport aux concepts mettons théoriques a priori non humains, comme l'environnement ou la limite de vitesse (sic), le code de la route, et, plus généralement, les lois dans leur ensemble.

    Par exemple, "Les policiers de Montpellier … rappellent l'importance du respect des limitations de vitesse" est la conclusion d'un reportage sur France Bleu.  De quoi parlait-il ?  Un jour de septembre 2018, ils ont flashé 300 véhicules en deux heures seulement, s'étant installés sur la route de Ganges en début d'après-midi, de 14h à 16h. Cette portion, une longue ligne droite, est limitée à 50km/h ; "300 excès de vitesse en deux heures," nous apprend Marie Ciavatti, "c'est une moyenne de deux à trois PV chaque minute."

    J'ai déjà évoqué le fameux jour de mars 2015, durant lequel, en l'espace de seulement cinq heures, un seul et unique radar de la police danoise a recueilli tellement d'argent sur une partie minuscule de l'autoroute au sud de Copenhague — en moins d'un quart de journée, les autorités ont encaissé 2 millions de couronnes (presque 270.000 euros) ! — qu'il a fait la une des quotidiens du Danemark.

    Ensuite, il y aurait le manque de respect envers son prochain, envers les autres humains — les médias dénoncent régulièrement ce qu'on nous décrit comme une bien triste réalité dans la France d'aujourd'hui, Madâââme, à savoir les mauvaises manières du grand public et donc ce prétendu manque de respect qui sévit dans la société moderne.

    Ainsi, en janvier 2017, suite à la nouvelle que la mairie de Paris va faire passer le PV de stationnement de 17 à 50 euros en 2018, un automobiliste sur l'émission "La Nouvelle Edition" invite Anne Hidalgo à aller "se faire foutre !"  Sur le plateau de Canal +, l'une des journalistes, Émilie Besse, n'hésite pas de condamner aussitôt sa propre émission pour ce "manque de respect" ainsi que le choix de diffuser ces propos "orduriers".

    Un an plus tard, en janvier 2018, Alain Juppé essaie de présenter ses vœux dans une mairie de quartier à Bordeaux, mais il a du mal en raison des protestations et des sifflets.  En effet, 150 manifestants associés à l'Association Bordelaise de Défense des Riverains pour un Stationnement Payant Raisonné contestent le fait que la décision de l'extension du stationnement payant dans toute la ville à partir de mars 2018 a été prise sans discussion et sans concertation.  Outragé par la tumulte, le maire de Bordeaux martèle son pupitre et lance : "nulle part je n'ai vu de tels comportements …  La concertation ne consiste pas à gueuler. Ca ne sert à rien. La décision est prise et elle ne sera pas modifiée."  Quand la foule scande "concertation", "concertation", Alain Juppé répond qu'il ne discute pas avec des gens qui vocifèrent.

    "L'élu adjoint en charge de la vie urbaine a perdu son sang froid" rapporte Hélène Chauwin sur France 3 ; "Jean-Louis David fend alors la foule de manifestants et saisit par le col un homme. L'affrontement s'arrête là. Le manifestant n'est pas blessé. Jean-Louis David reprend sa place, visiblement ulcéré."

    Toujours en janvier 2018, plus d'un demi-millier de motards dans le Lot-et-Garonne qui protestaient contre le passage au 80 km/h promis ont envahi la salle des fêtes de Damazan, où se tenait l'assemblée générale de LREM 47.  "Le ton est rapidement monté entre les manifestants et les membres du parti présidentiel" raconte Stéphane Bersauter dans La Dépêche.  "Quand un motard a lâché «putain de pays» en évoquant la réforme de la vitesse sur les routes départementales, [le député En Marche de Villeuve-sur-Lot] lui a rétorqué plus que séchement. «Si t'es pas content de ton pays, tu te barres !», a lâché Olivier Damaisin … ce qui a soulevé un tollé nourri par des sifflets et des quolibets."

    Encore en janvier 2018 — c'était, après tout, le mois de l'annonce de la baisse de la limite à 80 km/h après un délai de six mois — quelques 2 000 motards sont réunis à Mâcon (Saône-et-Loire) contre la « Sécurité rentière » et des incidents éclatent après qu'une délégation est reçue à la préfecture. Un feu est allumé devant le bâtiment public et un policier est blessé aux côtes après avoir reçu un coup de pied dans le ventre. Marlène Germain, directrice de cabinet du préfet de Saône-et-Loire, dit à l'AFP « condamner cet acte de violence ».

