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2010/11/06

Le développement de la Chine : tout le système est basé sur une escroquerie

Dans Le Monde, Nicolas Truong fait un entretien avec Liao Yiwu, l'écrivain et dissident chinois qui dénonce le mirage de la croissance et la complaisance de l'Occident. Question-clé :
Comment comprenez-vous la fascination pour le développement de la Chine ?

La Chine vit dans une bulle spéculative très bien déguisée. Ceux qui en ont le plus profité sont ceux qui ont le plus placé d'argent à l'étranger et qui sauront partir lorsque le système explosera. Ils préfèrent naturellement tirer les bénéfices de cette bulle plutôt que la faire connaître et continuer à propager l'idée de grands succès économiques. Or tout le système est basé sur une escroquerie.

Prenons l'immobilier, par exemple. Le ciment, les parpaings ou l'acier sont de très mauvaise qualité. D'ici douze, quatorze ans, tout cela va s'effondrer, au sens propre comme au figuré. Mais les spéculateurs couleront leurs vieux jours sur la Riviera ou à Vancouver. Si, un jour, je devais me retrouver en exil, je ne voudrais certainement pas les avoir comme voisins !

La culture de la jérémiade et un trépignement d'enfants gâtés

Les grèves récentes auront montré le spectacle stupéfiant de lycéens manifestant pour leur retraite
écrit Pascal Bruckner dans Le Monde.
Etrange inversion des temps : avant même d'avoir commencé une vie d'adultes, ces adolescents aux tempes grises pensent déjà à la clore. L'avenir doit être écrit à l'avance et l'existence sécurisée du début à la fin. On songe à ce sondage publié il y a quelques années où 70 % des Français de moins de 30 ans se souhaitaient une carrière de fonctionnaire, protégée de tous les aléas. Les jeunes sont donc bien à l'avant-garde du plus grand parti de la France : le parti de la peur.

Les Français ont peur du monde, peur des autres et, plus encore, de leur propre peur. Et ils accroissent leur frayeur en voulant éliminer le moindre risque. C'est un effroi entretenu jour après jour par les médias et l'intelligentsia et qui vient d'abord de notre incapacité à maîtriser un univers devenu trop complexe pour nous.

La passion française pour la grève est moins un signe de vitalité que de routine, bel exemple d'une conquête transformée en rituel, voire en symptôme dépressif. Olivier Besancenot n'avait-t-il pas proposé en 2003 de créer un grand parti de la grève ? Les enfants pourraient en faire partie avant d'avoir occupé le moindre emploi !

… Nos voisins européens ont été surpris de nous voir descendre dans la rue pour deux années de travail supplémentaires quand eux-mêmes ont déjà accepté la retraite à 65 voire 67 ans. Ils y ont vu un trépignement d'enfants gâtés qui préfèrent casser leurs jouets plutôt que d'accepter une réforme, au demeurant incomplète.

…Dans l'Hexagone, les pessimistes professionnels pullulent … mais s'ils se moquent de tout, ces atrabilaires prennent leur désespoir très au sérieux. On ne plaisante pas avec le désenchantement ! Voyez les trois doctrines dominantes qui se partagent le marché des idées chez nous : la repentance qui exhorte les Français à la honte d'eux-mêmes, le catastrophisme qui brandit le spectre de la fin du monde, la victimisation qui nous dépeint en parias. Toutes ont un trait commun : la culture de la jérémiade.

… La nation entière n'est qu'un immense syndicat de plaignants. … Nous n'avons jamais aussi bien vécu et jamais autant gémi. … La crainte nous paralyse, notre allergie à l'adversité accroît notre faiblesse. On ne mobilise pas une grande nation à partir d'une déploration collective !

2010/11/04

Les Tea Parties : une révolte de la société contre l'élite étatiste qui pense que manipuler des modèles mathématiques permet de saisir le réel humain

Il est inouï et au fond à la longue banal de constater à chaque fois (tel le lancinant mouvement d'une horloge à balancier) que les mêmes analyses étriquées et tronquées sont balancées sur ce qui se passe aux USA et aujourd'hui en Europe et que l'on peut résumer par deux mots fourre tout
dit Lucien Oulahbib (qui sera l'invité de l'institut Turgot le 15 novembre) : ultra conservatisme et populisme.
On aura donc tout entendu sur ces élections américaines : jusqu'à indiquer un retour ou le maintien du racisme qui expliquerait le revers ("la raclée" dit Obama, ce qui a dû faire rager un BHL qui ne cessait de minimiser l'échec) ; le Monde reprenant par exemple une dépêche de CNN:

MIDTERMS – Aucun Noir au Sénat américain

alors que sur Fox News on pouvait lire : "Two black Republican victories tonight mark the first time African-Americans will represent the GOP in Congress in seven years".

