2008/09/10

Nous semblons avoir tout oublié: "Invoquer les frontières de l'URSS pour excuser aujourd'hui la politique de la Russie est une forme de négationnisme"

L'important, c'est ce que le conflit révèle à propos de la perception qu'a la Russie de sa place dans le monde moderne et de la manière dont elle entend entrer en interaction avec les autres membres de la communauté internationale
écrit l'ancien président polonais Aleksander Kwasniewski dans Le Monde.
Là repose le principal défi de politique étrangère. Quand Vladimir Poutine a décrit la chute de l'Union soviétique comme le « désastre géopolitique majeur du siècle dernier », il ne s'est pas seulement exprimé au nom d'une étroite caste de politiciens et de responsables de la sécurité au sommet de l'Etat russe. Il a formulé un sentiment de perte partagé par une large majorité de la population russe.

…L'Europe et les Etats-Unis devraient travailler à concrétiser ces espérances dans le cadre de frontières légitimes. Nous ne pouvons accepter le contre-argument souvent avancé dans les milieux russes, que le déclin de la Russie a été le résultat d'un plan occidental délibéré pour l'ébranler, et dont la compensation devrait à présent prendre la forme d'une complète remise à plat des accords postérieurs à la guerre froide. C'est cette mentalité qui a été la véritable cause du conflit en Géorgie.

Malheureusement, il semble que certains en Occident soient disposés à partager cette vision des choses et à soutenir que le processus d'intégration euro-atlantique est critiquable parce qu'il a empiété sur les intérêts légitimes de la Russie, provoquant ainsi sa réaction. Bien que personne ne propose de faire marche arrière, beaucoup de voix s'élèvent pour suggérer que ce processus devrait être interrompu et les limites orientales de l'Union européenne et de l'OTAN, figées dans le marbre. Nous devons être clairs. C'est l'Europe du congrès de Vienne de 1815 et de Yalta de 1945. C'est l'Europe des puissances et des sphères d'influence, des grandes puissances fixant le destin des petites nations d'un coup de stylo. C'est l'Europe que nous sommes supposés avoir laissée derrière nous.

L'expansion de l'OTAN et de l'Union européenne n'a pas été le résultat de quelque grand dessein impérial conçu à Washington et Bruxelles. Elle est issue d'abord et avant tout du désir des nouvelles démocraties indépendantes d'ancrer leurs efforts de réformes au sein d'institutions internationales fondées sur des valeurs démocratiques. Le désir d'adhésion des nations européennes encore laissées à l'écart de ces institutions obéit à la même motivation. Si nous leur fermons la porte, non seulement nous violerons le principe d'autodétermination supposé être la pierre angulaire de la nouvelle Europe, mais nous créerons aussi une zone d'incertitude géopolitique, et peut-être d'instabilité, à notre porte.

Bien entendu, il faut éviter les tensions inutiles avec la Russie. Mais nous devons aussi veiller à ce que les stratégies visant à résoudre les différends et à éviter les conflits n'envoient pas de signaux de faiblesse, en particulier à un moment où les interprétations triomphalistes du conflit en Géorgie menacent de nourrir les illusions nationalistes. De telles erreurs de communication peuvent aussi susciter des réponses agressives fondées sur une assurance excessive, et l'idée, fausse, selon laquelle des opportunités sont à saisir. Ceux qui pensent que mettre un terme à l'intégration euro-atlantique fournira de quoi réparer rapidement nos relations avec la Russie pourraient avoir une mauvaise surprise.

…Continuer à freiner les plans d'action pour l'intégration de l'Ukraine et de la Géorgie reviendrait à envoyer un signal totalement erroné : cela indiquerait l'acceptation tacite d'une division de l'Europe en sphères d'influence. Nous ne pouvons donner crédit à l'idée que la Russie bénéficie d'un statut prédominant qui mordrait sur les droits souverains de ses voisins. Ce fut le premier objectif du conflit russe contre la Géorgie et nous devons être fermes en le rejetant, en application d'un principe de politique européenne — si maladroit pour nos relations que cela puisse se révéler à court terme.

L'article de Thierry Wolton sur l'héritage communiste et soviétique couplé avec le négationnisme qui règne en France et en Occident — négationnisme aussitôt confirmé par les… lecteurs du Monde ! (voir trois exemples ci-bas) — mérite aussi d'être cité (ce qui est souligné l'est par moi) :

…La plupart des analyses et commentaires consacrés à la crise russo-géorgienne passent sous silence l'héritage communiste qu'elle révèle. La chute de l'URSS date d'un peu moins de deux décennies, mais nous semblons avoir tout oublié. Or, il est difficile de comprendre ce qui se passe dans le Caucase sans intégrer cet héritage.

Nombre de bons esprits justifient la politique actuelle de la Russie en invoquant la continuité avec l'Union soviétique tout en négligeant la dimension communiste de ce que fut cette entité. On nous assène comme une évidence que Moscou veut simplement retrouver les frontières de l'URSS comme si celles-ci lui appartenaient de droit. Drôle de conception de l'histoire.

L'URSS s'est construite dans le feu et le sang, par l'écrasement des peuples du Caucase et d'autres encore, à l'ouest, au nord de ses frontières. Elle s'est consolidée par la mise en coupe réglée des peuples qui occupaient ces régions, à qui fut imposé le système communiste. Des centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants ont été assassinés ou déportés massivement, payant de leur vie cet impérialisme. Invoquer les frontières de l'URSS pour excuser aujourd'hui la politique de la Russie est une forme de négationnisme lorsqu'on oublie le drame de cette histoire.

Pourquoi escamoter ce passé quand les dirigeants russes en sont imprégnés ? C'est le précédent soviétique qu'ils ont en tête quand ils revendiquent de nouveaux droits impériaux. Vladimir Poutine, dont nul ne peut douter qu'il dirige à Moscou, est un nostalgique de l'URSS. Ne proclama-t-il pas, dès son entrée en fonctions, à la fin des années 1990, que la chute du système soviétique avait été la pire catastrophe jamais arrivée à la Russie ? Ce n'est pas l'Union soviétique en stagnation de l'époque de Brejnev que regrette Poutine mais celle triomphante et criminogène de Staline.

Les historiens russes ont pour devoir, sur ordre du Kremlin, de réhabiliter le dictateur, d'en faire un héros de la nation. Ajoutons qu'aucun dirigeant actuel n'a cru bon, jusqu'à présent, d'exprimer la moindre repentance pour ce passé. Au contraire, Poutine et les hommes en uniforme qui l'entourent se réclament avec fierté de la tradition tchékiste, du nom de cette police politique connue sous diverses appellations (GPU, NKVD, KGB...) qui fut le bras armé du Parti communiste, l'exécuteur de ses basses oeuvres.

Osons une comparaison hardie mais pertinente. Si au milieu des années 1960, soit deux décennies environ après la défaite du nazisme, l'Allemagne avait été dirigée par des nostalgiques de Hitler, plus grave encore par les héritiers spirituels des SS et de la Gestapo (ce que fut à la fois l'ancien KGB dont sont issus Poutine et son entourage). Imaginons encore que cette Allemagne décide, par exemple, de récupérer les Sudètes. Parlerions-nous avec autant de désinvolture de "frontières naturelles" ?

