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2008/12/17

Pour Le Monde, un seul Irakien — qui serait par ailleurs pro-Saddam — devient symbole de ses 30 millions de concitoyens

Au printemps 2003, en signe de vengeance et de mépris, les Irakiens frappaient de leurs chaussures les statues monumentales de Saddam Hussein jetées à terre par les troupes américaines. Cinq ans plus tard, ils les jettent à la figure du chef de la coalition venue les libérer d'une sanglante dictature, en le traitant de "chien".
Voilà ce que nous apprend (sic) Le Monde! A moins que j'ai mal vu les images de la télé, ce ne sont pas 30 millions d'Irakiens (!) mais… un seul (!) qui s'est mué en lanceur de godasses.

Dominique Dhombres renchérit en affirmant — in so many words (et à la grande joie des lecteurs du Monde) — que le mot de la fin de la guerre d'Irak, ce n'est autre que
ce lancer de chaussures à Bagdad.
Le Monde (et ses lecteurs) ignorent allègrement 1) les condamnations du geste par de nombreux Irakiens, tout comme ils ignorent allègrement 2) que si un journaliste avait été l'auteur d'un geste similaire contre Saddam Hussein (ou contre, mettons, Assad ou contre les Mollahs, pays dans lesquels ce geste a été loué "spontanément"), il aurait eu (au minimum) les bras arrachés.

Comme le dit Gateway Pundit : "Funny. This never happened at a Saddam palace before?" The reporter "did not have his tongue cut out, did not have his arms broke and was not thrown off a roof. Now that's success." Gateway Pundit ajoute : "Of course, we have an idea what al-Zaidi would be going through right now if he were held in an Egyptian prison."

Enfin, 3) tant Le Monde que ses lecteurs présentent (à travers leur correspondante, Mouna Naïm) Mountazer Al-Zaïdi comme un Irakien type, alors que jamais, ô grand jamais, il n'aurait jeté une chaussure ou quoi que ce soit sur Saddam Hussein, vu que le dictateur était son héros et que — justement — le journaliste de Al-Baghdadiya travaille pour une télévision pro-saddamite ; sa "protestation" tient donc à peu près autant du symbolique que si, après le printemps 1945, un journaliste allemand, de tendance nazie, avait jeté ses bottes sur Franklin Delano Roosevelt ou Churchill pour tous les morts que les Américains et/ou les Anglais — et non Adolf Hitler — avaient causé durant la 2nde Guerre Mondiale.

Update: Ralph Peters agrees…

2008/12/16

A priori réducteurs : Siffler la Marseillaise, faire des attentats, sont les produits d'un défi politique et non pas d'une exclusion sociale

Siffler la Marseillaise, faire des attentats, sont les produits d'un défi politique et non pas d'une exclusion sociale. Pourtant, l'on exclut souvent la question, comme l'on confond affairisme, appât du gain et économie de marché ; autant d'a priori réducteurs sur les aspirations de la condition humaine en matière de liens forts entre liberté et justice, c'est-à-dire entre le politique et la politique. L'ouvrage de Lucien Oulahbib analyse ces impensés et fait des propositions sur ces questions si cruciales.

2008/12/15

"Le danger est que les Russes ne se font pas à l'idée que nous n'appartenons plus à leur empire ; Pour eux, tout doit se faire avec leur permission"

Dans un article sur le ministre tchèque des affaires étrangères, Karel Schwarzenberg (ou elle semble essayer de poursuivre l'habitude, bien française, de caricacaturer toute personne de tendance capitaliste, cf, de décrire Vaclav Klaus avec le plus de mots à tendance négative, c'est-à-dire comme un "président atrabilaire, colérique, ultralibéral et europhobe"), Marion Van Renterghem réussit pourtant à décrire la vue tchèque du communisme comme des relations avec les anciens maîtres russes. Après son retour de l'Autriche à la suite de la révolution du velours, Karel Schwarzenberg
parcourait le pays les week-ends pour essayer de le comprendre. Un lundi, il a confié au président son état de déprime après une incursion dans le nord du pays : bâtiments délabrés, églises effondrées, paysages dévastés. « Le président [Vaclav Havel] m'a dit : «Ecoute : tu reviens d'un pays riche. Tous ces problèmes environnementaux, nous saurons les résoudre un jour. Mais la catastrophe qui a miné le fond de nos âmes, nous mettrons très longtemps à nous en remettre.» Il avait raison. Les dégâts humains du communisme, c'est impossible à expliquer. C'est comme décrire à un Congolais une tempête de neige. »

Il a tiré de cette expérience, comme Vaclav Havel, une méfiance identitaire envers les Russes et un lien viscéral avec les Etats-Unis. Il a pris position pour la guerre américaine de 2003 en Irak. Et défend mordicus, contre les Verts qui l'ont nommé ministre, et contre la majorité de la population, le projet de radar antimissile américain sur le sol tchèque. D'abord par constat des insuffisances de l'Europe de la défense et de la nécessité des liens transatlantiques pour assurer la sécurité. Et, surtout, pour tenir tête à la Russie, qui considère le radar comme un affront personnel. « Les Russes ont prouvé leur sens de la responsabilité. Le danger ne vient pas de leurs armes. Le danger est que les Russes ne se font pas à l'idée que nous n'appartenons plus à leur empire. Pour eux, tout doit se faire avec leur permission. «This is not a soviet territory !» Il faut sans cesse le leur rappeler. »