Curieux que les "racistes" républicains aient des candidats noirs non ? …

Combien de députés socialistes verts UMP de couleur mmh ?… Les Républicains ont nommé coup sur coup deux secrétaires d'Etat noirs aux affaires étrangères, qui s'en souvient ?…Une gouverneure républicaine est d'origine latino, Suzanna Martinez, et un sénateur Tea Party, Mark Rubio, a été élu grâce aux voix latino…

Qu'en dit Associated Press repris par Yahoo news ? Ceci : " Selon Richard Ivory, consultant républicain noir et fondateur du blog politique et musical Hip Hop Republican, c'est avant tout l'opposition à Barack Obama qui a compté, et non la "couleur de peau".

"Il fut un temps où l'électorat blanc voyait d'abord la race (du candidat) et fondait son jugement uniquement là-dessus. Quand les républicains noirs et Obama sont en désaccord idéologique, le message l'emporte sur la couleur de peau", analyse-t-il ".

… C'est justement ce que ne veut plus le Tea party… cette idée que le "changement", la modernité en un mot, rime avec dissolution, que la critique rime avec destruction, le pluralisme avec relativisme, la sexualité avec l'idéologie queer (à l'heure pourtant du développement "durable" mis à toutes les sauces).


Mais la cause semble entendue, du Figaro au Monde : tea party c'est "ultra" de chez ultra, point final. L'analyse est reposante. Et ces fins experts bien de chez nous (se référant aussi au mépris pour " L'Amérique profonde" de tel écrivain américain newyorkais en vogue de passage à Paris, Paris qui s'y connaît en mépris, celui, déjà ancien, de la "France profonde"…) n'ont pas la dent assez dure pour relever la position singulière de telle ou tel sur ses opinions religieuses et sexuelles (deux marqueurs essentiels on l'a dit plus haut des batailles spirituelles actuelles et qui ne vont que s'amplifier).

Pourtant, et comme il a été déjà noté ici, l'ancienne batteuse du groupe rock Velvet underground dit "Moe" ne pense pas avoir viré sa cutie lorsqu'elle justifie sa participation à une réunion du Tea Party en Georgie du Sud : " "Anyone who thinks I'm crazy about Sarah Palin, Bush, etc., has made quite the presumption. I have voted Democrat all my life, until I started listening to what Obama was promising and started wondering how the hell will this utopian dream be paid for?"

Nous touchons à l'essentiel, et ceci nous concerne aussi en France, en Europe et ailleurs : que dit cette femme (dont le passé parle pour elle en matière d'expérimentations sociétales) sinon qu'elle s'inquiète sur le fait que de plus en plus et ce au nom d'une connaissance supérieure "on" la somme de rogner sa liberté, de changer de conscience comme l'on change de chemise, et tout cela au nom du changement, du progrès, de la Terre, etc etc, alors que cette obligation d'amoindrir la liberté d'être pour accomplir une utopie appauvrit sape étouffe en réalité et la nécessité du changement et le hasard de la liberté, voilà le paradoxe : une idéologie, énième métamorphose du purisme hyper-rationaliste qui après avoir voulu changé de calendrier (Robespierre, remis à la mode par Badiou),changé l'homme avec des moyens institutionnels (Communisme, nazisme), prétend le changer en le rééduquant en lui interdisant ceci et cela. Tout en montrant du doigt le marché la liberté alors que ce sont par ces paramètres que les pays émergents sortent enfin la tête de l'eau enfoncée pendant des décennies par les mêmes qui veulent aujourd'hui finir le job en France et ailleurs. Ce n'est pas la liberté qui appauvrit mais l'étatisme et l'affairisme qu'il encourage (comme recevoir en grandes pompes le dictateur chinois parce que le marché public permettra de saupoudrer les miettes clientélistes…).

Certains Américains, de toutes tendances, se sont levés et disent "stop" ! Voilà l'âme du Tea Party : take our country back, rendez-moi la Constitution qui le fonde. Laissez-moi éduquer mes enfants comme je l'entends, laissez ma sexualité tranquille, ne parlez pas au nom de la science (que vous critiquez par ailleurs…) laissez-moi croire à ce que je veux. Ne dites pas que le refus de la dissolution des frontières c'est du racisme alors que l'on vante tel ou tel peuplade soucieuse de préserver sa vie privée jusqu'à refuser la présence d'étrangers.

insistons lourdement, lorsqu'il s'agit d'Occidentaux qui veulent préserver leur mode de vie on les traitera de (néo)réactionnaires.