C'est parce que les Géorgiens n'ont pas oublié ce que fut l'occupation soviétique qu'ils ne veulent surtout pas d'un retour en arrière. De même pour les Moldaves, la Crimée, l'Ukraine (les prochains sur la liste de cette recomposition de l'URSS d'antan ?), sans parler des pays de l'Europe centrale et orientale ni des Baltes, nos compatriotes européens. Tous ces peuples ne sont pas frappés par notre amnésie et craignent la politique impériale de Moscou.

On peut certes évoquer les racines slaves présentes dans certains de ces pays pour légitimer la politique du Kremlin, mais pourquoi alors ne pas laisser aux peuples concernés le choix de décider s'ils souhaitent ou non s'abriter dans le giron moscovite ? Le régime poutinien, qui hait la démocratie, de crainte d'avoir un jour à rendre des comptes à des électeurs libres, n'est guère dans cette logique. La militarocratie au pouvoir au Kremlin conçoit le monde en termes de rapports de forces. Ces tchékistes, orphelins de Staline, ne connaissent pas d'autre culture politique.

Une Russie démocratique ne se serait pas lancée dans cette aventure militaire. Quant au discours qui consiste à interpréter la politique du Kremlin comme une réaction à l'encerclement occidental, à inverser la culpabilité en accusant Washington d'avoir poussé Moscou à réagir, il fait également fi de la nature particulière de ce régime. La diplomatie de nuisance pratiquée par Poutine sur la scène internationale depuis quelques années (chantage au gaz, blocage sur le nucléaire iranien, front commun avec la Chine, armement de la Syrie...) a de quoi susciter la méfiance occidentale. Cette diplomatie s'inscrit dans la logique de la politique menée par le Kremlin à l'intérieur du pays. Un régime qui opprime son peuple représente toujours un danger pour ses voisins. Après avoir muselé les Russes, la militarocratie poutinienne passe à l'offensive à l'extérieur. Et à l'instar de tout régime fort, celui-ci sait jouer du nationalisme pour faire croire à sa légitimité (les JO de Pékin ont fourni sur ce point une démonstration exemplaire).

Entériner le coup de force du Kremlin au nom du fatalisme géopolitique (la prétendue "zone d'influence" de Moscou) est le pire des services à rendre au peuple russe, à la Russie elle-même et à ses voisins. Un Poutine libre de faire ce qu'il veut en Géorgie se sentira encouragé à opprimer davantage encore son peuple et à lorgner sur d'autres prétendus dominions proches. Une blague de l'époque soviétique disait que l'URSS avait des frontières avec qui elle voulait. Ce n'est pas (encore) le cas avec la Russie actuelle mais l'homme fort du Kremlin en rêve sans doute.

Dans cette crise il ne faut pas se tromper d'analyse. La question caucasienne ne consacre pas un retour sur la scène internationale de la puissance russe mais sanctionne plutôt l'extrême difficulté qu'éprouve ce pays à sortir du communisme faute d'avoir su et voulu, jusqu'à présent, regarder son terrible passé en face. Au-delà des logiques d'Etat, il y a dans la situation présente une dimension morale essentielle qui devrait conforter nos démocraties dans leur bon droit par rapport à un adversaire (n'ayons pas peur du mot) qui aimerait bien imposer son ordre en Europe après avoir réussi à le faire chez lui, en s'inspirant d'une histoire condamnée par le sens commun.

"Nous semblons avoir tout oublié". "Une forme de négationnisme". Indeed, this is proven all too well, once again, by the tasteless and gutless comments of Le Monde readers willing (and how!) to suck up to Moscow: comments that explain that Russians today are persecuted, and that notably the Russians of 2008 were/are the victims because… Stalin and Beria — who are compared to American (!) gangsters! — were Georgian!!

  • l'URSS ? Parlons-en ! Staline et son tortionnaire n°1 Béria (et sa bande de voyous dignes d'Al Capone) étaient GEORGIENS, non Russes.
  • Le soi-disant héritage soviétique est dans la continuité du pouvoir des tsars ... y compris d'Anne de Kiev, tsarine de Russie. Quant aux Géorgiens Staline et Beria, ce sont les Russes qui les ont subis. Wolton oublit de nous dire que la Crimée n'a jamais été ukrainienne sauf depuis Kroutchev, que les Russophones sont persécutés dans pas mal de républiques ex-soviétiques
  • Les russes n'ont pas le gène de la terreur, cet article est réducteur et partial. A tout pouvoir il faut un contre pouvoir.Si les Russes se relèvent, tant mieux pour eux. On peut juste espérer que ça incitera les ricains à faire gaffe à leur stratégie internationale.(peu probable). Rien de neuf en fait. Le passage de l'URSS et de la chine à une économie de marché est peut-être la pire chose qui soit arrivée aux USA. A suivre
Where many Le Monde readers seem to be outraged by the comparison between Germany's Nazis and Russia's Commies — how dare anybody stoop so low?! — Rutgers University Professor of political science Alexander J. Motyl has this to say in the International Herald Tribune:
Russia's blitzkrieg against Georgia has taken place 70 years after the infamous Munich Agreement of September 29, 1938, when France, Britain and Italy agreed to cede Czechoslovakia's Sudetenland to Nazi Germany in the hope of establishing "peace in our time."

Like Hitler's Germany, Vladimir Putin's Russia is a post-imperial authoritarian state that must expand. The Soviet empire's collapse in 1991 left the Russian population feeling humiliated; economic collapse in the early 1990s only compounded their demoralization. As in Germany, Russians blamed democracy for their collapse and humiliation. And, as in Germany, a strongman promising greatness and glory seized power, dismantled democracy, and created an authoritarian, hyper-nationalist regime with a personality cult based on promises to re-establish imperial greatness.

The war against Georgia is not the first instance of Russia's aggressiveness vis-à-vis its former colonies. Estonia was the target of a cyberwar; Latvia, Lithuania, Belarus, Ukraine and the Czech Republic have been subjected to energy cut-offs; Georgia, Moldova and Ukraine have been punished by trade sanctions.

These states, like all of Russia's non-Russian neighbors, know that the war in Georgia is really about them.

The Munich Agreement is considered a classic example of the perils of appeasement. Had the democracies said no then, it's possible that World War II could have been averted. At some point — and that point surely arrived with Russia's invasion of Georgia — the West must learn to say no to Russia. Expelling Russia from the G-8 would be symbolically nice, but Putin would respond with a laugh. Only an "anti-Munich" would say no in a meaningful fashion: Admit Ukraine and Georgia into NATO's Membership Action Plan — immediately. Putin will glare in response; he will threaten retaliation — and then, like all loud-mouthed dictators, he will acquiesce.

