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2004/05/01

Les Livres d'Orwell contre le Totalitarisme
Auraient en Fait Visé... L'Amérique!

En janvier 1984, la télévision soviétique saluait la nouvelle année en rendant un hommage au livre du même nom. Elle affirmait que la société décrite par George Orwell tant dans ce livre que dans ses autres oeuvres visait à dépeindre… la société occidentale capitaliste!

C'est le même sentiment d'incrédulité qui m'envahit quand je me mis à lire la une du Monde des Livres du 4 juillet 2003 (qui, lui, fêtait le 100ème anniversaire de la naissance de Eric Blair). En se servant de sa citation célèbre ("la relation entre le mode de pensée totalitaire et la corruption du langage constitute un problème important qui n'a pas fait l'objet d'une attention suffisante"), en effet, Philippe Dagen s'en sert pour fustiger... les États-Unis ! Voilà que l'on découvre la réalité dans le quotidien de référence, tout comme à la télévision soviétique 20 ans plus tôt : Orwell visait en fait les Américains et/ou leur société par excellence! Mais lisez vous-mêmes : "Orwell a écrit cette phrase en 1946. Il serait facile de l'actualiser en substituant à totalitaire d'autres adjectifs, tant les fondementalistes religieux et idéologiques actuels se reconnaissent à l'appauvrissement du vocabulaire, à l'emploi de quelques figures de rhétorique et au simplisme qui divise le monde en un « nous » et un « eux » définitivement tranchés." OK, d'accord, ça peut aussi s'appliquer aux Islamistes, mais les premiers visés, on le sent, c'est quand même George W Bush et ses compatriotes, et dans tous les cas, le beau rôle est, comme d'habitude, réservé aux Européens dont la sagesse n'a pas d'égal.

D'ailleurs, Dagen continue, en parlant du XXe siècle : "il y est très difficile de s'y comporter en êtres humains, entre totalitarismes durs et dictatures de la consommation." Et voilà, l'Amérique capitaliste est aussi opprimante que le totalitarisme stalinien! "C'est la misère!" comme s'écriait la politologue avisée qu'est Arlette. Sans doute y en aura-t'il qui répondront : "Mais il a raison, il dit la vérité! Et Arlette aussi!" La seule question, c'est qui qui s'en sort bien, "de" ce point de vue? Comme par hasard, c'est des gens comme Dagen lui-même, ces Européens d'une intelligence et d'un humanisme hors du commun, qui, eux, savent se "comporter en êtres humains" (ou qui, tout du moins, font des efforts dans ce sens). Car il puise dans un atmosphère particulier, celui des Européens et d'une certaine population plus humaniste que les autres, qui dit exactement ce que lui et leurs congénères dénoncent sans cesse : le monde est divisé entre les « nous » et « eux » : « nous », Européens sages, intelligents, tolérants, et solidaires avec tout un chacun et son frère, et « eux », les crétins simplistes, aveuglés, fourbes, salauds, et avides de dollars que sont les Amerloques. Comme je l'ai écrit ailleurs, "ce message auto-congratulatoire est peut-être prononcée de façon plus subtile, et en omettant le vocabulaire de la religion, mais la croyance est la même : comme par le plus grand des hasards, c'est l'autre (l'Amérique ou ses dirigeants) qui incarne la cupidité, la rigidité, la duplicité, la sournoisie, le bellicisme, l'unilatéralisme, et la volonté de dominer le monde (le mal) tandis que ce sont les nôtres (les Français ou, en tout cas, certains Français de tendance progressiste) qui incarnent la solidarité, la justice, le respect d'autrui, la paix, la compassion, les vraies valeurs, le terroir et la tradition, et la promesse d'une vie meilleure sur terre pour tous (le bien)."

Si on garde les yeux ouverts, on s'aperçoit qu'en France tout est mis en oeuvre pour diaboliser l'Amérique et son système. Quand Le Dictateur resortit en DVD, les distributeurs français décidèrent d'affubler la version restaurée du chef-d'oeuvre de Chaplin d'un nouveau slogan, fustigeant... la mondialisation (aux côtés de Adenoid Hynkel, en uniforme fasciste le visage hargneux et les bras croisés comme tout bon dictateur, les mots : "Pour une mondialisation heureuse et égalitaire…") ! Comme c'est simple, comme c'est facile : l'Amérique et sa société sont la nouvelle incarnation du fascisme, du nazisme, du stalinisme, du totalitarisme : aussi mauvaises que les sociétés totalitaires sinon pires, car c'est la " fausse démocratie " où règne la misère. C'est aussi subtil que les infos soviétiques.

Quant à Astérix, maintenant on le présente comme un José Bové qui garde son petit village de la terre et des traditions des "attaques cyniques de la Rome mondialisée", ce qui, pour le moins que l'on puisse dire, est loin de tout ce que René Goscinny a jamais voulu dire, et écrire. (Son exemple le plus récent date de… août 2003, avec le gag intitulé Latinomanie dans La Rentrée Gauloise, dans lequel, loin de se joindre aux arguments des vaillants défenseurs du terroir et la tradition — dans ce cas-ci, la langue française —, il les tourne en ridicule.) Qu'était alors le message de cet amoureux de l'Amérique (et d'autres choses encore) qui passa six ans de sa vie à New York, demanderont d'aucuns? Entre autres, c'est précisément… la tendance française a diviser le monde entre les « eux » et les « nous », que le plus grand scénariste humoristique du XXème siècle voulait parodier, ainsi que leur propensité à caricaturer et à ridiculiser leurs soi-disants ennemis et à tourner en dérision leur chaque acte (d'où la phrase omniprésente d'Obélix, "Ils sont fous, ces Romains/Ricains/Rosbifs/Ritals/ Boches/etc/etc/etc/etc…").

Update: Cinq and plus tard, Jean-Marc Manach commence un article sur un pays avec la description des
murs du ministère de la vérité de 1984, le roman de George Orwell, [qui] étaient recouverts de "trous de mémoire".
Devinez de quel pays (Chine, Russie, Cuba, Vénézuéla…) il s'agit…

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