2011/02/24

Critique de la privatisation et de la politique ultralibérale : Marine Le Pen prouve que les conservateurs US n'ont rien à voir avec les thèses du FN


Critiquant un rival (Dominique Strauss-Kahn) pour être pour "le libre-échange généralisé", Marine Le Pen répond aux questions de Jean-François Achilli, Jean-Jérôme Bertolus et Françoise Fressoz, montrant — encore une fois (si besoin était) — l'erronnement complet d'associer les Républicains américains, les conservateurs américains, et les Tea Partiers avec les supposés membres de la (de l'extrême-)droite, avec les supposés (néo-)fascistes, et avec les supposés extrêmistes quasiment nazis, et en tout cas de considérer ces Américains comme proches des thèses du Front National.

Encore une fois, demandez-vous donc qui, dans la critique de DSK qui suit, serait plutôt apte à être d’accord avec Marine Le Pen ?

Serait-ce plutôt un conservateur, un Républicain, un Tea Partier, ou tout autre personne (aux USA ou ailleurs) qui demande une réduction de l’état ?

Ou serait-ce plutôt l’un de ceux — tant aux États-Unis qu'à l'étranger — qui fustigent Bush, les Républicains, les Tea Partiers, les banquiers, et les capitalistes ?
Partout où il est passé, [DSK] a appliqué une politique ultralibérale, avec son cortège de délocalisations, de chômage et de régression sociale. Lorsqu'il était ministre, il a plus privatisé que n'importe quel autre ministre. Il est l'homme des 35 heures, dont on peut admettre qu'elles ont eu comme conséquence une désorganisation massive.

2011/02/02

D'un côté on leur reproche de jouer aux gendarmes du monde, de l'autre, de ne pas agir avec la responsabilité et la diligence de gendarmes du monde

…on a beau tourner le sujet dans tous les sens, le seul problème du monde, c'est les Etats-Unis. Les USA fournissent des armes à Israël, "déstabilisent" le Moyen-Orient en dérangeant les dictateurs qui y vendaient paisiblement leur pétrole, et parallèlement, restent froids et inactifs devant les "bonnes" catastrophes (comprendre, celles qui n'ont pas d'effet sur le prix de l'essence. Ceci dit sans matérialisme aucun, bien sûr.) Bref, ça ne va jamais. D'un côté on leur reproche de jouer aux gendarmes du monde, de l'autre, de ne pas agir avec la responsabilité et la diligence de gendarmes du monde. Un reportage édifiant sur la tragédie du Darfour expliquait les atermoiements des Etats-Unis sur ce dossier, donc leur responsabilité sur les centaines de milliers de morts de ce génocide. L'opposition de la Chine et de la Russie à l'ONU? Aucun reproche. L'inertie de la France, grande donneuse de leçon devant l'éternel sans avoir l'excuse d'être déjà engagée en Irak? Le reportage n'en parlera pas. Un seul pays est sur la sellette, toujours le même.
Still relevant: Stéphane s'attaque à McDonald's, aux quartiers pauvres de Los Angeles, à l'embargo (non un blocus) de Cuba, et à d'autres aspects de l'antiaméricanisme en France…
De toutes façons, face au moindre événement géopolitique, chacun trouvera toujours le moyen d'expliquer que les Etats-Unis sortent grands gagnants. N'importe quelle aventure n'est que l'occasion d'étendre l'American Way of Life ou de récolter des dollars. Leur richesse ne peut s'expliquer par autre chose que la malhonnêteté, l'exploitation et le pillage d'autres pays. Les multinationales tentaculaires font la loi dans le tiers-monde, avec la complicité de l'appareil d'Etat américain.

…Jamais il ne viendra à l'esprit que l'Amérique fonctionne parce qu'elle repose sur des règles différentes, et meilleures, et que son succès vient de là. Une telle perception est intolérable pour un socio-démocrate, dressé depuis l'enfance à penser qu'il n'existe pas de meilleure conception de l'Etat et de la société que la sienne.

Si quelqu'un fait mieux en faisant différemment, il y a forcément une arnaque quelque part. A défaut de la trouver, on l'inventera; et au passage, on décriera, critiquera, méprisera de façon hautaine tout ce que l'autre arrive à réussir.

…Plus que jamais, l'antiaméricanisme reste d'actualité en Europe, peu importe les démonstrations contradictoires qui peuvent lui être apportées. La réalité n'a aucune prise sur le phénomène, tout simplement parce qu'il est nécessaire à la survie du système.

2011/01/31

Pour les automobilistes victimes d'amendes injustifiées, un vrai cauchemar

Le nombre des PV injustifiés ne cesse d'augmenter
écrivent Aymeric Renoli et Anne-Cécile Juillet dans Le Parisien (qui évoque aussi le cas des amendes à la volée).
Ce sont souvent des situations ubuesques. Mais un vrai cauchemar pour les automobilistes victimes d'amendes injustifiées. Et ils sont de plus en plus nombreux.
Las de recevoir des PV injustifiés, près de 1 500 € d’amende et 8 points en moins pour un véhicule dont il n’est plus le propriétaire, Daniel Merlet, un Vendéen de 54 ans, a fait quatre jours de grève de la faim.
« Le système est trop automatisé » explique un juriste spécialisé dans les contentieux automobiles. Juriste et docteur en droit, Rémy Josseaume est également président de la commission juridique de l’association 40 Millions d’automobilistes.

Comment les éviter

2011/01/27

Le Monde semble joindre sa voix à l'angoisse des colonialistes et profiteurs du postcolonialisme qui essaient d'éviter une contagion de la démocratie

Le courrier du jour :

La contagion de la liberté

Quel choc à la réception du Monde du 19 janvier avec ce titre en " une " " Maghreb : les risques de la contagion tunisienne ". La démocratie serait contagieuse et ce serait un risque ! ! Vite, vaccinons tous les Arabes, et tous les peuples opprimés d'Afrique, d'Amérique et du monde en même temps ! Plus sérieusement : vu que les articles des pages 5 et 6 et les pages " Débats " sont bien plus balancés que ce titre maladroit, pourquoi n'avoir pas choisi " Les espoirs de la contagion tunisienne " ?

Des millions de personnes dans le monde fondent des espoirs énormes sur l'expérience en cours d'une révolution populaire appuyée par Internet et par la détermination de millions de citoyens opprimés en Iran, en Egypte, en Algérie, en Libye... qui rêvent d'une contagion de la liberté...

Tous espèrent une contagion de la peur pour les dictateurs et de l'espoir pour les peuples...

Je regrette que Le Monde semble ainsi joindre sa voix à l'angoisse des colonialistes et profiteurs du postcolonialisme qui ont soutenu Ben Ali et continueront de soutenir les successeurs qui essaient d'éviter une contagion.

Martin Guillemot
Leucate (Aude)

2011/01/23

Des droits accrus pour les personnes en garde à vue

Il faut donc réformer la garde à vue avant fin mai
écrit Franck Johannès dans Le Monde.
Puisque Le Conseil constitutionnel a … décidé, le 30 juillet 2010, que la garde à vue n'assurait pas "une conciliation équilibrée" entre "la recherche des auteurs d'infractions" et "l'exercice des libertés constitutionnellement garanties" et a donné un an au gouvernement pour trouver une solution. [En effet, la] chancellerie avait déposé un texte à l'Assemblée dès le 13 octobre, qu'elle a amendé a minima après la condamnation de la France, le 14 octobre, par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) et les arrêts du 19 octobre de la Cour de cassation.

