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2011/11/13

Sans les chaînes de télévision, il est impossible de faire du cinéma en France


Dans un entretien avec Gérard Courtois et Thomas Wieder, Patrick Rotman essaie d'expliquer la différence entre le cinéma français et américain.
Le cinéma français semble peiner à aborder les sujets politiques. Partagez-vous ce diagnostic ?

Il faut s'entendre sur ce dont on parle. Si on considère comme " politique " tout film qui traite des problèmes de la cité au sens large, des conflits sociaux, des rapports de pouvoir, la filmographie française est abondante. Si, en revanche, on entend par politique un film qui raconte la conquête ou l'exercice du pouvoir, la filmographie est effectivement assez maigre.

Regardez les films de fiction qui mettent en scène des présidents de la République. Non seulement je n'en ai que deux à l'esprit, mais ce sont, de surcroît, des films dont le sujet central n'est pas directement politique. Ainsi, Le Bon Plaisir (1983), de Francis Girod, est au fond une histoire d'enfant illégitime. Quant au Promeneur du Champ-de-Mars (2004), de Robert Guédiguian, c'est, à travers le personnage du vieux Mitterrand, bien davantage une variation sur le thème du " vieil homme et la mort " qu'un film sur les rouages de l'appareil d'Etat ; en outre, il a été réalisé après la mort de l'ancien président.

Le contraste est saisissant avec le cinéma américain. Depuis qu'Hollywood existe, les Américains considèrent à juste titre la vie politique comme un terreau cinématographique inépuisable, où les passions sont exacerbées, les affrontements d'une virulence incroyable et les enjeux dramatiques, où l'on se combat et s'élimine. Aux Etats-Unis, non seulement les films qui traitent de cette question sont innombrables, mais ils utilisent toute la palette et appartiennent à tous les genres. Vous avez des comédies satiriques complètement loufoques, comme Des hommes d'influence (1997), de Barry Levinson, mais aussi de grands " biopics ", comme le Nixon (1995) d'Oliver Stone, ou de vrais thrillers, comme Les Pleins Pouvoirs (1997), de Clint Eastwood.

Comment expliquez-vous cette différence entre la France et les Etats-Unis ?

Le mode de financement du cinéma français y est pour beaucoup. Sans les chaînes de télévision, il est impossible de faire du cinéma en France. Or les chaînes sont très soucieuses de ce qu'elles peuvent montrer à 20 h 30. Dès lors, faire un film de fiction politique est, dans notre pays, un vrai chemin de croix : a priori, les financiers et les patrons de chaîne pensent qu'un tel film ne peut pas atteindre un grand public.

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