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2011/05/27

Certaines associations créent un délit d'"automobilisme passif", de mise en danger de la vie d'autrui par le simple fait d'être conducteur


Maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université Paris-I, spécialiste de l'automobilisme, et auteur de L'Autorefoulement et ses limites (Descartes & Cie), Mathieu Flonneau tente d'expliquer les ressorts psychologiques et historiques du débat à Benoît Vitkine :
On a vu dans les atermoiements de la majorité sur la signalisation des radars la crainte de froisser les électeurs à un an des élections législatives. Peut-on perdre une élection sur le thème de la sécurité routière ?

Dans une élection locale, oui, cela peut jouer. Particulièrement si les nouvelles règles sont perçues comme arbitraires. Et c'est le cas ici : l'emplacement des radars, par exemple, est contesté parce que ceux-ci ne seraient pas installés sur les lieux les plus accidentogènes. On meurt beaucoup moins sur les autoroutes et sur les voies rapides, et c'est pourtant là que l'on voit la plupart des radars. Ce genre d'arguments est vu comme un argument du café du commerce, mais il est corroboré par les études d'accidentologie.

Mais au-delà de cet aspect électoraliste, c'est une préoccupation légitime de la part des députés de se faire l'écho des inquiétudes des citoyens. … pour beaucoup de Français, l'automobile est non seulement un mode de transport mais aussi un outil de travail. On n'est pas ici dans une logique hédoniste, mais dans une logique économique, liée à l'emploi.

… le débat fait ressortir cette opposition entre sphère publique et sphère privée. L'habitacle de la voiture serait comme un prolongement du domicile, un prolongement du chez-soi où le pouvoir public n'a pas à s'introduire...

Absolument. Pour la grande majorité des individus, l'automobile est un espace privé. Qui, en plus, coûte cher à l'achat et à l'entretien, ce qui donnerait droit à une mobilité dite "libre".

Cette notion de liberté est fondamentale. La voiture, c'est la liberté ! On pense souvent aux Etats-Unis lorsque l'on évoque cet imaginaire de liberté étroitement associé à l'automobile. Mais en France et partout dans le monde, l'inconscient collectif qui associe voiture et liberté est le même. Dès lors, contraindre la conduite, l'encadrer, peut être vécu comme une atteinte à la liberté. Au même titre que le fait de géolocaliser les flottes de véhicules d'entreprise.

… Les automobilistes disent aussi en avoir assez d'être culpabilisés.

Certaines associations, par leur discours, créent ce qu'on pourrait appeler un délit d'"automobilisme passif", de mise en danger de la vie d'autrui par le simple fait d'être conducteur. Elles font de l'automobile une sorte de "mal public", au même titre, par exemple, que la cigarette. Cette vision hygiéniste – qui mêle préoccupations écologiques et sécuritaires – voudrait bannir systématiquement l'automobile des centres-ville.

D'où une certaine crispation chez les automobilistes, renforcée par le sentiment que certaines lois sont applicables à certains et pas à d'autres : ceux qui ont un chauffeur ou ceux qui peuvent se permettre de circuler à Vélib'...

"Chauffeur" et "Vélib'", cela veut dire "élite" et "Parisien"...

Ce sont des éléments importants du débat. L'idée que les lois sont faites par des élites qui ne conduisent pas compte pour certains automobilistes qui se sentent floués.

1 comment:

Anonymous said...

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