2011/06/27

European do-gooders working overtime to torment drivers

While American cities are synchronizing green lights to improve traffic flow and offering apps to help drivers find parking, many European cities are doing the opposite: creating environments openly hostile to cars.
That is how Elisabeth Rosenthal starts her International Herald Tribune article in which — naturally — notions of (alleged) equality and (so-called) fairness predominate ("it’s not really fair to everyone else if you take the car,” says Zurich’s chief traffic planner, Andy Fellmann).

The methods vary, but the mission is clear — to make car use expensive and just plain miserable enough to tilt drivers toward more environmentally friendly modes of transportation.

… “In the United States, there has been much more of a tendency to adapt cities to accommodate driving,” said Peder Jensen, head of the Energy and Transport Group at the European Environment Agency. “Here there has been more movement to make cities more livable for people, to get cities relatively free of cars.”

… To that end, the municipal Traffic Planning Department here in Zurich has been working overtime in recent years to torment drivers. Closely spaced red lights have been added on roads into town, causing delays and angst for commuters. Pedestrian underpasses that once allowed traffic to flow freely across major intersections have been removed. Operators in the city’s ever expanding tram system can turn traffic lights in their favor as they approach, forcing cars to halt.
Around Löwenplatz, one of Zurich’s busiest squares, cars are now banned on many blocks. Where permitted, their speed is limited to a snail’s pace so that crosswalks and crossing signs can be removed entirely, giving people on foot the right to cross anywhere they like at any time.

As he stood watching a few cars inch through a mass of bicycles and pedestrians, the city’s chief traffic planner, Andy Fellmann, smiled. “Driving is a stop-and-go experience,” he said. “That’s what we like! Our goal is to reconquer public space for pedestrians, not to make it easy for drivers.”

…there is grumbling. “There are all these zones where you can only drive 20 or 30 kilometers per hour [about 12 to 18 miles an hour], which is rather stressful,” Thomas Rickli, a consultant, said as he parked his Jaguar in a lot at the edge of town. “It’s useless.”

…It often takes extreme measures to get people out of their cars, and providing good public transportation is a crucial first step. One novel strategy in Europe is intentionally making it harder and more costly to park. “Parking is everywhere in the United States, but it’s disappearing from the urban space in Europe,” said Mr. Kodransky, whose recent report “Europe’s Parking U-Turn” surveys the shift.

…With politicians and most citizens still largely behind them, Zurich’s planners continue their traffic-taming quest, shortening the green-light periods and lengthening the red with the goal that pedestrians wait no more than 20 seconds to cross.

“We would never synchronize green lights for cars with our philosophy,” said Pio Marzolini, a city official. “When I’m in other cities, I feel like I’m always waiting to cross a street. I can’t get used to the idea that I am worth less than a car.”

2011/06/24

Le but de toute accusation est la dégradation du suspect par l'angoisse, la dette, la honte

Dans un entretien avec Franck Johannès, Denis Salas, magistrat, auteur, notamment de Du procès pénal (PUF, 2010), analyse la puissance de l'accusation tant aux Etats-Unis qu'en France et l'inéluctable dégradation de l'accusé qui s'ensuit.
Beaucoup de Français ont été surpris de la violence de la procédure américaine.

On avait en effet l'image d'une procédure équilibrée entre la défense et l'accusation où la valeur de la preuve se discute contradictoirement devant un juge arbitre. Or nous découvrons une tout autre scène. Maître du jeu, l'accusateur a toutes les cartes en main et n'en dévoile aucune. Le débat contradictoire, dans ce premier temps de la procédure, n'existe pas, la défense ne sait rien des charges. Après son inculpation et, aujourd'hui, sa remise en liberté, ses avocats vont enfin pouvoir examiner le dossier.

La présence des médias dans cette première phase n'est-elle pas frappante ?

C'est une scène publique, filmée en direct, avec un accusé d'abord menotté puis muet ; il est fatigué, pas rasé : il y a là une dégradation rituelle dont nous n'avons pas l'équivalent en France. Ces séquences américaines évoquent la pensée du philosophe François Tricaud (L'Accusation, Dalloz, 2000) : le but de toute accusation est la dégradation du suspect par l'angoisse, la dette, la honte. L'angoisse de ce qu'il est, la dette de ce qu'il pourrait devoir, la honte de ce qu'il paraît. L'accusation manie quelque chose de l'ordre de la souillure.

En pulvérisant ainsi l'honneur d'un homme, elle entend prendre un avantage décisif dans le combat quelle va livrer contre la défense. On imagine la difficulté des avocats pour redresser l'image de l'accusé aux yeux du public, du jury et, bien sûr, des juges. Michel Foucault évoquait « l'éclat des supplices » dans l'Ancien Régime, la torture et le châtiment après le procès, pour édifier le peuple. Aujourd'hui, on ne montre plus un corps supplicié en place publique mais le visage d'un homme en gros plan. C'est encore l'expression d'un Etat pénal qui se saisit souverainement du corps et de l'âme de celui qui défie sa loi.

2011/06/14

Pour un leader africain : 7 Ferrari, 4 Mercedes-Benz, 5 Bentley, 4 Rolls-Royce, 2 Bugatti, 1 Aston Martin, 1 Porsche, 1 Lamborghini et 1 Maserati


Les "biens mal acquis" africains gênent la France titre Le Monde sur la Une. En effet, explique Philippe Bernard,
Les menaces liées à l'instruction judiciaire en cours sur leurs éventuels "biens mal acquis" en France n'ont pas tempéré leur goût du luxe. Les trois présidents africains visés par la plainte déposée à Paris en 2008 par l'organisation Transparence International France (TIF) pour "recel de détournement de fonds publics" ont continué depuis lors, comme s'ils se sentaient intouchables, à amasser objets de luxe et voitures d'exception.
Révélée par des documents dont Le Monde a pris connaissance, la liste des acquisitions effectuées récemment par les familles Bongo (Gabon), Sassou Nguesso (Congo) et Obiang (Guinée équatoriale) donne le vertige. Ces achats somptuaires prennent une dimension politique nouvelle dans le contexte des révolutions arabes où l'enrichissement personnel des dictateurs a alimenté les colères populaires.

Les policiers de l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF), mandatés par les juges d'instruction parisiens Roger Le Loire et René Grouman, ont ainsi établi qu'Ali Bongo, fils de feu Omar Bongo, a acquis en France, en 2009, une Bentley, quelques mois avant d'être élu président du Gabon, à la suite du décès de son père en juin de cette année-là. Les policiers précisent que le choix de M. Bongo, actuel chef d'un Etat dont 20 % de la population vivent avec moins de 2 dollars par jour, s'était porté sur le modèle "Continental Flying speed". Ce bolide de 2,5 tonnes, capable d'atteindre 322 km/h, est facturé plus de 200 000 euros.

La famille de Denis Sassou Nguesso, président du Congo-Brazzaville, n'est pas en reste : son épouse Antoinette a acquis en France, début 2010, une Mercedes classe E immatriculée "corps diplomatique". De son côté, Wilfrid Nguesso, neveu du chef de l'Etat et patron de la Société congolaise de transports maritimes chargée par Brazzaville de prélever les taxes sur les tankers de pétrole congolais, a, en octobre 2009, jeté son dévolu sur une Porsche Panamera turbo (prix constaté : 137 000 euros).

