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2004/07/07

"Absolument aucun reportage en Allemagne sur les développements positifs en Irak"

Et en Allemagne, les médias sont-ils un peu moins partisans qu'en France? Lisez une lettre parue dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, et traduite par les services de David's Medienkritik.
Today, supporters of the war are no longer to be heard. Has it then, aside from the question of weapons of mass destruction, been so clearly shown that they were wrong? One could draw a better judgment if the F.A.Z. would not exclusively to report on the political development and the violent clashes. (...)

One hears very little about these positive aspects of the development in Iraq in the German media including the F.A.Z. Those interested are unfortunately dependent upon the website of the American government. I read there for example that more than 2300 schools have already been reopened, that the building of a further 4500 schools is planned in the next four years, that more than eight million school books have been printed and distributed, that almost all children are going to school again, that this year 950 million dollars are being spent on the health care system (under Saddam Hussein: 16 million dollars in 2002) that everywhere in the country women’s centers are being opened and so on.

All propaganda? Hard to judge as long as there is virtually no reporting on this aspect of the development in Iraq on the part of independent media. Next to politics and acts of violence, scandals, at the most, are seen as worth reporting. When Americans, in an unforgivable manner, brutally abuse dozens of prisoners, it is rightfully made into a matter which is reported on in great detail for weeks at a time.

But when it comes to the building of the Iraqi school system by other Americans, which carries significance for hundreds of thousands of boys and girls, there is, as far as I can see, absolutely no reporting on the matter in Germany. It would also be of great interest to me what the newly won freedom of opinion, for example in the universities, means to the Iraqis. But I have searched in vain, also in my Frankfurter Allgemeine, for reports on such themes.

2004/07/06

George Bush fête son anniversaire
le 11 juillet (il sera âgé d'1 an)

This nation is peaceful, but
fierce when stirred to anger

George W Bush

Dans cinq jours, George Bush fêtera son anniversaire. Certains diront que ce n’est pas vrai, que l’anniversaire du président américain, c’est aujourd’hui. De toute évidence, nous ne parlons pas de la même personne. Et le George Bush auquel je pense ne fera pas beaucoup la fête, en fait, puisqu’il aura 1 an.

Le George Bush auquel je pense n’est pas celui dont le nom complet est George Walker Bush, ni celui dont le nom complet est George Herbert Walker Bush, mais celui dont le nom complet est George Bush Abdul Kader Faris Abed El-Hussein (sans relation aucune avec Saddam). Et ce George Bush-ci naquit à Bagdad le 11 juillet 2003.

D’après mes renseignements, les parents de George Bush ont nommé leur fils d’après un leader occidental qu’ils admiraient particulièrement. Cet homme a dû les impressionner, pour qu’ils donnent à leur fils le nom de quelqu’un qui ne soit pas de leur foi, avec un nom dont les racines ne sont pas de leur culture. (Un peu comme si un Occidental — mettons, quelqu’un du clan Bush — donnait à son nouveau-né un nom tel que celui de Mohammed Ahmed Youssouf Bush.)

Une idée me vient à l’esprit. Peut-être que l’Occident devrait envoyer des représentants à Bagdad. Des gens comme ceux que David Brooks appelle “les membres de la brigade des railleries”, “les charlots des cellules de réflexion et le reste de la communauté des commentaires” dans “leur mode habituelle du ciel qui nous tombe sur la tête” — des gens comme José Bové, François Hollande, Jacques Chirac, Gerhard Schröder, José Luis Zapatero, Jean-Marie Colombani, Dominique Dhombres, Plantu, Willem (pour ne mentionner que les Européens), etc… Ils pourraient choisir quelques intellectuels connus, les “armer” avec les arguments habituels, et les envoyer à Bagdad.

Et une fois sur place, ils devraient essayer de retrouver les parents de George Bush. Une fois que le couple aura été localisé, ils devraient patiemment essayer de leur expliquer la vérité. Cela incluerait les faits incontestables suivants…
• que la guerre n’avait pas de raison d’être, et fut conduite pour des raisons inavoués (et inavouables)
• que l’Irak, et le monde, allaient bien mieux avant le conflit
• que la présence de soldats étrangers (de surcroît, infidèles!) représente une humiliation pour le petit George Bush et ses concitoyens
• que leur sentiment primaire envers l’Amérique (ou en tout cas, l’administration Bush) ne peut être autre que l’amertume, à cause de la situation actuelle, dans laquelle des milliers d’Irakiens (avant tout des membres du parti baasiste) ont été tués en plus d’un an (un peu plus que la vie du petit George Bush) et regretter la situation antérieure dans laquelle ces membres du parti baasiste tuaient des milliers d’Irakiens tous les mois, dans la plus parfaite impunité
• que, contrairement à de George Bush, eux, les membres plus-humanistes-que-nous-tu-meurs du “camp de la paix”, ne pensaient (et ne pensent) qu’aux meilleurs intérêts des concitoyens de George Bush
• oh, et bien sûr, que l’homonyme de George Bush n’est rien de plus qu’un clown et un sacré menteur.

