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2011/05/25

Les médias français ne veulent pas admettre qu’ils ont eu tort de s’emballer pour Obama qui n’a jamais rien fait pour mériter une adoration pareille

Sur le site d'Atlantico, Evelyne Joslain, auteure du livre Obama : de la déconstruction de la démocratie en Amérique, répond aux questions de Amaury Brelet.

Atlantico : Quelle est la part de responsabilité de l’Administration Bush dans l’élimination d’Oussama Ben Laden ?

Evelyne Joslain : 99 %, parce que c’est bien la politique antiterroriste mise en place par l’Administration Bush depuis 2002 qui a joué et contre laquelle Barack Obama a vociféré lorsqu’il était sénateur et tenté d’agir depuis qu’il est Président. Il a donc été obligé de préserver cette politique, critiquée par la gauche la plus extrême mais largement plébiscitée par l’opinion publique et donc incidemment par le Congrès.

Certains ont crié à l’abrogation des libertés avec la décision de George W. Bush de pouvoir libérer les services secrets des multiples entraves qui étaient les leurs et donc de pouvoir procéder à des écoutes d’étrangers ou de conversations entre les États-Unis et l’étranger, ce qui a permis finalement de saisir de nombreuses discussions intéressantes. Il y a également le fait de pouvoir, sans donner préavis, débarquer chez des gens sur lesquels les autorités avaient des doutes précis. Cela fait aussi parti de l’arsenal juridique que Bush a obtenu du Congrès lorsqu’il était Président. Et puis, il y a bien entendu, les fameuses techniques d’interrogatoire musclées dont le “waterboarding” ou noyade simulée qui a été pratiquée sur seulement trois prisonniers à Guantanamo, notamment sur Khalid Cheikh Mohammed (ndlr : "cerveau" des attentats du 11 septembre 2001 et numéro 3 d'Al-Qaida) qui a fini par craquer. Mais il faut savoir que cette technique d’endurcissement, que les GI, les Marines et les autres corps de l’armée américaine s’infligent à eux-mêmes, n’a absolument rien à voir avec de la torture véritable. Le ministre de la Justice Eric Holder a même voulu un temps juger Khalid Cheikh Mohammed devant un tribunal civil de New York, mais devant la pression populaire répercutée au Congrès, cette idée a finalement été abandonnée.

… chose incroyable, [le ministre de la Justice] Eric Holder a préféré faire la guerre aux services de renseignements plutôt qu’aux terroristes : plusieurs officiers américains sont maintenant inquiétés par le département de la Justice sous l'oeil bienveillant du Président. Donc ce succès pour Obama est en fait très mitigé. Il a tout de même le mérite, contrairement à Bill Clinton, d’avoir accepté quand on le lui a proposé, de presser la gâchette.

Mais ce que personne ne dit apparemment en France, c’est qu’il aurait pu également dire : “Je le veux vivant”. Bush avait déclaré en 2002 : “Mort ou vivant, peu importe”, or depuis, on a découvert justement qu’il était utile de faire parler un terroriste ; la gauche américaine pacifiste aurait bien entendu hurlé au loup si Ben Laden avait été pris vivant et si on avait voulu le soumettre aux interrogatoires. Obama a multiplié les attaques meurtrières de drones et on lui pardonne, la presse ne dit rien parce c’est lui. Si cela avait été Bush, toute la presse en parlerait. Obama a opté pour cette issue parce qu’il préfère un terroriste mort à un terroriste vivant. Il bien compris qu’il ne pouvait pas faire autrement que de soumettre les terroristes — fut-il Ben Laden — aux interrogatoires militaires et ce, en raison de l’opinion qui refuse absolument que ces gens-là soient jugés comme des criminels de droit commun devant des tribunaux américains. Obama est pieds et poings liés, car d’un côté, sa base pacifiste le tient, et de l’autre, il a besoin d’un coup de pouce pour faire remonter sa cote dans les sondages. S'il a eu le mérite d’avoir donné le feu vert pour qu’on abatte Ben Laden, un président plus déterminé et surtout entouré de gens plus attachés aux intérêts américains aurait dit non et refusé de l'abattre pour le capturer vivant comme pour Saddam Hussein en Irak. Si Bush était à la Maison Blanche aujourd'hui, il aurait essayé de capturer Ben Laden vivant, j’en suis certaine.

… La présidence Obama est l’une des plus opaques et hypocrites que l’on n’ait jamais vues. Si elle a heureusement autorisé l’élimination de Ben Laden, il reste à déterminer la part électoraliste dans cette décision.

… Bush en réalité est victime de son succès car un attentat qui n’aboutit pas, cela fait trois lignes dans la presse. Bush a par ailleurs laissé à Obama un Irak stabilisé et qui n’a pas bougé lors du récent "Printemps arabe".

Comment jugez-vous la couverture médiatique en France de cette élimination historique ?

Les médias français ne veulent pas reconnaître qu’ils ont eu tort de s’emballer pour Obama qui n’est qu’un nouveau venu, qui n’a jamais rien fait dans sa vie pour mériter une adoration pareille. Les journalistes en France ne font aucun effort : c’est un mélange de paresse intellectuelle et de mauvaise volonté. En plus de leur parti pris virulent contre le Parti républicain, ils ont une profonde méconnaissance de ce qu’est devenu aujourd’hui le Parti démocrate, beaucoup plus à gauche qu’autrefois.

3 comments:

Anonymous said...

il y a un "bis repetita" ... vous n'êtes pas J.P. Heart??? il a du mérite, mais pas tout!!!

Erik said...

C'est corrigé, thanks…

Anonymous said...

Quelle réactivité ... mais la mission était trop simple patrioti!!! Action/Réaction.

Pour la réflexion, il faut certainement d'autres paramètres que l'humain ne maîtrise pas toujours. Essayons d'être indulgents ou critiques ce que vous êtes et nous seront peut être des "justes" terriens!