Mais le constat policier le plus stupéfiant concerne Teodoro Nguema Obiang, 41 ans, fils et quasi homonyme de Teodoro Obiang Nguema, 69 ans, qui règne d'une main de fer depuis 1979 sur la Guinée équatoriale et se trouve être le président en exercice de l'Union africaine (UA). Les enquêteurs des douanes ont établi qu'en novembre 2009 "26 voitures de luxe et 6 motos (…) d'occasion d'une valeur de près de 12 millions de dollars ont été acheminées à l'aéroport de Vatry [Marne] en provenance des Etats-Unis [par Teodoro Nguema Obiang] pour réexportation vers la Guinée équatoriale".

Le lot comprenait "7 Ferrari, 4 Mercedes-Benz, 5 Bentley, 4 Rolls-Royce, 2 Bugatti, 1 Aston Martin, 1 Porsche, 1 Lamborghini et 1 Maserati". Au total, les douaniers ont repéré "28 exportations de marchandises depuis 2008 via l'aéroport de Vatry". M. Obiang est "déjà défavorablement connu des services douaniers, notent-ils, pour une importation sans déclaration de véhicules en provenance de Suisse". En 2010, son parc automobile s'est enrichi d'une nouvelle Ferrari et d'une Bugatti dont "le prix d'achat est estimé entre 1,5 et 2 millions d'euros", ajoutent, de leur côté, les policiers.

Les goûts de M. Obiang junior ne se cantonnent pas aux voitures de luxe. Un signalement Tracfin, la cellule gouvernementale antiblanchiment, en date du 7 mars 2011, rapporte que le fils du dictateur de Malabo "s'est porté acquéreur de 109 lots pour un montant total de 18 347 952,30 euros [lors de] la vente de la collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé [actionnaire du Monde]" organisée en février 2009 par Christie's France. L'interminable inventaire des objets d'art anciens acquis laisse pantois : depuis le "taureau en vermeil" du XVIIe siècle à 298 604 euros jusqu'à la "coupe en noix de coco" à 112 724 euros, en passant par la "figure d'Hermaphrodite en bronze" à 744 716 euros.

…Les enquêteurs de Tracfin concluent logiquement : "Compte tenu des fonctions occupées par l'intéressé en Guinée équatoriale et de la particularité consistant à faire payer ses achats d'œuvres d'art par la société Somagui [dont il est le directeur], la présence de “biens mal acquis” pourrait être suspectée." La profusion d'œuvres d'art acquise par M. Obiang s'éclaire lorsqu'on découvre qu'il possède pas moins de six domiciles, dont l'un à Malibu (Californie), un autre à Ville-d'Avray (Yvelines) et un autre avenue Foch (Paris 16e). Selon un témoignage cité par Sherpa, un groupe de juristes en pointe dans le dossier, cette dernière demeure s'étendrait sur quatre niveaux et comprendrait plusieurs dizaines de pièces dont "une salle à manger en corail et une turquerie en panneaux Lalique".
Aussi dans Le Monde :

• Biens mal acquis : deux magistrats instructeurs désignés (AFP)

• Biens mal acquis : une enquête vise le président du Cameroun (AFP)

• L'arrêt sur les biens mal acquis ouvre des perspectives pour les ONG anticorruption (Philippe Bernard)

• Biens mal acquis : l'enquête empêchée (Éditorial dans Le Monde)

2011/06/07

Jusqu'à nouvel ordre, ce sont les députés qui font la loi et décident qui l'enfreint, et non les fonctionnaires qui, eux, sont là pour l'appliquer

Le ton monte au comptoir des cafés. C'est tout le "système" qui est contesté : les technocrates parisiens qui n'y comprennent rien, les élites qui roulent en Porsche, les politiques qui ne paient pas leur PV, la loi aveuglément répressive.
Tandis que Sandrine Blanchard essaie de rester neutre dans Le Monde (Touche pas à mon auto ! sur le dossier de la sécurité routière), Un lecteur du quotidien s'en prend à ceux qui défendent le "comportement de leurs élites, et notamment des politiques" :
Les multiples attaques publiées dans Le Monde par le courrier des lecteurs contre les députés qui critiquent la suppression des avertisseurs de radar deviennent franchement nauséabondes : on les accuse de " démagogie électoraliste ", d'absence de courage, et un des lecteurs va jusqu'à écrire qu'ils " soutiennent les délinquants " de la route : jusqu'à nouvel ordre, ce sont les députés qui font la loi et décident qui l'enfreint, et non les fonctionnaires qui, eux, sont là pour l'appliquer.

Il ne suffit pas de proclamer qu'une mesure est faite pour lutter contre l'insécurité routière pour qu'elle devienne parole d'évangile si elle est stupide ! Ne pas signaler les endroits dangereux par des radars signalés n'est pas une " mesure de sécurité routière " mais au contraire mettre des pièges pour " pincer " les automobilistes, les rançonner et renflouer facilement et à bon compte les caisses de l'Etat. Tout le monde le sait, même les gendarmes sur le terrain, et pas simplement les consommateurs du café du commerce pour lesquels on a tant de mépris !

Le gouvernement n'a même pas craint le ridicule quand il a annoncé cette mesure de suppression des avertisseurs de radar " en raison de l'augmentation des morts " sur la route causée notamment par les morts, en ville, de piétons et de deux-roues. On se demande ce que les radars y changeraient ! Comme le dit un des lecteurs, " pauvre France ".

Daniel Bailleul
La Chapelle-d'Abondance
(Haute-Savoie)

Il y a aussi cette lettre-ci :
Le populisme automobile ne tient évidemment pas la route devant la sécurité routière et l'analyse " La sécurité routière face au populisme " (Le Monde du 30 mai) aurait été plus utile si elle avait dénoncé, comme cela a été pointé à la dernière ligne du texte, le manque de pédagogie des services publics chargés de mettre en oeuvre l'arsenal réglementaire reposant sur le permis à points et les radars.

Le premier défaut de pédagogie est d'avoir encouragé police et gendarmerie à " faire du chiffre ". Cela revient à instituer une sorte de bakchich déloyal à l'encontre des automobilistes, qui peut entraîner un dévoiement de ces services dont j'ai été victime en 2010 et qui s'est traduit par un retrait de six mois de mon permis de conduire.

Une telle décision administrative fait d'un citoyen un quasi-délinquant aux yeux des services préfectoraux, sûrs de l'autorité que leur donne une réglementation dont la régularité semble pourtant douteuse sur certains points.

Si le durcissement de cette réglementation est nécessaire pour améliorer la sécurité routière, je pense qu'il vaudrait mieux accroître la durée des retraits de permis, sanction qui se suffit à elle-même, et la débarrasser de ses annexes : obligation de repasser la partie code du permis, visite médicale, test psychotechnique, et gestion de toutes ces annexes par une auto-école et la préfecture, qui sont onéreuses et irritantes, tant les échanges de courrier avec la préfecture sont lents et sans effets sur l'amélioration de la sécurité routière.