    Il est certain que, du point de vue du gouvernement, toute violence sera mis sur le dos des protestataires et à dénigrer, voire à invalider, le mouvement tout entier.  Évidemment, il va sans dire que nous sommes tous supposés réagir immédiatement, à l'instar du chien de Pavlov, et condamner la violence autant, sinon plus, que le manque de respect.

    Mais est-on en droit de se poser quelques questions ?

    A-t'on noté que tous ces prétendus manquements de respect dans la société française actuelle sont à l'encontre de ceux qui nous gouvernent ?

    Baisser la limite de vitesse (sic) de 10 km/h sur 400.000 km de routes ?!

    Prendre la décision d'étendre le stationnement payant dans toute une ville sans discussion et sans concertation avec les habitants ?!

    Tripler les chiffres des PV de stationnement ?!

    Les citoyens n'auraient-ils donc pas le droit de s'insurger devant "de tels comportements" ?!

    N'auraient-ils pas le droit de se mettre en colère quand on les prend, manifestement, pour des vaches à lait ?!

    N'auraient-ils pas le droit de « condamner » ces attitudes, et de traiter ces décisions gouvernementales comme des « actes de violence » à leur égard, à l'égard des citoyens (ou, si vous préférez, à l'égard de leurs portefeuilles) ?

    N'auraient-ils pas le droit de se rebeller quand on veut les condamner à la servitude ?!

    N'auraient-ils pas le droit de ne pas être "content de [leur] pays" quand les conducteurs bons pères de famille, faciles à piéger, faciles à punir, voient converger autant de moyens et de célérité sur des petits écarts comparés aux véritables comportements délictuels ?!

    N'auraient-ils pas le droit d'être agacés devant la recrudescence des radars pièges et des radars sournois et des radars tirelires, toujours plus performantes ?

    Pourquoi "respecter" la limite de vitesse (sic) lorsqu'on vous oblige à aller à une vitesse (à une lenteur) délibérément contraignante et agaçante ?

    Nous arrivons à la question fondamentale :

    N'auraient-ils pas le droit de noter, enfin, un singulier "manque de respect" de la part des élus (sic) envers les citoyens ?!
Le grand couac dans la machinerie concernant la discussion de respect, c'est que le respect n'est pas et n'a jamais été quelque chose d'unilatéral. Le respect n'est-ce pas plutôt quelque chose de mutuel, de réciproque ?
    Voyez-vous, nous arrivons au couac dans la machinerie concernant la discussion de respect : c'est que le respect n'est pas, n'a jamais été, n'est jamais censé être, quelque chose d'unilatéral.

    Le respect n'est-ce pas plutôt quelque chose de mutuel, de réciproque ?

    Un exemple de respect mutuel pourrait être, je ne sais pas, moi, par exemple, au pif, ne pas limiter la vitesse (la lenteur) sur une longue ligne droite dans l'Hérault à 50 km/h…

    Reposons les questions précédentes — en termes de respect cette fois-ci :

    Les citoyens devraient du "respect" au code de la route et devraient "respecter" la limite de "vitesse" (sic) ? Vraiment ?

    De son côté, le code de la route respecte-t'elle seulement les citoyens ? De leur côté, les politiciens et les bureaucrates qui "l'édifient", ce code de la route, respectent-ils, eux, les conducteurs ?

    Le code de la route, les lois, et la limite de vitesse (sic), font-ils preuve de respect envers les citoyens, en restant de marbre depuis bientôt 50 ans?

    Les politiciens dans tout l'Occident ont-ils fait preuve de respect envers leurs populations il y a presque 50 ans en ne pas abolissant les limites de vitesse (sic) après 12 mois de fonctionnement, comme initialement promis en 1973 ?

    De façon générale, ceux qui nous gouvernent font-ils preuve de respect envers leurs concitoyens en imposant des règles et des sanctions qui ne faisaient pas partie, de façon aucune, de leurs discours de candidats et des promesses électorales de leurs partis ?

