2012/04/24

Massacre de Katyn : la Cour européenne condamne la Russie pour le « double traumatisme »

ire le droit, soixante-douze ans après les faits, est un exercice délicat
explique Piotr Smolar dans Le Monde sur le massacre de Katyn.
La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) s'y est pourtant employée, en rendant son arrêt, lundi 16 avril, dans l'affaire dite « Janowiec et autres contre la Russie ». Saisie par 15 proches de victimes polonaises du massacre de Katyn commis par le régime soviétique, la Cour a condamné l'absence de coopération judiciaire de la Russie et son « attitude dépourvue d'humanité », dont témoigne « le déni de la réalité du massacre ».

La Cour de Strasbourg a retenu le qualificatif de « traitements inhumains » infligés à dix proches de victimes et qualifié Katyn de « crime de guerre ».

… Dans l'histoire polonaise, le massacre de Katyn est une pierre angulaire. Un crime majeur qui continue à hanter la mémoire collective. Près de 22 000 personnes - essentiellement des officiers de l'armée - avaient été arrêtées, emprisonnées et exécutées de façon planifiée par les services secrets soviétiques (NKVD), en avril et mai 1940, dans la forêt de Katyn, près de Smolensk.

Après la seconde guerre mondiale, un deuxième crime fut commis : les autorités communistes coulèrent une chape de plomb sur les morts. Leur destin fut dénaturé (on accusa d'abord les Allemands) puis tu, car il ne cadrait pas avec le récit de la lutte héroïque de l'armée rouge contre les nazis. La transmission du deuil et de la colère se fit donc dans l'intimité du cercle familial.

La puissance des émotions que suscite encore Katyn explique l'accueil glacial reçu en Pologne par l'arrêt de la CEDH, susceptible d'appel. Chaque partie peut y trouver motif de satisfaction et de frustration. …

« Double traumatisme »

Paradoxe : en même temps, la CEDH dénonce la non-transmission par les autorités russes du document justifiant la fin des investigations en 2004. En aucune façon sa publication n'aurait pu « porter atteinte aux intérêts liés à la sécurité nationale ». Mais les mots les plus durs de la CEDH sont réservés au traitement des familles des victimes, qui ont subi un « double traumatisme » : la perte de leur proche, puis la dissimulation de la vérité.

« La Cour est frappée par l'évidente réticence des autorités russes à admettre la réalité du massacre de Katyn, écrit-elle. L'approche choisie par les juridictions militaires russes, consistant à soutenir, face aux requérants et en dépit des faits historiques établis, que leurs proches se sont en quelque sorte volatilisés dans les camps soviétiques, atteste un franc mépris pour les préoccupations des requérants et une tentative délibérée de jeter la confusion sur les circonstances ayant conduit au massacre de Katyn. »

2012/04/19

Contester ses PV reste compliqué

Les officiers ministériels bloquent parfois illégalement les droits des automobilistes
nous dit Rafaële Rivais dans Le Monde..

Chaque automobiliste devrait pouvoir contester ses amendes devant un tribunal : la Cour européenne des droits de l'homme vient de le rappeler, à travers trois jugements condamnant la France. Dans chacune de ces affaires, des conducteurs avaient contesté leur contravention, et demandé à comparaître devant un tribunal, ce qui leur avait été refusé. Ils avaient saisi la justice séparément. Tous trois sont avocats et l'un d'eux, Rémy Josseaume, est même spécialisé dans le droit routier. "Il n'y a qu'un avocat pour contester devant la Cour de Strasbourg une amende de quelques dizaines d'euros, alors que la procédure coûte deux à trois mille euros !", reconnaît-il.

… Les juges [de la Cour de Strasbourg] rappellent que le médiateur de la République avait dénoncé les pratiques illégales des officiers ministériels dès 2006. Le garde des sceaux avait alors envoyé aux parquets une circulaire destinée à remettre les pendules à l'heure. Il devrait bientôt publier au Journal officiel un texte réglementaire rappelant la procédure à suivre.

