2018/11/26

La grande méprise de nos «élites» est de perdre de vue, consciemment ou pas, la quintessence de leur statut: être au service du service public et du bien commun

Suite à l'affaire Carlos Ghosn (le PDG de l'alliance automobile Renault-Nissan-Mitsubishi mis en cause par la justice japonaise pour soupçon de dissimulation de revenus), le général Bertrand Soubelet pond un papier dans Le Figaro qui aurait tout aussi bien pu s'adresser (peut-être plus) aux politiciens sortis de l'ENA.
Sans préjuger des suites judiciaires dans une affaire politico-industrielle aux enjeux considérables, ce nouvel épisode met en lumière deux questions importantes.

La première concerne le modèle de «grands patrons» que produit la France, même si le cas de Carlos Ghosn est atypique, et la deuxième nous renvoie encore à l'éthique des élites de notre pays.

Finalement le profil et la formation des chefs d'entreprises français révèlent des constantes. Depuis au moins 20 ans beaucoup de nos fleurons industriels sont entre les mains de cadres et de patrons «hybrides» sortis de plusieurs grandes écoles à la fois: Polytechnique, École des Mines, HEC et parfois l'ENA.

Cette endogamie est frappante à l'étude du cursus des responsables de Thalès, Safran, Alstom, Renault, EDF, Airbus,Total, Engie, Air France notamment, de ces dix dernières années.

Leurs compétences et leur légitimité ne sont pas en cause et pour la plupart ils réussissent. Mais à quel prix?

Et quelle différence avec les patrons d'industries propriétaires de l'outil de production! Le rapport à l'entreprise, aux salariés et à la rémunération est fondamentalement différent. L'entreprise est un patrimoine à préserver et la vision à long terme l'emporte sur les dividendes à servir aux actionnaires.

J'ai beaucoup de respect pour ces entrepreneurs plutôt «familiaux» car ils sont en majorité, discrets, toujours dans la mesure et producteurs d'équilibre social dans la durée.

Cette différence avec les groupes précédemment cités est accentuée en raison du rôle de l'État actionnaire qui pèse très lourdement dans la nomination des PDG. Ils sont désignés de manière quasi-discrétionnaire et cette légitimité, donnée à la fois par une sorte d'esprit de caste et la tutelle de l'État, peut mener à des excès.

Ces excès résultent de la conception bien française d'hommes «providentiels» qui concentrent entre leurs mains des responsabilités écrasantes. La réussite s'évalue par des niveaux de rémunération qui deviennent un critère et une référence mais qui précipitent parfois les intéressés dans des comportements irrationnels savamment masqués.

 … Ma conviction est que ce modèle est dangereux, porteur d'un message social et sociétal pernicieux. Malgré les apparences, il favorise trop souvent la stratégie personnelle y compris pécuniaire plutôt que la réussite collective.
C'est la raison pour laquelle l'éthique des dirigeants est essentielle.

Et elle donne de sérieux signes de faiblesse. Certains parlent de «nos élites» mais très sincèrement nos élites ne se trouvent pas du côté des dirigeants qui sont capables d'exiger des sommes considérables pour faire leur métier en s'assurant toujours d'une porte de sortie confortable.

Elles ne se trouvent pas dans cette forme de mélange entre l'entrepreneur «haut fonctionnaire» et l'homme providentiel aux accents de mercenaire.

Elles ne se trouvent pas dans des hommes capables d'imaginer pouvoir contourner les règles au nom de leur réussite ou de leur notoriété.

Elles ne se trouvent pas non plus dans cette arrogance souvent dissimulée derrière de l'austérité ou de la bonhomie.

La grande méprise de nos «élites» est de perdre de vue, consciemment ou pas, la quintessence de leur statut: être au service des entreprises, et pour le service public, être au service du bien commun.

 … Le manque de ces deux vertus [celle de l'honnêteté et de l'exemplarité à la fois dans leur parcours de dirigeant et dans leur vie personnelle] mène aux dérives qui font la une des journaux et discrédite aussi, malheureusement, tous les dirigeants, chefs d'entreprises, de groupes familiaux discrets et producteurs de richesse économique et humaine.
Ceux-là aussi gagnent très bien leur vie ce qui est normal lorsqu'on exerce de hautes responsabilités.

Mais ils font généralement preuve d'une autre qualité essentielle que ne connaissent pas les «élites étatisées»: la modestie.

2018/11/22

En 2017, les automobilistes auront supporté quelque 67 milliards de taxes et amendes diverses, presque autant que l'impôt sur le revenu !


En 2017, les automobilistes auront supporté quelque 67 milliards de taxes et amendes diverses, 
s'indigne Jean Nouailhac dans Le Point,
presque autant que l'impôt sur le revenu !

Le président de l'Union française des industries pétrolières (UFIP), Francis Duseux, n'y va pas par quatre chemins : « Le carburant est le produit le plus taxé de France. » Mais encore ? Un autre président, Didier Bollecker, celui de l'Automobile Club Association (ACA), la plus importante organisation privée de défense des automobilistes avec 800 000 adhérents, confirme que « les automobilistes français dépensent plus de taxes que de carburant », plus précisément un total de 36 milliards d'euros en 2017.

À cette somme, pour être complet, il faut ajouter 9 milliards de péage, 7 milliards de TVA sur les véhicules neufs, 6 milliards de TVA sur l'entretien, 4 milliards de taxes sur l'assurance, 2 milliards sur les cartes grises, 2 milliards d'amendes forfaitaires (radars, etc.) et un dernier milliard d'autres petites taxes, soit au total un déluge de 67 milliards d'euros de taxes pour les seuls automobilistes, un chiffre incroyable mais vrai, à comparer aux 73 milliards d'euros d'impôt sur le revenu de cette même année 2017.

67 milliards d'euros de taxes pour les seuls automobilistes

Pour mieux comprendre le ras-le-bol fiscal des automobilistes, il faut entrer un peu dans le détail de ces 36 milliards d'euros de taxes sur les carburants, l'essentiel provenant de la TICPE, la « taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques », laquelle est elle-même taxée d'une TVA à 20 % ! La surtaxe de la taxe. Le comble du vice fiscal !

Cette TICPE englobe la nouvelle « taxe carbone », dite « contribution climat-énergie », créée en 2014 par François Hollande pour taxer le CO2, c'est-à-dire le gaz carbonique, principal gaz à effet de serre à l'état naturel avec la vapeur d'eau. Fixée à 7 euros la tonne en 2014, elle a grimpé à toute vitesse pour arriver à 30,50 euros la tonne de CO2 en 2017, puis 44,60 euros en 2018. Résultat : un « rendement » comme on dit à Bercy de 2,3 milliards d'euros en 2015, passé à 3,9 milliards en 2018, soit une augmentation de 70 % en trois ans !

Mais ce n'est que le début des immenses dégâts que cette taxe carbone bien vicieuse va occasionner puisqu'elle doit passer à 55 euros la tonne en 2019, 65 euros en 2020, 76 euros en 2021 et 86 euros en 2022, soit une nouvelle progression de près de 60 % sur les quatre prochaines années ! Une hausse vertigineuse qui va faire monter très haut dans les tours le moteur de la TICPE, nouvelle dénomination de la TIPP sur les produits pétroliers, une taxe grand-mère qui datait de 1928 et qui avait pour affectation initiale l'entretien des routes.
Or le réseau routier français, selon un rapport récent d'experts internationaux missionnés par le gouvernement à l'époque du drame du viaduc de Gênes, est dans un état critique de délabrement

Une transition écologique fumeuse

On sait enfin que, pour justifier la « transition écologique », le gouvernement a imposé une nouvelle trajectoire de la composante carbone non seulement en accélérant les hausses des taxes jusqu'en 2022, mais encore en poursuivant le rattrapage de la fiscalité du diesel sur celle de l'essence, laquelle continue par ailleurs d'augmenter de son côté. On voit bien que tous ces nouveaux et nombreux milliards d'euros vont tomber dans le tonneau des Danaïdes du budget de l'État, quoi que puisse en dire tel ou tel ministre ou député de la majorité en particulier à l'occasion de la révolte des Gilets jaunes, le pire étant atteint par les perroquets médiatisés qui répètent à l'envi que « le diesel tue », alors que c'est l'État lui-même qui a lourdement insisté pendant des dizaines d'années pour favoriser le diesel par rapport à l'essence.

  … les sénateurs de la commission des Finances ont décidé le 14 novembre de geler toutes les augmentations de la TICPE annoncées jusqu'en 2022, soit une masse de 46 milliards d'euros. Coup d'épée dans l'eau du Sénat, ou début d'une utile sagesse pour le président Macron et son Premier ministre Philippe qui ont fortement dévissé dans l'opinion ces derniers temps et dont l'acharnement à poursuivre leur matraquage fiscal sur les automobilistes risque de se retourner contre eux ?

2018/10/24

Le supposé manque de respect des conducteurs : Quel est le (très grand) couac dans cette jérémiade ?


