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2012/12/28

2012/12/27

Débat ou pugilat ? Tout le texte des pro-mariage gays "ne baigne-t-il pas dans la phobie de l'homophobie et des homophobes ?"

Si vous avez peur de moi, c'est que vous ne me connaissez pas."
"On peut se déclarer contre le mariage gay sans être ni homophobe, ni bête, ni haineux."
Ce vrai-faux dialogue entre Emeline Bertrand (Chambéry, Savoie) et Pierre Jamey (Saint-Jean-de-Blaignac, Gironde) - deux courriels parmi d'autres reçus par le médiateur cette semaine - donne le ton du débat que suscite le "mariage pour tous" chez nos lecteurs.
Ainsi est-ce que Pascal Galinier, le médiateur du Monde, fait son rapport. Dans lequel on apprend que, quel que soit le sujet (ici le mariage gay), Le Monde est accusé de faire des "amalgames" à l'encontre de ceux qui ne pensent pas (à tort ou à raison) comme les bien-pensants…
Homosexuelle, Mme Bertrand vit depuis dix ans en couple avec sa compagne. Elles sont mères (biologiques) de deux enfants. "Dans le débat actuel, qui devient un vrai combat, l'opinion s'enflamme, et il est difficile pour nous de faire entendre notre petite voix", nous écrit-elle. Face à "la discrimination qui semble être un fait acquis et inébranlable", elle invite tout un chacun à venir constater sa "banalité", sa "normalité".

Pour M. Jamey, le débat n'a rien de banal. Et le questionnement est normal. Lui est de ceux, nombreux, qui s'interrogent sur ce projet de loi, sur ses conséquences pour la famille, pour les enfants. Qui nous l'écrivent, en termes parfois virulents ; souvent argumentés ; énervés toujours par les "amalgames" qu'ils y voient à leur encontre.

Pas moins d'une trentaine de lecteurs cette semaine s'étonnent du "parti pris" de leur journal en faveur d'"Une réforme légitime, nécessaire et progressiste" - c'était le titre de notre éditorial du 18-19 novembre 2012. "En le présentant comme une injonction à suivre, sous peine d'être rétrograde ou imbécile, vous réduisez le sujet à une question de mode, de résistance au progrès, de conservatisme désuet, et tant pis pour ceux qui veulent réfléchir sérieusement", se désole Henriette Morenas (Paris). "Votre présentation du sujet est marquée par des préjugés sociaux, qui créent une grande confusion et qui éludent les oppositions les plus sérieuses", estime Jean-Philippe Tronche (Lattes, Hérault). Et que dire de la tribune afférente ("Mariage gay : non à la collusion de la haine"), signée d'une soixantaine de personnalités - dont l'un des actionnaires du Monde, Pierre Bergé ? "Un summum d'intolérance", pour Pierre Jamey. "Si bêtise et haine il y a quelque part, ne cherchons pas ailleurs", juge Jean Icart (Paris). "La lecture de l'article m'a rajeuni. Je croyais lire le réquisitoire d'un procès de Moscou...", ricane Jean Blanchard (Toulouse).

"Je fais partie de ceux d'en face et, bien sûr, j'ai la tentation de trouver, moi, que la bêtise et la haine sont du côté des signataires du texte, observe Denis Monod-Broca (Paris). Ils donnent d'ailleurs eux-mêmes de l'eau à mon moulin : tout leur texte ne baigne-t-il pas dans la phobie de l'homophobie et des homophobes ?"

Homophobie, telle est l'une des questions que soulève ce débat. Votre médiateur vous invite à lire, sur son blog, la lettre que Dimitri Cuvelier, 16 ans, de Bousbecque (Nord), lui a adressée, comme on jette une bouteille à la mer. "Je suis un ado, homosexuel de surcroît, rien pour plaire aux politiques... J'ai tous les vices, et tous les problèmes du monde. Je suis une voix parmi tant d'autres..." Comme Emeline Bertrand, il tente de s'adresser à "ceux d'en face" : "Vivez-vous les regards et les mots, les doigts pointés et les insultes ? Vivez-vous cette sensation de colère qu'on ne vous traite pas en tant que personne mais en tant qu'orientation sexuelle ?"