Il suffit de dire que quelqu'un est de "droite" pour le diaboliser à jamais, qu'il soit prof, artiste, journaliste, c'est fini pour lui

Lucien SA Oulahbib témoigne :
Sur France Info le lundi matin 16 avril, un journaliste raconte ce que Le Monde avait déjà relaté quelques jours auparavant:
Dominique Fillon, le frère de François, pianiste de son état, est persona non grata dans les municipalités socialistes et communistes : impossibilité de tenir un concert, louer une salle, son patronyme le cloue, l'écarte, le "stigmatise"…voilà donc une belle discrimination à l'embauche, une espèce de racisme, certes, mais…de gauche donc cela passe et puis à bas les riches et leurs amis etc (les enfants de bourgeois et de nobles n'avaient pas le droit d'aller à l'école sous Lénine -admirateur de Robespierre- ressuscité sous les traits de Mélenchon) ; sauf que ce fait Fillon n'est pas le seul, j'en fais l'expérience à chaque fois lorsque, malgré un doctorat en sociologie et une habilitation à diriger des recherches en science politique je n'arrive pas à me faire qualifier par les sections universitaires 04, 19, 17 alors que je pourrais avoir un poste puisque les équipes sur le terrain me confie bien des cours tandis que nombre de "qualifiés" – et qui le sont parfois depuis longtemps – ne trouvent même pas de cours ;

bref, je ne veux pas pleurer sur mon sort, (je peux aussi rappeler cette rapporteuse qui, à l'agrégation de sciences politiques en 2010 m'accusa, du moins quand j'étais encore dans le couloir, d'être pro-israélien), je veux seulement souligner que bien avant l'arrivée de Sarkozy au pouvoir en 2007 une telle haine, discrimination, racisme, prévalaient ; prévalent encore plus ; par exemple il suffit toujours de dire que quelqu'un est de "droite" pour le diaboliser à jamais, qu'il soit prof, artiste, journaliste, c'est fini pour lui, comme à l'époque soviétique, voire les débuts du national-socialisme puisque tout riche, tout critique envers l'islam, est montré du doigt, empêché de parler, accusé d'être complice objectif du sanguinaire norvégien, sauf s'il est connu, pas encore écarté, pas encore parqué parce qu'ils ne sont pas encore au pouvoir; qui ?

Les néo-"enragés", impossible de discuter, bien avant que Sarko soit élu la haine hystérique prévalait et chacun se prend pour un petit soldat de l'extension du terrain de la lutte en allant chercher le scalp libéral. On en est plus dans les arguments rationnels en dernière instance mais dans la passion de l'argument du nazi schmittien divisant le monde en ami et en ennemi : qui m'aime monte dans le même train, même s'il va s'effondrer (dit Nicolas Baverez), surtout peut-être car il est plus grave de réussir que de faillir à échouer.
Pendant ce temps les mesures réellement nécessaires pour contrer ce climat de haine n'ont jamais été prises, on n'a même aidé l'étatisme à s'installer en parlant comme lui, jusqu'à Marine Le Pen mélanchonisée avec son appel à "l'Etat stratège" alors que l'on a besoin plutôt d'un Etat arbitre, même si l'arbitrage cela veut dire aussi s'occuper de la qualité du terrain et pas seulement siffler les fautes.

Pendant ce temps aussi dans le monde, on tente de geler des situations d'autrefois ne comprenant pas que les temps changent et qu'il vaut mieux soutenir par exemple les Touaregs du MNLA plutôt que les traîtres à la cause amazigh qui ont préféré se soumettre à l'arabo-islamisme. Il faut choisir. Comme en Syrie et en Afghanistan. En Iran. La Corée du Nord. Il faudrait à la fois les attirer dans un débat idéologique sur une tribune mondiale comme le voulait le nervis iranien devenu président lorsqu'il dit un jour que l'enseignement des sciences sociales n'apporterait rien au peuple iranien puisque l'islam répond à tout ; il aurait fallu discuter et en même temps montrer les muscles en le contrant partout, tuant ses agents en Syrie et en Irak ; comme la Corée du Nord : discutons communisme en emmenant Badiou et Mélenchon là-bas, et en même temps menaçons d'autoriser le Japon à avoir la bombe. En Afghanistan il est pour le moins étrange que l'on ne conteste pas aux Talibans le droit de se poser comme libérateurs du pays alors qu'ils le vendent au Pakistan et à ses hordes fanatiques. Au contraire, les frappes par drones à sa frontière sont désormais interdites, ce qui va leur permettre d'emmener de plus en plus de monde à l'attaque puis de s'y replier sans peur d'éventuelles représailles otanesques.