"Un gouvernement qui impose des impôts sur les personnes non requis par une nécessité publique urgente et par une politique publique saine n'est pas un protecteur de la liberté, mais un instrument de tyrannie. Il condamne le citoyen à la servitude."
— Calvin Coolidge
(Calvin Coolidge est un président américain de la première moitié du XXe siècle (entre Woodrow Wilson de la Première Guerre Mondiale et Franklin D Roosevelt de la Seconde) oublié tant par les historiens et journalistes américains que par les historiens et les journalistes étrangers, ce qui est aisément compréhensible vu son attitude ainsi que les paroles qu'il tenait)
    En octobre 2018, un article de Jules Humbert dans Le Figaro posait la question suivante : Les Français respectent-ils le 80 km/h ?a

    Nous avons déjà vu que des expressions comme "limite de vitesse" ou "la vitesse réglementaire" (qui devraient plus logiquement s'appeler la limite de lenteur et la lenteur réglementaire), "le mauvais comportement" des "délinquants" punis pour "excès de vitesse" ou "vitesse excessive", "VMA", sont des termes orwelliens dont l'utilisation, dès la case départ, fausse le débat tout entier de la sécurité routière.

    On peut y ajouter un terme qui, dans le même contexte, est tout aussi trompeur : Le "respect" — ainsi que l'expression "manque de respect".

    Il y a comme un couac majeur dans la machinerie autour de la discussion du respect dans le contexte de la Sécurité Routière. Savez-vous quel est ce couac ?

    Avant tout, examinons le sujet — il y aurait deux manques de respect dans la société actuelle : Tout d'abord, les autorités évoquent ou le soi-disant manque de "respect" par rapport aux concepts mettons théoriques a priori non humains, comme l'environnement ou la limite de vitesse (sic), le code de la route, et, plus généralement, les lois dans leur ensemble.

    Par exemple, "Les policiers de Montpellier … rappellent l'importance du respect des limitations de vitesse" est la conclusion d'un reportage sur France Bleu.  De quoi parlait-il ?  Un jour de septembre 2018, ils ont flashé 300 véhicules en deux heures seulement, s'étant installés sur la route de Ganges en début d'après-midi, de 14h à 16h. Cette portion, une longue ligne droite, est limitée à 50km/h ; "300 excès de vitesse en deux heures," nous apprend Marie Ciavatti, "c'est une moyenne de deux à trois PV chaque minute."

    J'ai déjà évoqué le fameux jour de mars 2015, durant lequel, en l'espace de seulement cinq heures, un seul et unique radar de la police danoise a recueilli tellement d'argent sur une partie minuscule de l'autoroute au sud de Copenhague — en moins d'un quart de journée, les autorités ont encaissé 2 millions de couronnes (presque 270.000 euros) ! — qu'il a fait la une des quotidiens du Danemark.

    Ensuite, il y aurait le manque de respect envers son prochain, envers les autres humains — les médias dénoncent régulièrement ce qu'on nous décrit comme une bien triste réalité dans la France d'aujourd'hui, Madâââme, à savoir les mauvaises manières du grand public et donc ce prétendu manque de respect qui sévit dans la société moderne.

    Ainsi, en janvier 2017, suite à la nouvelle que la mairie de Paris va faire passer le PV de stationnement de 17 à 50 euros en 2018, un automobiliste sur l'émission "La Nouvelle Edition" invite Anne Hidalgo à aller "se faire foutre !"  Sur le plateau de Canal +, l'une des journalistes, Émilie Besse, n'hésite pas de condamner aussitôt sa propre émission pour ce "manque de respect" ainsi que le choix de diffuser ces propos "orduriers".

    Un an plus tard, en janvier 2018, Alain Juppé essaie de présenter ses vœux dans une mairie de quartier à Bordeaux, mais il a du mal en raison des protestations et des sifflets.  En effet, 150 manifestants associés à l'Association Bordelaise de Défense des Riverains pour un Stationnement Payant Raisonné contestent le fait que la décision de l'extension du stationnement payant dans toute la ville à partir de mars 2018 a été prise sans discussion et sans concertation.  Outragé par la tumulte, le maire de Bordeaux martèle son pupitre et lance : "nulle part je n'ai vu de tels comportements …  La concertation ne consiste pas à gueuler. Ca ne sert à rien. La décision est prise et elle ne sera pas modifiée."  Quand la foule scande "concertation", "concertation", Alain Juppé répond qu'il ne discute pas avec des gens qui vocifèrent.

    "L'élu adjoint en charge de la vie urbaine a perdu son sang froid" rapporte Hélène Chauwin sur France 3 ; "Jean-Louis David fend alors la foule de manifestants et saisit par le col un homme. L'affrontement s'arrête là. Le manifestant n'est pas blessé. Jean-Louis David reprend sa place, visiblement ulcéré."

    Toujours en janvier 2018, plus d'un demi-millier de motards dans le Lot-et-Garonne qui protestaient contre le passage au 80 km/h promis ont envahi la salle des fêtes de Damazan, où se tenait l'assemblée générale de LREM 47.  "Le ton est rapidement monté entre les manifestants et les membres du parti présidentiel" raconte Stéphane Bersauter dans La Dépêche.  "Quand un motard a lâché «putain de pays» en évoquant la réforme de la vitesse sur les routes départementales, [le député En Marche de Villeuve-sur-Lot] lui a rétorqué plus que séchement. «Si t'es pas content de ton pays, tu te barres !», a lâché Olivier Damaisin … ce qui a soulevé un tollé nourri par des sifflets et des quolibets."

    Encore en janvier 2018 — c'était, après tout, le mois de l'annonce de la baisse de la limite à 80 km/h après un délai de six mois — quelques 2 000 motards sont réunis à Mâcon (Saône-et-Loire) contre la « Sécurité rentière » et des incidents éclatent après qu'une délégation est reçue à la préfecture. Un feu est allumé devant le bâtiment public et un policier est blessé aux côtes après avoir reçu un coup de pied dans le ventre. Marlène Germain, directrice de cabinet du préfet de Saône-et-Loire, dit à l'AFP « condamner cet acte de violence ».

    Il est certain que, du point de vue du gouvernement, toute violence sera mis sur le dos des protestataires et à dénigrer, voire à invalider, le mouvement tout entier.  Évidemment, il va sans dire que nous sommes tous supposés réagir immédiatement, à l'instar du chien de Pavlov, et condamner la violence autant, sinon plus, que le manque de respect.

    Mais est-on en droit de se poser quelques questions ?

    A-t'on noté que tous ces prétendus manquements de respect dans la société française actuelle sont à l'encontre de ceux qui nous gouvernent ?

    Baisser la limite de vitesse (sic) de 10 km/h sur 400.000 km de routes ?!

    Prendre la décision d'étendre le stationnement payant dans toute une ville sans discussion et sans concertation avec les habitants ?!

    Tripler les chiffres des PV de stationnement ?!

    Les citoyens n'auraient-ils donc pas le droit de s'insurger devant "de tels comportements" ?!

    N'auraient-ils pas le droit de se mettre en colère quand on les prend, manifestement, pour des vaches à lait ?!

    N'auraient-ils pas le droit de « condamner » ces attitudes, et de traiter ces décisions gouvernementales comme des « actes de violence » à leur égard, à l'égard des citoyens (ou, si vous préférez, à l'égard de leurs portefeuilles) ?

    N'auraient-ils pas le droit de se rebeller quand on veut les condamner à la servitude ?!

    N'auraient-ils pas le droit de ne pas être "content de [leur] pays" quand les conducteurs bons pères de famille, faciles à piéger, faciles à punir, voient converger autant de moyens et de célérité sur des petits écarts comparés aux véritables comportements délictuels ?!

    N'auraient-ils pas le droit d'être agacés devant la recrudescence des radars pièges et des radars sournois et des radars tirelires, toujours plus performantes ?

    Pourquoi "respecter" la limite de vitesse (sic) lorsqu'on vous oblige à aller à une vitesse (à une lenteur) délibérément contraignante et agaçante ?

    Nous arrivons à la question fondamentale :

    N'auraient-ils pas le droit de noter, enfin, un singulier "manque de respect" de la part des élus (sic) envers les citoyens ?!
Le grand couac dans la machinerie concernant la discussion de respect, c'est que le respect n'est pas et n'a jamais été quelque chose d'unilatéral. Le respect n'est-ce pas plutôt quelque chose de mutuel, de réciproque ?
    Voyez-vous, nous arrivons au couac dans la machinerie concernant la discussion de respect : c'est que le respect n'est pas, n'a jamais été, n'est jamais censé être, quelque chose d'unilatéral.

    Le respect n'est-ce pas plutôt quelque chose de mutuel, de réciproque ?

    Un exemple de respect mutuel pourrait être, je ne sais pas, moi, par exemple, au pif, ne pas limiter la vitesse (la lenteur) sur une longue ligne droite dans l'Hérault à 50 km/h…

    Reposons les questions précédentes — en termes de respect cette fois-ci :

    Les citoyens devraient du "respect" au code de la route et devraient "respecter" la limite de "vitesse" (sic) ? Vraiment ?