Une fois que les parents du petit George Bush auront été convertis à la vérité à la mode le ciel est en train de nous tomber sur la tête, “les membres de la brigade des railleries” pourront aller travailler sur les autres membres de la population d’Irak.

Les membres de “la communauté des commentaires” pourraient commencer avec Mohammed, Ali, et Omar, les trois frères d’Iraq the Model et aggrandir le cercle, pour inclure les Irakiens qui ont perdu mains et langues aux mains des brutes de Saddam, qui ont été défigurés à l’acide, dont les mères, les sœurs, et les filles ont été violées, et dont les parents, les frères, et les fils ont été abattus et jetés dans des tombes anonymes. Avec de la chance, “les charlots des cellules de réflexion” pourraient éventuellement atteindre le gros de la population, ceux qui, dans un sondage après l’autre, se déclarent satisfaits par une guerre qui a renversé le boucher de Bagdad et qui ont une vision plus optimiste de l’avenir que jamais.

Rassemblons-nous, pour leur souhaiter bonne chance, à ces VIPs de la pensée unique, et leur faire savoir à quel point nous souhaitons que leur mission sacrée se passe bien.

Oh, j’allais oublier: Joyeux anniversaire, George!

Read the English version

2004/07/04

Réflections sur le patriotisme américain

Le 4 juillet est le jour national américain. Un jour, en France, comme un autre pour se lamenter de leur patriotisme regrettable. Une critique de films illustre cette prise de position par rapport aux Américains. Quand sortit La Chute du Faucon Noir, la critique du “quotidien de référence” descendit le film en flammes, et dans la foulée, elle lâcha une bordée sur En territoire ennemi. Pourquoi? Parce que ces films étaient mal filmés? Non. Parce que le jeu des acteurs était approximatif? Non. Parce qu’ils prenaient des libertés avec la vérité? Non plus, en tout cas pas trop : tous deux étaient basés sur des faits réels (l’un évoquait l’hécatombe des populations en Somalie et l’autre parlait des charniers serbes des guerres dans l’ex-Yougoslavie).

Non, les films furent incendiés parce qu’ils présentaient une “idéologie contestable” et “des visées propagandistes”, c’est-à-dire “une valeureuse image du patriotisme et de l’endurance des soldats américains”. Et au critique de s’indigner que les soldats d’Aidid sont montrés en tant que “sadiques, tricheurs, vicieux […] les alter ego des Germains sauvages […] dans Gladiator, du même Ridley Scott.” Metteur en scène que le critique regrette de ne pas montrer “le racisme ordinaire de certains soldats américains ou à s’interroger sur la politique africaine du président Clinton”. (Le critique n’est visiblement pas au courant que la genèse du film tient en grande partie à la contestation de la politique de Clinton et que des titrailles à la fin du film expliquant ceci n’ont été retirées qu’à cause des attentats du 11 septembre.)

En d’autres mots, le patriotisme US serait d’un tel danger, et d’un tel ridicule, que même au centre des pires atrocités en Europe depuis la Seconde Guerre Mondiale, et même en pleine tuerie de masse de populations affamées, c’est ce fléau sournois-là qu’il faut combattre et dénoncer par tous les moyens. Il est tellement insipide qu’il éclipse les crimes des seigneurs de guerre somaliens et des dirigeants yougoslaves. Que les milices aient effectivement mitraillé la population somalienne, quelle importance comparée au fait que certains G.I.s aient pu émettre des propos racistes! Qu’importent les charniers en Bosnie? Qu’importent les massacres à Mogadiscio? Par comparaison avec le simple fait que Hollywood puisse penser à sortir des films qu’on pourrait qualifier de patriotiques, et le terrible danger que cela représente, ces atrocités semblent s’évaporer dans la modicité.

