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2005/01/31

"Les Européens préfèrent apparaître comme contrôlant la situation, plutôt que de stigmatiser l'Iran"

"Les Européens sont cyniques et vont échouer"

Le Monde publie un "Entretin [sic] avec Henry Sokolski", dans lequel ce spécialiste de la politique de non-prolifération, entre autres, montre le revers des cartes quant au bien-fondé supposé du dialogue et des négotiations, éternellement loués aux Cieux comme indicatifs de la fraternité et de la bonne foi :

Laurent Zecchini : Vous désapprouvez la négociation menée par les européens avec l'Iran ?

La seule question est de savoir si les efforts européens ne renforcent pas l'idée que l'Iran a le droit, selon les dispositions du traité de non-prolifération [TNP], de se livrer à l'enrichissement de l'uranium. Si les Iraniens parviennent à convaincre qu'ils ont ce droit, alors nous sommes tous en difficulté. Pas seulement par rapport à ce que l'Iran pourrait faire, une fois ce droit acquis, mais surtout parce que cela créerait un exemple que beaucoup de pays pourraient suivre. C'est pour cela que je dis que les efforts actuellement déployés [par les Européens] sont très mal orientés, parce qu'ils ne font rien pour inverser cette thèse ; au contraire, ils la renforcent.
Les Européens sont-ils naïfs de croire en la parole des Iraniens ?
Non, je pense que le terme exact est "cyniques", car ils savent ce qui se passe en Iran. Mais ils préfèrent apparaître comme contrôlant la situation, plutôt que de stigmatiser l'Iran en portant la situation devant le Conseil de sécurité des Nations unies. Ils ne veulent pas que les Etats-Unis soient aux commandes de ce problème. Ils peuvent l'éviter actuellement, parce que les Etats-Unis supportent le fardeau [irakien] pour l'Europe. Nous avons le sentiment aux Etats-Unis que les Européens vont échouer et que, tôt ou tard, nous aurons à prendre la situation en main.
Certains experts estiment que l'Iran ne disposera pas d'armes nucléaires avant trois ou cinq ans. Est-ce votre avis ?
Ce sont des suppositions. De toute façon, il est moins important de savoir où en sont les Iraniens que de savoir d'où ils viennent. Or nous savons ce qu'ils ont fait dans le passé. Ils ont été forcés de reconnaître qu'ils n'ont pas respecté les règles, qu'ils les ont violées de multiples façons. Quand vous ne faites rien, même modestement, dès les premières indications d'un manquement aux règles en matière nucléaire, vous aboutissez à des pays comme l'Irak et la Corée du Nord.

Les Européens sont persuadés que s'ils sanctionnent d'une quelconque façon l'Iran, cela entraînera la troisième guerre mondiale ; les Américains utiliseront leurs armes nucléaires, tout va s'embraser, et l'Amérique va devenir le maître du monde ! Personne ne dit cela exactement, mais c'est ce sentiment diffus qui mine la diplomatie. L'idée, d'autre part, que les Etats-Unis vont s'engager maintenant dans une autre guerre est particulièrement fantaisiste, parce que nous sommes actuellement un peu occupés ailleurs...

Vous dites qu'après quinze mois d'activité la centrale de Bouchehr aurait suffisamment de combustible nucléaire pour produire près de soixante bombes égales à celle d'Hiroshima .
Cela ne doit pas être une surprise, ce n'est qu'un fait. Ils ont la capacité de produire de l'uranium enrichi pour fabriquer des bombes. Or, s'il n'y a pas de raison de penser qu'ils vont détourner ce combustible, il n'y a pas de raison de penser qu'ils ne vont pas le faire.
Pensez-vous que les Etats-Unis n'auront pas d'autre alternative que de détruire les installations nucléaires iraniennes ?
Nous avons de nombreuses alternatives, et pas seulement les Américains. Si nous croyons qu'un pays qui a violé ses obligations au regard du TNP mais est quand même autorisé à poursuivre ses activités nucléaires jusqu'au moment où il sera capable de se doter d'une bombe en quelques jours, l'Iran, est prêt à coopérer sur le plan nucléaire, nous avons l'obligation de nous assurer qu'il n'exporte rien dans ce domaine. Pratiquement, cela signifie qu'il faut intercepter des navires, si ce n'est tous les navires, qui sortent du golfe Persique, ce qui n'a pas été fait. Je me demande jusqu'à quel point nous sommes vraiment sérieux — Washington, les Européens — en matière de non-prolifération.

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