Guy Bideault
Uzès (Gard)

2011/06/06

"Les Africains savent très bien que les enfants vont connaître le racisme en France"

Les discriminations ? La xénophobie ? [Certains Blancs] en avaient une vague idée. Mais depuis qu'ils vivent en couple avec des Noirs et des Arabes — de nationalité française ou étrangère —, depuis qu'ils ont adopté un enfant africain, ces Blancs ont fait la connaissance d'une France où les préjugés peuvent peser sur le quotidien. Ils vivent désormais le racisme par procuration.
C'est ainsi que commence Mustapha Kessous son article dans Le Monde sur le pays qui est toujours à regretter le racisme de ces Américains incultes et ignares et à — quel bonheur — leur donner toutes sortes de leçons — dans la générosité et la tolérance, etc etc etc…
Un jour, Benjamin Peyrot des Gachons croise sa gardienne dans le hall de son immeuble parisien, elle lui lance : "Faudrait dire à votre femme de ménage d'arrêter de secouer les sets de table par la fenêtre." Il rétorque : "Vous parlez de Kama, ma femme ?" Benjamin travaille pour une ONG. Depuis qu'il fréquente Kama, d'origine malienne, il a une "perception directe" des préjugés. …

Julien de Weck, journaliste suisse, trentenaire au physique de surfeur, a choisi de faire sa vie à Genève avec une Française, Lydia. Son problème ? Aucun. "Elle est belle, sourit-il. Ah oui, j'oubliais : elle est noire." Au début de leur relation, des proches lui ont posé de drôles de questions : "Ça n'a pas posé de problème à tes parents ?" "C'est marrant, elle n'a pas d'accent quand elle parle français ?" "Ça doit être de la folie au lit ?" Et quand on veut savoir quel métier elle exerce — psychologue —, on lui répond : "Ah bon ?" "Ils s'attendaient peut-être à ce que je leur dise coiffeuse comme toutes les Zaïroises", ironise-t-il. …
"Hostilité" ? Kristel Favre-Rocher en sait quelque chose. Depuis huit ans, "je ne fais plus partie de la France, je ne me sens même plus française", souffle cette trentenaire, employée de bureau dans la campagne de l'Ain. Depuis qu'elle partage son quotidien avec Makam Traoré, elle a "l'impression d'être noire comme Makam". En janvier 2009, Makam, 34 ans, s'était fait traiter de "sale singe" lors d'un banal match de foot de 2e division départementale. Il ne l'avait pas supporté au point d'acheter un gorille en peluche et de se balader avec dans la rue. Il avait porté plainte et fait condamner son agresseur pour injure à caractère raciste. Et Kristel ? "Je ne savais pas m'y prendre : on ne m'a jamais traitée de "sale Blanche"", raconte-t-elle, presque gênée. …

Dans son rapport sur les "Perceptions du racisme, de l'antisémitisme et de la xénophobie en 2010", la [Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNDH)] évoque un "rejet croissant des étrangers, perçus de plus en plus comme des parasites, voire comme une menace". "Les discours politiques délégitiment tout ce qui est étranger, analyse Joëlle Bordet, psychosociologue, spécialiste des préjugés. Le couple mixte devient une prise de risque alors qu'il y a une époque, l'autre représentait une richesse."

… le gouvernement du Mali demande que le couple adoptif ait un lien avec le pays d'origine de l'enfant, que l'Afrique leur parle "afin que les parents soient mieux armés, ajoute Mme Biondi. Les Africains savent très bien que les enfants vont connaître le racisme en France".

2011/06/05

Il reste toujours au citoyen français cette mauvaise impression de lire, de voir ou d'entendre les mêmes informations

Il fut une époque où les responsables des JT de 20 heures attendaient la sortie du Monde, l'après-midi, pour échafauder les "conducteurs" de leurs éditions
explique Daniel Psenny, par rapport à son compte rendu du livre Copie conforme (Pourquoi les médias disent-ils tous la même chose?), dans… Le Monde (justement).
Considéré comme "le journal de référence", le quotidien du soir donnait le tempo de l'information même si, le matin avant son bouclage, il avait écouté les radios et aussi regardé ce qu'avait fait la concurrence qui, elle-même la veille, s'était inspirée, peu ou prou, des journaux de 20 heures... Bref, tout le monde était "copie conforme" et il y avait peu de chances pour que les informations venues d'ailleurs trouvent un écho !
Avec l'irruption d'Internet et des réseaux sociaux qui, souvent sans recul ni analyse, rendent l'information instantanée, les plaques tectoniques du journalisme ont bougé. Tout un chacun peut, s'il le souhaite, s'informer où et comme il le veut. Pourtant, il lui reste toujours cette mauvaise impression de lire, de voir ou d'entendre les mêmes informations.
… Formatage, concurrence, pressions économiques, accélération du temps, "googlisation" de l'information, utilisation de l'image à des fins de décoration, information spectacle, "le métier fait les frais de sa propre défaillance", [écrit Hervé Brusini] en stigmatisant "l'uniformité" et "l'info standardisée" des rédactions où régneraient, ici ou là, "un laxisme éditorial et une paresse sans égale".

2011/06/04

Sartre soutient l'URSS, les pays de l'Est, la Chine de Mao, il minimise les victimes de la Révolution culturelle et doute qu'elle ait pu en entraîner

[Dans] les entretiens donnés par Jean-Paul Sartre à John Gerassi entre 1970 et 1974 … le philosophe de Saint-Germain-des-Prés … avoue ne s'être jamais senti coupable de rien durant toute sa vie …
Michel Onfray revient sur Jean-Paul Sartre :
Politiquement : Sartre avoue n'avoir pas compris le nazisme en 1933, alors qu'il vivait en Allemagne ; il dit n'avoir pas voté en 1936 et regardé les défilés du Front populaire avec indifférence ; il signale qu'il a défendu l'intervention en Espagne, pourvu qu'on ne lui demande pas d'y participer concrètement ; il a justifié le pacte germano-soviétique ; il a été apolitique au stalag, précise qu'il n'a causé aucun désordre dans le camp, mais qu'il faisait de cette docilité... une "forme d'engagement" ; il dit qu'en 1947 il n'est toujours pas politisé. Il compagnonne ensuite avec les violences révolutionnaires du siècle : il soutient l'URSS, les pays de l'Est, la Chine de Mao, il minimise les victimes de la Révolution culturelle et doute qu'elle ait pu en entraîner ; il publie dix-huit articles favorables à Castro ; il réitère la légende d'une rupture avec le PCF après Prague, mais regrette que le Parti communiste français n'ait pas pris le pouvoir en mai 68 ; il prétend qu'en mai de Gaulle a demandé à Massu de prendre le pouvoir ; il écrit sur Daniel Cohn-Bendit : "Il était loin d'être brillant. Je ne l'aimais pas tellement" ; et sur Raymond Aron : "De toute évidence, il est totalement, complètement, systématiquement de deuxième ordre, fondamentalement c'est un con et un imbécile." Il célèbre l'illégalisme révolutionnaire et fait l'éloge du "bain de sang" pour des raisons politiques ; à propos de Cuba, il extrapole une théorie générale du gouvernement par la terreur : "Pour réussir, une révolution doit aller jusqu'au bout. Pas question de s'arrêter à mi-chemin. La droite utilisera toujours la terreur pour lui barrer la route, donc la révolution doit recourir à la terreur pour l'arrêter." Il légitime et justifie l'usage de la peine de mort pour des raisons politiques …
Il légitime le "revanchisme" comme fondement de la justice populaire : "L'idée de vengeance est une idée morale." Il défend Kim-Il-Sung, le dictateur nord-coréen ; il affirme que ne pas écrire contre la répression de la Commune, c'était se faire le complice des Versaillais puis, parlant de Goncourt et Flaubert, qu'"on aurait dû les abattre" - sans préciser qu'il n'écrivit pas contre l'occupation allemande et qu'on n'a pas intérêt à relire aujourd'hui Paris sous l'Occupation ("Situations", III), un texte de 1945 qui manifeste plus d'empathie pour les officiers allemands, tellement aimables qu'ils "offraient, dans le métro, leur place aux vieilles femmes, ils s'attendrissaient volontiers sur les enfants et leur caressaient la joue", que pour les aviateurs alliés qui mettaient la sécurité des civils en question. …
On s'en doute, nombre de lecteurs du Monde sont horrifiés que l'on ôôôse s'attaquer à Sartre et à d'autres parmi "ceux qui ont essayé de penser" et parmi "ceux qui ont fait avancer la pensée, c'est-à-dire la possibilité de se révolter" ("Il n'était pas tendre, certes, mais il essayait de penser"). Pis : "utiliser une tribune pour insulter ceux qui se sont insurgés (et parfois trompés) apparaît comme une grande lâcheté." Interdit de critiquer (pardon, d'insulter) Hitler, alors (il est mort, non) ? Et Staline ? Et Mao ? C'est vrai que ces deux derniers n'étaient pas beaucoup critiqués par la gauche — pas par Sartre, en tout cas — de leur vivant. (Au contraire.) Elisabeth Martins termine : "je dis merci pour la liberté qu'ils nous ont offerte".