Pour revenir à la scène internationale proprement dite, un grand quotidien français se demande si on ne doit "pas craindre l'instauration d'une Pax americana". Est-ce qu'on rêve ici ou quoi! La raison pour laquelle je trouve cette accusation profondément offensante est que pendant quatre années, la guerre a sévi chez les ex-Yougoslaves. Il y a eu des meurtres, des tueries, et des viols. Des crimes, des charniers, et un génocide. Maintenant, enfin, la communauté internationale a su y mettre fin (mais pour combien de temps — l'avenir nous le dira). Mais parce que ce sont les Américains qui y ont mis fin, on s'abstient de s'en féliciter. De mémoire d’homme, les Serbes sont parmi les pires criminels à mener une guerre en Europe depuis 1945, et leur carrière est terminée, du moins pour le moment. Mais pour quel danger s'alarment certains Européens? Que la paix soit venue des Américains…

Le Patriotisme U.S.

Je comprends tout à fait l’ironie cinglante à propos du patriotisme US, tant de la part de contestataires américains que d’habitants d’autres parties de la planète. Après tout, l’Amérique n’est-elle pas cet ensemble dont “l’existence même est un crime” et n’est-elle pas à la racine de tous les malheurs du globe de ces dernières 50 années? Si cela est vrai, alors le patriotisme ne peut être qu’un leurre dangereux ou une espèce de maladie ou de superstition, des gens qui croient — comme ils sont ridicules! — aux sorcières et aux bonnes fées.

Car chacun le sait : toute société qui n’offre pas les garanties et la protection sociale du type européen ne vaut pas la peine d’y vivre ou d’y croire, et tout régime qui ne tente pas de s’en nantir ne vaut pas la peine de rester au pouvoir. Et toute personne qui pourrait penser le contraire ne peut être que sous le charme d’un écran de fumée qu’on ne peut que regretter, déplorer, et moquer. Alors, l’Amérique, avec son “envie d’en découdre” et son “excès de testostérone” qui a “enfiévré le pays” est évidemment d’un ridicule, et d’un danger, sans précédents.

Des amis à moi reviennent des États-Unis avec le même sentiment d’exaspération à la bouche : comment peut-on être aussi patriotique, c’est-à-dire aussi superstitieux?

Je leur réponds que l’on m’excusera, mais je ne sais pas de quoi ils parlent. Que se passe-t’il quand on va aux États-Unis? On voit beaucoup de bannières étoilées et… c’est à peu près tout. Non? On ne voit pas des manifestations hystériques scander à travers les rues. On ne voit pas des banderolles “Down with the Taliban” ou “Death to Iraq”. On n’entend pas les “cowboys” crier “Vive la guerre!” Je n’ai pas vu d’Américains mettre le feu à des drapeaux afghans ou irakiens (ou vietnamiens). Je n’en ai pas vu lancer des tomates ou des cocktails molotov sur l’ambassade soviétique ou chinoise.

Quant aux alarmistes qui préconisent aux Américains (et aux autres) de ne pas faire l’amalgame entre les terroristes et l’Islam, soit — pour le plus grand bonheur du monde — leur appel a dû être entendu. Ou alors… les Américains ne seraient peut-être pas si débiles, et retardés, que veulent bien le croire les alarmistes en question (qui, de ce fait, ne seraient peut-être pas, contrairement à ce qu’ils semblent penser, les seuls à être assez intelligents pour ne pas faire d’amalgames inconsidérés). En effet, quand on fait valoir que George W Bush a fait un discours dans une mosquée américaine, ou qu’il ait observé le Ramadan, ou qu’il ait évoqué un plan Marshall pour l’Afghanistan, on étouffe de rire ou de mépris, car évidemment cela ne peut être que du pipot. Or, contrairement à certains pays de l’Europe, l’Amérique ne rengorge pas de mosquées (ou de synagogues) brûlées et violentées.

En janvier 2002, le Council of American-Islamic Relations avait mis la responsabilité de huit meurtres sur des réactions aux évènements du 11 septembre ; la police confirma seulement l’une, au plus deux, d’entre eux comme motivés par la haine anti-arabe ou anti-musulmane. Dans tous les cas, on est loin de cette peur, exprimée tant en Amérique qu’ailleurs, que les Américains allaient “faire l’amalgame” et déchaîner une vague de terreur contre la population musulmane de leur pays. (Encore une fois, les Européens prônent que sans le concours de leurs précieux conseils, les Américains irréfléchis agiraient de manière irresponsable.)

