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2013/08/11

"Il y a en France un climat économique et social nauséabond"


Solenne a 32 ans, encore ses airs de jeune fille, mais les soucis des veilles de grand saut. Mercredi 31 juillet, à 16 heures, elle devait quitter la France. Un départ de Paris par le vol Corsair SS 900, direction Montréal, au Canada. "Emigration ? Expatriation ?" Elle hésite : "Bonne question..." Puis elle tranche : "Expatriation." Ce départ au milieu de l'été avec pour seuls bagages deux grosses valises remplies de vêtements, de CD et de bouquins "est un choix, pas une nécessité", affirme-t-elle.
Elise Vincent a un grand article sur Pourquoi des jeunes choisissent de s'expatrier. alors que Le Monde publie un éditorial, La promesse oubliée de François Hollande.
Solenne a le profil classique des 1,6 million de Français qui vivent aujourd'hui à l'étranger. Comme la plupart d'entre eux, elle a moins de 40 ans et elle est qualifiée (bac + 5). C'est ce profil qui alimente le plus l'émigration . En février, une étude du cabinet Deloitte – l'un des plus grands cabinet d'audit et de conseil – a révélé que 27 % des jeunes diplômés voulaient travailler hors de France, contre 15 % en 2012.

Pour autant, les experts ne parlent pas encore d'émigration massive. Plutôt d'un frémissement. Contrairement aux idées reçues, pour Solenne comme pour beaucoup de ceux partis avant elle, la morosité du marché français n'est pas la principale raison de départ. "Est-ce que je serais restée s'il avait été plus facile de changer de boulot en France ? Non", assure-t-elle. Solenne rêvait d'ailleurs de toute façon. Mais elle concède : sans la crise "sans doute que j'aurais réfléchi autrement"...

"ON NE SAIT PAS SI ON REVIENDRA"

Avant de se décider à tenter sa chance au Canada, Solenne occupait un poste de chargée de communication à l'Institut français. A Montréal, elle sera propulsée directrice de la communication d'un centre de danse. Son salaire y gagnera. Elle aura des horaires plus tranquilles et pourra se loger dans une jolie maisonnette au lieu d'un T3. Son compagnon, ingénieur à la RATP il y a encore trois mois, l'y attend déjà.

\Avec un départ prévu le 5 août direction la Chine, Raphaëlle, urbaniste, et son conjoint, instituteur, sont dans la même situation. Avec les mêmes stress liés au largage des ultimes attaches affectives et administratives : dire au revoir à la famille, aux copains, trouver à qui louer leur T2 bis sur leboncoin.fr. Seule différence, ce couple de Parisiens se lance dans l'aventure avec leur petite fille âgée de 2 ans et demi.


"On ne sait pas si on reviendra", lâche d'emblée Raphaëlle, 32 ans. Son conjoint a trouvé un poste dans une école franco-chinoise dans le centre de Shanghaï. Elle pense trouver à monnayer d'une façon ou d'une autre ses services d'urbaniste. Là encore, les effets de la crise ont pu être un "accélérateur", pense Raphaëlle, mais le couple avait dans tous les cas des prédispositions à l'expatriation : ils ont passé respectivement cinq et quinze ans de leur enfance à l'étranger.

LES PAYS ARABOPHONES À FORTE CROISSANCE

Effet de génération ? La fragilité de l'économie française est par contre clairement un moteur chez Nadia et Reda, fraîchement diplômés de leur école de commerce. Agés de 23 ans et 22 ans, ils ont chacun achevé, le 13 juillet, deux ans en alternance en entreprise : Nadia au service marketing d'IBM France et Reda dans une start-up spécialisée dans le développement digital. Pour eux, partir est une évidence. Reda dit même n'avoir fait "aucune recherche en France".

  … Mais l'une des raisons qui poussent Nadia et Reda à aller voir hors de France pour une durée qu'ils ont du mal à planifier réside aussi dans les origines marocaines de leurs parents. Même si Reda ne sait pas très bien où classer ce sentiment dans la hiérarchie de ses motivations à l'expatriation, prévue d'ici à l'automne, il résume pudiquement : "Il y a en France un climat économique et social nauséabond..." "Une xénophobie et une islamophobie", ajoute-t-il quand on lui demande de préciser.

Son entourage est un peu désarçonné. Les parents de ce jeune homme d'1 m 80, au bouc et à la moustache soignés, sont agents d'entretien. Ils sont arrivés en France à l'âge de 12 ans et 27 ans. "Pour eux, c'est forcément un peu bizarre de me voir partir, surtout dans ces régions", avoue Reda qui, bon élève, a aussi fait deux ans de classe préparatoire en lettres au lycée Masséna de Nice. Si ses parents avaient des ambitions pour lui, "c'était plus aux Etats-Unis".

Une semaine plus tard, le gouvernement répond, à travers un article de Hélène Conway-Mouret (Ministre déléguée chargée des Français de l'étranger), et ce notamment au billet de Thierry Mariani (Député de la 11e circonscription des Français de l'étranger, vice-président de l'UMP) :
Non, la jeunesse ne fuit pas la France!

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