    De son côté, le code de la route respecte-t'elle seulement les citoyens ? De leur côté, les politiciens et les bureaucrates qui "l'édifient", ce code de la route, respectent-ils, eux, les conducteurs ?

    Le code de la route, les lois, et la limite de vitesse (sic), font-ils preuve de respect envers les citoyens, en restant de marbre depuis bientôt 50 ans?

    Les politiciens dans tout l'Occident ont-ils fait preuve de respect envers leurs populations il y a presque 50 ans en ne pas abolissant les limites de vitesse (sic) après 12 mois de fonctionnement, comme initialement promis en 1973 ?

    De façon générale, ceux qui nous gouvernent font-ils preuve de respect envers leurs concitoyens en imposant des règles et des sanctions qui ne faisaient pas partie, de façon aucune, de leurs discours de candidats et des promesses électorales de leurs partis ?

    Les politiciens font-ils preuve de respect envers les conducteurs en augmentant les prix de l'essence, en triplant le montant des PVs et en évoquant des péages à l'entrée des villes ?

    Les maires comme Alain Juppé font-ils preuve de respect envers leurs citadins (ici les Bordelais) en leur imposant une extension du stationnement payant sans discussion et sans concertation ?

    Anne Hidalgo fait-elle preuve de respect envers les Parisiens en baissant la limite sur le périphérique de 10 km/h, en fermant les quais de la Seine aux autos et en réalisant des travaux pour baisser le nombre de places de parking ?

    Les politiciens comme Edouard Philippe, Manuel Valls, et Emmanuel Macron font-ils preuve de respect envers les Français en allant contre le progrès et (comme le seul et unique pays de l'Union Européenner) en baissant les limites de vitesse (déjà "périmées") ?

    Est-ce faire preuve de respect pour les Français lorsque, pour citer Jules Humbert dans Le Figaro, "la France investit dorénavant beaucoup moins dans son réseau routier que ses voisins"?

    Est-ce que c'est faire preuve de respect envers les automobilistes (tant pour leurs intellects que pour leurs bolides) que de laisser se dégrader les routes du pays ? Est-ce montrer du respect de la part de Emmanuel Barbe, que d'avoir le toupet de vanter cette dégradation ?

    En quoi les forces de l'ordre (les gendarmes et les policiers) font-il preuve de respect pour les conducteurs quand ils les obligent à avoir l'œil rivé sur leur compteur comme sur un écran de TV ?

    En quoi le gouvernement Macron fait-il preuve de respect pour les usagers quand il annonce que pendant (au moins) deux ans, il entend les prendre pour des cobayes ?

     En quoi le président de la République fait-il preuve de respect pour le peuple quand il leur raconte que l'argent "perçu sur les contraventions, on le mettra pour les hôpitaux soignant les blessés de la route" — comme si, depuis l'invention de la voiture il y a plus d'un siècle, cette catégorie particulière d'accidentés n'était, inexplicablement, pas pris en charge et restait jusqu'ici, comme dans un trou noir cauchemardesque, sans soins ?

    En quoi Emmanuel Macron fait-il preuve de respect pour le peuple quand, cinq mois plus tard, il change son fusil d'épaule et tire soudainement de son chapeau un sujet totalement inédite (le rechauffement climatique, l'environnement et l'écologie) et complètement différent de celui annoncé par son gouvernement pendant plus de six mois (la prétendue sécurité et le soi-disant sauvetage de vies) ?

    Les rédactions de Paris font-ils preuve de respect envers leurs publics en se tournant continuellement et invariablement vers la même prétendue experte sur la sécurité routière (une certaine Chantal Perrichon) ?

    Les journalistes de l'Hexagone font-ils preuve de respect envers leurs lecteurs, leurs auditeurs, et leurs téléspectateurs en refusant de faire un effort pour montrer les (très nombreuses) vues divergeantes ?

    Les politiciens comme les médias font-ils preuve de respect en utilisant des statistiques bidon vieilles de 30-40 ans concernant un seul et unique pays scandinave avec une (minuscule) population homogène (des vikings blonds à perte de vue) ?

    Les politiciens comme les médias font-ils preuve de respect, à l'inverse, en refusant de prendre en considération des statistiques récentes concernant le continent de l'Europe tout entier (avec 513 millions d'habitants, de la Croatie à la… Suède) et montrant, entre autres choses, que le pays de la vitesse sans limite sur Autobahn (l'Allemagne) a une taux de mortalité sur la route inférieure à celle du pays des radars toujours plus sournois ?

    Les experts des chiffres "irréfutables"— « Si cette mesure permet de réduire les morts, elle aura montré son utilité » — font-ils preuve de respect (et de bon sens) en ne pas réagissant immédiatement lorsque les premières statistiques après le passage au 80 km/h montrent des chiffres catastrophiques (+8,8% de morts sur route ainsi que +5,6% d'accidents corporels en septembre 2018 par rapport au même mois de l'année précédente) ?

    En quoi fait-on preuve de respect envers les conducteurs quand ils sont réprimés, persécutés et matraqués ?

    En quoi fait-on preuve de respect envers les Français quand ils sont traités comme des cobayes et comme des vaches à lait ?












2018/09/13

Le Gouverneur du Texas demande que soient démantelés tous les radars fixes dans l'État


OK, ce n'est pas tout à fait ça. Il s'agit, en fait, de caméras aux feux rouges ; mais avouez que ces engins ne sont pas moins que les cousins germains des radars fixes. Quoi qu'il en soit, les citoyens du deuxième État le plus peuplé des USA en ont assez d'être tondus comme des moutons, et les politiciens ont entendu leurs clameurs.

Comme l'écrit Andrea Zelinski dans le Houston Chronicle,
Le gouverneur [républicain du Texas] veut appuyer sur les freins en ce qui concernes les caméras au feu rouge, annonçant lundi qu'il ferait appel aux législateurs à voter une interdiction aux villes de son État d'utiliser ces dispositifs de trafic à partir de l'année prochaine.

[Greg Abbott] soutient que les caméras à lumière rouge peuvent rendre les intersections moins sûres en provoquant plus d'accidents en raison d'un freinage brusque. Il ajoute que les caméras peuvent poser un problème constitutionnel en «rendant les accusés coupables jusqu'à preuve du contraire» et en accusant les conducteurs de violer la loi sans témoin.

Les législateurs ont déjà appelé à un effort renouvelé pour débrancher la mise en application de la caméra rouge au Texas, en promettant de faire pression pour une interdiction lors de la session législative de 2019.
En 2015, un recours collectif visait à rembourser plus de 128 millions de dollars aux conducteurs du Texas sanctionnés par des PVs grâce à des caméras aux feux rouges.
A class action lawsuit in 2015 sought to refund over $128 million to Texas drivers ticketed by red light cameras

Andrea Zelinski in the Houston Chronicle:
Gov. Greg Abbott wants to hit the brake on red light cameras in Texas, announcing Monday he will call for lawmakers to ban cities from using the traffic devices next year.

Abbott contends red light cameras can make intersections less safe by causing more rear-end wrecks due to sharp braking. He adds that the cameras can pose a constitutional issue by “rendering accused violators guilty until proven innocent,” and by accusing drivers of violating the law without a witness.

Lawmakers have already called for a renewed effort to unplug red light camera enforcement in Texas, promising to push for a ban in the 2019 Legislative session. …

2018/09/05

La police française sous l'Occupation, précieuse alliée du IIIe Reich


Les 16 et 17 juillet 1942, 9 000 policiers et gendarmes français montrent aux autorités allemandes de quoi ils sont capables lors de la rafle du Vél d'Hiv. Durant l'Occupation, du simple gardien de la paix au préfet, les fonctionnaires français vont appliquer avec zèle la politique des Allemands, devançant même parfois leurs exigences.
Dans GEO du 1 septembre 2011, Cyril Guinet nous parle de La police française sous l'Occupation, "précieuse alliée du IIIe Reich" :
Et les autres, l'immense majorité des policiers français ? Pour la plupart, ils restent en place, dans l'expectative, attendant leurs nouveaux ordres. Ceux-ci ne vont pas tarder.Concrètement, le policier de base change très vite de métier : on ne lui demande plus de régler la circulation. En revanche, il doit désormais mettre en œuvre les mesures décidées par l'Etat français, sous la pression ou non des occupants. Il apprend à confisquer les postes de radio, faire respecter le couvre-feu et appliquer les lois anti-juives du régime de Vichy, édictées à l'automne 1940. Dans le métro, il s'assure que les juifs montent bien dans le wagon de queue qui leur est réservé. Dans les commissariats, il tient des permanences pour les enregistrer...

René Bousquet … qui concentre entre ses mains la quasi-totalité de la machine policière, veut montrer aux Allemands que son administration peut être moderne et efficace. Il inaugure des écoles où sont enseignées l'identification d'un suspect de face ou de profil, les filatures, les planques... Il augmente aussi les recrutements. La police attire de nombreux chômeurs mais aussi, à partir de février 1943, tous ceux qui souhaitent éviter le STO puisque cette administration offre une dispense automatique aux personnes qui la rejoignent. Au plus fort de la collaboration, les effectifs atteignent 120 000 hommes. Du jamais vu. Dans le même temps, on compte moins de 3000 policiers allemands sur le territoire.