…le nombre de gardes à vue a plus que doublé en moins de dix ans, passant de 336 718 en 2001 à 792 293 en 2009, dont 174 244 pour de simples infractions au code de la route. … Pour ramener le nombre de gardes à vue à 500 000, la chancellerie avait prévu d'en faire une mesure exceptionnelle et de créer une "audition libre", sans avocat ni garanties particulières. La commission des lois a estimé la mesure contraire à la jurisprudence de la CEDH, s'est inquiétée qu'on puisse "abuser de l'ignorance de la personne des droits auxquels elle renonce" et a supprimé l'audition libre.

Le débat n'est pas tranché …

Présence de l'avocat et droits accrus. Le droit de garder le silence en garde à vue, supprimé par la loi sur la sécurité intérieure de 2003, est rétabli comme dans la plupart des démocraties. Le gardé à vue pourra désormais faire prévenir sa famille et son employeur (et non l'un ou l'autre). Surtout, il pourra être assisté par un avocat tout au long de son audition et non plus le consulter une demi-heure comme aujourd'hui.

… Les personnes pourront conserver leurs lunettes ou leur soutien-gorge, des mesures de privation considérées comme inutilement humiliantes. … les conducteurs en état d'ivresse, jusqu'ici placés en garde à vue, pourront se dégriser chez eux, en attendant leur convocation.
Tandis que Franck Johannès fait valoir que De fortes contraintes pèsent sur la mise en oeuvre (sur fond d'une femme qui porte plainte pour viol en Garde à vue), Yves Bordenave recueille les propos de Christian Flaesch, directeur de la police judiciaire (PJ) à la préfecture de police de Paris. Devant la réforme de la garde à vue, un lecteur s'insurge :
800 000 gardes à vue par an ! C'est scandaleux. Ce régime a trouvé le moyen de ficher la population. Evidemment, quand certains prônent la tolérance zéro, pour les autres s'entend, il n'est pas étonnant de les retrouver grands amis de Ben Ali, lequel rêvait d'un policier derrière chaque tunisien. Les libertés se meurent dans ce pays. Il faudra bien qu'il y ait un sursaut, une grande évasion.

2011/01/18

"Le besoin d'Etat fort": les mots de Le Pen prouvent que la (l'extrême-)droite française n'a rien à voir avec le Republican Party et les Tea Partiers

Je souhaiterais faire remarquer, par rapport à l’une des “critiques” les plus virulentes à l'encontre des Républicains, des conservateurs, des Tea Partiers, et d'autres habitants de l’Amérique profonde (c’est en fait un ad hominem censé les diaboliser et ainsi mettre fin au débat tout en servant d'auto-congratulation permanente au service des "humanistes" auto-proclamés), c’est que tout ce (pas si) joli monde serait composé de membres de la (extrême-)droite, de (néo-)fascistes, et d'extrêmistes quasiment nazis, et, en fin du compte, rien de moins que proches des thèses du Front National.

Or, s’il faut en croire… (Abel Mestre et Caroline Monnot dans) Le Monde (!) (ainsi que la contre-enquête de Abel Mestre, Caroline Monnot, Pierre Jaxel-Truer, et Sophie Landrin), on devrait se demander qui est plus proche des thèses du FN, la gauche (cf les droits-de-l'hommistes professionnels de tout pays, quel qu'il soit) ou la droite (cf la droite américaine ou le Parti Républicain) ?

Demandez-vous donc qui, dans la citation qui suit, serait plutôt apte à être d’accord avec Marine Le Pen ?

Serait-ce plutôt un conservateur, un Républicain, un Tea Partier, ou tout autre personne qui demande une réduction de l’état ?

Ou serait-ce plutôt l’un de ceux — tant aux États-Unis qu'à l'étranger — qui fustigent Bush, les Républicains, les Tea Partiers, les banquiers, et les capitalistes ?
"Quand il faut réguler, protéger, innover, c'est vers l'Etat que l'on se tourne naturellement, parce que c'est l'Etat qui a la taille suffisante pour agir, la légitimité démocratique indispensable, et qu'il est inscrit dans notre ADN national", a-t-elle insisté, évoquant "le besoin d'Etat fort" face à "l'argent roi", prônant des nationalisations, y compris de banques.

Mise à jour : Marine Le Pen persiste et signe, en critiquant la privitisation et le libre-échange généralisé [ainsi qu']une politique ultralibérale, avec son cortège de délocalisations, de chômage et de régression sociale

2011/01/12

Chasse aux sorcières en Arizona de la Gauche, américaine comme internationale

…l'Amérique contemporaine est familière de ce type de violence
dit l'Éditorial du Monde.
Elle est souvent le fait d'illuminés, mais elle peut aussi être rattachée au contexte politique de l'heure. Et c'est ce contexte qu'invoquent nombre d'observateurs — journalistes et dirigeants politiques — au lendemain du drame de Tucson. Ils incriminent le climat créé par la nouvelle droite républicaine, celle qui va peupler les rangs du nouveau Congrès.

Ils pointent du doigt certains commentateurs vedettes de la chaîne Fox News, les théories du complot et la diabolisation du gouvernement fédéral véhiculées par le mouvement Tea Party.

Bref, ils dénoncent la banalisation d'un discours de haine. Une haine qui vise Barack Obama et les démocrates. Ils stigmatisent les appels à "l'insurrection" pour en finir avec la "tyrannie" de Washington et de ses représentants.

Non! L'Amérique ne "s'interroge" pas — sous-entendu, une réflexion généralisée dans le calme — et "nombre d'observateurs" — sous-entendu, des observateurs neutres entièrement objectifs — n'invoquent rien du tout. C'est la gauche, tant aux USA qu'à l'étranger, qui récupère un évènement tragique dont le tueur, en admettant qu'il fût politisé du tout, était plutôt à gauche (Le Manifeste Communiste de Karl Marx, Noam Chomsky, tentative de travailler pour la campagne d'un(e) politicien(e) démocrate (Gabrielle Giffords en personne)) et c'est — par (le plus grand des) hasard(s), quelle surprise ! — la "droite républicaine" qui se trouve être le coupable de ce ramassis "d'observateurs objectifs"..

Comme c'est pratique !

Mais déjà, grâce à la contre-attaque des conservateurs incriminés, le narrative véhiculé par la chasse aux sorcières de la Gauche commençait à s'effriter et, un jour plus tard, Corine Lesnes était obligée d'avouer dans Le Monde que
Le portrait du tireur, pour l'instant, n'est pas très Tea Party. … Dans un emballement communicatif, la gauche et les médias ont incriminé la violence du discours politique, le Tea Party, les radios de droite, Sarah Palin...

