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2004/05/12

Tout moyen est bon pour caricaturer le leadership américain

Plantu nous donne encore un de ses dessins avec cette subtilité, ce raffinement, et ce cosmopolitisme dont seuls les Français détiennent le secret.


Washington est en proie aux convulsions d'un scandale majeur. George W Bush s'est dit écœuré par les photos émanant de la prison de l'Irak. Le président a promis qu'une investigation serait lancée. Quant au Général Antonio Taguba, par qui le scandale est venu (à travers son rapport), il a conclu qu'aucun ordre direct avait été donné pour harceler ou torturer les détenus. Se référant aux gardiens d'Abou Ghrabi, il a précisé : "je pense qu'ils l'ont fait de leur propre gré."

Mais — qu'importe! Car… toute occasion est bonne, n'est-ce pas, pour dépeindre les Américains comme des racistes sadiques, des ultra-nationalistes, des sales hypocrites pour ne pas sauter dessus. Et qu'importe, alors, toutes les "indices" qui indiqueraient des conclusions contradictoires.

La lutte anti-Bush est importante, nous explique-t'on, vitale même, voire sacrée, il ne faut laisser aucune occasion pour lui rentrer dans les plumes, quel que soit le degré de validité de la raison en question. Lancez-lui le plus possible d'arguments sectaires "sur la gueule", Dieu reconnaîtra les siens.

Dans une affaire semblable, mais en Allemagne, David Kaspar répond ainsi (à l'accusation du Spiegel que "les valeurs morales [de la démocratie occidentale] apparaissent, et sont maintenant documentées, comme de la pure hypocrisie") : "Dans sa quête incessante pour fustiger l'administration Bush, l'hebdomadaire semble avoir complètement perdu tout contact avec la réalité … Le fait que l'Amérique mène une enquête sur la situation et la rectifie (comme se doit de le faire toute démocratie) est minimisé. Spiegel Online dépeint la situation comme si les Américains tuent et torturent en Irak sur les ordres directs du gouvernement, ce qui met la nation au même niveau que Saddam Hussein et Kim Jong Il."

"Mais alors il convient de se demander : Si le gouvernement approuve ces actions, pourquoi s'excuserait-il et pourquoi mènerait-il une enquête ? Comment un gouvernement dans lequel 'le Sénat a voté, lundi, à 92 contre 0, de condamner les abus des prisonniers irakiens dans la prison d'Abou Ghraib [et] de mener pour une enquête complète' pourrait-il encore approuver des actions pareilles? Comment un président qui a exprimé son 'dégoût profond et son incrédulité' devant ces photos pourrait-il encore approuver de telles actions?"

"La réponse : … C'est le scénario habituel: si on repète un mensonge assez haut et fort et assez souvent, les gens pourraient commencer à le croire. Surtout si ces gens ont déjà des tendances pour le Yankee-bashing."

Et voilà que nous arrive d'Irak l'histoire d'un Américain autrement plus maltraité que les prisonniers humiliés d'Irak, puisqu'on l'a… décapité. Mais — qu'importe! Les gens qui se sont rendus coupables de ce meurtre, "il faut les comprendre". Et on ne versera guère plus de temps (ou de larmes) sur cette histoire qu'il le faut.

Pour revenir à l'image de Bush en membre (en grand dragon?) du Ku Klux Klan : en ce qui concerne le racisme en Amérique, et dans l'Armée US, serait-il juste de le définir comme étant dirigé envers ceux qui ne seraient pas de la majorité WASP (White Anglo-Saxon Protestants) — ceux qui ne seraient pas des protestants anglo-saxons blancs?

Dans ce cas, certains seraient peut-être intéressés de savoir que le général qui a rédigé le rapport sur le scandale d'Abou Ghraib est… d'origine philippine. Pour ne prendre que l'histoire très récente, on notera qu'un ancien général-en-chef est noir (il est depuis devenu secrétaire d'état ; à une époque, c'était l'individu qui a recueilli le plus de points dans l'histoire des sondages de ceux que les Américains voulait choisir pour devenir leur président). Un autre est d'origine slave. D'autres généraux sont asiatique ou hispanique. Et évidemment, un des gros bonnets en Irak est d'origine… arabe.

Mais, évidemment, cela n'est pas quelque chose qui contribue au combat sacré contre George W Bush et la société horrifiante qu'il représente. Donc, on le notera très vite en passant (ou en disant "Ça ne veut rien dire") et on l'oublie avant de passer à l'attaque suivante sur l'Oncle Sam.

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En lisant Libération, W confirme sur MiF :
"Le meurtre par décapitation de l'américain Nick Berg mérite un paragraphe sous la rubrique 'Faits du Jour' (qui contient 6 dépêches en tout) sur la page 6 dans l'édition d'aujourd'hui (par opposition à la vingtaine de pages, couvertes de photos agrandies, au sujet du bizutage de terroristes que nous voyons depuis quelques jours)."

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