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2004/07/03

"L'Europe pourrait exister enfin si elle consentait à avoir des ennemis"

L'Europe pourrait exister enfin si elle consentait à avoir des ennemis. Elle cesserait d'être ennuyeuse et fade si elle s'opposait à quelqu'un.
Ainsi parle Dominique Dhombres. Ainsi s'exprime Dominique Dhombres dans Le Monde. Voilà ce que dit la chronique de Dominique Dhombres dans le quotidien de référence.

Et bien sûr, vous savez à qui pense DD quand il évoque les ennemis, n'est-ce pas?

Non, ce n'est pas l'Iran des ayatollahs. Non, ce n'est pas la Chine occupant le Tibet et envoyant des chars sur la place Tien An Men. Non, ce n'est pas la Russie dont la torture en Tchétchénie est du genre des os qui se brisent et de la chair qui se déchire. Non, ce n'est pas la Côte d'Ivoire où Laurent Gbagbo a fait tuer d'innombrables centaines de gens. Non, ce n'est pas le Zimbabwe où les "terror teens" s'attaquent aux opposants politiques de Robert Mugabe avec des bâtons entourés de fil de fer barbelé. Non, ce n'est pas les Nations Uniesune démocratie a été mise au ban de la commission de droits humains, tandis que deux pays avec une histoire de torture (du genre des os qui se brisent et de la chair qui se déchire) étaient élus à sa présidence, et où le scandale de corruption le plus monumental de tous les temps est en train d'éclater. Et ce n'était surtout pas l'Irak de Saddam Hussein.

Non, vous savez bien à qui pense Dominique Dhombres…

C'est le bon vieux Oncle Sam, la terreur d'outre-atlantique…

Écoutez seulement comment DD a commencé son papier, et quel héros de la seconde moitié XXème siècle il a évoqué (qui? Soljénitsyne? Lech Walesa? Vaclav Havel?) Non :

Régis Debray … a commencé sa carrière en combattant l'impérialisme américain aux côtés de Che Guevara, et invite désormais les Européens, sans grande illusion il est vrai, à exister en osant s'opposer à ce qu'il présente comme l'équivalent moderne de l'empire romain.
Quel héros, ce Debray. Et quelle lucidité! Il sait vraiment qui est le vériable ennemi de l'humanité. Et nous savons tous à quel point les personnes, et les peuples, ont souffert sous l'empire romain.

Ouaip, c'est l'Amérique, les gars, à qui il faut que les gens braves, lucides, et courageux s'opposent, à elle tant qu'à quiconque — n'importe quelle personne, n'importe quel pays, n'importe quelle entité — qui a le toupet de s'allier avec Washington.

Lisez ce que Dhombres écrit sur les nouveaux entrants en Europe :

Une zone de libre-échange sous protection militaire et diplomatique américaine leur suffit amplement.
Traduction : les Polonais, les Tchèques, les Slovaques, les Hongrois, les Baltes, et tous leurs voisins sont des âmes (des ânes?) timides sans rêves ou des demeurés aveuglés et amoureux du dollar, sinon des traîtres et des lâches.
Non, l'entité que se doivent d'opposer les Européens, c'est l'Oncle Sam. (Qui a dit que les Européens manquaient de courage?! Regardez quelle menace horrifiante ils ont choisi d'affronter!) Les Français ont besoin d'un ennemi. L'Europe a besoin besoin d'un ennemi. Le monde a besoin besoin d'un ennemi. (Et de préférence, un ennemi accomodant et facile à vivre, et avec une attitude complaisante.)

Alors soyez francs et honnêtes, dites-le honnêtement et franchement, et cessez, une fois pour toutes, de faire la morale avec "l'Amérique, que nous aimons" et "nos amis américains".


Au fait, savez-vous ce qu'il y a de plus ironique dans tout ceci ?

Les Français, ce sont ces êtres rationnels, lucides, tolérants, humanistes, fraternels, cartésiens, et amoureux de la paix, n'est-ce pas? Ce sont ces êtres que, si on les écoutait (surtout si les Yankees les écoutaient), on arriverait à un ère de paix sur le monde entier, n'est-ce pas?

Faisons un saut en arrière : quand la Guerre froide se terminait, les cyniques de tous bords et de tous pays (y compris, et peut-être surtout, aux États-Unis) s'accordaient pour se demander qui allait servir d'ennemi pour les Américains maintenant que les communistes avaient été vaincus. L'insinuation étant que la Pacte de Varsovie n'avait pas vraiment été une menace, mais seulement une culture différente, une mode différente de penser (si vous croyez cela, demandez-vous si vous pensez vraiment que c'est seulement par aveuglément que les Polonais, les Baltes, et les autres Europeens de l'est sont tellement prêts à s'allier avec Washington), et que ces fouteurs de m*rde irrationnels que sont les Yankees violents avaient besoin d'un enemi à tout prix.

Et voilà l'ironie, n'est-ce pas? Ceux qui ont besoin d'un ennemi à tout prix, ce ne sont pas les Américains. Ce ne sont pas les Européens de l'est qui, eux, ont vécu sous le joug d'un véritable ennemi pendant un demi-siècle. (Non, je ne parle pas du danger terrible que représentent l'Oncle Sam, McDonald's, Coca-Cola, Hollywood, et une souris du nom de Mickey.)

Ceux qui semblent avoir besoin d'un ennemi, Dominique Dhombres le dit clairement : ce sont ceux qui ont été protégés pendant ce demi-siècle. Ceux qui ont besoin d'un ennemi, ce sont les Français. Ceux qui ont besoin d'ennemis, ce sont ces êtres rationnels, lucides, tolérants, humanistes, fraternels, cartésiens, et amoureux de la paix.

Dominique Dhombres ne s'en rend pas compte, mais mieux que tout autre, il a montré le véritable but de la France. Il a exposé les arrière-pensées de la France mieux que pourrait le faire tout critique (français ou étranger) de la France, de son gouvernement, de sa société, et de son peuple.

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