Oui, seulement voilà : pendant que Jean-Paul Sartre pensait, et pendant que Elisabeth Martins jouissait de la liberté que lui aurait offert Sartre — tout en s'insurgeant, l'une comme l'autre, contre les capitalistes américains et occidentaux (un système horrible, vous dis-je, horrible), ce qui était source d'une fierté et d'une auto-congratulation sans pareille —, des millions de Russes — et de Chinois — mouraient sous les politiques et pour les idéologies décidées par leurs leaders communistes…

2011/05/30

Trois leçons de l'affaire DSK

Le déferlement de l'affaire DSK des deux côtés de l'Atlantique a fait voler en éclats quelques solides tabous et révélé au grand jour ce que le public perçoit comme des codes tacites en vigueur dans l'univers des élites politiques françaises, avec la bénédiction des médias
Ainsi commence l'analyse de Sylvie Kauffmann dans Le Monde (tandis que Irène Théry lance un appel pour un féminisme à la française).
… trois leçons peuvent déjà être tirées.

Le retour du différend transatlantique Dans les médias américains, les Français sont à nouveau à la fête, peuple de "hot rabbits" dirigé par des politiciens prédateurs, qui prétend avoir fait la Révolution en 1789, mais ne supporte pas de voir ses élites traitées comme le commun des mortels. Au mieux, de manière générale, nous préférons fermer les yeux sur les comportements délictueux de notre classe dirigeante : c'est une question de culture. …

L'hypocrisie française C'est un fait difficilement contestable : en considérant le comportement privé de la classe politique comme hors sujet, même lorsqu'il jette une ombre évidente sur la personnalité de l'élu ou du ministre, la presse ne fait pas son travail. Déjà soupçonnés de collusion avec les élites, les journalistes font aujourd'hui figure d'accusés, coresponsables d'une omerta que découvre le grand public. …

Nous avons une loi interdisant l'atteinte à la vie privée, mais nous n'avons pas de loi sur la liberté de l'information sur le modèle de celle qui, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, force l'administration à s'ouvrir. Lorsqu'il y a évolution en la matière, c'est sous l'effet de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme. Les fameux "communicants", officines de contrôle de l'image des hommes politiques et des PDG, ont acquis en France un pouvoir inégalé dans les pays occidentaux, court-circuitant les classiques directions de la communication. Ils ont créé des règles du jeu toujours plus restrictives et les journalistes s'y sont pliés. …

L'hypocrisie française, c'est aussi une façon de ridiculiser l'intégrisme américain sur les relations hommes-femmes, l'égalitarisme forcené, les procédures mises en place pour décourager le harcèlement sexuel, puis de se scandaliser que l'on ait passé sous silence les mauvaises habitudes de nos hommes de pouvoir. Pourquoi Tristane Banon n'a-t-elle pas porté plainte après sa violente rencontre avec DSK, en 2002 ? Parce qu'elle ne voulait pas être "la fille qui a eu un problème avec un homme politique ". Le message est clair : notre société réprouve ceux — et surtout celles — qui détruisent l'image des hommes de pouvoir.

L'exigence de la parité Soudain, les langues se délient. Journalistes et collaboratrices des hommes politiques racontent la "séduction" masculine au quotidien, et surtout ses dérives. Sans tomber dans le puritanisme, il existe un remède à ces dérives : la parité hommes-femmes.

2011/05/27

Certaines associations créent un délit d'"automobilisme passif", de mise en danger de la vie d'autrui par le simple fait d'être conducteur


Maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université Paris-I, spécialiste de l'automobilisme, et auteur de L'Autorefoulement et ses limites (Descartes & Cie), Mathieu Flonneau tente d'expliquer les ressorts psychologiques et historiques du débat à Benoît Vitkine :
On a vu dans les atermoiements de la majorité sur la signalisation des radars la crainte de froisser les électeurs à un an des élections législatives. Peut-on perdre une élection sur le thème de la sécurité routière ?

Dans une élection locale, oui, cela peut jouer. Particulièrement si les nouvelles règles sont perçues comme arbitraires. Et c'est le cas ici : l'emplacement des radars, par exemple, est contesté parce que ceux-ci ne seraient pas installés sur les lieux les plus accidentogènes. On meurt beaucoup moins sur les autoroutes et sur les voies rapides, et c'est pourtant là que l'on voit la plupart des radars. Ce genre d'arguments est vu comme un argument du café du commerce, mais il est corroboré par les études d'accidentologie.

Mais au-delà de cet aspect électoraliste, c'est une préoccupation légitime de la part des députés de se faire l'écho des inquiétudes des citoyens. … pour beaucoup de Français, l'automobile est non seulement un mode de transport mais aussi un outil de travail. On n'est pas ici dans une logique hédoniste, mais dans une logique économique, liée à l'emploi.

… le débat fait ressortir cette opposition entre sphère publique et sphère privée. L'habitacle de la voiture serait comme un prolongement du domicile, un prolongement du chez-soi où le pouvoir public n'a pas à s'introduire...

Absolument. Pour la grande majorité des individus, l'automobile est un espace privé. Qui, en plus, coûte cher à l'achat et à l'entretien, ce qui donnerait droit à une mobilité dite "libre".

Cette notion de liberté est fondamentale. La voiture, c'est la liberté ! On pense souvent aux Etats-Unis lorsque l'on évoque cet imaginaire de liberté étroitement associé à l'automobile. Mais en France et partout dans le monde, l'inconscient collectif qui associe voiture et liberté est le même. Dès lors, contraindre la conduite, l'encadrer, peut être vécu comme une atteinte à la liberté. Au même titre que le fait de géolocaliser les flottes de véhicules d'entreprise.

… Les automobilistes disent aussi en avoir assez d'être culpabilisés.

Certaines associations, par leur discours, créent ce qu'on pourrait appeler un délit d'"automobilisme passif", de mise en danger de la vie d'autrui par le simple fait d'être conducteur. Elles font de l'automobile une sorte de "mal public", au même titre, par exemple, que la cigarette. Cette vision hygiéniste – qui mêle préoccupations écologiques et sécuritaires – voudrait bannir systématiquement l'automobile des centres-ville.

D'où une certaine crispation chez les automobilistes, renforcée par le sentiment que certaines lois sont applicables à certains et pas à d'autres : ceux qui ont un chauffeur ou ceux qui peuvent se permettre de circuler à Vélib'...

"Chauffeur" et "Vélib'", cela veut dire "élite" et "Parisien"...

Ce sont des éléments importants du débat. L'idée que les lois sont faites par des élites qui ne conduisent pas compte pour certains automobilistes qui se sentent floués.

