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2008/09/04

Les Estoniens devraient écouter leurs voisins et se demander s'ils sont plus proches de l'UE que ne l'est la Géorgie

Dans une interview avec Olivier Truc dans Le Monde, le président estonien, Toomas Hendrik Ilves,
appelle les autres pays à repenser radicalement leur approche de la Russie. "La théorie post-1991 du nouvel ordre mondial, après l'effondrement de l'URSS, selon laquelle la Russie n'envahirait plus, est désormais obsolète, déclare-t-il au Monde. L'hypothèse fondamentale de toute l'architecture de la sécurité européenne depuis 1991 a été changée. Nous devons complètement repenser l'idée même de sécurité en Europe. Cela prendra des mois, voire des années."

Il sait, par expérience, qu'avec la Russie, les choses ne changent que si la Russie elle-même le décide. Aussi, discuter de punition ne l'intéresse pas actuellement. Cela ne ferait que glisser sur la carapace russe. "Nous avons affaire à une Russie agressive, poursuit-il. Voyez, par exemple, (le président russe Dmitri) Medvedev sermonner le président moldave (Vladimir) Voronine à propos d'une autre de ces régions mafieuses qu'est la Transnistrie. C'est un retour à la loi de la jungle, quelque chose entre le comportement de l'empire britannique du XIXe siècle et le gangsta rap : c'est à cela que cela me fait penser.

…Quand on lui demande s'il craint que la Russie prenne le prétexte de venir en aide à l'importante minorité russophone qui vit en Estonie (environ un tiers de la population, comme dans la Lettonie voisine) pour interférer dans les affaires du pays, ainsi que l'a suggéré le député européen estonien Tunne Kelam, M. Ilves est tout aussi catégorique. "On ne fait rien aux Russes d'Estonie qui pourrait entraîner une telle réaction, répond-il. Et la dernière fois que cet argument a été utilisé, c'était par Milosevic, et avant par Hitler. Quand on évoque ce genre d'arguments, on ne parle pas de l'Europe civilisée."

La principale erreur, selon lui, a été commise lors du sommet de l'OTAN à Bucarest, en avril, quand la Géorgie et l'Ukraine se sont vu refuser l'accès au Plan d'action pour l'adhésion (MAP) à l'OTAN, notamment sur le blocage de l'Allemagne et de la France. "Je crois qu'il est assez évident que ce refus a été interprété par la Russie comme un feu vert pour faire ce qu'elle voulait en Géorgie", dit-il.

Ce qui l'inquiète, aujourd'hui, c'est la réaction de certains hommes politiques européens qui disent craindre la formation d'une "coalition anti-Russie" au sein de l'UE. "Je dois dire que je suis plus inquiet de la formation d'une "coalition pro-Russie" qui place ses intérêts financiers au-dessus des valeurs fondamentales de l'Europe", conclut-il.

