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2010/12/23

Le bon peuple automobile, pourchassé par les radars, harcelé par la maréchaussée, et privé de permis de conduire pour de vénielles étourderies

Un soir de 1966, alors premier ministre, Georges Pompidou piqua une brusque colère devant la pile de textes réglementaires qu'un malheureux collaborateur venait présenter à sa signature
raconte Gérard Courtois dans Le Monde.
"Arrêtez d'emmerder les Français : il y a trop de lois, trop de règlements dans ce pays. On en crève ! Laissez-les vivre un peu, et vous verrez que tout ira mieux !", lança-t-il de sa voix rocailleuse.

L'histoire ne dit pas s'il signa, mais elle retiendra que, depuis cette date, le nombre de textes régissant la vie du pays a doublé : 8 500 lois, quelque 120 000 décrets et arrêtés, sans compter d'innombrables règlements.

Fort de cet illustre précédent, Jacques Myard, éruptif député UMP des Yvelines, n'y est donc pas allé par quatre chemins, jeudi 16 décembre. Ce jour-là, l'Assemblée nationale examinait la Loppsi 2 — traduisez deuxième loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure — et en particulier un article introduit par les sénateurs, en septembre, pour assouplir le système du permis de conduire à points.

"Il existe un profond malaise dans la population sur la question du permis à points", attaqua donc M. Myard. Emporté par son élan, il n'hésita pas à dénoncer un "système complètement imbécile", qui "remet en cause la liberté publique d'aller et venir dans un véhicule", bref une "sorte de guillotine" tombant sur la nuque du pauvre conducteur coupable d'infractions mineures.

L'heure était donc grave. D'autant que M. Myard n'était pas seul, sur les bancs de la majorité, à défendre ainsi le bon peuple automobile, pourchassé par les radars, harcelé par la maréchaussée et, éventuellement, privé de permis de conduire pour de vénielles étourderies. Claude Bodin, Philippe Goujon, Bernard Reynès fustigèrent "ce sentiment de chasse aux automobilistes qui s'est insinué dans notre pays", invitèrent le gouvernement à faire preuve de "tolérance" et à cesser de "traiter les Français comme des enfants".

… Le ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, et le rapporteur du texte, Eric Ciotti, durent composer et céder, au moins partiellement, à la fronde de la vaste confrérie des automobilistes en colère.

2010/12/20

Julian-Christ? Crucified by the Empire? Le Monde Prints Opinion Comparing WikiLeaks' Assange to Jesus

First Che Guevara… Now Julian Assange.

Among the half dozen letters to the editor that Le Monde (aka France's newspaper of reference) chose to publish over the weekend in its print edition on the subject of WikiLeaks — besides the letter bemoaning the fate of "the poor American soldier" (PFC Bradley Manning,) who "is risking some 50 years of prison" — is one comparing Julian Assange to none other than Jesus Christ (and Julian's followers to Jesus's disciples).

In the rest of his letter (from Montreal), Christian Feuillette builds on this comparison with bromides such as the one that "in 2000 years, humanity has not evolved and truth is still as hated as ever" and that (therefore) this "enemy of hypocrisy [Julian Assange] will probably end up like Jesus-Christ, crucified by the empire" (Uncle Sam — naturally). But not to worry: the message of this "Christ of modern times" — and what follows is, just to make sure and in so many words, repeated twice in the letter — "will survive him through his disciples and will end by emerging triumphant."
Julian Assange, celui par qui le scandale arrive, et qui menace avec WikiLeaks l'ordre du monde, tout comme l'Evangile le faisait il y a deux mille ans, peut être comparé à un Christ des temps modernes. " Ce fou, cet insensé sublime " (comme disait Nerval), ennemi de l'hypocrisie, était alors celui qui menaçait l'ordre établi et ébranlait les colonnes du Temple. Traqué, condamné par les docteurs de la foi, son message lui survivra à travers ses disciples, et finira par triompher. Julian Assange, sur qui pèse déjà une fatwa des docteurs de l'establishment, finira probablement comme Jésus-Christ, crucifié par l'empire. En deux mille ans, l'humanité n'a guère évolué et on déteste toujours autant la vérité. Pourtant son oeuvre de salut public, relayée par ses disciples et par la magie de l'Internet, finira aussi par triompher.