"Imaginez ! Si le tireur s'était appelé Mohammed ! a plaidé Rush Limbaugh sur les ondes de sa radio. Est-ce qu'on aurait blâmé les radios musulmanes ? Non, on nous aurait dit qu'on ne peut pas blâmer tous les musulmans pour les actes d'un fou."
Il semblerait établi que Corine Lesnes lise les posts sur son site, notammant celui qui citait une réaction de Limbaugh :
Rush Limbaugh is now posing a new question.

“Just ask yourself this. If the shooter had been a 22-year-old named Muhammad, would we be hearing that Muslim talk radio and the Muslim Internet blamed for it?” the top-rated host asked today. “No, we’d have been told that we can’t blame Muslims for the action of one kook.”

2011/01/10

Due to the Tucson Schooting, According to the French, the "Tea Partiers Are in the in the Dock"

The shooting in which a Democrat was seriously wounded in Arizona has appalled the American Left, which denounces the "poisoned rhetoric" of the ultraconservatives…
(Updated below) Go to Instapundit to see (a massive amount of) evidence to the contrary, especially Glenn Reynolds' own article in the Wall Street Journal, The Arizona Tragedy and the Politics of Blood Libel.

As for martial metaphors, Le Monde itself has a doozy, featuring a (sports) article called Que signifie selon vous l'hécatombe des clubs de Ligue 1 en 32es de finale de la Coupe de France ?, i.e., referring to the (sorry) fate of the predominant league in French soccer clubs in the 32nd-finals (!) towards the Coupe de France, whose mass elimination is described as a "massacre" or a "slaughter".

And as far as the former Alaska governor's allegedly disturbing maps are concerned, it turns out that the issue is moot, because "what Palin had on her webpage was a graphic of a surveyor’s symbol. Not cross-hairs." (Compare and contrast.)

Sylvain Cypel ajoute :
Chacun interprétait à sa façon les "écrits" laissés sur la Toile par Jared Loughner. Ils manifestent effectivement une grande incohérence - des spécialistes ont parlé de "schizophrénie" -, mais aussi des détestations qui, sur certains points, rejoignent des thèmes usuels de la mouvance du Tea Party : la détestation du "gouvernement", c'est-à-dire de l'emprise de l'Etat fédéral, ou le retour à l'étalon-or, une idée promue par ceux qui prônent l'abolition de la Réserve fédérale (banque centrale américaine).
Le problème, évidemment, c'est que c’est (beaucoup plus) facile de mettre tout sur le dos de la droite quand on ignore délibérément les preuves — beaucoup plus conséquentes — que Jared L. Loughner est à (l’extrême) gauche…

Back to the Wall Street Journal:
With only the barest outline of events available, pundits and reporters seemed to agree that the massacre had to be the fault of the tea party movement in general, and of Sarah Palin in particular. Why? Because they had created, in New York Times columnist Paul Krugman's words, a "climate of hate."

The critics were a bit short on particulars as to what that meant. Mrs. Palin has used some martial metaphors—"lock and load"—and talked about "targeting" opponents.
But as media writer Howard Kurtz noted in The Daily Beast, such metaphors are common in politics. Palin critic Markos Moulitsas, on his Daily Kos blog, had even included Rep. Gabrielle Giffords's district on a list of congressional districts "bullseyed" for primary challenges. When Democrats use language like this—or even harsher language like Mr. Obama's famous remark, in Philadelphia during the 2008 campaign, "If they bring a knife to the fight, we bring a gun"—it's just evidence of high spirits, apparently. But if Republicans do it, it somehow creates a climate of hate.

There's a climate of hate out there, all right, but it doesn't derive from the innocuous use of political clichés. And former Gov. Palin and the tea party movement are more the targets than the source.

Update — from The National Review:
We barely knew all the facts in the immediate aftermath of the shooting, though, before this vicious act was being milked for political advantage by ghoulish opportunists on the Left.

…The irony of criticizing the overheated rhetoric of your opponents at the same time you call them accomplices to murder apparently was lost on these people, most of whom have never been noted for their subtlety (or civility). It is vile to attempt to tar the opposition with the crimes of a lunatic so as to render illegitimate the views of about half of America.

2010/12/29

Obama's Failure to Close Guantanamo? It's the Fault of Bush and of the Trap Laid by His Evil Henchmen

It's all Bush's fault! Bush Derangement Syndrome is back in force in France (but did it ever leave Europe's shores?), as Le Monde — which obviously has no idea of the contents of the Geneva Convention — describes the Guantánamo situation as a "judicial trap" (and "a pure illegality" concerning "that camp of shame") laid by lying, conniving, treacherous officials of the Bush administration. With most Le Monde readers adding their habitual hooey, this of course means in turn that Barack Obama is but a poor defenseless victim of the evil Bush — as you can see in the piece's title (Barack Obama Caught in the Guantanamo Trap) and in very first sentence.
Le piège juridique installé par l'administration Bush, ancrée dans l'idéologie de la "guerre au terrorisme", se referme sur l'administration Obama. En janvier 2011, le président américain devrait signer un décret présidentiel autorisant l'internement sans jugement et pour une durée illimitée de certains des détenus de la base militaire de Guantanamo, à Cuba.

…Ce piège, mis en place après les attentats d'Al-Qaida du 11 septembre 2001, a d'abord consisté à inventer une catégorie juridique, nommée "combattant ennemi illégal", dans le seul objectif de déroger au droit américain et international, en particulier au droit de la guerre codifié par les Conventions de Genève.

Dès lors que lesdits terroristes n'entraient pas dans les catégories usuelles du droit, on pouvait aussi bien créer la prison de Guantanamo que pratiquer sur eux la torture, pour peu que des "avis juridiques" les décrètent conformes au droit.

…Selon le principe de la prophétie autoréalisatrice, en légalisant de facto un "trou noir" juridique, l'administration Bush a créé des prisonniers non justiciables.

Le 21 mai 2009, M. Obama reconnaissait que ceux-ci constituent "l'enjeu spécifique le plus difficile qu'affronte" son administration. Aujourd'hui, par décret, il se retrouve empêtré dans cette situation exorbitante et en passe de confirmer, à son tour, une pure illégalité : la privation de liberté sans fin imposée sans jugement à des êtres humains.

"You broke it, you fix it", dit un dicton américain : celui qui casse doit réparer. Washington, sous George Bush, a "cassé" le respect que devait son administration au droit international. Barack Obama entendait le rétablir. Face à un Congrès où les républicains (massivement) et les démocrates (majoritairement) privilégient les impératifs de sécurité sur toute autre préoccupation, il assure toujours vouloir y parvenir. Et, à terme, fermer ce camp de la honte.

Mais, en attendant, il en vient, lui aussi, à déroger au droit international. La facilité consisterait à suivre le point de vue d'un Jack Goldsmith, ex-rédacteur des "avis juridiques" de George Bush ; il conseillait récemment à M. Obama de s'en tenir à une norme simple : "Ne jugez pas les terroristes, enfermez-les." Le réalisme est de se souvenir que l'abandon du droit finit toujours par se retourner contre celui qui s'y laisse entraîner, même s'il croit ne le faire qu'à titre conjoncturel.

related: What should enrage every decent citizen is that the real torturers — from Zimbabwe to China, from Syria to North Korea — get a pass from the political left ("The demands to shut down our Guantanamo lock-up for terrorists have nothing to do with human rights. They're about punishing America for our power and success.")