Revenons à la campagne française : du mou pour chat, ronron même ce qui est pis, les vraies décisions dont parle Baverez ne seront jamais prises à froid, encore un quinquennat pour rien. Vive 2017 et passons à autre chose puisqu'il faut attendre la maturation de la décomposition avant d'agir : seul hic, beaucoup de groupes dans l'ombre ne vivent que de ce moment à venir, seule certitude : cela va faire mal… des têtes vont tomber. Une promesse qui risque d'être tenu.

2012/04/15

Foreigners of every race know that the U.S. is the least racist country in the world but most black Americans and the entire left deny it

In light of the tragic killing of black teenager Trayvon Martin — and the manufactured hysteria surrounding it — one thing needs to be stated as clearly and as often as possible
writes Dennis Prager in a column that seems designed for race-baiters in America as well as abroad (l'Éducation Nationale?):
The United States is the least racist and least xenophobic country in the world.
Foreigners of every race, ethnicity, and religion know this.
Most Americans suspect this.
Most black Americans and the entire left deny this.

Black Africans know this. That is why so many seek to live in the United States. Decades ago, the number of black Africans who had immigrated to the United States had already surpassed the number of black Africans who were forcibly shipped to America as slaves.

And members of other races and nationalities know this. Even Muslim and Arab writers have noted that nowhere in the Arab or larger Muslim world does an Arab or any other Muslim have the individual rights, liberty, and dignity that a Muslim living in America has. As for Latinos and Asians, vast numbers of them from El Salvador to Korea regard America as the land of opportunity.

And when any of these people come here — from anywhere, speaking any language, looking like a member of any race — they are accepted as Americans the moment they identify as such. He or she will be regarded as fully American. This is not true elsewhere. A third-generation Turkish-German, whose German is indistinguishable from the German spoken by an indigenous German, will still be regarded by most Germans as a Turk. The same holds true elsewhere in Europe.

… Xenophobic? It is probably fair to say that most Americans are xenophiles.

… The left-wing drumbeat about America as racist is a combination of politics and black memory.

The political aspect is this: The Democrats and the left recognize that if blacks cease viewing themselves as victims of racism, the Democratic Party can no longer offer itself as black America's savior. And if only one out of three black Americans ceases to regard to himself as a victim of racism, and votes accordingly, it will be very difficult for Democrats to win any national election.

The other issue is black memory. Apparently, most blacks either cannot or refuse to believe that the vast majority of whites are no longer racist. Most Americans were hopeful that the election of a black president — thereby making America the first white society in history to choose a black leader — would finally put to rest the myth of a racist America. More than three years later it seems not to have accomplished a thing. I now suspect that if the president, the vice-president, the entire cabinet, the chairman of the Joint Chiefs of Staff, and all nine justices on the Supreme Court were black, it would have no impact on blacks who believe America is a racist society — or on the left-wing depiction of America as racist.

One can only conclude that the smearing of America's good name is one of the things at which the left has been most proficient.

2012/04/14

Humanistic EU Lesson-Givers to Build a Wall to Keep Out Illegal Immigrants



While Europeans never cease giving Americans lessons on racism, and on generosity, and on tolerance, along with the meaning of hospitality, Guillaume Perrier has a story on the EU planning to build a wall in Eastern Greece to prevent illegal immigrants from coming into the Schengen Zone from Turkey.
Un mur va s'élever à la frontière orientale de l'Union européenne (UE), entre la Grèce et la Turquie. Plus exactement, une clôture anti-migrants : deux rangées de barbelés hautes de 3 m et longues de 12 km, surmontées de caméras, devraient être plantées d'ici l'été entre la bourgade grecque de Nea Vyssa et la ville turque qui lui fait face, Edirne. Le chantier de cette barrière, similaire à celle qui avait été installée autour des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, au nord du Maroc, vient d'être lancé, en dépit des nombreuses critiques.

Car au-delà de l'image négative d'une Europe qui se barricade, une telle mesure a peu de chances de réduire effectivement les flux migratoires. L'initiative controversée du gouvernement d'Athènes, qui coûtera environ 3 millions d'euros au contribuable grec, est censée fermer l'accès à la zone Schengen pour les clandestins qui, en nombre croissant, franchissent la frontière depuis la Turquie.