2008/09/09

Louanges pour "l'amour [!] des Ossètes et des Abkhazes qui…animent" les Russes : Un article mettant en doute Moscou est fustigé par les lecteurs de LM

Toutefois, si, dans un cas comme dans l'autre, les décisions n'ont pas été approuvées par une instance internationale qui aurait pu leur conférer une forme de légitimité, en l'occurrence le Conseil de sécurité de l'ONU, l'assimilation des deux ne résiste pas à l'examen. Aussi bien en ce qui concerne l'avant-guerre, la guerre elle-même et l'après-guerre, les situations au Kosovo et dans le Caucase sont différentes.

…Les frappes de l'OTAN sur le Kosovo et la Serbie, à partir de mars 1999, ne sont pas la décision unilatérale d'une puissance soucieuse de reconstituer son glacis, mais le résultat d'un long processus international. Le tournant a été, en février 1999, l'échec des négociations de Rambouillet et le refus du président serbe, Slobodan Milosevic, de se conformer aux décisions de l'ONU. On ne constate rien de tel dans la démarche de la Russie, qui, considérant le Caucase comme sa chasse gardée, rejette toute intervention des Nations unies et pratique depuis plusieurs années une politique d'annexion de facto des régions séparatistes de la Géorgie. Ce qui est vrai pour l'avant-guerre et la guerre elle-même l'est aussi pour l'après-guerre. …

Moscou ne voulait pas négocier. Dans ces conditions, il est difficile d'assimiler le processus d'indépendance du Kosovo géré dans les enceintes internationales après d'interminables débats au fait accompli en Abkhazie et en Ossétie du Sud, à la suite d'une guerre éclair de six jours et d'une décision unilatérale de la Russie prise en deux jours.

… Le parallèle entre le Kosovo et le Caucase est révélateur de deux conceptions opposées du système international. Du côté des Occidentaux, la tentative maladroite, parfois hypocrite, d'accommoder une évolution du droit international pour dépasser la contradiction entre, d'une part, le principe de la souveraineté nationale et de l'intégrité territoriale, et, d'autre part, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. … Du côté de la Russie, on a une politique de puissance misant sur la création de faits accomplis. Vladimir Poutine se situe dans la pure tradition de l'URSS.
Using precise examples as well as common sense, Daniel Vernet debunks Russia's alleged parallels between Georgia and Kosovo (albeit naturally with hemming and hawing and in nowhere the same castigating language as with any crisis that America is — directly or otherwise — involved in), only to have the vast majority of Le Monde's readership erupt in accusations of the newspaper's "anti-Russianness" blinding them from seeing attempts to prevent Russia from becoming an energy superpower as well as America's hand at play, coupled with a defense of the Russians' "love [!] for the Ossetians and the Abkhazis" and a desire for "la possibilité pour l'Ossétie et l'Abkhasie de sortir de la menace permanente du nationalisme géorgien". What the "Munich-spirited" readers are doing, in effect (as a couple of rare readers point out), involves "rewriting the recent history of the Balkans" while "ignoring Russia's total unilateralism".
Curieuses réactions des lecteurs... Certains réécrivent l'histoire récente des Balkans, oubliant que seule la politique nationaliste pan serbe de Milosevic a provoqué le chaos. D'autres absolvent l'impérialisme russe, soudain réduit à une réaction de "peur" face à "l'offensive" de l'OTAN. Louer les nationalismes archaïques, dénigrer l'occident contre toute évidence historique, flétrir les américains en toute occasion, ces réactions ne donnent pas tort à M. Vernet. Elles sont l'esprit munichois.
It must be the same readership that extols the Russian flag flying over Sebastopol, with words such as "the Ukrainians" showing themselves "incapable of a constructive dialogue"!

It is not the first time that Le Monde readers have shared their oh-so-lucid thoughts on Georgia (or any other matter) with the blogosphere…

2008/09/04

Les Estoniens devraient écouter leurs voisins et se demander s'ils sont plus proches de l'UE que ne l'est la Géorgie

Dans une interview avec Olivier Truc dans Le Monde, le président estonien, Toomas Hendrik Ilves,
appelle les autres pays à repenser radicalement leur approche de la Russie. "La théorie post-1991 du nouvel ordre mondial, après l'effondrement de l'URSS, selon laquelle la Russie n'envahirait plus, est désormais obsolète, déclare-t-il au Monde. L'hypothèse fondamentale de toute l'architecture de la sécurité européenne depuis 1991 a été changée. Nous devons complètement repenser l'idée même de sécurité en Europe. Cela prendra des mois, voire des années."

Il sait, par expérience, qu'avec la Russie, les choses ne changent que si la Russie elle-même le décide. Aussi, discuter de punition ne l'intéresse pas actuellement. Cela ne ferait que glisser sur la carapace russe. "Nous avons affaire à une Russie agressive, poursuit-il. Voyez, par exemple, (le président russe Dmitri) Medvedev sermonner le président moldave (Vladimir) Voronine à propos d'une autre de ces régions mafieuses qu'est la Transnistrie. C'est un retour à la loi de la jungle, quelque chose entre le comportement de l'empire britannique du XIXe siècle et le gangsta rap : c'est à cela que cela me fait penser.

…Quand on lui demande s'il craint que la Russie prenne le prétexte de venir en aide à l'importante minorité russophone qui vit en Estonie (environ un tiers de la population, comme dans la Lettonie voisine) pour interférer dans les affaires du pays, ainsi que l'a suggéré le député européen estonien Tunne Kelam, M. Ilves est tout aussi catégorique. "On ne fait rien aux Russes d'Estonie qui pourrait entraîner une telle réaction, répond-il. Et la dernière fois que cet argument a été utilisé, c'était par Milosevic, et avant par Hitler. Quand on évoque ce genre d'arguments, on ne parle pas de l'Europe civilisée."

La principale erreur, selon lui, a été commise lors du sommet de l'OTAN à Bucarest, en avril, quand la Géorgie et l'Ukraine se sont vu refuser l'accès au Plan d'action pour l'adhésion (MAP) à l'OTAN, notamment sur le blocage de l'Allemagne et de la France. "Je crois qu'il est assez évident que ce refus a été interprété par la Russie comme un feu vert pour faire ce qu'elle voulait en Géorgie", dit-il.

Ce qui l'inquiète, aujourd'hui, c'est la réaction de certains hommes politiques européens qui disent craindre la formation d'une "coalition anti-Russie" au sein de l'UE. "Je dois dire que je suis plus inquiet de la formation d'une "coalition pro-Russie" qui place ses intérêts financiers au-dessus des valeurs fondamentales de l'Europe", conclut-il.