2010/12/23

Le bon peuple automobile, pourchassé par les radars, harcelé par la maréchaussée, et privé de permis de conduire pour de vénielles étourderies

Un soir de 1966, alors premier ministre, Georges Pompidou piqua une brusque colère devant la pile de textes réglementaires qu'un malheureux collaborateur venait présenter à sa signature
raconte Gérard Courtois dans Le Monde.
"Arrêtez d'emmerder les Français : il y a trop de lois, trop de règlements dans ce pays. On en crève ! Laissez-les vivre un peu, et vous verrez que tout ira mieux !", lança-t-il de sa voix rocailleuse.

L'histoire ne dit pas s'il signa, mais elle retiendra que, depuis cette date, le nombre de textes régissant la vie du pays a doublé : 8 500 lois, quelque 120 000 décrets et arrêtés, sans compter d'innombrables règlements.

Fort de cet illustre précédent, Jacques Myard, éruptif député UMP des Yvelines, n'y est donc pas allé par quatre chemins, jeudi 16 décembre. Ce jour-là, l'Assemblée nationale examinait la Loppsi 2 — traduisez deuxième loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure — et en particulier un article introduit par les sénateurs, en septembre, pour assouplir le système du permis de conduire à points.

"Il existe un profond malaise dans la population sur la question du permis à points", attaqua donc M. Myard. Emporté par son élan, il n'hésita pas à dénoncer un "système complètement imbécile", qui "remet en cause la liberté publique d'aller et venir dans un véhicule", bref une "sorte de guillotine" tombant sur la nuque du pauvre conducteur coupable d'infractions mineures.

L'heure était donc grave. D'autant que M. Myard n'était pas seul, sur les bancs de la majorité, à défendre ainsi le bon peuple automobile, pourchassé par les radars, harcelé par la maréchaussée et, éventuellement, privé de permis de conduire pour de vénielles étourderies. Claude Bodin, Philippe Goujon, Bernard Reynès fustigèrent "ce sentiment de chasse aux automobilistes qui s'est insinué dans notre pays", invitèrent le gouvernement à faire preuve de "tolérance" et à cesser de "traiter les Français comme des enfants".

… Le ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, et le rapporteur du texte, Eric Ciotti, durent composer et céder, au moins partiellement, à la fronde de la vaste confrérie des automobilistes en colère.

2010/12/20

Julian-Christ? Crucified by the Empire? Le Monde Prints Opinion Comparing WikiLeaks' Assange to Jesus

First Che Guevara… Now Julian Assange.

Among the half dozen letters to the editor that Le Monde (aka France's newspaper of reference) chose to publish over the weekend in its print edition on the subject of WikiLeaks — besides the letter bemoaning the fate of "the poor American soldier" (PFC Bradley Manning,) who "is risking some 50 years of prison" — is one comparing Julian Assange to none other than Jesus Christ (and Julian's followers to Jesus's disciples).

In the rest of his letter (from Montreal), Christian Feuillette builds on this comparison with bromides such as the one that "in 2000 years, humanity has not evolved and truth is still as hated as ever" and that (therefore) this "enemy of hypocrisy [Julian Assange] will probably end up like Jesus-Christ, crucified by the empire" (Uncle Sam — naturally). But not to worry: the message of this "Christ of modern times" — and what follows is, just to make sure and in so many words, repeated twice in the letter — "will survive him through his disciples and will end by emerging triumphant."
Julian Assange, celui par qui le scandale arrive, et qui menace avec WikiLeaks l'ordre du monde, tout comme l'Evangile le faisait il y a deux mille ans, peut être comparé à un Christ des temps modernes. " Ce fou, cet insensé sublime " (comme disait Nerval), ennemi de l'hypocrisie, était alors celui qui menaçait l'ordre établi et ébranlait les colonnes du Temple. Traqué, condamné par les docteurs de la foi, son message lui survivra à travers ses disciples, et finira par triompher. Julian Assange, sur qui pèse déjà une fatwa des docteurs de l'establishment, finira probablement comme Jésus-Christ, crucifié par l'empire. En deux mille ans, l'humanité n'a guère évolué et on déteste toujours autant la vérité. Pourtant son oeuvre de salut public, relayée par ses disciples et par la magie de l'Internet, finira aussi par triompher.

2010/12/16

WikiLeaks : Les journalistes français "ne considèrent pas forcément que leur premier devoir est de surveiller le pouvoir en place"

Selon les télégrammes diplomatiques obtenus par WikiLeaks, écrit Xavier Ternisien dans Le Monde, les diplomates de l'ambassade des Etats-Unis à Parisexpliquent la situation de la presse en France
par le fait que "les grands journalistes français sont souvent issus des mêmes écoles élitistes que beaucoup de responsables gouvernementaux. Ces journalistes ne considèrent pas forcément que leur premier devoir est de surveiller le pouvoir en place. Nombre d'entre eux se voient plutôt comme des intellectuels, préférant analyser les événements et influencer les lecteurs plutôt que de reporter des faits".

L'ambassade ajoute que "le secteur privé des médias en France – en presse écrite et audiovisuelle – continue d'être dominé par un petit nombre de conglomérats, et les médias français sont plus régulés et soumis aux pressions politiques et commerciales que leurs équivalents américains". Elle insiste sur la montée en puissance des médias Internet, et notamment des blogs, qui sont un moyen d'expression prisé chez les minorités et les organisations non gouvernementales.

2010/12/06

Si la limitation excessive de la vitesse engendre la somnolence, qui elle-même cause des accidents, une augmentation de la limite serait salvatrice

La frénésie anti-vitesse du gouvernement a entrainé une recrudescence des accidents liés à la somnolence. Mais au lieu de casser la monotonie de la conduite sur autoroute en augmentant la vitesse limite, le gouvernement a décidé de sanctionner les conducteurs…
Alors qu'Instapundit fait remarquer très pertinemment que la raison principale de la limite de vitesse aux Etats-Unis (55 mph/90 kmh) était pour réaliser des revenus (The speed limits are ridiculously low so that cities have an unending source of revenue), la dénonciation de La Ligue de Défense des Conducteurs se poursuit :
A court d'idées pour intensifier sa répression sur les conducteurs, l'Etat a désormais décidé de sanctionner la somnolence au volant. Si les moyens restent toujours à définir, le mot d'ordre est encore une fois de privilégier la répression sur la prévention. Une nouvelle qui rouvre le débat sur la monotonie de la conduite sur autoroute et le bien-fondé de l'augmentation de la vitesse limite à 150km/h.

Il était temps ! Le gouvernement a enfin reconnu que la somnolence au volant était un vrai danger, responsable d'au moins un accident mortel sur trois sur autoroute. Une belle avancée au niveau du constat, mais pas des moyens mis en œuvre pour endiguer ce phénomène.

En effet, pour lutter contre ce fléau, les autorités ont une idée "originale" : la répression ! Oui, il est désormais question de sanctionner la somnolence.