Radars : deux semaines de cacophonie à droite — "le gouvernement continue de nous prendre pour des cons"


Tandis que le Télézapping conclut par un tonitruant "Il faudrait un radar pour décrypter la communication du gouvernement", Eric Nunès revient dans Le Monde sur "deux semaines de cacophonie à droite".
Les députés frondeurs de la majorité qui s'étaient opposés à un durcissement des règles de sécurité routière ont immédiatement réagi : "le gouvernement continue de nous prendre pour des cons", résume sans détours Yannick Favennec, député UMP de Mayenne, sur son compte Twitter.

… Le gouvernement n'est alors pas sans ignorer l'impopularité de ces mesures au sein de sa majorité parlementaire. En février, une poignée de parlementaires avait obtenu, dans le cadre de la Loppsi 2, un net allègement des contraintes du système de permis à points. Les délais de récupération automatique sont ainsi passés de trois ans à deux ans en cas de retrait de plusieurs points et d'un an à six mois pour les infractions d'un seul point. "Cessez d'emmerder les Français !", avait lancé à l'exécutif le député UMP Jacques Myard.

Six jours plus tard, le 17 mai, de nombreux députés s'affichent contre les annonces gouvernementales à l'Assemblée nationale. A la réunion du groupe UMP, ils sont plusieurs dizaines à s'enflammer contre le premier ministre et dénoncent un manque de concertation du gouvernement avec les élus. Jean-Marc Roubaud, député du Gard, menace de "se suspendre de l'UMP" si ces mesures ne sont pas... suspendues. "Vous ne savez plus quoi inventer", se plaint Yves Albarello, élu de Seine-et-Marne, pour qui les images télévisées des premiers panneaux démontés ont eu un effet "désastreux". "Pendant tout le week-end je me suis fait insulter", relate l'élu de Seine-et-Marne. "On n'arrête pas de s'en prendre plein la gueule", renchérit Richard Mallié (Bouches-du-Rhône), dénonçant une précipitation "inacceptable". Chacune de ces interventions est ponctuée par une salve d'applaudissements, pendant que M. Fillon, à la tribune, ronge son frein sans dissimuler son exaspération.

… [En apprenant qu'il] n'est pas question pour l'exécutif de renoncer à supprimer les panneaux prévenant de la présence de radars fixes ni de revenir sur une seule des mesures de sécurité routière annoncées par le gouvernement [, les] parlementaires s'exaspèrent un peu plus :… "Le gouvernement est dans sa bulle, estime Yves Albarello, sourd aux attentes de milliers de Français." "On est foutus ! Vos mesures, c'est une catastrophe électorale. Avec ça, on a perdu les élections", lâche Jean Auclair, député UMP de la Creuse, au cours de la réunion.

Entre le gouvernement et plusieurs parlementaires, la tension monte. Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, dénonce "l'arrogance" du gouvernement, qui, "en jouant le rôle de l'exécutif courageux contre des parlementaires soucieux de leur électorat, prend un risque. (...) Sur le budget, la fiscalité, la dépendance, l'exécutif a encore besoin d'une majorité", avertit le député dans une menace à peine voilée.

Le public comme les députés UMP sont désorientés par le discours à géométrie variable de l'exécutif. Mais celui-ci correspond à celui du président de la République. Alors que, jeudi 26 mai, le président Sarkozy prônait la fermeté dans les colonnes du Figaro, en mai 2007, le candidat était comme les députés UMP aujourd'hui , soucieux de ne pas fâcher une partie de son électorat. Il déclarait d'ailleurs sur RTL qu'"il serait scandaleux d'enlever les panneaux qui préviennent".


2011/05/26

Contre la démagogie de nos gouvernants : est-il interdit de faire valoir que "la voiture est aujourd'hui un risque négligeable" ?


Pour le compte du quotidien Le Monde, Eric Nunès interroge Armand Jung. Le député socialiste du Bas-Rhin et co-président du groupe d'études "Route et sécurité routière" à l'Assemblée prétend que
Ce qu'il faut, c'est de la coercition … Les limiteurs de vitesse, les détecteurs de dangers existent déjà, il suffit de les mettre en place. Nous devons interdire l'usage des kits mains libres au volant.

… Il existe dans notre pays un fort lobby de la vitesse. Alors que 90 % des accidents sont dus à une vitesse inappropriée, nous fabriquons en France des automobiles qui roulent à 220 km/h, 250km/h dans un environnement routier où la vitesse maximale autorisée est de 130 km/h. A l'heure où il faut imaginer la voiture du futur, plus en harmonie avec l'environnement et respectueuse de la vie humaine, personne ne songe à brider les moteurs. Au contraire.
Alors que le site eXtrême Centre se demande si la fronde parlementaire anti-radars n'est pas « a tea party » à la française, les lecteurs du Monde répondent :
On nage en plein delire, le co-president d'un groupe d'etudes qui argumente sur des voitures qui peuvent rouler a 220 ou 250, alors que l'immense majorite du parc doit se situer entre 150 et 170, voir moins. (…)
Encore un "spécialiste" de la sécurité routière bien au courant de son dossier, car : 1. aucun constructeur français ne propose à ce jour de voiture atteignant la vitesse de 250 km/h... 2. un nombre infime d'accident a lieu à plus de 150 km/h. 3. on peut rouler à une vitesse excessive tout en respectant les limitations de vitesse, et oui ! 4. Aucune Volvo dans le classement des 100 premières "voitures citoyennes" en septembre 2010... Quant au fort lobby de la vitesse en France, je rie...
Je ne suis pas très douée en maths, mais 4000 morts par an pour une population de 65 millions de Français, cela représente 0,01%. Si on compte, parmi ces 4000 morts, tous les tarés qui tentent de fuir la police par tous les moyens parce qu'ils n'on pas de permis, qu'ils conduisent une voiture volée ou qu'ils sortent d'un braquage, on peut dire que la voiture est aujourd'hui un risque négligeable. OK un mort est un mort, mais il faut quand même arrêter le délire. Il n'y a pas de risque zéro.

2011/05/25

Les médias français ne veulent pas admettre qu’ils ont eu tort de s’emballer pour Obama qui n’a jamais rien fait pour mériter une adoration pareille

Sur le site d'Atlantico, Evelyne Joslain, auteure du livre Obama : de la déconstruction de la démocratie en Amérique, répond aux questions de Amaury Brelet.

Atlantico : Quelle est la part de responsabilité de l’Administration Bush dans l’élimination d’Oussama Ben Laden ?

Evelyne Joslain : 99 %, parce que c’est bien la politique antiterroriste mise en place par l’Administration Bush depuis 2002 qui a joué et contre laquelle Barack Obama a vociféré lorsqu’il était sénateur et tenté d’agir depuis qu’il est Président. Il a donc été obligé de préserver cette politique, critiquée par la gauche la plus extrême mais largement plébiscitée par l’opinion publique et donc incidemment par le Congrès.

Certains ont crié à l’abrogation des libertés avec la décision de George W. Bush de pouvoir libérer les services secrets des multiples entraves qui étaient les leurs et donc de pouvoir procéder à des écoutes d’étrangers ou de conversations entre les États-Unis et l’étranger, ce qui a permis finalement de saisir de nombreuses discussions intéressantes. Il y a également le fait de pouvoir, sans donner préavis, débarquer chez des gens sur lesquels les autorités avaient des doutes précis. Cela fait aussi parti de l’arsenal juridique que Bush a obtenu du Congrès lorsqu’il était Président. Et puis, il y a bien entendu, les fameuses techniques d’interrogatoire musclées dont le “waterboarding” ou noyade simulée qui a été pratiquée sur seulement trois prisonniers à Guantanamo, notamment sur Khalid Cheikh Mohammed (ndlr : "cerveau" des attentats du 11 septembre 2001 et numéro 3 d'Al-Qaida) qui a fini par craquer. Mais il faut savoir que cette technique d’endurcissement, que les GI, les Marines et les autres corps de l’armée américaine s’infligent à eux-mêmes, n’a absolument rien à voir avec de la torture véritable. Le ministre de la Justice Eric Holder a même voulu un temps juger Khalid Cheikh Mohammed devant un tribunal civil de New York, mais devant la pression populaire répercutée au Congrès, cette idée a finalement été abandonnée.

