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2004/06/16

Un cinéaste français répond au Monde et à Michael Moore

Le réalisateur de Bagdad quotidien Bagdad, un documentaire sur le quotidien d'une famille irakienne, se fait interviewer par Sylvie Kerviel.
Romain Goupil : A Bagdad, j'ai vécu six semaines dans un état d'étonnement. J'ai découvert que la ville était une fourmilière d'activités, contrairement à ce que l'on voit en France dans les journaux télévisés. …

Sylvie Kerviel : En filmant le quotidien d'une famille "ordinaire", que vouliez-vous montrer ?

…Je voulais simplement que, par la simple observation de leur vie, on comprenne qu'avec la fin du régime de Saddam Hussein, ils ont gagné quelque chose de fondamental, la liberté de discuter de ce qui va et de ce qui ne va pas. Avant, ils auraient émis le moindre doute, ils étaient morts. …

Sachant que vous avez publiquement pris position, en mars 2003, pour l'engagement de la France aux côtés des forces anglo-américaines, on pouvait s'attendre à ce que vous adoptiez un ton plus militant…

On pouvait effectivement redouter le pire du pire, c'est-à-dire un film comme celui de Michael Moore, Fa[h]renheit 9/11, ou celui de William Karel, Le Monde selon Bush … Ces deux réalisateurs savent à l'avance ce qu'ils veulent entendre. C'est le contraire du cinéma que je fais. Je ne cherche pas à illustrer quelque discours que ce soit ni à convaincre quiconque. Ce qui ne m'empêche pas, par ailleurs, de militer. Je souhaite qu'on arrête de dire que Bush est un crétin et qu'on aide les Irakiens à reconstruire leur pays. Mais je ne me sers pas de mon film pour dire cela. …

La réponse de Romain Goupil à la question de Sylvie Kerviel sur les tortures semble être un commentaire sur l'éditorial du quotidien de référence et sa question finale ("La casuistique développée par des documents officiels publiés par la presse américaine fait froid dans le dos … la perversion du droit … Quelle guerre vaut-elle que l'on se déshonore de la sorte ?")
Votre voyage là-bas, l'évolution de la situation en Irak et la révélation d'actes de torture de la part de soldats américains, ont-ils modifié votre position ?

Non. Je continue de penser que si on y avait été tous ensemble on aurait redonné la liberté à ce peuple. Quant aux tortures, ce n'est pas une révélation. Dans toute intervention, il faut se méfier des hommes qui redeviennent des bêtes. C'est de la responsabilité de l'encadrement militaire et des politiques de surveiller cela.

Même l'envoyé spécial du Monde à Bagdad semble aller (ne fût-ce que partiellement) contre la tendance des éditorialistes.
Arrivé au bout de la rue Saadoun, déjà embouteillée à 8 heures du matin, le convoi [des employés de la General Electric] ne voit pas, ou ne peut écarter une voiture qui se faufile en son sein. Et c'est la déflagration. La bombe déclenchée par le kamikaze est d'une très forte puissance. Le souffle atteint d'autres véhicules et éventre des bâtiments environnants. Des passants sont fauchés et des habitants du quartier périssent sous les décombres. On dénombre seize morts, dont cinq employés de la General Electric, et plus de soixante blessés. Parmi les cinq étrangers, il y a deux Britanniques, un Américain, un Français et un Philippin. C'est le deuxième attentat-suicide à la voiture piégée en vingt-quatre heures à Bagdad.

L'occupant américain et le gouvernement irakien ont immédiatement condamné l'attentat.

Évidemment, Le Monde a bien instruit ses employés et journalistes de toujours utiliser des expressions négatives pour dénigrer les Américains : "la force occupante", "l'échec américain", les "menteurs" Bush et Blair, etc… Mais c'est ce qui suit dans le rapport de Rémy Ourdan qui va, intentionnellement ou non, donner une autre image de la situation.
Les divisions entre Irakiens sont parfaitement illustrées par les attitudes dans les minutes qui suivent la déflagration [du 14 juin]. Il y a d'abord cette cinquantaine d'hommes surexcités qui jettent dans le brasier des 4 x 4 des étrangers des canettes de bière trouvées dans une boutique éventrée. Il y a ensuite cette foule d'environ deux cents personnes qui crient "Non, non à l'Amérique !", brûlent un drapeau britannique trouvé on ne sait où, et rejettent la faute de l'attentat sur les seuls Occidentaux, coupables d'être présents en Irak.

Et puis il y a Emad, un passant rencontré plus tard au café. "J'étais là par hasard, et j'avais honte, raconte-t-il. Honte de voir des Irakiens se réjouir de regarder brûler des corps de gens venus reconstruire l'Irak, honte de voir mes frères en profiter pour piller des magasins... Je souhaite, moi aussi, que les Américains quittent l'Irak, mais pas ainsi, pas dans la violence et la haine." Emad est loin d'être le seul à penser cela.

Beaucoup de Bagdadis, choqués par les images d'avril des habitants de Fallouja brûlant et suspendant à un pont les cadavres de quatre paramilitaires américains, et mettant ce déchaînement sur le compte d'une "sauvagerie" de villageois un peu rugueux, ont été très choqués, lundi, de voir la scène se répéter au cœur de leur capitale. "Nous sommes envahis par des voyous prêts à tout", se lamente un commerçant. "Ces actes, ce n'est pas l'islam. C'est une perversion", pense Emad.

Read Douglas' comment on and partial
translation
of Rémy Ourdan's article

Read Christopher Hitchen's description of Michael Moore's film

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