Réprimer au lieu de prévenir, on reconnait bien là les méthodes de notre gouvernement. Pourtant, il conviendrait de s'interroger sur les causes de la somnolence au volant, qui touche les conducteurs principalement sur autoroute. De toute évidence, la monotonie du trajet est un facteur important d'endormissement au volant.

Imaginez-vous… 2x3 voies, grande ligne droite, soleil au beau fixe, personne sur la route et pourtant…obligation de maintenir sa vitesse en-dessous de 130km/h, voire 110km/h sur certains tronçons !

Le moindre écart étant sévèrement réprimé, les conducteurs sont forcés de rouler à une vitesse excessivement basse. Pour être sûrs d'échapper aux flashs des radars, certains utilisent des régulateurs de vitesse…qui sont maintenant, eux aussi, dans le collimateur du gouvernement, accusés de réduire la vigilance des conducteurs !

Les autorités et leur frénésie répressive ont mis en place les conditions pour une conduite soporifique, et maintenant ils veulent nous sanctionner sur les effets de leur politique au lieu de s'interroger sur les causes !

Les experts eux-mêmes avouent qu'il est difficile de quantifier voire de repérer les cas de somnolence au volant, et pourtant les autorités prétendent pouvoir les sanctionner.

Si la limitation excessive de la vitesse engendre la somnolence, qui elle-même cause des accidents, de toute évidence une augmentation de la limite de vitesse de 130km/h à au moins 150km/h serait salvatrice.

Avec une limite de vitesse plus élevée, il se passerait plus de choses sur la route, les conducteurs seraient plus concentrés et il y aurait moins de cas de somnolence. En pouvant rouler plus vite, ils raccourciraient leur temps de trajet, ce qui leur permettrait de s'arrêter plus longtemps et plus souvent pour faire des pauses, et pouvoir reprendre la route à leur rythme en toute sérénité.

Bref, nul besoin de réprimer, il suffit juste d'ajuster.

2010/12/02

Discours contre la guerre en Irak : Rocard dit que Villepin s'identifiait à Napoléon, alors qu'il était plus un personnage du type Cyrano de Bergerac

Les Français en veulent souvent à Sarkozy l'Américain pour avoir critiqué la position diplomatique française de Jacques Chirac et Dominique de Villepin sur l'Irak, directement ou indirectement, mais comme le montre Piotr Smolar dans Le Monde, en s'appuyant sur les révélations de WikiLeaks, Nicolas Sarkozy n'était pas le seul à trouver les positions de Chirac et de Villepin excessives :
Devant les diplomates américains, l'ancien premier ministre Michel Rocard a exprimé sa "colère" au sujet du fameux discours de Dominique de Villepin contre la guerre en Irak, prononcé en 2003 devant le Conseil de sécurité des Nations unies. Lors d'une rencontre avec l'ambassadeur américain, le 24 octobre 2005, M. Rocard a estimé que ce discours avait été "contre-productif", surtout vis-à-vis du secrétaire d'Etat de l'époque. "Nous aurions dû soutenir (Colin) Powell, au lieu de cela, nous l'avons poussé dans un coin", confie-t-il alors. "Rocard a dit que, s'il avait été président de la France à l'époque, il aurait écrit une lettre de quatre ou cinq pages au président Bush" pour exprimer ses réserves quant à l'option militaire. Puis, si Washington avait malgré tout choisi cette voie, il serait resté silencieux. "Rocard a plaisanté en disant que Villepin s'identifiait à Napoléon, alors qu'il était plus un personnage du type Cyrano de Bergerac. Il est l'héritier d'une fière tradition orale française : "On aime parler ; si vous voulez un partenaire silencieux, vous devriez vous adresser aux Finlandais"."
À noter que l'un des commentateurs sur le site du journal de référence fait cette remarque pertinente :
Vraiment, à lire là encore les commentaires ou la moitié d'entre-eux sont d'une sous-élévation affligeante... J'ai le sentiment ce jour que le monde des lecteurs du monde ne soit devenu un repère de coupe-gorges.

2010/11/21

La révolte du Tea Party : halte aux impôts et aux dépenses, halte aux ingérences de l’Etat fédéral, respect de la constitution et du peuple souverain

Pour bien comprendre ce qui était en jeu dans ces élections de mi-mandat, et surtout se prémunir cintre la désinformation éhontée à laquelle les Français ont droit dans tous les médias, voici quelques éléments-clés à retenir
rappelle Évelyne Joslain dans Tea party : la résistance de l’Amérique profonde (cliquer ici pour un autre article sur les Tea Parties sur le site 4 Vérités, écrit par Pierre Menou).
Le mouvement a donc pour origine la révolte des contribuables, mais il s’est considérablement élargi en 20 mois. Patriotique et identitaire, il n’est pas monolithique pour autant. Il rassemble des gens très divers, mais qui ont en commun la conscience que le pays a besoin d’eux. Libertarien dans sa philosophie et populiste dans son inspiration, il a su mobiliser conservateurs, républicains et indépendants sur des points rassembleurs : halte aux impôts et aux dépenses, halte aux ingérences de l’Etat fédéral, respect de la constitution et du peuple souverain. Pour le reste, le mouvement est conservateur et bourgeois.

C’est la révolte des classes moyennes contre la gauche soixante-huitarde au pouvoir. Dans la gauche culturelle, cette guerre intestine qui déchire l’Amérique depuis 40 ans, il ouvre un autre front. Il cible les élites libérale (c’est-à-dire gauchistes) que sont les médias, les universitaires, les juges partisans, les cadres politiques élus et non-élus qui ont trahi le peuple. C’est une révolte contre l’establishment et l’esprit de caste.

Notons que ce populisme anti-establishment ébranle toutes les démocraties occidentales : partout, les partis traditionnels en sentent la pression. Les peuples n’en peuvent plus de n’être jamais consultés ou de ne pas être écoutés et de subir des décisions qui leur déplaisent et les appauvrissent.

… les gens du Tea party se dressent, brandissent leur exemplaire de la constitution et leur devise héritée de la période révolutionnaire : Ne m’écrasez pas ! Il faut refouler ce socialisme anti-américain qui se cache sous les oripeaux du « progressisme » et qui engage le pays dans le déclin et la régression. Il faut non seulement « contenir », mais « refouler » le projet mauvais d’Obama de « transformer » l’Amérique de façon radicale et chaque minute compte. Mais comment faire ?

Il faut utiliser la machine du parti républicain. Car même si les militants du Tea party sont parfois aussi méfiants vis-à-vis des républicains que vis-à-vis des démocrates, ils ne peuvent s’allier qu’au GOP (grand et vieux parti) étant donné la nature de leurs revendications. Et même, c’est leur place naturelle ! Les rapports du mouvement du Tea party avec le parti républicain sont donc sans ambiguïté. Ils ont mutuellement besoin l’un de l’autre. Le parti offre une infrastructure électorale, tandis que le Tea party vient providentiellement régénérer un parti qui croulait sous le poids de ses « Rinos » (républicains de nom seulement). L’air du temps est à l’expulsion des éléments pourris, les mous, les corrompus, les privilégiés professionnels, pour les remplacer par des élus intègres. L’irrésistible poussée du Tea party est ce qui pouvait arriver de mieux à ce parti désabusé, oublieux de ses principes structurels et de ses repères. C’est le coup de foudre salvateur, même si trop de cadres encroûtés dans la hiérarchie ont du mal à l’admettre.