    Les politiciens font-ils preuve de respect envers les conducteurs en augmentant les prix de l'essence, en triplant le montant des PVs et en évoquant des péages à l'entrée des villes ?

    Les maires comme Alain Juppé font-ils preuve de respect envers leurs citadins (ici les Bordelais) en leur imposant une extension du stationnement payant sans discussion et sans concertation ?

    Anne Hidalgo fait-elle preuve de respect envers les Parisiens en baissant la limite sur le périphérique de 10 km/h, en fermant les quais de la Seine aux autos et en réalisant des travaux pour baisser le nombre de places de parking ?

    Les politiciens comme Edouard Philippe, Manuel Valls, et Emmanuel Macron font-ils preuve de respect envers les Français en allant contre le progrès et (comme le seul et unique pays de l'Union Européenner) en baissant les limites de vitesse (déjà "périmées") ?

    Est-ce faire preuve de respect pour les Français lorsque, pour citer Jules Humbert dans Le Figaro, "la France investit dorénavant beaucoup moins dans son réseau routier que ses voisins"?

    Est-ce que c'est faire preuve de respect envers les automobilistes (tant pour leurs intellects que pour leurs bolides) que de laisser se dégrader les routes du pays ? Est-ce montrer du respect de la part de Emmanuel Barbe, que d'avoir le toupet de vanter cette dégradation ?

    En quoi les forces de l'ordre (les gendarmes et les policiers) font-il preuve de respect pour les conducteurs quand ils les obligent à avoir l'œil rivé sur leur compteur comme sur un écran de TV ?

    En quoi le gouvernement Macron fait-il preuve de respect pour les usagers quand il annonce que pendant (au moins) deux ans, il entend les prendre pour des cobayes ?

     En quoi le président de la République fait-il preuve de respect pour le peuple quand il leur raconte que l'argent "perçu sur les contraventions, on le mettra pour les hôpitaux soignant les blessés de la route" — comme si, depuis l'invention de la voiture il y a plus d'un siècle, cette catégorie particulière d'accidentés n'était, inexplicablement, pas pris en charge et restait jusqu'ici, comme dans un trou noir cauchemardesque, sans soins ?

    En quoi Emmanuel Macron fait-il preuve de respect pour le peuple quand, cinq mois plus tard, il change son fusil d'épaule et tire soudainement de son chapeau un sujet totalement inédite (le rechauffement climatique, l'environnement et l'écologie) et complètement différent de celui annoncé par son gouvernement pendant plus de six mois (la prétendue sécurité et le soi-disant sauvetage de vies) ?

    Les rédactions de Paris font-ils preuve de respect envers leurs publics en se tournant continuellement et invariablement vers la même prétendue experte sur la sécurité routière (une certaine Chantal Perrichon) ?

    Les journalistes de l'Hexagone font-ils preuve de respect envers leurs lecteurs, leurs auditeurs, et leurs téléspectateurs en refusant de faire un effort pour montrer les (très nombreuses) vues divergeantes ?

    Les politiciens comme les médias font-ils preuve de respect en utilisant des statistiques bidon vieilles de 30-40 ans concernant un seul et unique pays scandinave avec une (minuscule) population homogène (des vikings blonds à perte de vue) ?

    Les politiciens comme les médias font-ils preuve de respect, à l'inverse, en refusant de prendre en considération des statistiques récentes concernant le continent de l'Europe tout entier (avec 513 millions d'habitants, de la Croatie à la… Suède) et montrant, entre autres choses, que le pays de la vitesse sans limite sur Autobahn (l'Allemagne) a une taux de mortalité sur la route inférieure à celle du pays des radars toujours plus sournois ?

    Les experts des chiffres "irréfutables"— « Si cette mesure permet de réduire les morts, elle aura montré son utilité » — font-ils preuve de respect (et de bon sens) en ne pas réagissant immédiatement lorsque les premières statistiques après le passage au 80 km/h montrent des chiffres catastrophiques (+8,8% de morts sur route ainsi que +5,6% d'accidents corporels en septembre 2018 par rapport au même mois de l'année précédente) ?

    En quoi fait-on preuve de respect envers les conducteurs quand ils sont réprimés, persécutés et matraqués ?

    En quoi fait-on preuve de respect envers les Français quand ils sont traités comme des vaches à lait ?