Mais la Commission européenne, sollicitée par la Grèce, a refusé de financer la construction d'une barrière jugée " plutôt inutile " par la commissaire suédoise chargée des affaires intérieures, Cecilia Malmström. Début février, la Commission a fait valoir qu'Athènes ferait mieux de consacrer cet argent à l'accueil des migrants, hébergés dans des conditions déplorables depuis des années. La France et l'Allemagne, au contraire, militent en faveur de cette clôture symbolique.

Le mur viendra calfeutrer une brèche de 12 km dans la frontière. Sur les 200 km restants, le fleuve Evros (Meriç en turc) fait office de séparation, mais à cet endroit il fait un coude et entre en territoire turc, formant un couloir naturel par lequel s'engouffrent chaque année des dizaines de milliers de voyageurs clandestins. Un point sensible découvert en 2010 : cette année-là, environ 55 000 personnes ont été arrêtées, côté grec, après avoir franchi illégalement la frontière, à pied, à travers champs, soit une hausse de 415 % sur un an ! Combien sont entrées sans être détectées ? Peut-être trois fois plus. La frontière gréco-turque est devenue, de très loin, le premier point d'entrée des clandestins dans la zone Schengen.

Mission de police européenne

En novembre 2010, l'agence Frontex, chargée de la surveillance des frontières extérieures de l'Union européenne, a donc décidé de déployer pour la première fois une mission de police (baptisée " Rabit "), rassemblant des représentants des 27 pays membres. Cette mission a été étendue avec le dispositif européen " Poséidon ". En 2011, les passages dans la région d'Edirne ont quasiment baissé de moitié. L'agence européenne se félicite d'une diminution de 41 % des interpellations au nord de la zone frontalière.

" La situation s'améliore. La mission Frontex a eu un effet, estime Jean-Noël Magnin, l'un des officiers de la police aux frontières française (PAF) détaché à Alexandroupolis, à l'ouest de l'Evros. Des moyens ont été mis en oeuvre avec, par exemple, un hélicoptère équipé de caméras thermiques qui survole la région. Aujourd'hui, on arrive à briser des maillons de la chaîne. Mais quoi qu'il arrive, cette frontière restera toujours un point sensible. " Selon ce policier, spécialiste des faux papiers, 130 " facilitateurs " (des passeurs) ont été arrêtés en 2011.

En réalité, les routes d'accès à la Grèce se sont déplacées vers le sud. Le nombre d'entrées a été multiplié par trois dans la province grecque d'Alexandroupolis. Environ 60 000 illégaux ont été interceptés en provenance de Turquie en 2011, un nombre en augmentation par rapport à 2010. Et, chaque nuit, des dizaines parviennent à entrer sans être pris. Les migrants traversent désormais le fleuve Evros, en barque ou en Zodiac, sur des chambres à air de camion, parfois même en s'accrochant à une corde tendue entre les deux rives.

" Ils peuvent construire toutes les clôtures qu'ils veulent, nous passerons toujours ", fanfaronne Ali, un contrebandier turc du village de Karaagaç. Les réseaux de passeurs, mouvants et de mieux en mieux organisés, se jouent des obstacles. En 2012, le rythme s'est accéléré : plus de 5 000 passages ont été " détectés " sur les deux premiers mois, soit une hausse de 30 % par rapport à l'année précédente.

Sur le quai de la gare d'Alexandroupolis, un couple de Syriens et leurs quatre enfants attendent le train pour Athènes. Partie d'Alep, entrée légalement en Turquie, cette famille a été prise en charge par des passeurs contre plusieurs milliers d'euros. " Avec la situation politique, cela devenait trop dangereux ", soupire la femme, un bébé dans les bras.

Après Istanbul, puis une traversée périlleuse de l'Evros et, enfin, deux jours passés dans la cellule crasseuse d'un centre de rétention de la police grecque, ils peuvent poursuivre leur route. Une fois enregistrés par les policiers de Frontex dans le fichier Schengen, ils repartent, comme les autres migrants, avec une injonction de quitter le territoire grec dans les trente jours. C'est plus qu'il n'en faut. A peine quelques jours plus tard, ils seront en Allemagne.

Des passeurs qui s'adaptent

Les Syriens comme eux sont de plus en plus nombreux à parvenir jusqu'à la frontière grecque : au moins 1 500 l'ont traversée clandestinement en janvier et février. Conséquence directe des violences qui frappent la Syrie depuis un an. Sur le quai de la gare, les Syriens croisent des Afghans, des Pakistanais, des Iraniens, des Somaliens, des Algériens, ainsi que des Dominicains. Et tous ont emprunté la même route.

