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2004/05/25

Le Monde, porte-parole du Quai d'Orsay

En parlant de Le Monde, qu'on ne s'étonne pas que John Vinocur de l'International Herald Tribune évoque les relations étroites du journal avec le ministère des affaires étrangères français. Si besoin était de confirmer la chose, le quotidien de référence l'a fait avec une "analyse" consacrée à la décision de Michel Barnier de ne pas envoyer de soldats français en Irak, "ni maintenant ni plus tard".

En premier lieu, le titre — La rupture Chirac-Bush sur l'Irak — est trompeur ; il suggère que la rupture d'un Jacques Chirac éminemment lucide et patient était tout récente alors qu'elle date d'il y a un an et demi et qu'elle dure depuis autant de temps (ce qui pourrait suggérer pour d'aucuns qu'elle est tant soit peu exagérée (voire hystérique?)).

Quant à l'article lui-même, le vocabulaire employé encense et loue la France du début à la fin et ne fustige pas seulement l'Amérique, mais tous les autres acteurs internationaux, y compris l'ONU, les Irakiens, et Berlin ('à la différence de l'Allemagne, [la France] affirmait qu'elle "assumerait ses responsabilités"'). Le message est on ne peut plus clair. La France est responsable, raisonnable, et humaniste, et le seul pays à avoir une politique responsable, raisonnable, et humaniste sur l'Irak. Quelques exemples:

  • "Jamais les dirigeants français n'avaient été aussi catégoriques" (Quand Washington est catégorique, les Français appellent cela "être intransigeant")
  • "La France, pour sa part, estime le moment venu de dire clairement…" (seul Paris parle d'une voix franche et ouverte)
  • "Paris décide aujourd'hui d'en tirer explicitement les conséquences" (seuls les Français savent raisonner de façon lucide)
  • "Le double jeu de Washington avec l'ONU" (self-explanatory)
  • "Bref, l'administration américaine voudrait des soutiens, des relèves, mais n'entend pas lâcher les rênes. Elle appelle l'ONU à la rescousse tout en maintenant le flou sur le rôle qu'elle est prête à lui concéder" (cet exemple de "double jeu" est immédiatement suivi par une citation affirmant que l'attentat à son quartier général à Bagdad en août 2003 prouve que "L'ONU a largement payé pour cette ambiguïté" — en d'autres mots, tout est, sinon la faute des Yankees, la faute à l'incapacité des autres acteurs internationaux de voir la fourberie desdits Yankees)
Et quand des questions peuvent se poindre quant à la justesse (et à la justice) de la politique française, hier ou aujourd'hui, Claire Tréan les pose dans son "analyse" dans le seul but d'avoir un officiel français y apporter une réponse qui montre que la politique française est non seulement ô combien cohérente, elle est la seule qui soit la bonne.

En fait, on compte en tout et pour tout pas moins de 19 citations dans l'"analyse", qui vont d'une partie de phrase ou même un seul mot à des paragraphes entiers. Pas une seule qui soit de la bouche d'un Américain. Pas une seule qui ne soit pas de la bouche d'un officiel français. Pas une seule.

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