And yet, those ever-more-lucid-than-everybody-else Le Monde readers are back in the comments section. If they are representative of French citizens as a whole, then what is denounced in France over and over and over and over again is… American imperialism and the American… "gangster nation":
il faut être bien naïf pour croire que les bases et les flottes de guerre (hors des USA), l'OTAN, les coups d'Etat de la CIA ne servent pas d'abord et avant tout les intérêts de l'impérialisme US, y compris en Europe. L'invasion de l'Irak, incomparablement plus injustifiée et barbare que celle de la Russie vous satisfait-elle? Seriez vous de ceux qui pronent la guerre et le colonialisme tant que cela profite aux "Occidentaux"? Peu vous importe que cela soit dû au gangster US?
There is more about America's occupation of Europe and America's threats towards Russia (with "their agent, Yeltsin")
Les USA occupent l'Europe depuis 1945 (bases, présidents soumis), et auraient dû s'en retirer au moins en 1991, car sans plus de pretexte "soviétique" (d'autant que leur agent Eltsine détruisait la Russie). A contrario les USA en ont profité pour occuper de plus en plus de pays et menacer la Russie à sa frontière (pays baltes, Pologne, Géorgie). Alors que les dirigeants européens veulent rester soumis aux USA, la Russie le refuse. Les européens libres devraient prendre exemple de la Russie.
You read that right: the Baltics, Poland, and Georgia are occupied by the Americans while "free [sic] Europeans" should look to Russia as an example! Better yet! Finland (and finlandization) are subject to praise (!?!!)
Avec des dirigeants nés à l'Etranger, éduqués aux Etats-Unis et formés à la propagande anti-communiste, on comprend que les relations se détériorent avec le voisin russe : le prisme idéologique n'a jamais fait bon ménage avec le pragmatisme ! Ces pays jouent avec le feu et ce n'est pas l'OTAN qui les préservera d'une révolte intérieure de leur minorité russe qui se plaint depuis longtemps d'être des citoyens de seconde zone !Pourquoi personne ne s'inspire de la sage Finlande ?
If Europe does not have a European army, whose fault is it? Nato's — of course! (Which is also "[le] véritable agresseur en l'espèce")
N'est-ce pas à cause de l'Otan que nous n'avons pas une armée européenne digne de ce nom ? L'otan, dans ce glacis, est plus ou moins incapable de servir la paix (n'est-ce pas, quand-m^me, ce à quoi nous aspirons ?), les américains ayant des vues mercantiles sur la région, et les russes ne voulant pas se faire tondre la laine sur le dos. Ah, c'est sûr, il faut montrer ses muscles devant Poutine, pour être crédible, mais tant qu'on comptera sur l'ami américain pour régler nos prob
In fact, why isn't Estonia's President — and therefore this article — credible in the first place? Because Toomas Hendrik Ilves is intractably linked to big, bad, treacherous America!
Cet ancien journaliste de Radio Free Europe, né en exil en Suède et éduqué aux Etats-Unis...Tout est dit dans cette petite phrase ! les Européens convaincus n'ont que faire des "petits conseils "de ce pas trés "honorable" correspondant
In any case, there is hardly reason to be distrustful of the Russians, since "one cannot see Moscow's interests in taking over those territories". Big bad America's interests, on the other hand, that's another story: those interests can be seen everywhere…
Les inquiétudes des baltes sont pour le moins compréhensibles, pour ne pas dire légitimes (encore qu'on ne voit pas quel intérêt Moscou aurait à remettre la main sur ces territoires).
Indeed: Poor Russians!
Pourquoi les Baltes, la Georgie, L'Ukraine dans l'Otan ? Depuis leur accession à l'Indépendance ces pays sont en ébullition perpétuelle! L'Ukraine brime Russes et Uniates ! La Georgie assistée de barbouzes états-uniennes opprime les Ossètes, Abkhazes, et Adjares ! L'Ukraine, la Pologne, les Pays balte sont souvent dirigés par des émigrés élèves des Universités EU qui n'ont rien appris ni rien oublié ! L'Ouest a tourné la page avec l’Allemagne, l'Est doit en faire autant avec la Russie.
Meanwhile, Hubert Védrine has these stirring and courageous words to say in Le Monde — namely that Russia's reaction is normal, as Moscow is a victim of faits accomplis:
"Nous sommes dans une situation d'interdépendance", estime M. Védrine, qui ne permet pas à l'UE de suivre la ligne dure préconisée par les pays baltes, en appliquant des sanctions ou en envoyant des troupes de maintien de la paix :

Pour l'ancien chef de la diplomatie française, ce conflit doit être l'occasion pour l'Occident de repenser sa politique russe. "Les Occidentaux se sont fait des illusions quand ils ont cru que l'histoire était finie après la fin de l'Union soviétique, explique-t-il, quelqu'un d'aussi pondéré que Michael Gorbatchev n'a cessé de répéter que la Russie était toujours placée devant des faits accomplis : l'élargissement de l'OTAN, le développement du bouclier antimissile américain, l'indépendance du Kosovo... Ce n'est pas étonnant qu'à un moment ou à un autre, il y ait une réaction. Même si elle est brutale et disproportionnée."
One interesting comment, though, is the one in which one (lone) Le Monde reader is so stunned by the ubiquitous pro-Russia comments that he cannot but wonder if the newspaper's comments section hasn't been taken over by the KGB:
Ce qui me frappe dans les réactions d'abonnés aux articles sur l'invasion de la Géorgie par la Russie, c'est le nombre de partisans de la Russie. La pauvreté des arguments, réprise plate de la propagande russe, et leur agressivité anti-américaine font que je me demande s'il ne s'agit pas de trolls du KGB. Les Russes ont déjà montré de quoi ils sont capables en matière d'attaques Internet et ça me paraît plausible que Moscou essaie de vendre ainsi sa salade sur les sites de journaux occidentaux.
If Antoine B read La Bannière Étalée, he would learn things such as the comment by Stanislas Sorokine, a KGB colonel during the Cold War:
Il n'était pas trop difficile de trouver des Français qui, sans avoir le sentiment d'espionner au profit de l'URSS, étaient disposés à une collaboration contre un ennemi commun : les Etats-Unis. C'était après tout la ligne officielle de votre gouvernement à l'époque.
A question to ask oneself (whether one is French or American or Estonian or Russian or another nationality): Has that French line, official or otherwise, ever changed?

2008/09/01

Les soldats français savent que pour réussir une mission de paix, il faut parfois mener des opérations de guerre

Évoquant les "dix soldats français … morts en Afghanistan", Bernard Kouchner and Hervé Morin écrivent dans Le Monde qu'
ils savaient que pour réussir une mission de paix, il faut parfois mener des opérations de guerre.
While the foreign and defense ministers speak well, though, Le Monde readers and pundits seem to reject their viewpoint en masse (to put it diplomatically), Collège de France professor Gérard Fussman seemingly seeing some sort of monkey business in the fact that when they were killed, the French troops were protecting the flank of America's Begram base (Fussman adds that "les troupes de l'OTAN sont dans une situation pire que les troupes soviétiques") and numerous Le Monde readers (i.e., numerous French citizens) preferring to evoke American folly, American treachery, American plots, and "the American Big Brother".

The home front: "An ocean of cowardice"?

