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2004/12/14

"Il y a en France une logique sémantique politicienne surprenante !"

…la confiance est un élément essentiel de toute action politique et gouvernementale. Mais elle se mérite. Elle est acquise par la fixation d'objectifs clairs qui paraissent nécessaires à l'intérêt du pays, par des mesures même impopulaires, mais indispensables, par une détermination sans faille dans l'exécution de la politique choisie.
dit Raymond Barre à Rémi Godeau dans Le Figaro, en ajoutant "les Français sont incapables de surmonter ces difficultés, mais c'est un fait : ils ne se rendent pas compte de la gravité de la situation réelle de leur pays."

À l'interjection de Godeau, "Mais les Français rejettent ce choix libéral", Barre répond :

Oui, et les gouvernements ont tendance à éviter les mesures nécessaires pour ne pas provoquer des réactions négatives dans l'opinion. Mais il y aura toujours en France de telles réactions : sondages, protestations, défilés fleurissent. Faut-il se laisser impressionner par des mouvements inspirés par les intérêts catégoriels et corporatistes alors que l'intérêt national est en jeu ?

…Il y a en France une logique sémantique politicienne surprenante ! Si j'ai appliqué la rigueur [mot banni du langage gouvernemental, constate Godeau], ce n'était ni par plaisir ni par inclination personnelle. La situation appelait des mesures impopulaires. Je les ai prises. … Cela dit, il est vrai que les Français n'aiment pas l'effort continu. A l'époque, un spécialiste en communication m'avait même dit : «Cessez d'employer sans cesse dans vos discours le mot effort !» Les politiques promettent le bonheur et proclament leur volontarisme. Puis il y a le réveil douloureux pour les citoyens...

Les critiques systématiques du libéralisme en France, y compris à droite, sont ridicules. Le système libéral, c'est l'économie de marché moderne, qui n'exclut pas l'intervention opportune de l'Etat. Regardez les pays qui nous entourent : ils ne montrent guère d'intérêt pour le modèle français. …

Il faut toujours regarder autour de soi. Mais pour en tirer les bonnes conclusions. La Grande-Bretagne se porte bien parce que Margaret Thatcher y a introduit de grands changements. Et Tony Blair s'est gardé de les remettre en question. Gardons-nous d'approuver les expériences étrangères sans voir en quoi elles diffèrent parfois profondément de ce que nous considérons comme possible. …

Rémi Godeau : Vous récusez l'idée de déclin, mais dans «Mémoire vivante» publiée en 2001, vous assurez que la France traverse une phase de médiocrité...
C'est à dessein que j'ai utilisé ce terme. Je ne pense pas que la France soit appelée à décliner, mais les Français s'accommodent et se satisfont aujourd'hui de la médiocrité, soucieux de leurs petits intérêts et dépourvus d'ambition. …

(Thanks to Valerie)

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