Cette main-d'œuvre fraîchement embauchée peut rêver de promotions rapides. Car l'époque et le contexte sont propices aux carrières fulgurantes. Si on ne s'embarrasse pas trop de scrupules et qu'on choisit le bon service, on peut facilement sauter les échelons. …

Les Groupes mobiles de réserve s'occupent des sales besognes

Le travail de police devient presque entièrement politique. Dans les rues, les enquêteurs des RG se mêlent à la population. En civil, ils font la queue devant les magasins d'alimentation, espionnant les propos anti-allemands. Déguisés en postiers, en employés du gaz ou en ouvriers, ils organisent des filatures qui durent des semaines, parfois des mois, avant de déclencher un coup de filet. …

Gare à ceux qui tentent de camoufler leur étoile jaune!

Mais c'est dans la mise en œuvre de la politique anti-juive que la police française va se montrer la plus redoutable. La machine infernale se met en branle en mai 1941.
 … Et tout le monde collabore en vue de la plus grande efficacité possible. …

. LES ROUAGES D'UN ÉTAT POLICIER

A l'automne 1940, le gouvernement de Vichy procède à une légère épuration administrative, écartant les fonctionnaires qui ne collaborent pas efficacement. En avril 1941, les effectifs des polices municipales sont intégrés dans la police nationale. Ils échappent ainsi au contrôle des maires, et la police nationale devient un puissant organisme d'Etat. …

. UN ÂGE D'OR POUR LE MILIEU

Tandis que les agents sont occupés à traquer les juifs, les résistants et les francs-maçons, criminels et délinquants ont la belle vie. Ces années comptent parmi les plus belles de la pègre française. …

2018/09/04

1944 : Pourquoi le général allemand épargna Paris


Par rapport à d’autres villes, la capitale est sortie quasi intacte des combats de la Libération. Pourtant, elle aurait pu payer cher sa fronde contre l’occupant. Décryptage.
Dans GEO Histoire du Vendredi 24 août 2018, Volker Saux explique pourquoi von Choltitz décida d'épargner Paris pendant les 10 jours de la libération fin 1944
Hitler n’avait aucune intention de préserver la Ville lumière, ni de la déclarer "ouverte" – c’est à dire rendue sans combats –, comme Rome en juin 1944. Le général von Choltitz, dernier gouverneur militaire du Paris occupé, reçut des ordres sans nuance, dont celui du 22 août :
"Paris est à transformer en un monceau de ruines. Le général doit défendre la ville jusqu’au dernier homme et périra s’il le faut sous les décombres." 
Pourquoi alors la capitale fut-elle épargnée ? L’explication réside d’abord chez von Choltitz lui-même, qui n’appliqua pas les ordres de son Führer. Non pas que l’homme soit porté à la mansuétude. Mais le général ne voyait pas la logique d’une telle destruction. La bataille de Normandie était perdue, les troupes allemandes se repliaient, les maigres contingents stationnés dans Paris évacuaient la ville. Ravager la capitale aurait été coûteux en vies humaines – y compris allemandes –, inutile d’un point de vue militaire et gênant pour la circulation des soldats du Reich se repliant depuis la Normandie.
Volker Saux nous apprend que le consul suédois n'était pas aussi neutre et désintéressé qu'on nous l'a présenté :

Le consul de Suède, un intérmédiaire clé

D’autres facteurs ont pu dissuader le haut-gradé allemand de passer à l’acte. Les pressions extérieures, d’abord. Celles du consul de Suède Raoul Nordling, intermédiaire clé entre von Choltitz et la Résistance, … aida à limiter la tension et les combats entre Allemands et résistants. "Francophile, de mère française et de père suédois, il avait à cœur de préserver la capitale, note Christine Levisse-Touzé, historienne et directrice du Mémorial du maréchal Leclerc à Paris. Il défendait aussi ses intérêts, puisqu’il possédait des parts dans l’entreprise de roulement à billes SKF en région parisienne – entreprise qui, par ailleurs, fournissait le Reich.
Voir aussi: Les premiers libérateurs de Paris en 1944 ne sont ni français ni américains, mais… espagnols

2018/09/03

Les premiers libérateurs de Paris en 1944 ne sont ni français ni américains, mais… espagnols


 … le 24 août 1944, les premiers soldats de l’Armée de la Libération furent ceux de la Nueve, un bataillon composé de combattants défaits par Franco
Dans GEO Histoire du Vendredi 24 août 2018, Frédéric Granier nous apprend l’odyssée des soldats oubliés dans la libération de Paris
Reste maintenant à remporter la plus symbolique des victoires : Paris. Le 23 août 1944, la compagnie se met en route avec l’ensemble de la 2e DB. Les ordres de de Gaulle sont clairs : la première unité qui entre dans Paris doit être française. Mais Leclerc piétine en banlieue sud.

A la fin de la journée du 24, devant la difficulté de vaincre la résistance allemande, et craignant que les forces américaines ne les devancent, il ordonne à [Raymond Dronne] de pénétrer dans la capitale, avec seulement quelques blindés. Le souhait de de Gaulle est exaucé : la section qui tire les premiers coups de feu sur la place de l’Hôtel de Ville est bien française. Mais son lieutenant s’appelle Amado Granell, ex-capitaine anarchiste. 

Une plaque sera posée en leur honneur… en 2004 

L’ensemble de la 2e DB les rejoint un jour plus tard. Cependant, dans les journaux qui annoncent la libération de la capitale, le half-track "Guadalajara" est devenu le char "Le Romilly". Pour consacrer le triomphe de la résistance française, on rejette dans l’ombre l’action des valeureux combattants espagnols…

 … La fin de la guerre laisse un goût amer aux survivants : les aléas de l’Histoire ont placé Franco dans le camp de l’Ouest, celui du monde anticommuniste. Le retour de la République d’Espagne n’est guère une priorité pour la France et ses alliés… La plupart des combattants espagnols ne reverront jamais leur pays, tandis que leurs faits d’armes tomberont dans l’oubli. Il faudra attendre 2004 pour qu’une plaque en leur honneur de la Nueve soit installée sur le quai Henri-IV. Quant aux célébrations de la libération de Paris, elles commencent toujours le 25 août, jamais le 24…

2018/09/02

La Libération de Paris en 1944 : Dix Jours qui Secouèrent la France


Eté 1944. Six mille soldats du Reich sont encore dans les murs quand l’insurrection éclate. Dix jours de combats incertains s’ensuivent, qui auraient pu se solder par un bain de sang. Retour sur ces journées mouvementées.
Dans GEO Histoire du Vendredi 24 août 2018, Frédéric Granier et Volker Saux racontent la Libération de Paris : le récit de dix jours mouvementés.
Difficile d’imaginer la Libération de la France sans les images des chars de Leclerc à la porte d’Orléans, ou celles de de Gaulle descendant les Champs-Elysées. Et pourtant, il s’en est fallu de peu pour que Paris rate le train de l’Histoire. 
"La ville n’avait plus aucune signification tactique. En dépit de sa gloire historique, Paris ne représentait qu’une tâche d’encre sur nos cartes ; il fallait l’éviter dans notre marche vers le Rhin"
raconte ainsi Omar Bradley dans ses mémoires. Au cœur de l’été 1944, l’avis de ce général américain est partagé par l’ensemble du commandement allié, pour qui la progression depuis la Normandie vers le front de l’est demeure la priorité absolue. Mais pour de Gaulle, Paris vaut bien une bataille…

Le chef de la France libre a compris que la force du symbole dépasse de très loin l’enjeu militaire. Non seulement la Ville lumière doit être prise, mais elle doit l’être par des troupes françaises ! De Gaulle s’en est soucié dès 1943, désignant le général Leclerc, chef de la 2e division blindée, pour libérer la capitale. Il a aussi fait nommer les préfets de police et de la Seine par le gouvernement provisoire d’Alger, et a chargé Alexandre Parodi de le représenter à Paris afin d’y préparer l’arrivée du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF). Reste encore, après le Débarquement, à convaincre les Alliés d’envoyer une division française. Récit d’un été brûlant. …
Read the whole thing
"On peut estimer qu’au total la bataille de Paris se traduit sans doute par 3 400 morts et 5 500 blessés [ndlr : Allemands, FFI, forces alliées et civils confondus]", écrit Jean-François Muracciole dans son ouvrage "La Libération de Paris" (éd. Tallandier, 2013). On est très loin des hécatombes des batailles de Stalingrad ou de Berlin ! Enfin, rapportée à la puissance de l’opération Overlord (le Débarquement et la bataille de Normandie) qui s’achève au même moment, la libération de Paris n’est qu’un épiphénomène, qui pèse peu dans la défaite allemande à l’ouest. Mais la portée de l’événement est ailleurs. Dans le symbole, d’abord : les scènes de joie des Parisiens incarnent la fin du joug nazi en Europe de l’Ouest. Dans la politique, ensuite, par la victoire de la Résistance. Et par le sacre populaire de son chef, de Gaulle.
Voir aussi: Les premiers libérateurs de Paris en 1944 ne sont ni français ni américains, mais… espagnols

2018/08/10

Hallucinant de cynisme : "Obliger les conducteurs à avoir l'œil rivé sur leur compteur comme sur un écran de TV est insensé" et "va engendrer une dangereuse exaspération"


Suite à l'audience au Conseil d'Etat le 19 juillet à 11h00 qui examina la requête de 57 députés sur les 80 km/h, celle de 14h accueillit un réquérant plus inattendu en la personne de Paul de Métairy, agissant au titre de simple particulier…

Auparavant, le retraité aura été interviewé par Eric Michel du Journal Moto du Net (MNC) :
Paul de Métairy … n'a … pas hésité à attaquer le premier ministre, Edouard Philippe himself, contre le décret n°2018-487 du 17 juin 2018 portant la limitation à 80 km/h sur les routes secondaires.

