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2014/01/06

Le racisme contemporain s'exprime toujours dans les mots de l'antiracisme, sur le mode de la dénégation


L'écrivain antillais Frantz Fanon aimait à rapporter les paroles de son professeur de philosophie : « Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l'oreille, on parle de vous. » Un antisémite était forcément un négrophobe, englobant l'un et l'autre dans une même animosité.
Ainsi commence l'article de Pascal Bruckner in Le Monde.
LA HIÉRARCHIE DES RACES

Il ne peut y avoir de racisme anti-Blanc, nous expliquent des voix autorisées, sinon par réaction puisque le Blanc est seul coupable d'avoir inventé la hiérarchie des races et d'avoir répandu le malheur partout où il s'est installé. Or, ce racisme existe, il nous crève les yeux, et c'est l'antisémitisme, présent au Maghreb, au Moyen-Orient, en Afrique subsaharienne et dans nos banlieues, et réactivant la vieille haine antijuive de notre extrême droite.

Il est étonnant qu'une association antiraciste comme les Indivisibles, dirigée par Rokhaya Diallo et chargée de dénoncer la stigmatisation des musulmans, des immigrés et des cités, n'ait jamais gratifié Dieudonné de son Y'a bon Awards, son prix annuel de dérision, comme s'il était protégé par sa couleur de peau et que ses propos antisémites ne pesaient rien. Deux poids, deux mesures.

Il est vrai que le racisme contemporain s'exprime toujours dans les mots de l'antiracisme, sur le mode de la dénégation, comme Anelka s'exclamant, après avoir fait le geste de la quenelle sur un stade, en soutien à son ami Dieudonné : « Je ne suis ni raciste ni antisémite. » Personne ne vomit les juifs ouvertement, c'est juste Israël et son allié américain qui veulent dominer le monde et opprimer les peuples, lesquels se défendent.

JOUER AVEC LES TABOUS ET LA LOI

Reste que Dieudonné fait preuve d'un réel talent et qu'il fédère autour de sa personne un vaste public. Il sait jouer avec les tabous et la loi. Reconnaissons-le : il est souvent drôle, en dépit du dégoût que peuvent inspirer ses propos. L'abjection devient comique à partir d'une certaine énormité. Va-t-on prohiber la quenelle dans les restaurants ?
 
Interdire l'humoriste, ce serait le servir, donner à ses thèses complotistes un fondement objectif, lui faire une publicité qu'il ne mérite pas. Il serait plus avisé de décupler les amendes judiciaires qui le frappent quand il dérape, et de l'assécher ainsi.

Le voilà déjà connu dans le monde entier, depuis que notre ministre de l'intérieur envisage d'empêcher ses spectacles. En matière de liberté d'expression, le libéralisme à l'anglo-saxonne paraît préférable à la volonté française de censure. On n'éteint pas la haine par décret. Au risque de la décupler.

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