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2011/05/03

D'éminents journalistes semblent découvrir avec stupéfaction et/ou indignation que quelques trublions ont le droit de s'exprimer

Je ne voudrais pas être discourtoise mais cette affaire de « nouveaux réacs » commence à sentir le poisson. Daniel Lindenberg avait déjà levé ce lièvre en 2002, dans un petit livre judicieusement intitulé Le Rappel à l'ordre (Seuil). Dix ans plus tard, de nouveaux « nouveaux réacs » sont donc appelés à comparaître devant le tribunal médiatique.
C'est au tour d'Elisabeth Lévy de réagir, voire de s'insurger, dans Le Monde devant le chapeau qu'essaient de leur faire porter, à elle et à d'autres penseurs politiquement incorrects, les tenants de la pensée unique, dont le moindre ne serait pas le quotidien de référence lui-même.
Qu'on se rassure, personne n'exige — en tout cas ouvertement — que l'on fasse taire « cette demi-douzaine de polémistes » qui, selon Le Monde, « cumulent chacun deux, trois, quatre collaborations rémunérées dans les médias les plus importants et une multitude d'invitations gracieuses dans les talk-shows », pendant que leurs valeureux adversaires résistent bénévolement dans des caves.

Il est vrai que ces esprits chagrins ne songent qu'à entretenir leur fonds de commerce. C'est ainsi, le bon journaliste a une pensée, le « nouveau réac » une posture. En tout cas, entre régimes amaigrissants et pouvoir des francs-macs, leur puissance médiatique est devenue un « marronnier » de saison.

Cette querelle picrocholine révèle une curieuse conception du pluralisme. D'éminents journalistes semblent découvrir avec stupéfaction et/ou indignation que quelques trublions qui ont le front de ne pas penser comme eux ont le droit de s'exprimer.

…Après tout, on a bien le droit de préférer le débat entre gens du même avis. Il est cependant paradoxal de célébrer la diversité en toute chose sauf dans le domaine des idées.

L'épouvantail « néo-réac » ressort des tiroirs au moment où ceux qui savent ce qui est bon pour le peuple réalisent, paniqués, que, malgré vingt ans de prêchi-prêcha, ce peuple ingrat, notamment sa composante la plus populaire, s'obstine à voter pour un parti désigné comme antirépublicain — mais accepté, on se demande pourquoi, dans le jeu républicain. L'ennui, c'est que le peuple est bon, d'où la nécessité de s'en prendre aux mauvais génies qui, en flattant ses plus bas instincts, l'ont encouragé sur cette pente déplorable.

Au-delà du vote FN, la « droitisation » de la société française inquiète nos grandes consciences, comme s'il était par nature bien d'être de gauche et mal d'être de droite. C'est précisément cette transformation inconsciente d'opinions, légitimes du reste, en dogmes incontestables, qui interdit toute discussion sur des sujets méritant mieux que des condamnations sommaires.

…Notre société qui adore « la transgression » passe son temps à traquer les « dérapages », terme indiquant clairement que certains points de vue sont autorisés et d'autre pas.

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