One commentator compares the government ministers' opinion piece to the pronouncements of Nazi Germany and/or Vichy France ("de la propagande de masse du même type que celle des années 1940 à 1944"), "La France n'a rien à faire dans cette galère" says another, "SOLDATS RENTREZ CHEZ VOUS CETTE GUERRE N'EST PAS LA NOTRE!" yells yet another, "l'éconiomie américaine est basée sur la guerre et nous, on suit" deplores a fourth, "Pourquoi ne parlent-ils pas du pipe line vers l'océan indien ????" asks a fifth, "l'Otan est l'invention des usa" charges a sixth (who respects all proper names' respective capital letters in his comment except… — for Uncle Sam's), "c'est une véritable dictature militaire US qui se cache derrière l'Otan et ses têtes de pont aux portes de la Russie" reveals a seventh (who adds that he hopes that Beijing will help bring America down — "Reste à espérer leur effondrement financier via la Chine et l'"himalaya" que représente les bons du trésor US"), as another evokes — I kid you not — the Russians as victims (!) of a plot masterminded by Bush ("torturés de voir comment on traite les russes victimes d'un complot ourdit par Bush") and a ninth evokes a future betrayal of NATO ("si demain il faut trahir l'OTAN ou l'Europe") while a tenth describes the war of the 1980s as pitting the Taliban terrorists, "amis des USA (qui les ont formés, armés, reçus à la Maison Blanche)", against (note the positive descriptives throughout the short phrase) "le régime laïc soutenu par l'URSS" (all-the while calling the 9-11 attacks a "preemptive attack by Bin Laden" (!!) — "probablement une attaque préventive de Bin Laden"), an eleventh quotes …Robespierre (!), and a clueless loser claims that it is the French "[qui] faisons le sale boulot pour les Americains" adding (just in case you were wondering), "ce qui rend le sacrifice de nos momes encore plus triste".

Meanwhile, one loner, fg, attempts to set things straight by putting the word "Mômes" (kids) for soldiers into perspective and by evoking "an ocean of cowardice" where "it is easier to throw up all over the Americans":
On s'engage au RPIMA [Régiment de Parachutistes d'Infanterie de Marine] quand [on] est prêt, s'il le faut, à mourir en héros pour la France. C'est ce qu'ont fait ces 10 militaires. Au cours de l'Histoire, ce sont parfois quelques uns de ces hommes qui, plongés dans un océan de lâcheté, ont sauvé l'honneur. En d'autres temps, j'aurais préféré ne pas avoir à compter sur ceux qui refusent de voir le nouveau fascisme djihadiste pour ce qu'il est, sous prétexte que l'Afghanistan est loin et parce que c'est plus facile de vomir sur les américains.

2008/08/11

"Bravo" — "L'anti-américanisme obsessionnel" des "Munichois" sur la guerre en Géorgie : "Les Russes ont bien réagi" et "Nous sommes tous des Russes"

Des combats, la guerre (cf. en Irak), impliquent des troupes américaines ? On accuse les Américains, on les accuse d'être des criminels — et ce en lançant des bordées innombrables remplies de critique, de ridicule, de mépris, et de bile.

Des combats, la guerre (dans le Caucase), impliquent des troupes non-américaines (en l'occurrence, russes) : On accuse… les Américains (!) on les accuse d'être des criminels — tout en déplorant la Russie (!), pauvre victime (!) de la Géorgie néfaste…

Comme avec le Rwanda, on s'aperçoit que la prétendue amour de la paix des Français (lucides à souhait), n'est qu'un leurre pour cacher leur antiaméricanisme. Voir seulement les innombrables réactions aux combats en Ossétie du Sud, qui vont du "oui… mais" au (carrément) Bravos pour… la Russie ! (Un lecteur exhorte même les bombardiers russes — comme si l'armée russe était l'incarnation de la liberté et de la libération (!) — de "ne pas rater" les statues d'un certain Géorgien, comme si les crimes de "l'enfant du pays, un Géorgien sanguinaire nommé … Staline" était entièrement imputable au pays qu'est la Géorgie et aucunement au Kremlin (ou il sévit comme maître, après tout) et à la Russie.)

"Les Russes ont bien réagi. Bravo." Merci pour cette précision. Cette réaction, comme nombre d'autres, confirme bien que le pacifisme français vanté au plus haut n'est en fait que de l'antiaméricanisme. Des soldats américains participent à une intervention militaire, on se sert des discours humanistes comme arme pour fustiger les USA.

Des soldats non-américains (cf russes) participent à une intervention militaire, et là, c'est, ah il faut les "comprendre" — voire …les soutenir. L'antiaméricanisme a de beaux jours devant lui — tout comme l'hypocrisie française. Voici d'autres réactions, malheureusement typiques, de lecteurs…
Si quelqu'un fait le mort, M. (ou Mme) "A quand une armée européenne?", c'est bien les Européens — comme le montre la vaste majorité des réactions sur ces pages!

À tous ceux qui disent "Les Russes ne sont pas des anges mais là on a poussé à bout ses dirigeants. Washington pousse au crime" (!) : Je suggère que vous alliez essayer de partir à Prague, à Varsovie, à Vilnius (sans parler de Tbilisi) et y tenir ces paroles.

Ah? C'est vrai? Ce sont les pays qui (comme dirait Chirac) "feraient mieux de se taire" ?! Avec une telle attitude méprisante — couplé avec le mépris pour les USA —, qu'on ne s'étonne pas que les Européens de l'Est — et les Caucasiens — tiennent à leurs liens avec Washington.

Justement : parmi les (rares) réactions avec un peu de sens commun, il y a celui de LoR :
On se croirait revenu aux temps de l'Allemagne nazie. Quand on laissa Hitler envahir les Sudètes puis l'ensemble de la Tchécoslovaquie. L'UE continuera-t-elle longtemps à observer une invasion en règle d'un Etat par un autre sans réagir militairement. Il est fort à parier que quand la Moldavie tentera de récupérer sa province séparatiste de Transnistrie, l'UE observera sans broncher l'armée russe envahir voire annexer la Moldavie. Décidément, nous sommes gouvernés par des "munichois" !!
"Où sont nos droits de l'hommistes professionnels" demande, quant à lui, Jean-Louis C ; "quel silence. quelle honte de ne voir personne s'élever contre le retour de la russie aux pires heures du stalinisme sous la houlette du dictateur poutine."

gmt ajoute :
Saakashvili n'est pas un tendre, les Occidentaux ne jouent pas un jeu innocent, d'accord. La mort d'innocents est inacceptable. Mais regardons les responsabilités en face. La Russie, qui hurle contre toute indépendance de la Tchétchénie, se cache à peine de soutenir les séparatismes abkhaze et sud-ossète. Si l'argument de stabilité est valable d'un côté, il l'est de l'autre. L'hypocrisie et l'arrogance du Kremlin dans cette affaire dépassent, et de loin, celles des Occidentaux ou de Tbilissi !
Surtout, gmt conclut ainsi :
Hallucinants, les dérapages verbaux de certains ! Combien de pays faudra-t-il sacrifier avant que ces gens ne comprennent que leur anti-américanisme obsessionnel ne les autorise pas à orienter le sort des millions de gens qui, eux, vivent dans ces pays ? Cet égocentrisme à bonne conscience est décidément révoltant !