"Je me suis renseigné sur la procédure et j'ai écrit tout seul l'intégralité de mes conclusions, puis le Conseil d'Etat m'a très gentiment fourni un avocat gratuitement", nous explique ce propriétaire de plusieurs belles voitures, dont une Rolls-Royce et une Jaguar X-Type. Ancien informaticien, réalisateur et organiste, né en Belgique [sous le patronyme "Verhoeven"], il a quitté les Ardennes (08) jugées "un peu trop froides" pour les Gorges de l'Ardèche, où il est désormais confortablement installé depuis 30 ans dans son domaine de 3 hectares, à proximité d'un petit village de 160 habitants.

Parmi les arguments qu'il compte faire entendre demain au Conseil d'Etat en appui de sa requête en annulation et suspension, Paul de Métairy pointe notamment l'insuffisance de motivation du décret, la mise en danger d'autrui et les atteintes à l'environnement.

"Tout le monde n'a pas une Rolls"

"Le gouvernement promet de revenir en arrière après deux ans d'expérimentation si elle ne donne pas les résultats escomptés, ce qui confirme de son propre aveu (!) l'incertitude de justification de la mesure !", dénonce notamment le retraité : "l'insuffisance de motivation est ainsi encore plus amplement démontrée, outre l'abus de droit de prendre les usagers pour des cobayes d'une expérimentation purement vexatoire. Puisque aucun décompte préalable n'a été fait, la promesse d'un retour en arrière dans deux ans est illusoire vu qu'aucune comparaison ne sera possible. De plus, dire aux automobilistes "si vous tuez plus de gens dans les deux ans, on reviendra en arrière", est hallucinant de cynisme, et une provocation à mettre en danger la vie d'autrui, outre les raisons qui suivent, ce qui doit être sanctionné".

Citant l'exemple de sa Citroën CX 2500 D, Paul de Métairy note également que "page 149 du manuel technique (qui ne ment pas), on voit qu'en 5ème la vitesse est de 46,58 km/h pour 1000 tours, ce qui signifie qu'à 2000 tours on est à 93,16 km/h. Pour rouler à 80, on devrait redescendre à 1700 tours en 5ème, ce qui est impossible : on cale le moteur ! On doit donc rétrograder en 4ème, où la vitesse est de 35,57 km/h pour 1000 tours. On voit donc qu'à 80 km/h, on est à 2500 tours, soit une augmentation de consommation de 25 % !!!"

"Finalement, la seule voiture avec laquelle je ne consommerai pas plus c'est ma Rolls-Royce, puisque je reste en mode Drive de 50 à 200 km/h", calcule-t-il. "Mais tout le monde n'a pas une Rolls"...

"Mise en danger de la vie d'autrui"

M. de Métairy rappelle aussi que "dans nos voitures modernes, on n'a plus l'impression de vitesse. Obliger les conducteurs à avoir l'œil rivé sur leur compteur comme sur un écran de TV est insensé et empêche la "conduite défensive". S'il est possible de jeter un rapide coup d'œil pour vérifier sa vitesse, cela prend bien plus de temps s'il faut ralentir et regarder l'aiguille redescendre sous la vitesse limite, et entre-temps, on ne voit plus la circulation".

"Même à 90 km/h on a l'impression de se traîner", poursuit-il, ce qui provoque "une déconcentration considérablement accrue à 80 km/h, au détriment de la sécurité, comme aussi le phénomène inverse : une frustration et une agressivité en hausse. Cela va donc augmenter considérablement le risque et l'hypovigilance, phénomènes responsables de nombreux morts".

Intarissable dans ses arguments, le retraité dénonce aussi le fait de "ne plus pouvoir dépasser un camion, vu l'abolition du différentiel de vitesse. Se traîner à 50 km/h dans les côtes où il y a une ligne blanche va engendrer une dangereuse exaspération et des dépassements ou comportements à risque, au détriment de la sécurité".

Enfin, "j'attire particulièrement votre attention sur un élément qui est passé inaperçu", nous confie pour conclure M. de Métairy : "dans le décret, contrairement aux promesses pour nous "endormir", on a "omis" d'insérer la clause de révision dans deux ans", souligne M. de Métairy en concluant que "cette révision n'aura donc jamais lieu"...
Par ailleurs, un lecteur réagit :
 … Je confirme … qu'à 80 km/h avec mon véhicule je suis obligé de rouler en 4 éme contrairement à 90 km/h et que je consomme plus puisque le régime moteur est plus élevé. Je suis obligé de regarder effectivement plus le compte pour surveiller la vitesse afin de ne pas contribuer à cette sécurité rentière. Le 70 km/h sur le periph parisien n'en parlons pas pas, si jamais l'idée venait de l'appliquer partout. Bref on se moque vraiment de nous. Donc votez et mobilisez vous. V à tous.

2018/06/27

Sécurité Routière : en quoi les statistiques sont-elles comparables à un bikini ?

Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges,
les mensonges grossiers, et les statistiques
—Mark Twain

La clé de la sagesse est basée sur le fait de s’interroger constamment, 
parce que si nous posons des questions, c’est que nous avons un doute 
et ce n’est qu’en insistant avec ces questions que nous nous rapprocherons de la vérité … 
En doutant, nous nous mettons en recherche, et en cherchant nous trouvons la vérité …
— Pierre Abélard (1122)
    Savez-vous pourquoi Georges Fischer a comparé les statistiques à un bikini ?

    Parce qu'une statistique dévoile beaucoup, mais…

…elle cache l'essentiel.

    Comme chacun le sait, La Grande Vadrouille a longtemps été le plus grand succès du cinéma français ; la comédie de Gérard Oury a gardé ce statut pendant quatre décennies, avant d'être détrôné par des films tels que Bienvenue chez les Ch'tis et Intouchables.

    Une seule question : Est-on seulement sûr que ce fait soit aussi indiscutable ? Est-ce qu'on compte l'argent récolté ou sur le nombre de billets vendus, prend-on en compte des choses comme la variante des fluctuations du prix du billet et la différence de la situation économique, et s'est-on souvenu évidemment de faire des calculs concernant la différence de la population française en 1966 comparativement au 21ème siècle ? Et qu'en est-il du fait que chaque génération est plus riche que la précédente et donc plus encline à dépenser son argent (voire à en jeter par la fenêtre) ?

    Pour illustration, je me souviens avoir lu, il y a beaucoup d'années de cela, que contrairement à ce qu'on semblait croire, les grands méga-hits des années 1970 et 1980 — Les Dents de la Mer, Star Wars et E.T. l'Extraterrestre — n'avaient pas détrôné Autant en Emporte le Vent si étaient prises en compte plusieurs statistiques comme le prix des billets, l'inflation et surtout la croissance de la population américaine depuis 1939.  (Depuis, il y a eu Titanic et Avatar, mais je ne sais pas ce qu'en dirait l'auteur — si toutefois il est encore en vie.)

    Revenons à la Sécurité Routière.  On nous parle d'une hausse de la mortalité depuis 2014.  "Le nombre de décès a augmenté de 2,3% en 2015 par rapport à 2014", rapporte par exemple L'Est Républicain, "de 0,5% en 2016 et de 0,9%" en 2017."  Avons-nous le droit de dire que certains de ces chiffres ne sont pas sérieux ?

    Par exemple, prenons l'accident, horrible, du bus scolaire de Millas en décembre 2017 qui a fait six morts et plusieurs blessés.  Peut-on nier que ce tollé lugubre — en admettant qu'il fasse partie (et pourquoi pas?) des accidents de "la route" — plus d'autres du même type (ayant fait des morts multiples pendant la même année) ne sont pas sans fausser les statistiques — surtout quand ils sont sur une population (nous allons y revenir) de… 65 millions d'habitants ? Sans parler du fait que cet accident ne semble rien à voir avec la vitesse ?

    En mars 2018, les morts en outre-mer étaient de 24, comparés à 26 en mars 2017.  A-t'on le droit de dire que tirer une quelconque conclusion de ces chiffres n'a pas beaucoup de sens ?

