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2011/09/04

Nafissatou un agent de la CIA ? "Retourné" par l'influence de ses "amis" gauchistes, Pascal Bruckner se range aux côtés des anti-Américains primaires

…à quoi ont servi les affaires Clinton ou DSK ?
demande Pascal Bruckner dans Le Monde.
A condamner l'érotisme pour mieux en parler, à se pourlécher des semaines, des mois durant de détails croquignolets, à évoquer la fellation, la semence, les organes génitaux avec une gourmandise faussement indignée.
J'ai cité Pascal Bruckner de nombreuses fois dans mon livre, La Bannière Étalée — notamment lorsque, à l’époque de la guerre en Yougoslavie, il disait qu'il existe en Europe un groupe de critiques primaires, pour qui le pire crime d’un tyran comme Milosevic ne pourra jamais égaler le crime fondamental de l’Amérique : le simple fait d’exister.

Et c'est donc avec une double dose de tristesse qu'on s'aperçoit qu'il prend pour pain bénit le politiquement correct et la pensée unique des gauchistes, auto-congratulatoires, sur par exemple la guerre "désastreuse" en Irak (les médias américains de la Côte Est, anti-Bush pendant huit ans, "de purs et simples propagandistes du département d'Etat" ?!) ou la prétendue "hypocrisie" de la société américaine, et que Pascal Bruckner semble donc s'être rangé du côté des anti-Américains.

En effet, la rare enquête d'une Joan Buck dans "le très sérieux magazine Newsweek" (qui perd ses lecteurs de semaine en semaine) sur "la sexualité archaïque des Français" n'est rien à côté de ce que j'ai entendu, ce que j'ai lu, et ce que j'ai vu sur les Américains en France depuis avant l'an 2000 — et dont le propre article de Pascal Bruckner, d'ailleurs, n'est que l'exemple le plus récent.
De quoi s'agit-il en l'occurrence ? De redoubler la condamnation des plaisirs par la criminalisation de l'acte hétérosexuel : tout homme est un violeur en puissance, toute femme une victime potentielle. Le compliment est la première étape du harcèlement, la drague un viol anticipé, la galanterie un euphémisme pour dissimuler la volonté de prédation. La chair est corruptrice, le désir dangereux.
Tout ce que Pascal Bruckner reproche aux États-Unis, c'est-à-dire aux Américains puribonds ("On se souvient peut-être de cette université de l'Ohio qui avait tenté au début des années 90, appuyée par la principale organisation féministe de l'époque, de promulguer une charte réglementant l'acte intime entre étudiants"), est en fait le fruit de décennies de théories de la gauche, avec leur soutien aux féministes extrêmistes.
Cette codification folle est le lot d'une société paniquée, dépourvue de toute culture amoureuse et qui veut imposer une police du désir à tous.
Cela ("cette inquisition démocratique"), ce n'est pas le désir des Américains (surtout pas des conservateurs, dont le motto serait plutôt Don't Tread on Me ou Laissez-Moi Tranquille), mais des gauchistes de tous pays.
La vie privée disparaît, l'impératif de transparence conduit au triomphe de l'hypocrisie et à la surveillance de tous par chacun.
Et tout ce que pour lequel se battent les Tea Partiers tant honnis, Pascal Bruckner, c'est contre la raison du tout-état, tant contre l'œil vigilant des autorités et des bureaucrates que contre "l'œil vigilant des avocats prêts à faire les poches" des honnêtes citoyens.

Par ailleurs, un lecteur du Monde réagit :
On appréciait un Pascal Bruckner " écrivain et essayiste ", on découvre un mauvais scénariste ressassant une haine de l'Amérique aux relents déplaisants.

Pascal Bruckner s'empare de l'affaire Strauss-Kahn pour se lancer dans une analyse mi-sociologique, mi-psychanalytique très sommaire de ce qu'il croit être l'Amérique, en colportant des clichés surannés et grotesques (" Ne pas prendre l'ascenseur seul avec une étudiante " !).

Son imagination le conduit à affirmer : " Punir la France pour l'Irak, pour Roman Polanski, pour les lois sur le voile... tel est le sens ultime de l'affaire DSK. " C'est tout ? Où diantre M. Bruckner est-il allé chercher tout ça ? Pour un peu, on sent qu'il n'est pas loin de penser que Nafissatou Diallo est un agent de la CIA ! Il s'égare et semble se refuser à admettre la réalité de l'affaire Strauss-Kahn.

Le rapport du procureur Cyrus Vance énonce en résumé et très clairement : " Il y a eu une relation sexuelle précipitée, et probablement non consentie. " Dans la certitude de ne pas pouvoir réunir l'unanimité de douze jurés pour faire condamner DSK en raison du manque de crédibilité de Mme Diallo, le procureur Vance renonce au procès.

Juridiquement, l'abandon des poursuites à l'encontre de DSK ne signifie nullement — contrairement à ce que voudraient faire croire l'entourage, les avocats et thuriféraires habituels de DSK — que celui-ci est innocent. Il signifie plus prosaïquement que la justice renonce à découvrir une vérité qui ne restera connue que des deux protagonistes.

Dans la non-connaissance de LA vérité, l'attitude la plus digne à observer — avant de distribuer des anathèmes délirants — réside dans un silence prudent, en observant qu'en tout état de cause, c'est bien dans le seul comportement de DSK que se situe le point de départ de l'affaire.

Dominique Brun
Neuilly-sur-Seine