A ce sujet, il y a encore une idée fausse à balayer. Les gens du Tea party seraient farouchement anti-élitistes. Ils ne sont nullement hostiles à l’élitisme culturel. Ils n’en ont qu’après les élites politiques, ou politisées, qui les trahissent, les volent et les méprisent. Ce qui est capital, c’est qu’ils ont la certitude qu’ils feraient forcément mieux, eux qui sont issus de la société civile, que les élites faillies.

…les élections de mi-mandat ont mis en vedette l’Amérique profonde et son sens aigu de l’urgence : la maison Amérique brûle. Il faut arrêter les pyromanes et circonscrire l’incendie pour parvenir à le terrasser définitivement en 2012. L’heure est trop grave pour toute autre considération.

2010/11/06

Le développement de la Chine : tout le système est basé sur une escroquerie

Dans Le Monde, Nicolas Truong fait un entretien avec Liao Yiwu, l'écrivain et dissident chinois qui dénonce le mirage de la croissance et la complaisance de l'Occident. Question-clé :
Comment comprenez-vous la fascination pour le développement de la Chine ?

La Chine vit dans une bulle spéculative très bien déguisée. Ceux qui en ont le plus profité sont ceux qui ont le plus placé d'argent à l'étranger et qui sauront partir lorsque le système explosera. Ils préfèrent naturellement tirer les bénéfices de cette bulle plutôt que la faire connaître et continuer à propager l'idée de grands succès économiques. Or tout le système est basé sur une escroquerie.

Prenons l'immobilier, par exemple. Le ciment, les parpaings ou l'acier sont de très mauvaise qualité. D'ici douze, quatorze ans, tout cela va s'effondrer, au sens propre comme au figuré. Mais les spéculateurs couleront leurs vieux jours sur la Riviera ou à Vancouver. Si, un jour, je devais me retrouver en exil, je ne voudrais certainement pas les avoir comme voisins !

La culture de la jérémiade et un trépignement d'enfants gâtés

Les grèves récentes auront montré le spectacle stupéfiant de lycéens manifestant pour leur retraite
écrit Pascal Bruckner dans Le Monde.
Etrange inversion des temps : avant même d'avoir commencé une vie d'adultes, ces adolescents aux tempes grises pensent déjà à la clore. L'avenir doit être écrit à l'avance et l'existence sécurisée du début à la fin. On songe à ce sondage publié il y a quelques années où 70 % des Français de moins de 30 ans se souhaitaient une carrière de fonctionnaire, protégée de tous les aléas. Les jeunes sont donc bien à l'avant-garde du plus grand parti de la France : le parti de la peur.

Les Français ont peur du monde, peur des autres et, plus encore, de leur propre peur. Et ils accroissent leur frayeur en voulant éliminer le moindre risque. C'est un effroi entretenu jour après jour par les médias et l'intelligentsia et qui vient d'abord de notre incapacité à maîtriser un univers devenu trop complexe pour nous.

La passion française pour la grève est moins un signe de vitalité que de routine, bel exemple d'une conquête transformée en rituel, voire en symptôme dépressif. Olivier Besancenot n'avait-t-il pas proposé en 2003 de créer un grand parti de la grève ? Les enfants pourraient en faire partie avant d'avoir occupé le moindre emploi !

… Nos voisins européens ont été surpris de nous voir descendre dans la rue pour deux années de travail supplémentaires quand eux-mêmes ont déjà accepté la retraite à 65 voire 67 ans. Ils y ont vu un trépignement d'enfants gâtés qui préfèrent casser leurs jouets plutôt que d'accepter une réforme, au demeurant incomplète.

…Dans l'Hexagone, les pessimistes professionnels pullulent … mais s'ils se moquent de tout, ces atrabilaires prennent leur désespoir très au sérieux. On ne plaisante pas avec le désenchantement ! Voyez les trois doctrines dominantes qui se partagent le marché des idées chez nous : la repentance qui exhorte les Français à la honte d'eux-mêmes, le catastrophisme qui brandit le spectre de la fin du monde, la victimisation qui nous dépeint en parias. Toutes ont un trait commun : la culture de la jérémiade.

… La nation entière n'est qu'un immense syndicat de plaignants. … Nous n'avons jamais aussi bien vécu et jamais autant gémi. … La crainte nous paralyse, notre allergie à l'adversité accroît notre faiblesse. On ne mobilise pas une grande nation à partir d'une déploration collective !

2010/11/04

Les Tea Parties : une révolte de la société contre l'élite étatiste qui pense que manipuler des modèles mathématiques permet de saisir le réel humain

Il est inouï et au fond à la longue banal de constater à chaque fois (tel le lancinant mouvement d'une horloge à balancier) que les mêmes analyses étriquées et tronquées sont balancées sur ce qui se passe aux USA et aujourd'hui en Europe et que l'on peut résumer par deux mots fourre tout
dit Lucien Oulahbib (qui sera l'invité de l'institut Turgot le 15 novembre) : ultra conservatisme et populisme.
On aura donc tout entendu sur ces élections américaines : jusqu'à indiquer un retour ou le maintien du racisme qui expliquerait le revers ("la raclée" dit Obama, ce qui a dû faire rager un BHL qui ne cessait de minimiser l'échec) ; le Monde reprenant par exemple une dépêche de CNN:

MIDTERMS – Aucun Noir au Sénat américain

alors que sur Fox News on pouvait lire : "Two black Republican victories tonight mark the first time African-Americans will represent the GOP in Congress in seven years".

Curieux que les "racistes" républicains aient des candidats noirs non ? …

Combien de députés socialistes verts UMP de couleur mmh ?… Les Républicains ont nommé coup sur coup deux secrétaires d'Etat noirs aux affaires étrangères, qui s'en souvient ?…Une gouverneure républicaine est d'origine latino, Suzanna Martinez, et un sénateur Tea Party, Mark Rubio, a été élu grâce aux voix latino…

Qu'en dit Associated Press repris par Yahoo news ? Ceci : " Selon Richard Ivory, consultant républicain noir et fondateur du blog politique et musical Hip Hop Republican, c'est avant tout l'opposition à Barack Obama qui a compté, et non la "couleur de peau".

"Il fut un temps où l'électorat blanc voyait d'abord la race (du candidat) et fondait son jugement uniquement là-dessus. Quand les républicains noirs et Obama sont en désaccord idéologique, le message l'emporte sur la couleur de peau", analyse-t-il ".

… C'est justement ce que ne veut plus le Tea party… cette idée que le "changement", la modernité en un mot, rime avec dissolution, que la critique rime avec destruction, le pluralisme avec relativisme, la sexualité avec l'idéologie queer (à l'heure pourtant du développement "durable" mis à toutes les sauces).