… chose incroyable, [le ministre de la Justice] Eric Holder a préféré faire la guerre aux services de renseignements plutôt qu’aux terroristes : plusieurs officiers américains sont maintenant inquiétés par le département de la Justice sous l'oeil bienveillant du Président. Donc ce succès pour Obama est en fait très mitigé. Il a tout de même le mérite, contrairement à Bill Clinton, d’avoir accepté quand on le lui a proposé, de presser la gâchette.

Mais ce que personne ne dit apparemment en France, c’est qu’il aurait pu également dire : “Je le veux vivant”. Bush avait déclaré en 2002 : “Mort ou vivant, peu importe”, or depuis, on a découvert justement qu’il était utile de faire parler un terroriste ; la gauche américaine pacifiste aurait bien entendu hurlé au loup si Ben Laden avait été pris vivant et si on avait voulu le soumettre aux interrogatoires. Obama a multiplié les attaques meurtrières de drones et on lui pardonne, la presse ne dit rien parce c’est lui. Si cela avait été Bush, toute la presse en parlerait. Obama a opté pour cette issue parce qu’il préfère un terroriste mort à un terroriste vivant. Il bien compris qu’il ne pouvait pas faire autrement que de soumettre les terroristes — fut-il Ben Laden — aux interrogatoires militaires et ce, en raison de l’opinion qui refuse absolument que ces gens-là soient jugés comme des criminels de droit commun devant des tribunaux américains. Obama est pieds et poings liés, car d’un côté, sa base pacifiste le tient, et de l’autre, il a besoin d’un coup de pouce pour faire remonter sa cote dans les sondages. S'il a eu le mérite d’avoir donné le feu vert pour qu’on abatte Ben Laden, un président plus déterminé et surtout entouré de gens plus attachés aux intérêts américains aurait dit non et refusé de l'abattre pour le capturer vivant comme pour Saddam Hussein en Irak. Si Bush était à la Maison Blanche aujourd'hui, il aurait essayé de capturer Ben Laden vivant, j’en suis certaine.

… La présidence Obama est l’une des plus opaques et hypocrites que l’on n’ait jamais vues. Si elle a heureusement autorisé l’élimination de Ben Laden, il reste à déterminer la part électoraliste dans cette décision.

… Bush en réalité est victime de son succès car un attentat qui n’aboutit pas, cela fait trois lignes dans la presse. Bush a par ailleurs laissé à Obama un Irak stabilisé et qui n’a pas bougé lors du récent "Printemps arabe".

Comment jugez-vous la couverture médiatique en France de cette élimination historique ?

Les médias français ne veulent pas reconnaître qu’ils ont eu tort de s’emballer pour Obama qui n’est qu’un nouveau venu, qui n’a jamais rien fait dans sa vie pour mériter une adoration pareille. Les journalistes en France ne font aucun effort : c’est un mélange de paresse intellectuelle et de mauvaise volonté. En plus de leur parti pris virulent contre le Parti républicain, ils ont une profonde méconnaissance de ce qu’est devenu aujourd’hui le Parti démocrate, beaucoup plus à gauche qu’autrefois.

2011/05/24

"Ne cédons pas aux sirènes des ayatollahs qui souhaiteraient, à les écouter, un monde sans voiture"

Soixante-treize députés UMP ont écrit, lundi 23 mai, au premier ministre, François Fillon, pour lui faire part de "la profonde exaspération" exprimée par des "milliers" d'électeurs face aux nouvelles mesures de sécurité routière

peut-on lire dans un article dans Le Monde écrit avec l'AFP.

"A l'heure où les yeux du monde sont braqués sur l'ancien directeur général du FMI, les Français semblent de plus en plus agacés du comportement de leurs élites et notamment des politiques", déclarent-ils dans ce courrier à l'instigation du député des Bouches-du-Rhône Richard Mallié.

LES FRANÇAIS "AGACÉS DU COMPORTEMENT DE LEURS ÉLITES"

"En l'espace de quelques jours, les milliers de courriels que nous avons reçus pour condamner les décisions" du comité interministériel sur la sécurité routière du 11 mai "en sont la preuve flagrante". "Nous insistons sur le fait qu'il ne s'agit pas d'une simple 'mauvaise humeur' passagère mais bien d'une profonde exaspération", mettent en garde les signataires. …

Si l'augmentation depuis le début de l'année du nombre de morts sur la route est "dramatique", "ne cédons pas aux sirènes des ayatollahs qui souhaiteraient, à les écouter, un monde sans voiture", plaident-ils, en espérant que M. Fillon étudiera avec "bienveillance" ces "remarques".

"ABSENCE TOTALE DE CONCERTATION"

"Si nous partageons votre ambition quant au traitement attentif des problèmes de sécurité routière, nous regrettons l'absence totale de concertation qui a précédé ce comité interministériel. De plus, nous estimons que d'autres mesures sont plus urgentes à prendre afin d'améliorer la sécurité routière, mesures qui ne seraient d'ailleurs pas davantage populaires", ajoutent les soixante-treize députés.


2011/05/23

DSK's Arrest Is Akin to French Socialists' "September 11", One Leftist Leader Says


Refusing as usual to see any tragedy involving Americans (or capitalists) as …tragic, while magnifying every one of their own (alleged) misfortunes — as well as any adversity occurring anywhere, so long as it is allegedly the result of misdeeds committed by clueless Americans and/or by evil capitalists — one Frenchman, a leader of DSK's fellow socialists, calls Dominique Strausss-Kahn's arrest and downfall the equivalent of September 11, Patrick Roger reports in Le Monde.
Pour les députés socialistes, c'est comme si le ciel leur était tombé sur la tête. « C'est notre 11 septembre [2001] à nous », confie un responsable du groupe. Tous sont totalement abattus.
This follows a tradition in France and Europe — especially among commentators, intellectuals, and cartoonists — of trivializing 9-11 and making inappropriate references about 911…

And in this case, the false analogy leads one Le Monde reader to react:
Le 11 septembre 2001 : 3 000 morts ce jour-là, et innombrablement plus par la suite (Afghanistan, Irak...). L'affaire Strauss-Kahn : une victime certainement, et peut-être deux, car quelle que soit l'issue du procès, la carrière politique du directeur général du FMI semble singulièrement compromise. En tout état de cause, zéro mort. Le responsable du groupe socialiste à l'Assemblée nationale qui a cru bon d'affirmer que l'affaire Strauss-Kahn, " c'est notre 11-Septembre à nous ", manque du sens des mots, du sens de la mesure et du sens de la pudeur, tout simplement.

Edouard Reichenbach
Antony (Hauts-de-Seine)

2011/05/22

Finkielkraut : J'ai essayé d'explorer ce concept de "modération" auquel la politique nous avait habitués à donner une définition très pauvre

"L'esprit du roman, c'est la sagesse de l'incertitude" : voilà le titre de l'entretien de Jean Birnbaum avec Alain Finkielkraut dans Le Monde.

Pour penser les désastres du XXe siècle, vous mobilisez à part égale des philosophes (Hannah Arendt ou Jan Patocka) et des écrivains (Thomas Mann ou Vassili Grossman). Quelle aura été la leçon spécifique de la littérature pour ceux qui tentent de penser le phénomène totalitaire ?