Par exemple, l'on a fait un véritable procès en "sorcellerie" à Christine O'Donnell candidate battue du Tea Party dans le Delaware (elle avait, certes, donné dans le spiritisme, critiqué la masturbation avant le mariage, et sa campagne n'était pas nécessairement des plus marquantes: "je suis vous"…) sauf que ses opinions n'ont rien à voir avec ses positions sur la fiscalité, l'Etat minimum etc, elle a le droit de penser ce qu'elle veut, et on a le droit de ne pas être d'accord avec elle sans pour autant la déterminer de réactionnaire alors que les gens qui jugent ainsi refusent qu'on les étiquette par exemple de totalitaire… Cependant, sur un point tout de même, ses ennemis n'ont pas tort : il est sûr que si elle avait été élue sénatrice comme ses deux camarades du tea Party, elle se serait battue en effet pour que la santé l'éducation redeviennent des libertés de base. Non à la République de Platon, de Robespierre et de Lénine.

Et cela "nous" concerne aussi.

… On le voit : la poussée du Tea Party, la montée des mouvements critiques envers le multiculturalisme, signifient bien autre chose que le conservatisme en soi ou les effets de "la" crise économique.

En tout cas ce n'est pas par l'étatisme et la diabolisation que l'on arrivera à y répondre. Il s'agit d'une révolte de la société civile contre l'élite étatiste qui pense qu'il suffit de manipuler des modèles mathématiques pour saisir le réel humain. C'est là où ils se trompent, lourdement.

2010/11/03

Quand elles n'apportent pas la victoire de la gauche et des "humanistes", les élections équivalent à du terrorisme et les vainqueurs à des criminels


In an odd cartoon combining the current scare regarding Greece's package bomb plots (the literal translation of colis piégé is not package bomb but booby-trapped package, bringing with it more of a suggestion of treachery and deceit) with the colors of… the stars and stripes (?!?!), Plantu depicts America's conservatives as… exactly that, plotters, and criminals and terrorists to boot… Terrorists who used the terroristic trick of free elections to harm the stoic Barack Obama…

2010/10/31

« Tous les chefs d'Etat veulent peser sur la télévision »

Alors que paraît Cartes sur table, un livre d'entretiens avec Alain Duhamel, 70 ans, éditorialiste et analyste politique, et son frère, Patrice, 65 ans, ex-numéro deux de France Télévisions, les deux frères analysent le lien entre pouvoir et petit écran
Dans un entretien qui met en doute la neutrailté et l'objectivité des médias français, les frères Duhamel sont interviewés par Josyane Savigneau dans Le Monde.
ans Cartes sur table (entretiens avec Renaud Revel, Plon, 220 p., 19 euros), vous êtes très nuancés. Pourtant, depuis quarante ans, rien ne semble avoir vraiment changé du désir du pouvoir politique de peser sur la télévision publique.

Alain Duhamel : Aucun président de la République n'a renoncé à influencer la télévision. Les méthodes sont différentes, mais sur le fond les expériences sont comparables. Ma petite théorie personnelle est que, le système français étant ce qu'il est - institutionnel, politique, et la nature des médias français, en particulier les grands groupes, tous liés aux commandes de l'Etat -, quel que soit le président, cela ne peut pas bien se passer avec les journalistes de la télévision, notamment avec les journalistes politiques, et que c'est une très bonne chose. Si cela se passait bien, cela voudrait dire que le pouvoir a gagné.

Patrice Duhamel : Il y a eu des progrès considérables concernant l'indépendance et la liberté de l'information. D'ailleurs, tous les présidents qui ont essayé d'avoir des rédactions à leur main ont échoué aux élections suivantes.

A. D : Oui, tous veulent peser sur la politique à la télévision. Et, en effet, tous ont échoué électoralement, ce qui prouve qu'il n'y a pas vraiment de moyen d'asseoir une emprise. D'abord à cause de la concurrence au sein de l'audiovisuel. Ensuite, à cause de l'alternance et de la cohabitation. Plus personne ne pense qu'il y a un camp éternellement fait pour être au pouvoir.

Vous aviez, Alain Duhamel, de bons rapports avec François Mitterrand. Pourquoi ne s'est-il pas opposé à la chasse aux sorcières de 1981 à la télévision ?

A. D : Tous ont essayé de conforter leur pouvoir. A travers des charrettes et des changements de statuts. Cela a eu lieu en 1968, quand le pouvoir voulait finaliser sa victoire. Puis en 1974 avec Giscard. Et en 1981. La cohabitation a tout changé. Et la concurrence, dont je persiste à dire qu'elle a été une bénédiction pour la politique et une catastrophe pour la création culturelle à la télévision.