Nous avons vu qu’en creusant un peu, les activistes ne s’avéraient pas toujours être aussi neutres, idéalistes, et cohérents qu’ils semblent le croire eux-mêmes, mais présentaient bien des inconsistances, tout comme les Américains qu’ils critiquent. Il en est de même avec le nationalisme. Par contraste avec l’ironie exprimée à l’encontre du patriotisme américain (et des pays occidentaux), ils semblent souvent s’émerveiller devant la fierté nationale des PVD quand leurs peuples (ou plutôt, leurs leaders) évoquent leurs “aspirations nationales” et la construction et l’avenir de leurs nations.

Au lendemain du 11 septembre, donc, les Américains ont sorti les Stars and Stripes, ils ont apporté leur soutien au président en place, et ils se sont retroussés les manches pour aller au travail. En tant que trait de caractère qui serait hautement risible, je trouve le patriotisme plutôt solennel et “low-key”. Et il n’y a rien de neuf à cela. Le journaliste Arthur Higbee, un vétéran de la guerre dans le Pacifique, écrit même dans le International Herald Tribune qu’après Pearl Harbour, “très peu de gens ont sorti les couleurs, et personne ne portait un badge à l’effigie du drapeau. Il n’y avait pas besoin d’agiter la bannière. Le ton de la nation en était un de sombre détermination”. “Grim determination” : voilà une description du ton de l’Amérique patriotique bien meilleure que la caricature qu’a écrit la pacifiste Dana Burde — “les cris assourdissants réclamant la guerre et la vengeance, combinés à la censure médiatique, ont quasiment noyé les quelques voix qui existaient à gauche” (soit les seules voix qui font preuve de raison et de philosophie, évidemment) — caricature dont la teneur a été reprise dans les journaux français, européens, et arabes.

Mais ce n’est pas seulement en temps de guerre que le patriotisme est plutôt low-key. Alors que nombre de pays favorisent les défilés militaires, le Fourth of July est avant tout la fête ; oh, certes il y a une flag ceremony avec une poignée de militaires présents (un de chaque service — army, navy, air force, marines), mais c’est avant tout la fête, avec des barbecues de hotdogs, de hamburgers, et de spare ribs, des jeux, et un feu d’artifice.

Et s’il y a une place réservée pour les militaires et les vétérans pendant les défilés, que ce soit du 4 juillet ou à d’autres moments de l’année, ils ne sont qu’une pièce dans le puzzle qui comprend aussi les orchestres, les pom pom girls, les floats (les “chars” construits de toutes pièces pour faire la fête), les groupes ethniques (Italiens, Polonais, etc), les cowboys, les Indiens, et les clowns — j’ai déjà eu l’occasion de voir un défilé où les militaires en rang serré étaient précédés, et entourés, par des dizaines de clowns! On pourrait presque en venir à croire que finalement, le patriotisme U.S. n’est peut-être pas si périlleux, ou mystificateur, que cela.

Les Européens évoquent alors certaines expressions des Américains : “face à la vision d’un monde partagé entre « bons » et « méchants », les Européens ont beau jeu de réclamer une analyse plus sophistiquée des relations internationales.” Surtout, ils citent la phrase de George W Bush : “Nous sommes bons”.

Mais que font les Européens sinon dépeindre le monde partagé entre méchants — les Américains simplistes, justement, les capitalistes, les réactionnaires — et bons — les Européens (eux-mêmes, faut-il le souligner?), les «peuples», tous les soi-disant exclus du monde? La vue européenne du monde étant que les Américains ont une vue simpliste du monde à laquelle s’opposerait la vue sophistiquée européenne n’est-elle pas, elle-même, quelque peu… simpliste?

D’un côté, vous avez les abrutis (les Américains) et de l’autre, vous avez les sages (les Européens). En fait, le weblog que vous avez devant les yeux est très consciemment un weblog faisant état à ce que je tiens pour l’évidence même, que la politique des Américains est loin d’être aussi diabolique qu’on le prétend, tandis que celle prônée par les Européens est loin d’être aussi pure, salutaire, et avant-gardiste qu’on le dit. (Avec preuves à l’appui.)

Que dit celui qui, le nez levé, proclame que "nos valeurs et celles des Américains ne sont pas les mêmes"? Ne dit-il pas exactement la même chose? Que nous les Européens sommes bons? Il le dit d’une manière peut-être un peu plus raffinée que les Américains, mais en fin de compte, le contenu du message, c’est la même chose.

Je souhaite a tout le monde a happy Fourth of July!

(Lady Liberty Fireworks: Thanks to Bob Gurfield)