Mais la cause semble entendue, du Figaro au Monde : tea party c'est "ultra" de chez ultra, point final. L'analyse est reposante. Et ces fins experts bien de chez nous (se référant aussi au mépris pour " L'Amérique profonde" de tel écrivain américain newyorkais en vogue de passage à Paris, Paris qui s'y connaît en mépris, celui, déjà ancien, de la "France profonde"…) n'ont pas la dent assez dure pour relever la position singulière de telle ou tel sur ses opinions religieuses et sexuelles (deux marqueurs essentiels on l'a dit plus haut des batailles spirituelles actuelles et qui ne vont que s'amplifier).

Pourtant, et comme il a été déjà noté ici, l'ancienne batteuse du groupe rock Velvet underground dit "Moe" ne pense pas avoir viré sa cutie lorsqu'elle justifie sa participation à une réunion du Tea Party en Georgie du Sud : " "Anyone who thinks I'm crazy about Sarah Palin, Bush, etc., has made quite the presumption. I have voted Democrat all my life, until I started listening to what Obama was promising and started wondering how the hell will this utopian dream be paid for?"

Nous touchons à l'essentiel, et ceci nous concerne aussi en France, en Europe et ailleurs : que dit cette femme (dont le passé parle pour elle en matière d'expérimentations sociétales) sinon qu'elle s'inquiète sur le fait que de plus en plus et ce au nom d'une connaissance supérieure "on" la somme de rogner sa liberté, de changer de conscience comme l'on change de chemise, et tout cela au nom du changement, du progrès, de la Terre, etc etc, alors que cette obligation d'amoindrir la liberté d'être pour accomplir une utopie appauvrit sape étouffe en réalité et la nécessité du changement et le hasard de la liberté, voilà le paradoxe : une idéologie, énième métamorphose du purisme hyper-rationaliste qui après avoir voulu changé de calendrier (Robespierre, remis à la mode par Badiou),changé l'homme avec des moyens institutionnels (Communisme, nazisme), prétend le changer en le rééduquant en lui interdisant ceci et cela. Tout en montrant du doigt le marché la liberté alors que ce sont par ces paramètres que les pays émergents sortent enfin la tête de l'eau enfoncée pendant des décennies par les mêmes qui veulent aujourd'hui finir le job en France et ailleurs. Ce n'est pas la liberté qui appauvrit mais l'étatisme et l'affairisme qu'il encourage (comme recevoir en grandes pompes le dictateur chinois parce que le marché public permettra de saupoudrer les miettes clientélistes…).

Certains Américains, de toutes tendances, se sont levés et disent "stop" ! Voilà l'âme du Tea Party : take our country back, rendez-moi la Constitution qui le fonde. Laissez-moi éduquer mes enfants comme je l'entends, laissez ma sexualité tranquille, ne parlez pas au nom de la science (que vous critiquez par ailleurs…) laissez-moi croire à ce que je veux. Ne dites pas que le refus de la dissolution des frontières c'est du racisme alors que l'on vante tel ou tel peuplade soucieuse de préserver sa vie privée jusqu'à refuser la présence d'étrangers.

insistons lourdement, lorsqu'il s'agit d'Occidentaux qui veulent préserver leur mode de vie on les traitera de (néo)réactionnaires.

Par exemple, l'on a fait un véritable procès en "sorcellerie" à Christine O'Donnell candidate battue du Tea Party dans le Delaware (elle avait, certes, donné dans le spiritisme, critiqué la masturbation avant le mariage, et sa campagne n'était pas nécessairement des plus marquantes: "je suis vous"…) sauf que ses opinions n'ont rien à voir avec ses positions sur la fiscalité, l'Etat minimum etc, elle a le droit de penser ce qu'elle veut, et on a le droit de ne pas être d'accord avec elle sans pour autant la déterminer de réactionnaire alors que les gens qui jugent ainsi refusent qu'on les étiquette par exemple de totalitaire… Cependant, sur un point tout de même, ses ennemis n'ont pas tort : il est sûr que si elle avait été élue sénatrice comme ses deux camarades du tea Party, elle se serait battue en effet pour que la santé l'éducation redeviennent des libertés de base. Non à la République de Platon, de Robespierre et de Lénine.

Et cela "nous" concerne aussi.

… On le voit : la poussée du Tea Party, la montée des mouvements critiques envers le multiculturalisme, signifient bien autre chose que le conservatisme en soi ou les effets de "la" crise économique.

En tout cas ce n'est pas par l'étatisme et la diabolisation que l'on arrivera à y répondre. Il s'agit d'une révolte de la société civile contre l'élite étatiste qui pense qu'il suffit de manipuler des modèles mathématiques pour saisir le réel humain. C'est là où ils se trompent, lourdement.

2010/11/03

Quand elles n'apportent pas la victoire de la gauche et des "humanistes", les élections équivalent à du terrorisme et les vainqueurs à des criminels


In an odd cartoon combining the current scare regarding Greece's package bomb plots (the literal translation of colis piégé is not package bomb but booby-trapped package, bringing with it more of a suggestion of treachery and deceit) with the colors of… the stars and stripes (?!?!), Plantu depicts America's conservatives as… exactly that, plotters, and criminals and terrorists to boot… Terrorists who used the terroristic trick of free elections to harm the stoic Barack Obama…

2010/10/31

« Tous les chefs d'Etat veulent peser sur la télévision »

Alors que paraît Cartes sur table, un livre d'entretiens avec Alain Duhamel, 70 ans, éditorialiste et analyste politique, et son frère, Patrice, 65 ans, ex-numéro deux de France Télévisions, les deux frères analysent le lien entre pouvoir et petit écran
Dans un entretien qui met en doute la neutrailté et l'objectivité des médias français, les frères Duhamel sont interviewés par Josyane Savigneau dans Le Monde.
ans Cartes sur table (entretiens avec Renaud Revel, Plon, 220 p., 19 euros), vous êtes très nuancés. Pourtant, depuis quarante ans, rien ne semble avoir vraiment changé du désir du pouvoir politique de peser sur la télévision publique.

Alain Duhamel : Aucun président de la République n'a renoncé à influencer la télévision. Les méthodes sont différentes, mais sur le fond les expériences sont comparables. Ma petite théorie personnelle est que, le système français étant ce qu'il est - institutionnel, politique, et la nature des médias français, en particulier les grands groupes, tous liés aux commandes de l'Etat -, quel que soit le président, cela ne peut pas bien se passer avec les journalistes de la télévision, notamment avec les journalistes politiques, et que c'est une très bonne chose. Si cela se passait bien, cela voudrait dire que le pouvoir a gagné.

Patrice Duhamel : Il y a eu des progrès considérables concernant l'indépendance et la liberté de l'information. D'ailleurs, tous les présidents qui ont essayé d'avoir des rédactions à leur main ont échoué aux élections suivantes.

A. D : Oui, tous veulent peser sur la politique à la télévision. Et, en effet, tous ont échoué électoralement, ce qui prouve qu'il n'y a pas vraiment de moyen d'asseoir une emprise. D'abord à cause de la concurrence au sein de l'audiovisuel. Ensuite, à cause de l'alternance et de la cohabitation. Plus personne ne pense qu'il y a un camp éternellement fait pour être au pouvoir.

Vous aviez, Alain Duhamel, de bons rapports avec François Mitterrand. Pourquoi ne s'est-il pas opposé à la chasse aux sorcières de 1981 à la télévision ?