    Mais là n'est pas le pire avec les statistiques (qui ont l'avantage de montrer l'état d'esprit de ceux qui nous gouvernent) ; ces chiffres pourraient à la limite être valables si nous étions des robots ou des vaches — voire des veaux ou des… moutons.  (Et n'est-ce pas le rêve millénaire de dirigeants de par le monde — que leurs sujets soient des pantins?!)

    Quand une vache est mieux protégée (et mieux "incarcérée") par des fils barbelés ou par des fils électriques que par une clôture de fils traditionnels, on peut en effet conclure que cela vaut pour toutes les vaches — en France comme à l'étranger.  Il n'y a pas de vaches particulières qui vont essayer d'effectuer une grande évasion en creusant un tunnel avec les cornes.

    Mais quand un journaliste dit que dans une région particulière, le tollé a augmenté (ou baissé) parce qu'il y a 19 morts au lieu de 14 (ou inversément), en admettant qu'il s'agisse d'êtres humains — dont l'état d'esprit, de fatigue, d'ébriété, etc doivent par conséquent être quasi-totalement ignorés — et non de vaches (ou plutôt de… moutons), on peut se demander où est le sérieux.

    Cinq de ces personnes n'auraient-ils pas pu être tués dans un accident de la route l'année d'avant (ou l'année d'après) s'ils avaient été touchés à une époque différente par une dépression due à un divorce ou par leur joie due à une promotion au bureau — voire par la distraction d'un simple coucher de soleil pour ne pas dire par l'ennui de rouler à une vitesse (à une lenteur) soporifique ?

EXAMINONS LES STATISTIQUES PRINCIPALES
POUR JUSTIFIER LA BAISSE À 80 KM/H

    Nous avons vu que l'une des pires choses avec les statistiques, c'est qu'elles ne tiennent pas compte de l'être humain, mais traitent les personnes comme des robots, comme des moutons.  Les deux ou trois statistiques principales du gouvernement français pour justifier la baisse de la limitation de lenteur (pardon, la limitation de vitesse) de 90 à 80 km/h (et donc d'aller, comme seul état membre de l'Union Européenne sinon seul état membre des Nations Unies, dans la direction opposée du progrès) rentrent dans ce cas de figure, c'est-à-dire qu'elles ignorent le fait que les Français ne seraient ni des robots ni des moutons, mais (si, si) des êtres humains.  (Ils ne sont pas non plus des sujets, on aimerait que quelqu'un le rappelle à nos gouvernants, mais des citoyens.)

    Fin janvier 2018, Emmanuel Barbe dit au Sénat que "Cette expérimentation [sur le réseau bidirectionnel sans séparateur central] n'avait qu'un seul but : mesurer l'effet de la baisse des vitesses maximales autorisées (VMA) sur la vitesse moyenne pratiquée, car l'effet mécanique sur la baisse des accidents est démontré."

    De même, le délégué interministériel à la Sécurité Routière a fait toute une démonstration à Métropolitain sur une décision qui permettrait de sauver 300 à 400 vies par an. :
« En baissant la vitesse moyenne pratiquée, on a davantage de temps pour freiner quand il le faut pour éviter un accident. Et si on a quand même un accident, en diminuant la vitesse, le choc est moins violent. On évite aussi de la tension au volant. On perd aussi très peu de temps de trajet et on épargne des vies ».
    On nous apprend qu à 90 km/h, une voiture mettrait 70 mètres pour s'arrêter, alors qu'en roulant à 80 km/h, cette distance serait réduite à 57 m — soit 13 mètres d'écart qui peuvent s'avérer bien utiles pour "sauver des vies" (tâchons d'ignorer Eric Michel du Journal Moto du Net, qui se souvient "qu'en 2016, la même DSR nous expliquait — dans une étude très intéressante de l'UTAC-CERAM à propos des distances de freinage auto et moto — que la voiture lancée à 90 km/h mettait… 43 mètres pour s'arrêter ! En deux ans, la distance d'arrêt complet d'une voiture augmenterait donc de 27 mètres ?!")

    Ce que la Sécurité Routière souhaite démontrer aux Français (qui, parions-le, n'en avaient aucune idée), c'est que les lois de la physique indiquent qu'un véhicule freine plus court lorsqu'il circule 10 km/h moins vite, ce qui réduirait la distance d'arrêt ainsi que, dans une éventuelle collision, la gravité des blessures.

    À présent, je souhaiterais faire une déclaration officielle et solennelle : la Sécurité Routière et Emmanuel Barbe ont raison.  Ils ont tout à fait raison.

    Ils ont raison, c'est-à-dire qu'ils ont raison si les voitures sont conduites par des automates, par des moutons (le rêve sine qua non des élites gouvernementales, je le répète, depuis des siècles, que dis-je, depuis des millénaires).

    Au nom de tous les citoyens, je souhaiterais m'excuser devant les élites qui nous gouvernent pour le fait d'être humain.  Et quand les êtres humains conduisent trop lentement, ils s'ennuient, ils somnolent, ils ne prêtent plus attention à la route.  Par conséquent, il s'ensuit que le gouvernement a tout faux : les conducteurs ne freineront pas plus vite, ni même aussi vite.
  
    De même, qu'importe si on a en effet une augmentation du champ de vision à une vitesse réduite si, terrassé par l'ennui, on est effectivement en train de l'admirer, ce panorama à droite ou à gauche, sans prêter (trop d')attention à la route devant soi (et à la route… derrière soi!) ? Ne se pourrait-il pas que, tout compte fait, une absence de perception visuelle latérale, ou de vision panoramique, est plus… sûre — et ce pour tout le monde ?!

    En d'autres mots, on a peut-être davantage de place pour freiner, mais qu'importe si on a de fait moins de temps pour réagir ?  C'est réagir qui est important, réagir en fonction du contexte d'une urgence, pas la seule application d'une seule des réactions possibles (freiner ou accélérer ou virer à gauche ou virer à droite, etc).  Et cela demande de la vigilance, c'est-à-dire un conducteur alerte.  (Tout le contraire de la conduite dite "Zen" que nous préconisent les "experts" de la sécurité.)  C'est sans aucune doute pour cela que des tests de vitesse illimitée dans des parties de trois pays sur trois continents différents (Allemagne, Australie, États-Unis) ont tous eu le même résultat — nous allons y revenir — celui d'une baisse de la mortalité.

    Maître Éric de Caumont a sans doute été parmi les meilleurs à adresser (sur CNews) un argument (sic) similaire de la Sécurité Routière  :
"on vous tient un discours [citant] une étude … qui dit : 1 % de vitesse en moins égal 4% de tués en moins.  Donc, c'est génial, on enlève 10 km/h, on va avoir 40% de morts en moins … Pour comprendre l'ineptie de ce calcul, il suffit de faire le calcul jusqu'au bout ; et vous arrivez à 67,5 km/h.  Vous savez ce que c'est ? Eh bien, c'est la vitesse à laquelle il n'y a plus de morts — en enlevant 4% à chaque fois que vous enlevez 1% de vitesse."  
Comme le dit Maître de Caumont, c'est effectivement d'une stupidité sans pareil.

    Mais, au fait, se demande le magazine Challenges : D'où sort-on ce chiffre de 4 % de morts pour 1 km/h ? D'une étude publiée en 1981 par le chercheur suédois Göran Nilsson, qui "visait certes à quantifier la relation entre le nombre d'accidents et la vitesse des véhicules", explique Pierre Chasseray, délégué général de l'Association 40 Millions d'Automobilistes, "mais il avait un objectif précis, oublié depuis : il s'agissait de quantifier l'impact de cette fameuse journée du 3 septembre 1967, lorsque les Suédois qui roulaient à gauche de la chaussée (comme les Britanniques) ont changé de bord à cinq heures du matin, comme un seul homme, pour rouler à droite."

    En d'autres mots, conclut Eric Bergerolle,
"Le cadre très limité de cette étude de 1981 l'empêche de prétendre au moindre caractère universel : ses conclusions s'appliquent exclusivement à la Suède de la toute fin des années 1960, qui plus est à des automobilistes confrontés à un bouleversement fondamental des règles de circulation."
    On prend donc une étude d'un seul pays, pour un seul pays, vieille de presque 40 ans, périmée et hors sujet, qui n'a été reproduite nul part ailleurs pour la simple raison que depuis la Seconde Guerre Mondiale, peu d'autres pays, surtout en Europe (hormis l'Islande, l'année suivante), ont procédé à une telle révolution sur la totalité de ses routes (à savoir un changement du sens de circulation automobile).

    Pendant ce temps, on ignore totalement une statistique officielle de l'Union Européenne, moderne (2015), comparative (et déjà mentionnée dans un précédent article), qui indique que l'Allemagne, dont la limite sur est de 100 km/h et illimitée sur deux tiers de son réseau autoroutier — ce qui, par ailleurs, annihile totalement l'affirmation, simpliste, La vitesse tue — a une mortalité routière moindre par habitant que la France.  (De même, comme nous l'avons déjà vu, on ignore des tests de vitesse illimitée qui, partout où ils ont été appliqués sur trois continents, ont vu la baisse de la mortalité sur route — mais contrairement à l'Autobahn, les tests sur la Interstate du Montana et la Stuart Highway ont rapidement été étouffés par une coalition d'écologistes et d'étatistes patentés.)