Chaque fois que l'Europe renforce ses contrôles, les réseaux de passeurs s'adaptent à la nouvelle donne, estime Piril Erçoban, responsable d'une association turque de solidarité avec les réfugiés (Multeci-Der), basée à Izmir. " Hier, les migrants passaient par la mer Egée, aujourd'hui par le fleuve Evros, demain, ce sera par la frontière bulgare ", dit-elle.

Jusqu'en 2005, les côtes espagnoles et italiennes étaient les plus abordables. Puis les routes migratoires se sont détournées vers la frontière gréco-turque : de 2006 à 2009, les migrants tentaient de rejoindre les îles de la mer Egée, Samos, Lesbos, Kos, entassés sur des barques de pêche.

La Turquie est facilement accessible, et Istanbul, carrefour de tous les trafics, à trois heures de la frontière grecque, est devenue une plaque tournante pour l'immigration clandestine vers les pays de l'UE. Mais la Bulgarie et la Roumanie, dont l'adhésion à la zone de libre circulation de Schengen a été reportée, commencent à voir débarquer de plus en plus de clandestins.

" Pour les candidats à l'émigration, peu importe le temps, les murs, les grilles, qu'il y ait Frontex ou non... déclare Mme Erçoban. Ils ne sont pas en visite touristique, ils fuient des violations des droits de l'homme, des guerres. Il y a toujours un chemin... Cela va continuer mais il faudra payer de plus en plus cher, et de plus en plus de gens vont mourir en tentant de traverser. "

En 2011, environ 80 corps ont été retrouvés sur les rives grecques. Une cinquantaine côté turc, selon le gouvernorat d'Edirne. L'hiver, les noyades dans l'Evros et les cas d'hypothermie sont courants. En janvier, onze Algériens sont morts après avoir chaviré dans les eaux du fleuve en crue.

Dans ces conditions, le ticket pour un aller vers Schengen se monnaie à partir de 500 euros à la frontière. Les voyageurs paient parfois jusqu'à 8 000 euros pour une prise en charge depuis leur pays d'origine, jusqu'à leur destination finale, faisant la fortune des réseaux mafieux.

Guillaume Perrier

2012/04/10

Assurance-maladie en France : l'ampleur des dépassements d'honoraires

Au total, 66 médecins, dont 63 à Paris, facturent plus de cinq fois le tarif conventionnel
écrivent Jean-Baptiste Chastand, Laetitia Clavreul et Alexandre Léchenet.
Pour la première fois, Le Monde a quantifié la moyenne des dépassements d'honoraires pour les consultations dans les dix plus grandes villes de France. En s'appuyant sur les données, publiques, d'Ameli-direct, le site de l'assurance-maladie, nous avons mesuré le tarif demandé en moyenne aux patients, médecins généralistes et spécialistes confondus. Un exercice qui nous a aussi permis de relever la répartition des praticiens selon les prix demandés (deux fois, trois fois, etc., le tarif de la "Sécu").
… Certes, payer cher est pour certains patients un choix. Mais cela suffit-il à justifier l'emballement du système ?

… Le phénomène est connu: les médecins qui s'installent en zone surdotée en professionnels, comme l'est Paris, ont tendance à pratiquer des tarifs plus élevés, comme l'avait montré une étude de la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques en 2011. Ce qui permet d'avoir moins de patients, tout en gagnant autant, voire plus. Alors qu'on aurait pu s'attendre à ce que la concurrence fasse baisser les prix, c'est l'inverse qui se produit, les médecins ayant tendance au mimétisme dans la fixation de leurs tarifs.

2012/04/05

Alors que Le Monde répète les accusations de racisme hystériques, de plus en plus de Noirs américains s'attaquent aux antiracistes professionnels

Et un de plus ! Encore un faux scandale de racisme, en première page du Monde (censé par ailleurs faire oublier aux Américains les échecs déplorables de Barack Obama en matière d'économie (prix du pétrole, etc) et censé rappeler aux Français et aux autres étrangers à quel point l'Amérique est un enfer cauchemardesque de racistes déchaînés)…

Les titres ? Sensationnels à souhait : à la une, on évoque James Bond et d'autres assassins professionnels sans états d'âme, avec Dans l'Amérique surarmée où il est permis de tuer ; à l'intérieur, Au pays des homicides justifiables.