And yet, those ever-more-lucid-than-everybody-else Le Monde readers are back in the comments section. If they are representative of French citizens as a whole, then what is denounced in France over and over and over and over again is… American imperialism and the American… "gangster nation":
il faut être bien naïf pour croire que les bases et les flottes de guerre (hors des USA), l'OTAN, les coups d'Etat de la CIA ne servent pas d'abord et avant tout les intérêts de l'impérialisme US, y compris en Europe. L'invasion de l'Irak, incomparablement plus injustifiée et barbare que celle de la Russie vous satisfait-elle? Seriez vous de ceux qui pronent la guerre et le colonialisme tant que cela profite aux "Occidentaux"? Peu vous importe que cela soit dû au gangster US?
There is more about America's occupation of Europe and America's threats towards Russia (with "their agent, Yeltsin")
Les USA occupent l'Europe depuis 1945 (bases, présidents soumis), et auraient dû s'en retirer au moins en 1991, car sans plus de pretexte "soviétique" (d'autant que leur agent Eltsine détruisait la Russie). A contrario les USA en ont profité pour occuper de plus en plus de pays et menacer la Russie à sa frontière (pays baltes, Pologne, Géorgie). Alors que les dirigeants européens veulent rester soumis aux USA, la Russie le refuse. Les européens libres devraient prendre exemple de la Russie.
You read that right: the Baltics, Poland, and Georgia are occupied by the Americans while "free [sic] Europeans" should look to Russia as an example! Better yet! Finland (and finlandization) are subject to praise (!?!!)
Avec des dirigeants nés à l'Etranger, éduqués aux Etats-Unis et formés à la propagande anti-communiste, on comprend que les relations se détériorent avec le voisin russe : le prisme idéologique n'a jamais fait bon ménage avec le pragmatisme ! Ces pays jouent avec le feu et ce n'est pas l'OTAN qui les préservera d'une révolte intérieure de leur minorité russe qui se plaint depuis longtemps d'être des citoyens de seconde zone !Pourquoi personne ne s'inspire de la sage Finlande ?
If Europe does not have a European army, whose fault is it? Nato's — of course! (Which is also "[le] véritable agresseur en l'espèce")
N'est-ce pas à cause de l'Otan que nous n'avons pas une armée européenne digne de ce nom ? L'otan, dans ce glacis, est plus ou moins incapable de servir la paix (n'est-ce pas, quand-m^me, ce à quoi nous aspirons ?), les américains ayant des vues mercantiles sur la région, et les russes ne voulant pas se faire tondre la laine sur le dos. Ah, c'est sûr, il faut montrer ses muscles devant Poutine, pour être crédible, mais tant qu'on comptera sur l'ami américain pour régler nos prob
In fact, why isn't Estonia's President — and therefore this article — credible in the first place? Because Toomas Hendrik Ilves is intractably linked to big, bad, treacherous America!
Cet ancien journaliste de Radio Free Europe, né en exil en Suède et éduqué aux Etats-Unis...Tout est dit dans cette petite phrase ! les Européens convaincus n'ont que faire des "petits conseils "de ce pas trés "honorable" correspondant
In any case, there is hardly reason to be distrustful of the Russians, since "one cannot see Moscow's interests in taking over those territories". Big bad America's interests, on the other hand, that's another story: those interests can be seen everywhere…
Les inquiétudes des baltes sont pour le moins compréhensibles, pour ne pas dire légitimes (encore qu'on ne voit pas quel intérêt Moscou aurait à remettre la main sur ces territoires).
Indeed: Poor Russians!
Pourquoi les Baltes, la Georgie, L'Ukraine dans l'Otan ? Depuis leur accession à l'Indépendance ces pays sont en ébullition perpétuelle! L'Ukraine brime Russes et Uniates ! La Georgie assistée de barbouzes états-uniennes opprime les Ossètes, Abkhazes, et Adjares ! L'Ukraine, la Pologne, les Pays balte sont souvent dirigés par des émigrés élèves des Universités EU qui n'ont rien appris ni rien oublié ! L'Ouest a tourné la page avec l’Allemagne, l'Est doit en faire autant avec la Russie.
Meanwhile, Hubert Védrine has these stirring and courageous words to say in Le Monde — namely that Russia's reaction is normal, as Moscow is a victim of faits accomplis:
"Nous sommes dans une situation d'interdépendance", estime M. Védrine, qui ne permet pas à l'UE de suivre la ligne dure préconisée par les pays baltes, en appliquant des sanctions ou en envoyant des troupes de maintien de la paix :

Pour l'ancien chef de la diplomatie française, ce conflit doit être l'occasion pour l'Occident de repenser sa politique russe. "Les Occidentaux se sont fait des illusions quand ils ont cru que l'histoire était finie après la fin de l'Union soviétique, explique-t-il, quelqu'un d'aussi pondéré que Michael Gorbatchev n'a cessé de répéter que la Russie était toujours placée devant des faits accomplis : l'élargissement de l'OTAN, le développement du bouclier antimissile américain, l'indépendance du Kosovo... Ce n'est pas étonnant qu'à un moment ou à un autre, il y ait une réaction. Même si elle est brutale et disproportionnée."
One interesting comment, though, is the one in which one (lone) Le Monde reader is so stunned by the ubiquitous pro-Russia comments that he cannot but wonder if the newspaper's comments section hasn't been taken over by the KGB:
Ce qui me frappe dans les réactions d'abonnés aux articles sur l'invasion de la Géorgie par la Russie, c'est le nombre de partisans de la Russie. La pauvreté des arguments, réprise plate de la propagande russe, et leur agressivité anti-américaine font que je me demande s'il ne s'agit pas de trolls du KGB. Les Russes ont déjà montré de quoi ils sont capables en matière d'attaques Internet et ça me paraît plausible que Moscou essaie de vendre ainsi sa salade sur les sites de journaux occidentaux.
If Antoine B read La Bannière Étalée, he would learn things such as the comment by Stanislas Sorokine, a KGB colonel during the Cold War:
Il n'était pas trop difficile de trouver des Français qui, sans avoir le sentiment d'espionner au profit de l'URSS, étaient disposés à une collaboration contre un ennemi commun : les Etats-Unis. C'était après tout la ligne officielle de votre gouvernement à l'époque.
A question to ask oneself (whether one is French or American or Estonian or Russian or another nationality): Has that French line, official or otherwise, ever changed?