2008/08/09

Rwanda : l'affaire n'est pas si simple

E VERDICT est sans appel : « La France a participé à la mise en exécution du génocide » des Tutsis du Rwanda. Le récit des années de guerre de la France au Rwanda (1990-1994) rédigé par les sept rapporteurs rwandais est terrifiant. Complicité dans la préparation et l'exécution du génocide. Complicité aux plus hauts échelons politiques, diplomatiques et militaires, entraînement des soldats et des milices hutues, livraisons d'armes et de munitions. Et, sur le terrain, participation aux tueries ou passivité complice face aux tueries, assassinats, viols, tortures, pillages.
Après avoir fait une introduction aux tous derniers développements du génocide de 1994, Rémy Ourdan nous fait un hola dans son "Eclairage" (Le génocide au Rwanda, un devoir de vérité) : Rémy Ourdan nous exprime (non sans raison) ces paroles édifiantes :
Mais l'affaire n'est pas si simple.
Et d'évoquer toutes les raisons pour lesquelles — en effet — "l'affaire n'est pas si simple." Rien de bien controversé là. Au contraire. Sauf que : on aurait aimé que les Américains — oui, même Bush et les néoconservateurs — aient fait l'objet d'autant d'indulgence ou de compréhension (que ce soit en Irak ou ailleurs).

Nous parlons du massacre de près d'un demi-million (des centaines de milliers) de Tutsis. Se souvient-on de l'hystérie, de la scandalisation, et de la colère, que dis-je, de la furie, de la virulence, quant au déces de milliers d'Irakiens en et après 2003 dont le destin serait entièrement imputable aux USA? Quelle différence de ton. (Nous ferons remarquer que ce post ne prend aucunement parti quant à la responsabilité, entière ou partielle, de la France — voir, à ce propos, Paris ne veut pas répondre aux accusations du Rwanda par Philippe Bernard et Arnaud Leparmentier — seulement, il fait valoir les différences, en France, entre le traitement de la France et celui des États-Unis, tant par les médias que par les citoyens français (influencés, comme ces derniers le sont, par ces mêmes médias).)
L'attitude de la France, qui affirme depuis 1994 qu'elle n'a rien à se reprocher, n'est pas tenable. Par ailleurs, la tractation diplomatique — retrait des accusations Bruguière contre retrait des accusations rwandaises —, dont on sent qu'elle est une tentation tant à Paris qu'à Kigali, ne pourrait faire disparaître les terribles soupçons qui pèsent sur la France.
"L'attitude de la France … n'est pas tenable." Se souvient-on des accusations, bientôt (aussitôt!) prises pour argent comptant, pour des faits, contre les "mensonges" de Bush? Quelle différence de ton, quand même ! En effet :
Mais il existe … envers les victimes et les survivants, un devoir de vérité.
On est tenté de croire qu'un article sur les dirigeants de Washington aurait aussitôt évoqué le mot mensonges. Et là, on aurait ajouté toutes les manières pour punir les (dirigeants) Américains — défaite souhaitée aux élections, humiliation de diverses sortes, voire comparution devant un tribunal international. Qu'en est-il de la France ?
L'enjeu est d'établir avec exactitude les responsabilités dans le dernier génocide du XXe siècle.
Tout simplement. Quelle différence de ton !



Par ailleurs, la réaction des Français est assez illuminatoire :
Quelle différence de ton !

Mise à jour : Un rapport rwandais à prendre au sérieux par Jean-François Dupaquier

Mise à jour 2 : voir aussi la différence de ton des pacifistes (sic) français par rapport à la guerre dans le Caucase… (Des combats, la guerre (cf. en Irak), impliquent des troupes américaines ? On accuse les Américains, on les accuse d'être des criminels — et ce en les couvrant de bile ; des combats, la guerre (dans le Caucase), impliquent des troupes non-américaines (en l'occurrence, russes) : On accuse… aussi les Américains (!) et aussi en les couvrant, eux, de bile (!))

Mise à jour 3 : Quant à la mort tragique de 10 soldats français en Afghanistan, elle est évidemment à mettre sur le dos …des Talibans? Nooonnn… Vous connaissez bien sûr le coupable — l'un des nombreux commentateurs à fustiger… l'Oncle Sam (who else?) ajoutant que la guerre des années 1980 est aussi le fait des Américains, décrivant le conflit ainsi : "Les terroristes afghans étaient les amis des USA (qui les ont formés, armés, reçus à la Maison Blanche) contre le régime laïc soutenu par l'URSS." Noter les descriptions positives de la présence soviétique, à comparer avec sa description de la présence américaine et UNOCAL "à capitaux Bush, dont est issu Hamid Karzaï, soi disant Président démocratique". Et pour couronner le tout, on appelle le 11 septembre "probablement une attaque préventive de Bin Laden" (!)

Le Chaos et le Bourbier dans les Médias Français: Premiers signes d’ébranlement des récitations sur le “chaos” et le “bourbier” irakien ?

Que ce dernier et tout récent papier de Libération, discrètement glissé en bas de page comme il se doit, qui nous apprend, avec toutes les ressources d’atténuation que peut permettre la langue de Descartes, la petite bombe médiatique selon laquelle le cowboy Bush serait, contre toute attente et les tombereaux de désinformation et de quasi-injures déversées sur lui pendant cinq longues années … sur le point de gagner son pari en Irak ?
Comme à on habitude, JC Durbant n'y va pas — contrairement à Libération et… certains de ses confrères — par quatre chemins. (Lire, à ce propos, aussi l'éditorial de l'Investor's Business Daily.)
Après Le Monde et Le Figaro (à la suite de leurs confrères américains), et à présent Libération, l’évidence commencerait-elle, comme le suggère encore le chroniqueur du Figaro Ivan Rioufol, à “ébranler les récitations sur le “chaos” et le “bourbier” irakien”?

…serait-ce … la confirmation du début du massif rétropédalage que vont être obligés d’effectuer nos journaux de révérence français pour cacher leurs traces du dérapage médiatique collectif du printemps 2003 (en fait une véritable entreprise de guerre médiatique asymmétrique !) qu’avait dénoncé, en en payant le prix, l’un de leurs ex-collègues Alain Hertoghe?



Par ailleurs, JC Durbant a pendant longtemps animé son blog sur la blog-liste du journal Le Monde. À présent, pourtant, on n'arrive à accéder ni au blog ni à ses archives. (D'où, par ailleurs, l'ouverture — toute naturelle — d'un… nouveau blog.) On ose espérer que ce n'est pas Le Monde lui-même qui a mis terme à (qui a censuré?) ce blog parce que JC Durbant était critique (et cela, preuves à l'appui, et sans jamais être injurier) à l'encontre du journal de référence. Est-ce une décision de l'intéressé ? Ou du journal ? L'ont-ils contacté auparavant ? Ou l'ont-ils mis devant le fait accompli — avec la perte conséquente de toutes ses archives ? (Peut-être JC Durbant voudra bien nous en dire un peu plus?)

2008/08/01

Le totalitarisme décrit par Orwell dans 1984, quel pays l'incarne le plus ?

Et c'est repartiiiii…

Quel pays est le plus synonyme avec le totalitarisme décrit par George Orwell dans 1984? Est-ce l'Iran ? Est-ce la Russie ? Est-ce la Chine ? Est-ce Cuba ? Est-ce le Vénézuela ? Est-ce (était-ce) le Cambodge, l'Allemagne de l'Est, l'Irak de Saddam Hussein ? Mais non, vous n'y êtes pas du tout !