    Cela dit, si on tient absolument à retourner un demi-siècle en arrière, et plus, pourquoi ne pas étudier un article de Popular Science de… 1960 qui comparait les limites de vitesse dans les différents États des USA et qui concluait que plus la limite de vitesse était élevée, moins les conducteurs souffraient de la distraction de craindre la police de la route et plus ils étaient en fait en sécurité.  En lisant le texte suivant, notez bien qu'il décrit un article écrit seulement… 15 ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale !
"[Dans un article de mai 1960 intitulé "Abolissons les limites de vitesse stupides",] Paul Kearney affirmait qu'en surestimant les limites de vitesse, les responsables des routes négligent des problèmes plus pressants, comme la conduite en état d'ébriété. En outre, les statistiques montraient que la plupart des accidents en Pennsylvanie, en Indiana et dans l'État de New York impliquaient des véhicules roulant à moins de 50 miles/h [soit 80 km/h!!]. Plus de conducteurs sont morts à New York après s'être endormis au volant, avoir heurté des cerfs ou avoir commis d'autres «erreurs humaines». À l'inverse, les autoroutes avec des vitesses plus élevées ont connu moins d'accidents. Kearney a noté que les conducteurs de New Jersey étaient plus globalement en sécurité parce qu'ils n'étaient pas aussi distraits par leur crainte de gendarmes zélés [of strict highway patrolmen], ayant la réputation de patrouiller dans l'espoir de "choper" des conducteurs dépassant la limite de vitesse."
    Quoi qu'il en soit, il se trouve que quand on mentionne le cas de l'Allemagne, grande surprise !

    Voilà que, tout d'un coup, le gouvernement français fait un virage de 180º !

    Voilà que, brusquement, il se détourne de ces chiffres et de ces pourcentages dont il raffole tant !

    Voilà que, comme par un coup de baguette magique, il prend refuge dans les rapports humains ; dans la nature des peuples ; et dans les différences culturelles !

    Voilà qu'il se rabat sur une soi-disante différence — entre les Allemands (disciplinés) et les Français (indisciplinés) !

    (Une chose ne change pas, pourtant : qu'on parle de "chiffres indiscutables" ou de rapports humains, le parti pris du gouvernement et des experts auto-proclamés, serait encore une fois irréfutable, ce serait alpha et oméga, l'argument définitif qui met fin à toute discussion.)

    Puis-je me permettre de prendre la défense des Français ? Est-il besoin de préciser que s'il y a des différences, manifestes comme subtiles, entre l'Européen nordique et méditerranéen, ils ont quelque chose en commun, en commun par ailleurs avec les Anglais, les Américains, les Arabes, les Musulmans, les Juifs, les Africains et les Asiatiques ? À part le fait que, non, les "assassins en herbe" (sic) ne sont pas indifférents à la mort d'innocents, ils ne veulent pas abîmer leurs biens (cf leurs véhicules) et ils ne veulent pas d'ennuis avec les autorités.

    De toutes les façons, est-ce que la Suède serait moins disciplinée que l'Allemagne ?! Les Suédois ne se trouvent-ils pas encore plus au nord de l'Europe que les Allemands ?! Ayant du sang scandinave qui coule dans les veines, je peux vous certifier que si une poignée d'ivrognes sortent dans la rue chanter à pleins poumons au milieu de la nuit à Stockholm, à Oslo, ou à Copenhague, les chances sont grandes que, même dans une ville complètement déserte à 3 heures du matin, les saoûlards attendront que le feu change au vert avant de traverser la chaussée.

    On a vu qu'on peut faire dire aux chiffres tout plein d'inepties et nous allons voir qu'en changeant les paramètres — de fait, les rendre plus réalistes — on peut leur faire dire aux chiffres à peu près tout ce que l'on veut.  Dans cette perspective, on ne manquera pas de noter que la conclusion de deux années d'expérimentation des 80 km/h sur trois tronçons de routes nationales sont si mauvaises (pour le gouvernement) — c'est-à-dire, si bonnes et positives pour les conducteurs et pour… la France —, que la Sécurité Routière et MM Barbe, Philippe et Macron ont arrêté net sa publication (Emmanuel Barbe se contentant d'affirmer que la mortalité aurait été divisée par deux).

PAS DE STATISTIQUES SANS PARAMÈTRES

    C'était durant l'année 2011, je pense, que le gouvernement prit la décision de publier un supplément de quatre pages dans tous les grands journaux de l'époque afin de défendre les prises de position sur la sécurité routière.

    L'un des diagrammes statistiques montra la baisse de la mortalité depuis l'installation des radars en 2003.  Effectivement, la courbe depuis l'année 2003, à gauche, jusqu'au présent, à droite, est en constante baisse.  Or, pour que l'utilité des radars soit établie, ne faudrait-il pas prendre en compte les années antérieures ?  Logiquement, si les radars êtaient vraiment ces inventions miracle responsables de la baisse de la mortalité, un diagramme plus complet devrait montrer, soit, au pire, une courbe antérieure en hausse soit, au mieux, une courbe horizontale.

    Notons que le fait même que les années précédentes ne se trouvent pas dans le diagramme devrait déjà susciter chez le lecteur un minimum de sceptisme.  Et en effet, il s'avère que, dans les diagrammes concernant les taux de mortalité sur les routes depuis 20, 30, ou 40 ans, on découvre une baisse constante du nombre de tués sur la route depuis 1988 et même, avec quelques hics, depuis 1972 — et que l'année 2003 n'a rien changé à la donne.

    C'est suite à cette campagne d'information (sic) du gouvernement que la Ligue de Défense des Conducteurs publia ses 4 vérités sur les radars.
Vérité n°1 : la baisse de la mortalité routière est bien antérieure à la mise en place des radars
Vérité n°2 : A ce jour, aucune étude scientifique française n’établit un lien direct entre vitesse et mortalité routière
Vérité n°3 : deux radars sur trois ne sont pas placés à des endroits dangereux
Vérité n°4 : l’Etat a empoché plus d’un demi-milliard d’euros [en 2010] grâce aux radars
Le Cowblog en conclut que
"Le nombre de tués sur Les routes baisse de façon continue depuis plus de vingt ans, grâce à l'amélioration des routes et surtout de la sécurité des véhicules, et grâce à des contrôles exercés avec discernement, et l’introduction des radars n'a rien changé à la pente de la courbe !"
    Rappelez-vous de La Grande Vadrouille et de Autant en Emporte le Vent.

    Même parler d'une diminution de 17 000 morts, vers 1970, à 3600 morts aujourd'hui est trompeur (et cela, ce n'est rien sinon une excellente nouvelle), puisqu'elle est encore plus impressionnante vu que ces chiffres ne prennent pas en compte l'augmentation de la population française depuis presque 50 ans ainsi que celle, conséquente, du parc automobile. De fait, Nicolas Najac a essayé de faire le calcul : d'un parc auto de 13 710 000 véhicules pour 16 469 morts en 1973 à 39 140 000 véhicules pour 3500 morts en 2017, cela fait "trois fois plus de véhicules pour presque 5 fois moins de tués."

    Par ailleurs, en faisant un calcul tant soit peu différent, les résultats s'avèrent être encore pires — pour les férus du mélodrame ! Comme le dit le professeur de médecine Jacques Cohen à la radio RCF,
non, [la mortalité] n’augmente pas, et même cela diminue. Cela diminue depuis plus de 30 ans, de façon tout à fait régulière si on regarde la bonne courbe qui est celle de mortalité kilométrique, par millions de kilomètres parcourus, si on regarde celle des automobiles.
    En effet, si l'on calcule le taux de décès par millions de km parcourus, il semblerait que ce n'est plus depuis 1972 qu'elle est en baisse constante ; ce serait depuis… 1960 voire même 1952 !

(Oui oui, je sais ; force est d'avouer que ce serait effroyable s'il devait s'avérer qu'il n'y a aucune crise sur les routes !)

PAS DE CHIFFRES SANS POURCENTAGES

    Revenons un peu plus longuement sur ces 3 600 morts sur la route par an dont on nous parle sans cesse.  Certes, ce n'est pas là un chiffre à ignorer, mais les statistiques, ce n'est pas seulement les chiffres bruts, c'est beaucoup d'autres choses comme les histogrammes et les diagrammes circulaires, mais — avant tout — les pourcentages.

    Dans un monde idéal, avec des politiciens désintéressés et des journalistes qui (se) posent des questions, on nous apporterait toutes les données (chiffres bruts, statistiques, etc…) sur un thème précis.  Mais il semblerait que nous ne vivons pas dans un monde idéal.

    Trois milliers et demi de morts en France tous les ans, c'est un chiffre qui semble énorme.  Cela pourrait être tous les voisins, tous les usagers des transports publics, et tous les collègues de bureau que nous voyons en un mois entier, voire en une semaine entière.