Pour moi, ce n'est pas Soljenitsyne qui a joué un rôle fondamental. Le prophète qu'il était devenu m'a longtemps dissimulé le romancier, et je n'ai découvert ce dernier que tout récemment, quand j'étais malade, en lisant Le Pavillon des cancéreux puis Le Premier Cercle, deux livres prodigieux. Mais dans les années 1960/70, l'écrivain majeur, ce fut Kundera. D'abord avec La Plaisanterie que j'ai lu en 1968, sans pouvoir à l'époque me dégager du gauchisme, mais prenant acte de la réalité communiste. Et puis je me souviens de cette préface à Miracle en Bohème, de Josef Skvorecky, où Kundera faisait une comparaison entre Mai 68 et le Printemps de Prague, entre l'explosion de lyrisme révolutionnaire, dans un cas, et la "révolte populaire des modérés", dans l'autre. Depuis lors, j'ai essayé d'explorer ce concept de "modération" auquel la politique nous avait habitués à donner une définition très pauvre : la modération, c'est le centrisme, le centrisme ce sont les compromis, voire les compromissions. Or la modération nous renvoie à tout autre chose, et là on retrouve la littérature, l'esprit du roman, c'est-à-dire la sagesse de l'incertitude, la distance à soi, l'ironie comme auto-ironie. Après Kundera, sur ce terrain-là, j'ai relu Camus. Le démocrate est modeste, il sait qu'il ne sait pas tout et qu'il a besoin des autres pour enrichir sa pensée, fût-ce en la réfutant. Tout d'un coup s'impose cette notion de modestie, de finitude, qui est essentielle parce que, dans la tentation totalitaire, il y a l'idée non seulement d'un savoir absolu, mais aussi d'une identification avec le Bien. Ici, un autre nom me vient pour compléter cette pléiade : Paul-Louis Landsberg. En 1937, ce philosophe aujourd'hui oublié définissait l'engagement comme la décision pour une cause imparfaite. Voilà : ne pas tirer prétexte de l'incertitude pour se désengager mais en même temps préserver, par la conscience de l'imperfection, la fidélité à la cause que l'on défend de tout fanatisme.

Vous avez beau affirmer que la littérature est gardienne de la nuance, quand vous intervenez dans le débat public, vous ne faites pas toujours dans la nuance... Comment expliquez-vous vos propres outrances, vos infidélités à l'égard de la littérature ?

L'indignation est une muse dangereuse, elle peut dicter des phrases simplistes et violentes. Je ne suis certes pas immunisé contre cette tentation. Voilà pourquoi je ne fais aucune confiance à ma spontanéité : je prépare chaque intervention radiophonique ou télévisée comme un grand oral et je demande à relire tous mes entretiens dans les journaux. C'est pour une interview non relue que j'ai été l'objet, en novembre 2005, d'un lynchage médiatique dont les effets se feront sentir longtemps encore. Mes idées ne me viennent pas immédiatement à l'idée : il me faut du temps, des tâtonnements et des ratures. Mais la nuance ne doit pas non plus devenir un slogan. Il peut arriver que la situation historique soit manichéenne. Il y a aussi des scandales. On ne peut pas vivre toujours sur le modèle du scandale et de l'affaire Dreyfus, mais enfin, l'affaire Dreyfus a existé !

"En France, depuis Villon, le salut pour les vauriens c'est la littérature, et une grande oeuvre rachète tous les crimes", écriviez-vous en 1980 dans Le Juif imaginaire (Seuil). Ces lignes permettent-elles d'éclairer ce qui demeure un mystère pour beaucoup de vos lecteurs, à savoir votre fidélité envers l'écrivain Renaud Camus ?

Je ne pense pas que l'ignominie puisse être rachetée par un beau style. Je n'ai aucune fidélité à l'égard de quelqu'un comme Brasillach. Pour moi, la littérature ce n'est pas le style, ou du moins le style importe-t-il d'abord comme dévoilement du monde. Renaud Camus n'a commis aucun crime et dans Du sens (POL, 2002), il a fait minutieusement justice des accusations proférées contre lui. Mais ses ennemis n'ont pas désarmé. Ils ne se sont pas même donné la peine de lire ce livre. Peu leur importe la vérité. Peu leur importe les oeuvres. Ce qu'ils veulent, c'est pouvoir se mobiliser encore et toujours contre la "Bête immonde". Je suis redevable, en autres choses, à Renaud Camus, de cette magnifique définition : "La littérature, c'est le reste des opérations comptables du réel." J'aimerais que ceux qui sont idéologiquement hostiles à Renaud Camus reconnaissent au moins sa valeur d'écrivain. Je vous le dis, si cela ne se fait pas, c'est parce qu'en France l'amour de la littérature s'est perdu.

2011/05/21

Un (premier) martyr dans la lutte contre la répression de plus en plus impitoyable contre les automobilistes ?!

Est-ce qu'on peut dire que la lutte contre "une répression de plus en plus impitoyable" contre les automobilistes aurait besoin de martyrs ? Ce serait tragique, mais si c'est le cas, Stanley Bargas pourrait être le premier d'entre eux…
…vers 13 heures, un motard a été grièvement blessé sur la route départementale 905 … le pilote du deux roues, qui circulait en direction d’Auxonne, aurait été déstabilisé lors d’une manœuvre de freinage à hauteur du radar fixe …
En effet, la lutte contre la vitesse, et le matraquage des conducteurs qui s'ensuit, ignore les accidents que causent les radars. Durant une réunion du groupe UMP de l'Assemblée nationale, plusieurs "élus se sont élevés pour se faire [le porte-parole des automobilistes] et fustiger les « mesures des technocrates parisiens » ainsi que l'« absence de concertation » qui avait présidé à leur adoption", explique Patrick Roger dans Le Monde.
« Vous ne savez plus quoi inventer », s'est plaint Yves Albarello, élu de Seine-et-Marne, pour qui les images télévisées des premiers panneaux démontés ont eu un effet « désastreux ». « Pendant tout le week-end je me suis fait insulter », a relaté l'élu de Seine-et-Marne.

…Chacune de ces interventions a été ponctuée par une salve d'applaudissements, pendant que M. Fillon, à la tribune, rongeait son frein sans dissimuler son exaspération.
Jeanne Bourdillon réalise une interview de Jean-Luc Nobleaux (auteur du livre Radars, le grand mensonge) pour le compte de Riposte Laïque. On se demande si on n'est pas forcé d'être d'accord avec l'un de leurs éditeurs quand celui-ci s'exprime ainsi (mettant en garde contre une prise du pouvoir possible du Front National — quand son leader, Marine Le Pen, semble être l'une des seules à défendre les automobilistes — si les autres partis ne commencent pas à prendre en compte la légitime exaspération vis-à-vis de la répression outrancière contre des citoyens honnêtes) :
Je suis héberlué que la férocité de cette agression que subissent les automobilistes – dont je suis – depuis sept ans ne soient condamnée que par de rares hommes politiques … et surtout totalement occultée par la gauche, alors que ce sont les classes populaires qui en sont les principales victimes.

[Dans un stage de rattrapage, Paul a] rencontré la réalité d’une France maltraitée, des commerciaux, des artisans, des livreurs, des entrepreneurs, des salariés, qui avaient besoin de leur voiture pour gagner leur vie. Ils racontaient les circonstances dans lesquelles ils avaient perdu 5, 6, 7, 8 ou 10 points, et leur angoisse de perdre leur travail. Un livreur, qui venait de se mettre à son compte, avait dû travailler toute la nuit, entre le premier jour et le deuxième, pour assurer le travail qu’il n’avait pu accomplir, pour cause de stage. [On peut assumer que ce monsieur a dû être très vigilant au volant le second jour — ni les jours qui ont suivi !] Je peux donc dire, sans exagérer, que je dois en être à pas loin de 1.000 euros qui ont quitté ma poche, pour enrichir l’Etat, sans que je n’ai, une seule fois, eu l’impression de mettre la vie d’autrui en danger.