A. D : Tous ont essayé de conforter leur pouvoir. A travers des charrettes et des changements de statuts. Cela a eu lieu en 1968, quand le pouvoir voulait finaliser sa victoire. Puis en 1974 avec Giscard. Et en 1981. La cohabitation a tout changé. Et la concurrence, dont je persiste à dire qu'elle a été une bénédiction pour la politique et une catastrophe pour la création culturelle à la télévision.

2010/10/29

Barack Obama et son administration ont été un désastre pour les Etats-Unis, à la fois sur le plan intérieur et extérieur

Stuart Haugen, ancien président des Républicains en France, répond aux questions de Marianne Enault du Journal de Dimanche et affirme que "L'idée selon laquelle le Tea Party serait un ramassis d'extrémistes n'existe que dans les médias et dans les rangs de la gauche libérale" (au sens américain du terme).

Quel est l'objectif du parti républicain pour les élections de mi-mandat?
Atteindre un seuil suffisamment critique au sein des deux chambres [Sénat et Chambre des représentants, ndlr] pour bloquer les mesures les plus radicales de Barack Obama, les grands programmes gouvernementaux et commencer à s'attaquer au déficit massif et au problème de la dette qui s'aggravent depuis dix ans. Les républicains veulent aussi réduire la taille et le poids du gouvernement fédéral. Enfin, nous souhaitons créer un environnement économique stable, dans lequel le business se sentira à l'aise pour investir et donc créer de l'emploi.

… Aujourd'hui, le gouvernement est totalement hors de contrôle, à la fois sur le plan fiscal et économique. Il dit aux gens comment il faut vivre, ce qu'ils doivent acheter… l'arrivée apparemment soudaine du Tea Party n'est pas tant liée à Barack Obama qu'à cette colère accumulée à l'encontre d'une administration fédérale hors de portée.

Quel bilan faites-vous des deux premières années de mandat de Barack Obama?
Barack Obama et son administration ont été un désastre pour les Etats-Unis, à la fois sur le plan intérieur et extérieur. Il est en passe d'être un président pire que Jimmy Carter! Nous sommes peut-être un peu plus "aimés" à l'étranger mais nous sommes moins respectés, à la fois par nos "amis" mais aussi par nos ennemis. La Chine et la Russie traitent Obama avec un manque de respect total. L'Iran et la Corée du Nord se moquent ouvertement de l'administration américaine. Enfin, nos alliés en Europe nous font la morale - à juste titre aurais-je envie d'ajouter - sur nos dépenses incontrôlées.

FYI, as a minor critique of the interview as printed in a shortened form, Stuart Haugen adds that
I did not really claim the Iraq war spending as a major motivation for the rise of the Tea Party (I did include it in the long list but she applied her "French" bias to make it the primary motivator, not a disaster…) and on one quote where I talk about spending money to expand public sector while the "private sector" is dying, she made an error.

2010/10/28

Un article sur l'une des élections des mid-terms entièrement focalisé sur le Démocrate & où le Républicain n'apparait qu'à travers ses yeux subjectifs

Trop typique, malheureusement, l'article de Sylvain Cypel dans Le Monde dans lequel il raconte les élections pour le siège vacant à la Chambre de la 29e circonscription de l'Etat de New York.

Ou plutôt, il ne raconte pas les élections, il raconte la personnalité d'un (seul) candidat, à savoir le brave candidat démocrate, "ouvert sur les questions de société" et, donc, lucide à souhait.

Malheureusement, c'est trop typique de raconter l'odyssée d'un gauchiste comme un combat personnel, éminemment louable, presque comme une saga.

L'une des raisons de l'article est que Matt Zeller est tout jeune (il a 28 ans). Voyez la différence avec une Sarah Palin ou une Christine McDonnell. Quand il s'agit d'un Républicain/d'un conservateur, l'âge aurait été une occasion rêvée, entre beaucoup d'autres, pour ridiculiser le candidat ainsi que le parti pour lequel une personne avec (supposément) aussi peu d'expérience combat. Justement, ici, le Républicain n'est présenté qu'à travers les opinions (auto-congratulatoires) du Démocrate.
Son adversaire, Tom Reed, est un avocat spécialisé dans le recouvrement de dettes liées à la santé : "un mercenaire du big business", dit M. Zeller.
Pour les besoins de son article, Sylvain Cypel n'aurait-il pas pu tenter de contacter Tom Reed, ne fut-ce que pour donner le point de vue de l'adversaire de Matt Zeller et éventuellement recueillir ne fut-ce qu'une seule citation de ce Républicain ?

2010/10/19

La démocrature (entre démocratie et dictature) : une menace ténébreuse lorsqu'elle est de droite, une chose infiniment utile lorsqu'elle est de gauche

La démocratie est installée depuis vingt ans en Hongrie
écrit Marion Van Renterghem dans Le Monde.
On peut y parler ouvertement, créer des partis politiques, incendier le gouvernement dans la presse, bénéficier des largesses d'une loi sur la liberté d'expression où rien n'est sanctionné, pas même les propos racistes ou antisémites.
Et pourtant, demande l'envoyée spéciale à Budapest,
Faut-il avoir peur de Viktor Orban ? … le premier ministre conservateur et nationaliste, 47 ans, triomphalement élu en avril, n'est plus celui qui avait dirigé le pays de 1998 à 2002. Pour la première fois, il a tous les pouvoirs. Son parti, le Fidesz, dispose d'une écrasante majorité et les élections municipales du 3 octobre ont confirmé son emprise. … L'écrivain [György Konrad] a sa définition du nouveau régime : une "démocrature", entre démocratie et dictature.
En une page entière, Le Monde regrette que
le premier ministre [ait] la majorité des deux tiers au Parlement, le contrôle total de l'appareil législatif et exécutif. Face à lui, … aucun contre-pouvoir solide.
Le Monde regrette cette montée du "populisme" dans laquelle on prône
l'ordre et la stabilité, plutôt que la liberté ou la démocratie.
Et pourtant, en lisant l'article de Denis Lacorne sur les Tea Parties — qui met les lecteurs en garde contre les "partisans de l'ultralibéralisme" et contre les opinions "délirantes" de l'opposition à Washington (et au parti au pouvoir), ainsi que contre le danger d'"une complète paralysie législative" si, par (le plus grand des) malheur(s), elle devait gagner trop de sieges — on a l'impression que rien ne ferait plus plaisir au Monde et aux élites de France qu'une "démocrature" aux États-Unis.

On voudrait que Barack Obama ait "tous les pouvoirs." On voudrait que "Son parti," le Parti démocrate, "dispose d'une écrasante majorité". On voudrait que Obama ait "la majorité des deux tiers au Parlement, le contrôle total de l'appareil législatif et exécutif." Et on voudrait que "Face à lui, [il n'y ait] aucun contre-pouvoir solide."

En fin de compte, il n'y aurait rien de mieux qu'une "démocrature" lorsque cette démocrature est de gauche, s'entend, et aux mains d'un Grand Timonier (inter?)national comme Barack Obama, guide spirituel de la nation américaine (et de la planète toute entière)…