Alors, dialogue ou débat ? Dialogue, plaide la lectrice de Chambéry. "Vous savez, je partage la même foi que certains d'entre vous, dit-elle sur le blog "momrun73" créé tout exprès. Je crois qu'on n'en a pas retiré les mêmes valeurs. Ma foi me pousse à aller vers l'autre, pas à le rejeter, l'insulter. Ma foi me dit que les gens sont différents, mais qu'avant de les juger, je pourrais peut-être me dire que j'ai quelque chose à apprendre d'eux et de cette différence." Débat, revendique Edouard Falletti (Paris), mais "il ne suffit pas de juxtaposer les avis opposés des partisans et adversaires du projet. Il faut un vrai débat de fond. En son temps, Hubert Beuve-Méry prenait bien soin d'argumenter longuement pour mieux convaincre ses lecteurs, avant de prendre éventuellement position." Beuve disait aussi, cher lecteur, qu'il fallait "penser contre soi-même", à l'instar de son maître Péguy... C'est ce à quoi s'emploie votre journal.

Même Henriette Morenas le reconnaît : Le Monde lui a donné matière à "réflexions sérieuses". Avec l'entretien du théologien catholique Xavier Lacroix (Le Monde du 27 octobre). Ou en publiant, dès 2007, des chroniques "d'une très haute tenue philosophique et éthique", selon elle, signées Sylviane Agacinski - que nul ne se hasarderait à soupçonner d'homophobie... Des chroniques qui anticipaient, en termes mesurés sinon réservés, la question sous-jacente du "mariage homo", la seule qui compte pour bon nombre d'entre vous : celle de l'enfant, de son adoption, de sa procréation médicalement assistée... Décisions autrement plus importantes que celle de graver son nom au bas d'un parchemin... "Je n'ai jamais revendiqué un "droit à l'enfant", dit Emeline Bertrand, comme pour désamorcer la bombe. J'ai rencontré une personne avec qui, après longue réflexion, j'ai décidé de fonder une famille."

Le sujet n'a pas fini de rebondir. Et c'est tant mieux. Pour vous comme pour nous. Car, votre médiateur y veillera, notre journal continuera à vous donner matière à réfléchir - et à dialoguer, il l'espère... Tout en étant conscient que, "sur des questions aussi sensibles que la famille et la sexualité, touchant à l'inconscient collectif et à de vieux fantasmes, la sérénité et la mesure sont toujours plus convaincantes", comme l'écrivait en 1998 notre prédécesseur Robert Solé lors du vote du pacs - et à la suite, déjà, d'un "éditorial simplificateur", disait-il...

Peine perdue ? Pas sûr. Ce débat est tout sauf "banal", on l'a dit. Mais, il est "normal", comme dirait qui vous savez... Quant au dialogue... "Je suis votre avenir, et le futur de la France", affirme "l'ado" Dimitri. "Je reste politiquement incorrect", prévient Jean Blanchard. C'est reparti pour un tour...
Il est vrai que beaucoup de (beaucoup d'autres) lecteurs apportent des avis intéressants…

2012/12/26

Ô Corse, Île de Butés

Pendant que les Français continuent à dénoncer les Américains pour la violence dans leur société ainsi que la présence des armes dans ladite société, Yves Bordenave nous en apprend plus dans Le Monde sur "les dérives mafieuses … en Corse" ainsi que sur les racines de la violence.
Pendant ce temps, Le Canard Enchaîné choisit, pour son titre principal de la semaine, un jeu de mots sur "l'île de beauté".

2012/12/25

"Dans les trafics de stupéfiants, y a pas de justice"


"Pourquoi les dealers vivent-ils chez leur maman ?"
C'est la question que se pose Big Browser et
C'est à cette question que tente de répondre un documentaire diffusé dans l'émission "Les Pieds sur terre", sur France culture, au fil des discussions avec des jeunes des quartiers nord de Marseille.
Réponse, donc : "parce qu'ils n'ont pas assez d'argent pour se payer un appartement". Tout simplement. Car pour les petits dealers de La Castellane ou d'ailleurs, le commerce de cannabis n'est pas si lucratif, et les sous qu'ils gagnent, vite dilapidés. "Ils flambent d'ennui", dit la journaliste.

… Les jeunes, entre 18 et 20 ans, décrivent un commerce bien rodé, organisé, hiérarchisé. Il y a le guetteur, qui gagne entre 40 et 80 euros la journée, le rabatteur, le charbonneur ou vendeur, qui gagne 80 à 200 euros, le coupeur et le ravitailleur, 100 à 200 euros, puis la nourrice, le gérant du terrain, et le patron, qui gagnent respectivement 1 500, 6 000 et 10 000 euros par mois maximum, selon la journaliste. On apprend sur le tas, et on peut rapidement monter en grade.

Eux ne font que du shit et de l'herbe. "Ceux qui ont fait de la cocaïne, ils ont tous été en prison ou ils sont morts", explique l'un d'eux. Certains ont perdu des amis. "Dans les trafics de stupéfiants, y a pas de justice."