Ce scandale n’a jamais ému les représentants de la gauche, dont on croyait que le travail consistait à protéger les classes populaires et le monde du travail. … Il est cocasse de constater la pugnacité de cette gauche à défendre son idole déchue, DSK, et son indifférence devant le sort de millions de Français, victimes de la politique répressive de Sarkozy et de ses radars. Preuve encore une fois, s’il le fallait, qu’ils ne sont que les deux faces d’un même miroir.

Quant à Jean-Luc Nobleaux, qui vient "d’une famille fortement ancrée à gauche", il se déclare être "le premier sidéré par cette incroyable désertion du terrain, de la part du PS notamment", et par le fait que (pour citer Jeanne Bourdillon) "depuis des années, la seule force politique qui paraisse défendre les automobilistes soit le Front national". L'auteur du livre Radars : le grand mensonge s'exprime ainsi :
Le verbalisé paie à tous les étages pour sauver ou récupérer son permis. Et c’est aussi un moyen pour le gouvernement de faire profiter les « acteurs de la route » du fantastique pactole généré par le mitraillage des radars. Auto-écoles, Prévention routière, Automobiles clubs, etc. tous s’engraissent grâce aux stages de récupérations de points, ce qui dissout en même temps une bonne partie de la contestation éventuelle.

…Cette sur-répression engendre une sur-délinquance : conduite sans permis, fausses plaques, trafic de points ou de papiers, délits de fuite, mais aussi insolences ou agressions envers les forces de l’ordre. Car le policier de base est désormais méprisé ; devenu auxiliaire fiscal, il est détourné de sa mission première, la protection du citoyen. La conséquence la plus grave de cette mobilisation des FDO sur le bord des routes (avec quotas de PV à remplir) est la flambée parallèle de l’insécurité, réelle celle-ci. Les policiers ne peuvent être partout, d’autant qu’on réduit leurs effectifs. Quant on aperçoit 4 pandores occupés à traquer les automobilistes à la jumelle à l’entrée de Corbeil-Essonnes, alors que ces mêmes pandores sont interdits de séjour par des petits caïds de 18 piges dans la fameuse cité des Tarterêts juste derrière, on ne peut qu’être estomaqué par la façon dont fonctionne notre République.

2011/05/20

Après l'affaire Enron, la justice américaine voulait montrer que nul n'est au-dessus des lois, quels que soient sa fortune ou son nom

Certaines associations ont protesté contre une pratique qui va à l'encontre de la présomption d'innocence, estimant contradictoire que l'accusé ait le droit de se taire (en vertu du 5e amendement) mais pas d'interdire que son image soit utilisée contre lui, avant même qu'il ait comparu devant un jury.
Pourtant, explique Corine Lesnes dans Le Monde, le traitement réservé à Dominique Strauss-Kahn est habituel dans les procès américains.
Mais les tribunaux ont autorisé les perp walk à condition qu'elles servent un but légitime : dissuader d'éventuels criminels ou éduquer sur le travail des forces de l'ordre.

…Après l'affaire Enron, la justice voulait montrer que nul n'est au-dessus des lois, quels que soient sa fortune ou son nom. Il arrive aussi que les procureurs proposent de surseoir au perp walk si le suspect accepte de coopérer. Le prévenu décide de se livrer et il arrive au palais de justice de son plein gré.
En outre, continue Corine Lesnes dans Le Monde, depuis l'affaire Polanski, les Américains se méfient de la justice française :

« Imaginez le cirque juridique, médiatique et diplomatique si Strauss-Kahn avait réussi à retourner en France, qui, comme on le sait depuis l'affaire Polanski refuse d'extrader ses ressortissants », écrit Richard Brody, éditeur au journal New Yorker. « Voilà un pays qui, après tout, a accueilli à bras ouverts Roman Polanski quand il s'est enfui après avoir plaidé coupable de viol de mineure en Californie », ajoute Philip Gourevitch, du même magazine.

La France est jugée complaisante pour ce qui est des scandales de moeurs. Et la justice - des non-lieux contre les hommes politiques à la remise en liberté du chanteur Bernard Cantat - n'inspire pas une confiance absolue. « On peut se demander si nous aurions même eu vent des accusations contre DSK si les faits s'étaient déroulés à Paris. Les pressions qui auraient été exercées sur une immigrée africaine et mère célibataire s'efforçant de joindre les deux bouts l'auraient convaincue qu'il était dans son intérêt de se taire », écrit Judah Grunstein sur le blog World Politics Review.

« Ce que les Américains nous disent c'est : vous les Français, vous êtes coulants avec les puissants, explique le juriste de Washington. En ce moment, ils nous donnent une leçon de justice. »

2011/05/19

Le Monde Magazine's Cover Article on Picasso Lauds the Painter's Communist Convictions and His Far Left Contacts

In his cover article on Pablo Picasso, Michel Guerrin manages to plunge us back into the 1950s love affair with communism, lauding the Communist painter to the heavens for his "generosity" with his "political gifts" for fellow communists, all the while conspicuously avoiding any mention (or study) of over half a century of history — for instance the 1990s opening of the Soviet archives and the disclosure of the Verona program, not to mention the tens of millions of citizens murdered under the likes of Stalin and Mao.

Thus we have the Rosenbergs as "martyrs of McCarthyism" while Michel Guerrin is in awe of Picasso's (communist) convictions and waxes poetic about his "political gifts" which form "another major chapter of the painter's generosity". Meanwhile, his support for a communist periodical is one "the most emotional aspects of his generosity" (the editor and the painter "go swimming together" and they "remain friends until Picasso's death"):
Les cadeaux politiques sont un autre gros chapitre de la générosité du peintre, qui est resté jusqu'à sa mort membre du Parti communiste. Il donne au Parti, à sa presse, au Mouvement pour la paix, dessine pour les époux Rosenberg, martyrs du maccartisme …

Le soutien de Picasso au journal communiste Le Patriote, à Nice, de 1957 à 1967, est un des aspects les plus émouvants de la générosité. … Il le fait par conviction communiste.

2011/05/18

"Le racket, ça suffit!" "Les Français en ont assez d'un système de sanction automatique, impersonnel voire sadique"

Une semaine après avoir appris que la répression culpabilisatrice des automobilistes s'empire , un article dans Le Monde faisant savoir que le gouvernement ne reculerait plus en matière de "sécurité routière" (sic) témoigne ainsi des réactions dans les rangs de la majorité :
Excédés, de nombreux députés UMP présents à la réunion de mercredi ont quitté la salle. "Les Français en ont assez d'un système de sanction automatique, impersonnel voire sadique", tempête Jacques Myard, député UMP des Yvelines, qui reste convaincu de pouvoir faire reculer le gouvernement. "Ça ne nous convient pas ! Nous n'en resterons pas là", a prévenu Alfred Trassy-Paillogues, député UMP de Seine-Maritime en promettant des "actions". "Le racket, ça suffit!", a lancé Bernard Depierre, député UMP de Côte-d'Or.

"On est foutus ! Vos mesures, c'est une catastrophe électorale. Avec ça, on a perdu les élections", a lâché Jean Auclair, député UMP de la Creuse, au cours de la réunion…