Et une autre question : L'article sur quel pays commence avec les paroles suivantes ?
Les murs du ministère de la vérité de 1984, le roman de George Orwell, étaient recouverts de "trous de mémoire". Ces "larges fentes ovales protégées par un grillage métallique" servaient à jeter les papiers censurés avant qu'ils ne soient détruits dans l'incinérateur central.
Selon Jean-Marc Manach dans Le Monde, ce sont les États-Unis, pardi ! Bien évidemment ! Rien de neuf, ni d'extraordinaire, ici. Écoutez bien : Un "trou de mémoire" révèle la face cachée de l'Amérique ! Ohlalaaa…

Déjà en juillet 2003, nous avions droit à un article de Philippe Dagen où nous découvrions que l'Amérique capitaliste est aussi opprimante que le totalitarisme stalinien (!).

Quand même, il faut avouer que nous avons tellement de chance — c'est inouï ! — d'avoir des élites si lucides et si intelligentes pour nous diriger et pour guider notre pensée…

2008/07/18

"Eh bien, qu'ils aillent se faire foutre ! Lituaniens ? T'en connais, toi, des Lituaniens ? J'en ai jamais vu un, moi !"

Dans un article du Monde, Arnaud Leparmentier et Marion Van Renterghem révèlent ce que les Français (ou des Français) pensent vraiment de leurs voisins.
Il faut dire que depuis leur adhésion à l'Union européenne, en 2004, les Baltes en ont vu d'autres. Les nouveaux entrants de l'Est ? "Eh bien, qu'ils aillent se faire foutre ! Lituaniens ? T'en connais, toi, des Lituaniens ? J'en ai jamais vu un, moi !" Ainsi s'exprimait en 2005 le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon, partisan du non au traité constitutionnel, devant une caméra de France 2.
Un cas unique? On se souviendra du fameux "ils feraient mieux de se taire" chiraquien. Dans un "débat" (cough) avec un (simple) citoyen français un soir, en effet, il me parlait de la construction de l'Europe et tout ce tralala. Quand je lui demandai s'il pensait que la Pologne et la Hongrie seraient d'accord avec le projet "européen" de s'opposer aux Américains (tout en cherchant des amis chez Poutine), il me répondit, outré : "Mais l'Europe c'est la France et l'Allemagne ! Tout le monde sait que les autres pays, ce n'est rien!"

C'est bon à savoir, en effet…

2008/07/05

Le genre d'infos que Le Monde ne nous raconte pas…

La presse française nous parle dramatiquement de la peur des soldats américains en Irak, de leur abandon par la société américaine, de leur solitude, de leur désespoir, de leur tendance suicidaire, et de toutes les raisons pour lesquelles Obama serait le sauveur des GIs (ainsi que de tous les citoyens américains), etc, etc, etc, mais on évite de parler de choses comme the largest reenlistment ceremony in the history of the U.S. military qui s'est déroulé sous la rotonde du palais Al Faw à Bagdad le 4 juillet (merci à Christopher Cook).

2008/06/12

Le donneur d'organes n'était pas mort

…les chirurgiens pouvant pratiquer les prélèvements d'organes n'étaient pas immédiatement disponibles. Lorsqu'ils arrivent au bloc, leurs confrères pratiquent le massage cardiaque depuis une heure et trente minutes, sans résultat apparent. Mais au moment même où ils s'apprêtent à opérer, les médecins ont la très grande surprise de découvrir que leur patient présente des signes de respiration spontanée, une réactivité pupillaire et un début de réaction à la stimulation douloureuse.
Imagine-t'on les hurlements qui auraient éclaté si un tel scandale se serait déroulé aux USA?! Or, ça se passe en Europe, et donc il n'est que normal que l'on soit… équivoque (!), que l'on se lance dans des débats philosophiques (!), que l'on dise aux médecins "Bravo" (!) et que l'on traite les éditeurs du Monde de criminels (!). Dans le monde des deux poids deux mesures, gageons que dans le prochain "scandale" impliquant les Yankees, il n'y aura pas grand monde pour faire de la philo ou s'insurger contre "la pire presse à scandale".

But the scandal happened to happen in a country with a health system that someone like Michael Moore — not to mention the French/European élites themselves — would present as an archetype model (or the closest thing to that) in contrast to the outrageous, heinous, and scandal-ridden national shame of the United States; and so, instead, Jean-Yves Nau begins his article by treating his Le Monde readers to an unimpassioned, passive, non-alarmist, philosophical debate.
C'est une affaire aux frontières de la vie et de la mort. Un dossier qui suscite émotion et réflexion chez les professionnels de la réanimation médicale et chez les responsables chargés de la bioéthique. Qui les oblige à se demander quels critères objectifs permettent de dire à partir de quand un malade sur lequel on pratique une réanimation peut être considéré comme un donneur d'organes. Sachant que ces organes, une fois greffés, permettront de prolonger l'espérance de vie d'autres malades.

2008/06/04

Le Jour J : Le rêve d'un Français prend réalité

As he was driving along a Normandy river 12 years ago, Hugues Eliard suddenly did a double take. Out in the mud was an odd shape. He stopped his car and, lo and behold, it was indeed the hulk a World War II-era Higgins Boat, the ones which sent Allied forces ashore on D-Day.

A new goal took root in the Frenchman's mind, one that would change his life. He would clean the LCVP, restore it to its former glory, and, last but not least, make it seaworthy. It took lots — lots — of hard, back-breaking work and longer — much longer — than Eliard had anticipated but twelve years later, the Higgins Boat is afloat and ready to take part in D-Day celebrations on June 6…



Qui sait ce qu'ils décideront de taxer par la suite?

Who knows what they will tax next?

2008/06/03

Une seule question, toute simple…

Aux individus et organisations qui préconisent une nouvelle tentative du communisme (dans Le Monde ou ailleurs), je n'ai qu'une question, toute simple : Combien devront mourir la prochaine fois? Des dizaines de millions? Sans doute pas. Mais peut-étre des millions? Des centaines de milliers? Quelle sera le nombre de morts acceptable pendant la prochaine tentative de bâtir une société d'égalité utopique? (Et le préconisateur sera-t'il volontaire pour que ses proches et lui-même fassent éventuellement partie des victimes?)

