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2004/09/27

La grande leçon de la démocratie américaine

Quand un journal n'a pas d'autre choix que de publier un article sur un VIP pro-américain (en l'occurrence, l'auteur Yves Roucaute), mieux vaut le glisser dans le supplément littéraire, de préférence au milieu d'innombrables articles qui discréditent et caricaturent les Américains… (Noter aussi à quel point les questions du journaliste se situent dans la logique de la pensée dite unique de l'Hexagone…)
Yves Roucaute : …Si j'étais hégélien, je dirais que l'esprit de la liberté «s'objective» aujourd'hui dans les Etats-Unis d'Amérique. Même si celle-ci n'a évidemment pas le monopole de la liberté ; l'Amérique constitue, à mes yeux, le navire amiral des républiques libres.

Paul-François Paoli : Vous avez approuvé sans réserve la politique de George W. Bush en Irak. Que pensez-vous de son revers ?

Cette intervention était nécessaire pour trois raisons : la première, et la plus importante, étant qu'il fallait mettre hors d'état de nuire une tyrannie barbare. Les pacifistes qui manifestent contre Bush ne se sont jamais manifestés pour protester contre les massacres commis par ce régime dont les victimes sont évaluées à 2 millions de personnes depuis que Saddam était au pouvoir. Deuxième raison : la guerre contre le terrorisme que celui-ci finançait. Je pense aux 25 000 dollars versés aux familles des kamikazes anti-israéliens, ou au soutien apporté à des groupes comme celui d'Haaouri, l'un des plus violents. Il avait aussi hébergé et financé, dès 1988, Abou Nidal ainsi que le FPLP commandement spécial, crée des groupes comme l'Ansar, qui, responsable d'attentats commis en Israël et en Jordanie, s'apprêtait à en réaliser aux Etats-Unis. La troisième raison est celle des armes de destruction massive. Saddam Hussein en avait puisqu'il les a utilisées contre l'Iran. Nul ne sait s'il les a détruites, où, ni quand. Tout cela explique que, lorsque les Américains sont arrivés en Irak, la population les a acclamés. …

La Puissance de la liberté est un plaidoyer néo-conservateur. Comment définissez-vous ce courant qui domine le Parti républicain américain ?

Aux Etats-Unis, néo-conservateur correspond à ce que nous appelons «libéral» en France. Alors que «libéral» signifie, là-bas, de gauche ou «progressiste». Il faut donc se méfier des confusions. Le néo-conservatisme américain repose sur l'idée qu'il n'existe que des individus concrets qui ont en commun une loi morale d'origine divine. Cette loi, qui provient de l'Ancien et le Nouveau Testament, nous donne des droits humains que nul ne peut nous retirer. Ce qui veut dire qu'aucune majorité ni minorité politique, aucune oligarchie, ni aucun Etat ne peuvent les abroger. La grande leçon de la démocratie américaine, c'est d'avoir compris qu'en fondant les droits individuels sur un principe transcendant, on les rendait inaliénables. C'est pour cela qu'il n'y a jamais eu de régime totalitaire aux Etats-Unis, comme il y en a eu en Europe.

Peut-on critiquer la politique américaine sans être anti-américain ? A vous lire, on en doute...

Ce que je dénonce ce n'est pas la critique d'une politique, mais la manie qu'ont les Français de rabaisser les dirigeants américains, en particulier George W. Bush, que l'on traite de crétin régulièrement. C'est, en tout cas, ce que j'entends dans tous les dîners mondains où je vais. G. W. Bush est quand même diplômé de Yale et de la Business School de Harvard. Je peux vous dire que je n'ai pas un étudiant qui ait atteint le niveau pour y entrer. Nous sommes un pays où l'on défile en brûlant le drapeau américain, et où l'on insulte son président, mais où l'on trouve scandaleux que les Américains nous critiquent. Regardez Marianne qui lance une campagne de pétition contre l'élection de Bush. Vous imaginez si des pétitions avaient lieu aux Etats-Unis contre l'élection de Chirac, le tollé qui se produirait en France ?

Vous dressez un tableau calamiteux de l'histoire de France. Ne croyez-vous pas qu'il vaudrait mieux aider les Français à se réconcilier avec leur passé ?

Non. Je pense qu'il est urgent de nous débarrasser des schémas de pensée archaïque qui, à droite comme à gauche, ont dressé un véritable culte à l'Etat à travers ce que j'appelle le modèle bonapartiste. Mise à part la Russie, il n'y a plus qu'en France que l'on voue un culte à Napoléon. Pour les autres pays d'Europe, c'est incompréhensible. Voilà quand même quelqu'un qui a rétabli l'esclavage, dont les troupes ont commis, en Espagne, des massacres comparables à Oradour-sur-Glane, qui a fait des lois antijuives en France ! Il faudrait quand même avoir un jour le courage de regarder le passé tel qu'il a été réellement.

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