    Question toute bête : quelle est la population de la France ? 65 à 70 millions, n'est-ce pas ? Le chiffre 3600, a-t'on déjà calculé son pourcentage par rapport à 65 millions ? Cela ne semble pas arriver très souvent, n'est-ce pas ? Et pour cause.  La réponse, c'est quelques 0,005%.  En d'autres mots, cette année-ci, comme l'année dernière et toutes les autres années, quelques 99,995% de la population française ne court pas le moindre risque de mourir dans un accident de la route (qu'il soit dû à la vitesse ou à une autre cause).  Et par ailleurs, un nombre similaire d'automobilistes (un nombre forcément plus élévé que 99,995% puisque tous les habitants de l'Hexagone ne sont pas derrière un volant) ne va pas tuer qui que ce soit sur la route pendant les prochains 12 mois et même pendant leur vie toute entière sur cette planète.

    Mais ! J'y pense :

    Êtes-vous scandalisé par ces statistiques plus nuancées — puisqu'un pourcentage semble baisser la valeur de la vie d'un être humain ? J'entends déjà, de la part des alarmistes patentés et des férus du mélodrame, les cris de rage, les pleurs de dépit et les grincements des dents.

    Bon, oublions-les, si vous insistez.  Revenons aux chiffres réels.

    Parlons plutôt, comme Jacques Chevalier dans Le Point,
"de l'alcool, responsable de 73 000 morts par an dans notre pays, le tabac de 49 000, les accidents domestiques de 20 000, le suicide de 12 000, la grippe de 10 000 et les maladies nosocomiales de plus de 5 000 victimes".
    Patrice Vergès a fait le calcul :
"plus d’un demi-million de gens meurent chaque année en France.  … Sur ces 580 000 décès, on compte environ 21 000 personnes qui meurent d’accident de la vie courante … En effet plus de 9400 personnes meurent de chute. Du toit, dans la rue et surtout dans les escaliers. Faudrait-il mettre des radars dans les escaliers ?"
    Au journaliste automobile  de conclure :
"sachez qu’on compte environ 500 noyades par an, 1300 intoxications alimentaires et autour de 500 à 1000 décès dus à la pratique d’un sport. Alors que faut-il faire ? Ne plus prendre sa voiture, ne plus manger, ne plus descendre de son escalier, ne plus faire de sport ?  Non, bien évidemment. Vivre, c’est dangereux pour la santé !"
    Calculé sur le chiffre de tous les décès annuels en France (580 000 âmes), il va sans dire que le pourcentage des seuls morts sur route augmente par rapport à la population de la France entière ; il n'empêche, on est droit de se demander si 0,6% (3600/580000) est à qualifier, comme le fait la Sécurité Routière (ainsi que la presse (inter)nationale), de "hécatombe".

    Autre statistique : Selon l'Observatoire national du suicide, "la France présente, au sein des pays européens, un des taux de suicide les plus élevés derrière les pays de l'Est, la Finlande et la Belgique."  Aucune indication ne précise si une partie des meurtris ont commis leur acte de désespoir après avoir perdu leur boulot (et leur fierté) suite à la perte de leur permis de conduire (pour une poignée, établie artificiellement, "d'effractions" sans gravité).

    Retournons-y, justement, à l'automobile :

    C'est ici qu' intervient, effectivement, le Syndicat Indépendant de la Police Nationale (Pauline Rachwal sur Caradisiac) :
« Il est étonnant que nous n'entendions parler que des morts sur les routes de France alors qu'il y a 5 fois plus de morts par accidents domestiques ! Est-ce parce que la répression dans ce domaine RAPPORTE de l'argent à l'Etat transformant les policiers non plus en "anges gardiens" et "arbitres" mais en percepteurs déguisés ? »
    À quelques jours de la date fatidique du 1 juillet 2018, un député LREM est monté au créneau.  Devant l'Assemblée Nationale, Dimitri Houbron a décrit la victime d'un accident de la route appelée Laurence, recouverte d'un drap sur une table des pompes funèbres, le corps couvert de blessures, de plaies, le visage tuméfié, massacré.  (S'il ne fait pas une description plus détaillée de l'identité de la victime, est-ce par retenue et décence ou est-ce aussi, du moins partiellement, pour que personne ne puisse faire une enquête plus approfondie sur les circonstances de son décès ?)

    N'ayons pas peur de dire que l'histoire de Laurence est une tragédie à briser les cœurs.  Mais qu'en est-il de la conductrice tuée sur autoroute pour cause de somnolence due à une limite de vitesse (sic) soporifique ? Ne doit-on pas avoir pité de ses proches à elle ? Et le Français mort en tombant chez lui, dans son escalier ? Devons-nous montrer moins d'émotion si, par chance, son visage est peut-être intact ? Et l'enfant noyé dans une rivière ? N'est-ce pas autant tragique ? Quant à Félix Faure, décédé à l'Élysée dans les bras de sa maîtresse, parions que le visage du président devait plutôt afficher un sourire…

    N'aurais-je pas dû m'exprimer ? Est-ce que ce que j'ai dit est "scandaleux", une "honte" ? Certains s'offusqueront de ces propos, mais il n'est pas anodin de rappeler que si d'aucuns, notamment les alarmistes patentés, les droits-de-l'hommistes auto-proclamés, et les férus du mélodrame, prônent la devise "suivez votre cœur", cela ne signifie pas que ceux qui ne se joignent pas à leurs jérémiades sont sans cœur.  C'est plutôt que leur message à eux, c'est le suivant :
"Suivez votre cœur mais n'oubliez pas d'emporter votre tête avec vous."
    Dans cette perspective — malgré les pleurs et les dépits de rage — je me permets de revenir au chiffre de 99,995% de Français qui ne risquent pas de mourir sur la route cette année.

    Effectivement, même la statistique de 0.005% morts par an pourrait être qualifiée d'être trompeuse, et même… d'être exagérée.  Car les 3 600 tués pourraient être définis comme de la façon suivante : 3 600 personnes ont été tués — forcément — un jour particulier de l'année X qui compte 365 jours.

    Mais parmi les 40 millions d'automobilistes en France, la quasi-totalité a utilisé son véhicule plus d'une fois par an.  Disons qu'en moyenne, pour arrondir et pour simplifier, chacun des conducteurs a utilisé sa voiture 200 jours de l'année.  Deux cents sorties par voiture, cela donne pour tout l'Hexagone un total de 8 milliards de sorties en voiture (40 millions d'automobilistes x 200) par an.

    Je suis obligé de faire au pif, car il n'y a évidemment aucun chiffre sérieux là-dessus — et c'est effectivement comme ça que semblent opérer bon nombre de journalistes, de politiciens et… de scientifiques.  (Retenez-moi où je vais doubler le chiffre de balades en voiture, de 200 à 400, puisque la plupart des sorties comprennent un aller, mettons, le matin et un retour le soir.)

    Nous venons donc — d'une manière tout à fait valable — de multiplier (de diviser?) ce chiffre par 200 — ce qui change complètement la donne (chiffres comme pourcentages).  Cette démonstration démontre la folie de croire dans les statistiques et combien il est difficile de parler, comme la médiatrice de LCI et Manuel Valls, de "chiffres indiscutables" (des chiffres "indiscutables" utilisés par aucun autre pays de l'Union Européenne, cette Europe tant vantée jusqu'aux cieux).

    Quoi qu'il en soit, voyez maintenant comment les chiffres dégringolent encore plus.

    Maintenant ce ne sont plus 64 996 400 Français (65 millions – 3600) qui n'ont tué personne sur la route cette année ; ce ne sont plus 39 996 400 conducteurs (40 millions – 3600) qui n'ont fait aucune victime cette année.  Non : ce sont 7 999 996 400 sorties de voiture (8 000 000 000 – 3600) qui cette année n'ont fait aucune victime.

    En termes de pourcentages (3600, c'est 0,000045% de 8 milliards), cela ne donne plus 99,995% des Français n'ayant tué qui que ce soit sur la route cette année ; cela ne donne plus 99,991% des automobilistes n'ayant tué personne avec leur véhicule cette année ; non, cela donne 99,999955% des sorties de voiture qui en une année ne font aucune victime.

    Depuis le 20ème siècle, nous vivons une époque où l'on loue la laïcité vantée jusqu'aux Cieux, en dénonçant et en ridiculisant les croyants et leurs superstitions supposées.  Le citoyen est toutefois en droit de se demander si les prosélytes et les zélateurs du tout-État — voir le vocabulaire quasi-religieux d'expressions comme "l'État-providence" — n'ont pas créé leurs propres superstitions, celles qui sont camouflées, de façon délibérée ou non, consciemment ou inconsciemment, sous une base soi-disant scientifique.

     N'oubliez pas : la prochaine fois qu'on vous énonce des statistiques, demandez à la personne si elle sait en quoi une statistique est comparable à un bikini…

Pourquoi une statistique est-elle à comparer à un bikini ?

Les statistiques, c'est
comme les bikinis :
ça montre beaucoup,
mais ça cache l'essentiel