2008/09/01

Les soldats français savent que pour réussir une mission de paix, il faut parfois mener des opérations de guerre

Évoquant les "dix soldats français … morts en Afghanistan", Bernard Kouchner and Hervé Morin écrivent dans Le Monde qu'
ils savaient que pour réussir une mission de paix, il faut parfois mener des opérations de guerre.
While the foreign and defense ministers speak well, though, Le Monde readers and pundits seem to reject their viewpoint en masse (to put it diplomatically), Collège de France professor Gérard Fussman seemingly seeing some sort of monkey business in the fact that when they were killed, the French troops were protecting the flank of America's Begram base (Fussman adds that "les troupes de l'OTAN sont dans une situation pire que les troupes soviétiques") and numerous Le Monde readers (i.e., numerous French citizens) preferring to evoke American folly, American treachery, American plots, and "the American Big Brother".

The home front: "An ocean of cowardice"?

One commentator compares the government ministers' opinion piece to the pronouncements of Nazi Germany and/or Vichy France ("de la propagande de masse du même type que celle des années 1940 à 1944"), "La France n'a rien à faire dans cette galère" says another, "SOLDATS RENTREZ CHEZ VOUS CETTE GUERRE N'EST PAS LA NOTRE!" yells yet another, "l'éconiomie américaine est basée sur la guerre et nous, on suit" deplores a fourth, "Pourquoi ne parlent-ils pas du pipe line vers l'océan indien ????" asks a fifth, "l'Otan est l'invention des usa" charges a sixth (who respects all proper names' respective capital letters in his comment except… — for Uncle Sam's), "c'est une véritable dictature militaire US qui se cache derrière l'Otan et ses têtes de pont aux portes de la Russie" reveals a seventh (who adds that he hopes that Beijing will help bring America down — "Reste à espérer leur effondrement financier via la Chine et l'"himalaya" que représente les bons du trésor US"), as another evokes — I kid you not — the Russians as victims (!) of a plot masterminded by Bush ("torturés de voir comment on traite les russes victimes d'un complot ourdit par Bush") and a ninth evokes a future betrayal of NATO ("si demain il faut trahir l'OTAN ou l'Europe") while a tenth describes the war of the 1980s as pitting the Taliban terrorists, "amis des USA (qui les ont formés, armés, reçus à la Maison Blanche)", against (note the positive descriptives throughout the short phrase) "le régime laïc soutenu par l'URSS" (all-the while calling the 9-11 attacks a "preemptive attack by Bin Laden" (!!) — "probablement une attaque préventive de Bin Laden"), an eleventh quotes …Robespierre (!), and a clueless loser claims that it is the French "[qui] faisons le sale boulot pour les Americains" adding (just in case you were wondering), "ce qui rend le sacrifice de nos momes encore plus triste".

Meanwhile, one loner, fg, attempts to set things straight by putting the word "Mômes" (kids) for soldiers into perspective and by evoking "an ocean of cowardice" where "it is easier to throw up all over the Americans":
On s'engage au RPIMA [Régiment de Parachutistes d'Infanterie de Marine] quand [on] est prêt, s'il le faut, à mourir en héros pour la France. C'est ce qu'ont fait ces 10 militaires. Au cours de l'Histoire, ce sont parfois quelques uns de ces hommes qui, plongés dans un océan de lâcheté, ont sauvé l'honneur. En d'autres temps, j'aurais préféré ne pas avoir à compter sur ceux qui refusent de voir le nouveau fascisme djihadiste pour ce qu'il est, sous prétexte que l'Afghanistan est loin et parce que c'est plus facile de vomir sur les américains.