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2011/12/17

Démocratie ou corruption ? La Russie sous la tutelle du "parti des voleurs et des tricheurs"

La question du XXe siècle fut : totalitarisme ou démocratie ? La question du jour est : démocratie ou corruption. Les Russes commencent à la poser. A nous de les entendre. Nul ne sait ce qu'il adviendra dans les mois qui viennent, pareille incertitude est déjà une victoire de la liberté. La Russie de Pouchkine n'est pas morte. Balaiera-t-elle la Russie de Poutine?

Suite à la prestation de ce "Partisan résolu du libéralisme" qu'est Guy Sorman dans Le Monde, c'est au tour d'André Glucksmann de s'y exprimer et qui prend le temps, entre autres, de labeller (correctement) le KGB comme le "Gestapo soviétique". Ce qui entraîne, évidemment, des protestations de la part d'innombrables lecteurs qui affirment (ben voyons!) que le capitalisme — et les États-Unis — sont bien pires (ce que nous souffrons, nous autres en Occident !!) et que (c'est certain!) Deubeliou est "bien pire que Kadhafi, Assad et Poutine réunis" quand ils ne taxent pas André Glucksmann d'être un agent de la CIA voire du …FSB (?!?!)
La leçon magistrale des manifestations démocratiques de samedi, les plus grandes depuis 1991 et peut-être depuis février 1917, s'impose : Poutine, après Kadhafi, Ben Ali, Moubarak ou Assad, titube.

… Le début de panique suscité par les révoltes du "printemps arabe" indique combien les potentats "eurasiatiques" sont moins assurés que nous de la pérennité de leur pouvoir. Sur le Net chinois, toute évocation du jasmin est biffée. Pourquoi ? Tunis n'est pas Pékin ni la petite Tunisie l'immensité chinoise ! Même désarroi à Moscou, où la moindre contestation – Poutine sur un ring sifflé par la foule – évoque l'apocalypse, entraînant illico un redoublement de censure.

Malgré le blocage des réseaux sociaux, le brouillage de la blogosphère, les attaques de hackeurs sur les sites indépendants, malgré les télés univoques, malgré le bourrage insolent des urnes, la falsification des bordereaux de comptage électoraux, les intimidations tous azimuts, malgré l'ordre intimé aux gouverneurs d'obtenir coûte que coûte 65 % de votes "corrects", le parti officiel Russie unie se voit dégradé comme "parti des voleurs et des tricheurs".

Les Russes ne sauraient mieux signifier que leur Etat est sans foi (tricheurs) ni loi (voleurs). Ils le savent, ils le vivent. A qui faire croire que 99,48 % des Tchétchènes aient voté "librement" pour leurs assassins ? La corruption règne en maître, du plus haut au plus bas, et relègue la grande Russie au rang de la Somalie, derrière le Zimbabwe, sur l'échelle dressée par Transparency International. En 2011, l'argent de la corruption s'évalue à 300 milliards de dollars (30 milliards les années précédentes), les poches des galonnés sont insatiables. Dix ans de Poutine, dix ans de prédateurs serviles ont vérifié le diagnostic de Mikhaïl Khodorkovski, ancien oligarque, désormais prisonnier politique ad infinitum pour avoir découvert que le tsar était nu, incapable et pourri. Que dit-il? Que la corruption mondialisée est un danger pire que le nucléaire.