Les Ricains et leurs adversaires dans années 1950 : Plus ça change…

"C'est la faute de Bush ; les Américains sont nos amis"? Il y a 50 ans, en 1958, sortait Les Américains de Robert Frank.
Au final, l'Amérique n'en sort pas grandie : Frank souligne les inégalités fondamentales entre Blancs et Noirs, entre riches et pauvres. Mais il revendique avant tout sa subjectivité. … le livre fait sensation. Ou plutôt scandale : la critique dénonce un brûlot antiaméricain.
À comparer avec le livre de François Fejtö, qui vient de succomber :
Dans les années 1950, son Histoire des démocraties populaires avait été accueillie avec suspicion car jugée trop critiquée de l'URSS.
Il doit y avoir une leçon dedans (ne nous demandez pas laquelle, mais ça doit avoir avec les deux poids deux mesures)…

2008/05/26

Hiroshima Mon Amour : l'anti-américanisme rend aveugle

Il est navrant de constater, dans votre article à sensation (Hiroshima : ce que le monde n’avait jamais vu), que vos journalistes écrivent n’importe quoi, après un minimum de recherches, ou, pour faire sérieux, citent de soi-disant experts, qui n’en connaissent guère plus.
Dans le scandale concernant les prétendues photos d'Hiroshima, JC Durbant fait un compte-rendu sur les bourdes historiques du journal Le Monde (ainsi que leur tendance des rédacteurs à ne pas publier d'erratums). La vérité est qu'en France (à la rèdaction du quotidien comme ailleurs — merci, l'Éducation Nationale), on "sait" tellement à quel point les Américains sont des êtres fourbes, des criminels, des assassins, etc (tout en s'excusant, la médiatrice n'hésite pas à faire passer — subrepticement? — des citations sur "la censure américaine [qui] a fait disparaître" les photos d'Hiroshima, en effet elle n'hésite pas de souligner encore la nécessité pour des éditeurs de bonne foi (hum) de faire tout ce qu'il y a dans leur capacité pour déterrer des preuves de la fourberie supposée des USA), que dans des circonstances pareilles — la découverte de telles photos — on "sait" qu'il n'y a pas grand besoin d'aller plus loin pour authentifier les images. Comme le dit un lecteur du journal (sur l'"excès de confiance") :
Le Monde a commis une erreur, qui n'en commet jamais ? Ce qui est impardonnable pour un journal qui a des prétentions à être une référence sérieuse, c'est sa partialité. Les articles donnent systématiquement le point de vue qui est celui de la "pensée unique" sur la politique internationale ou les sujets de société. A cet égard, la précipitation sur un sujet susceptible de mettre en cause les Etats-Unis, n'est pas étonnante.

D'autres preuves incontournables de la lucidité française ainsi que de leur amitié indéfectible pour les Américains

Dans un compte-rendu du livre de Georges Séguy, ancien secrétaire général de la CGT (de 1967 à 1982), Michel Noblecourt y évoque une révélation, à savoir les pensées d'un premier ministre et président français :
cette confidence [que lui fit] Georges Pompidou, avant les négociations de Grenelle, selon laquelle il préférerait "être simple fonctionnaire d'un gouvernement communiste que premier ministre d'une France dominée par les Américains".
De cette pensée (ô combien lucide), on est en droit de se demander ce qu'en diraient les Hongrois, les Estoniens, les Polonais, les Roumains et d'autres qui eurent (semble-t'il) la chance d'avoir des gouvernements communistes tout en n'ayant pas l'horrible malchance d'être dominés par les Américains… Cela dit, il est possible que résister est une chose moins difficile à faire en démocratie ou avec une superpuissance démocratique à ses côtés que dans un état communiste ou dans une organisation dominée par le Kremlin…

2008/05/01

Le Monde: created in 1944 on the orders of General Charles de Gaulle to be the "conscience of France"

Speaking of Le Monde's birth and origins in an article on the financial difficulties of le quotidien de référence, the New York Times' Doreen Carvajal describes it as having been
created in 1944 on the orders of General Charles de Gaulle to be the "conscience of France".
Le Monde Watch had more details during the 60th anniversary of the daily whose motto is: "Indépendant depuis sa création".


That vow ["I will present the full information. I will force them to read me!"] is made by the first director of Le Monde as he is given the mission to create a newspaper of reference worthy to represent France abroad.
Huh? "Is given"? "The mission"? "To create" not a newspaper but "a newspaper of reference"? "Worthy" not to bring the news but "to represent France abroad"? What's going on here?!…

Incidentally, the New York Times' Doreen Carvajal seems to put the lie to the idea that, at least newspaper-wise, those nuanced Français are far more well-read, far more cultivated, and far more knowledgeable than those clueless Ricains.
Over the years, the French newspaper culture has been relatively weak compared with that in some other countries — 181 of 1,000 people subscribe to newspapers in France compared with 371 in Germany and 274 in the United States, according to figures from the World Association of Newspapers, based in Paris.

2008/04/18

Avant tout, l'OTAN est un modèle qui séduit ; le modèle russe, s'il y en a un, ne séduit guère

A Kiev, comme à Tbilissi, l'adhésion à l'OTAN est en revanche perçue par les équipes au pouvoir comme un arrimage à l'espace démocratique du Vieux Continent. La candidature à l'Alliance ne garantit pas la démocratie, mais les critères à remplir en vue de l'adhésion sont des instruments pour la mettre en oeuvre, en premier lieu dans l'armée. Dans ce domaine, l'Ukraine et la Géorgie sont à mille lieues de la Russie. Leurs unités ne voient plus les bizutages mortels qui sont le lot de l'armée russe. Leurs appelés ne connaissent plus les corvées de patates ou les réquisitions pour aller construire la villa d'un supérieur hiérarchique. Avant tout, l'OTAN est un modèle qui séduit. Le modèle russe, s'il y en a un, ne séduit guère.
Marie Jégo's surprisingly good article on why Russia is afraid of NATO is somewhat marred by the reactions of Le Monde readers… (The nasty Americans — those big simple children — are out to get …the Kuril Islands!).
Les hommes en épaulettes du Kremlin devraient s'interroger. Pourquoi donc les anciens vassaux de Moscou montrent autant d'empressement à quitter l'espace commun de sécurité ? Pourquoi, comme le rappelle Anatoli Grytsenko, l'ex-ministre de la défense d'Ukraine, "les candidats se pressent à la porte de l'Otan et non pas à celle de l'Organisation du traité de sécurité collective", le pacte militaire de l'aire postsoviétique ?

Totalement étrangère à toute idée de séduction, l'élite russe ne peut guère raisonner autrement qu'en termes de rapports de force, d'embargos, de chantages, de menaces. C'est la ligne qui a prévalu pendant les deux mandats de Vladimir Poutine, de 2000 à 2008. Nostalgique de l'URSS, le président russe, issu du KGB, ne pouvait penser autrement.

L'effet est dévastateur. Plus la Russie montre les dents, plus l'envie est grande à la périphérie de rejoindre l'OTAN.

Aveus discrets du journal Le Monde



JC Durbant évoque les chiffres et les statistiques sur lesquels se basent les journalistes du journal de "référence"…

2008/04/12

Vraisemblablement excessif

En Irak, les chiffres les plus alarmistes (plus d'un million de morts, selon Opinion Research Business, un institut de sondage britannique) sont dix fois supérieurs aux estimations conservatrices
écrit Philippe Bolopion dans un article du journal Le Monde sur les enjeux politiques des bilans des morts de guerres.
En Irak, le CRED a évalué le bilan, jusqu'en juin 2006, entre 120 000 et 130 000 morts et estime que l'étude très controversée publiée par The Lancet souffre de deux handicaps : l'engagement contre la guerre de certains de ses auteurs et l'absence de contrôle de la qualité des données recueillies sur place par des équipes irakiennes.

…Comment savoir qu'un échantillon est représentatif ? Ou qu'un "sondé" n'exagère pas le nombre de morts dans sa famille, pour discréditer l'occupant ou recevoir plus d'aide ?