Non, Le Monde, il n'est pas "permis de tuer", il est permis de se défendre.

Oui, Le Monde, c'est vrai, quand un homicide provient d'une acte auto-défense, et cela même en France, il est a priori considéré justifiable…

Dans l'article, Philippe Bernard semble évoquer les joyeux lurons de La Boum en décrivant Trayvon Martin comme un "lycéen" et un "adolescent". Un lycéen, de quelque couleur qu'il fût, qui vous cogne la tête dans l'asphalte n'est pas un des compagnons inoffensifs de Sophie Marceau.
Le texte [du parlement de la Floride] exonère de poursuite tant pénale que civile quiconque utilise "la force, y compris létale" pour défendre son droit à rester "dans n'importe quel endroit où il a droit de se trouver". Sans cette disposition analysée par les opposants comme un véritable "permis de tuer", l'adolescent ne serait peut-être pas mort. En tout cas, son meurtrier ne serait pas en liberté.
Philippe Bernard a raison, bien sûr. Mais pourquoi l'alternative ne pourrait être qu'à l'eau de rose ? — sans doute "le meurtrier" (qui n'en serait plus un, en effet) ne serait pas en liberté. Peut-être que George Zimmerman serait mort, lui, à la place de son assaillant ou dans le coma. Qui peut le savoir ? "Sans cette disposition" aussi, il y aurait peut-être plus de crime aussi (puisque les criminels auraient moins raison d'avoir peur d'une personne qui pourrait être armée). Mais il y a plein de présomptions sur cette affaire (sans parler de recherche de victimes et d'insanités), par les antiracistes professionnels, qu'en fait ils ne savent pas, qu'ils ne peuvent pas (encore) savoir, et que personne ne connait (encore — et peut-être jamais), sans parler des — vraies — victimes dans cette affaire qui sont ignorées par la gauche

On a ensuite droit à des chiffres terrifiants. Terrifiants, vous dis-je, car
le nombre d'"homicides justifiables", c'est-à-dire dont l'auteur échappe à toute poursuite,
aurait triplé. C'est-à-dire qu'il serait passé de… "12 à 36 par an en Floride." On comprend q'on n'évoque pas les statistiques en termes de pourcentage, car dans un État de 19 millions d'habitants, les chiffres de 12, 24, 36, ou même 100 ou 190 (190 équivaudrait à 0,001%, sans doute trop, dans tous les cas, mais pas exactement de quoi faire état de "Far West sauvage, sauvage") paraîtraient bien moins impressionnantes. Enfin, cette phrase, qui est édifiante :
Des meurtres commis aussi bien lors de querelles de voisinage, de disputes de bar ou de rixes entre automobilistes, restent ainsi impunis.
Impunis. Comprendre que pour Philippe Bernard (et pour la raison d'État?), les citoyens, ou en tout cas ceux responsables d'homicides, sont présumés coupables (ou abrutis), passables de punition, sans pouvoir se défendre (par la loi censé… restaurer la présomption de l'innocence)… Ce pourquoi, précisément (!), la loi "Stand Your Ground" ("Défendez votre territoire !") avait reçu un large soutien !

Quant au sujet du racisme, notez que Le Monde n'appelle plus George Zimmerman un Blanc (puisqu'il est latino) et ne fait plus valoir qu'il est (ou qu'il serait symbolique des) conservateur(s) (puisqu'il est démocrate, soit de gauche).

Surtout, Philippe Bernard ignore les critiques, de plus en plus nombreuses, du politiquement correct et de la pensée unique par les Noirs américains, tant de droite que de gauche, comme cet article écrit par Juan Williams :
But what about all the other young black murder victims? Nationally, nearly half of all murder victims are black. And the overwhelming majority of those black people are killed by other black people. Where is the march for them?

The race-baiters argue this case deserves special attention because it fits the mold of white-on-black violence that fills the history books. … Black America needs to get out of the rut of replaying racial injustices of the past.

… While civil rights leaders have raised their voices to speak out against this one tragedy, few if any will do the same about the larger tragedy of daily carnage that is black-on-black crime in America.

Enfin, un résumé des l'histoire des scandales racistes les plus récents nous apprend à quel point il apparait qu'après l'hystérie initiale, ces scandales sont une fumisterie.

… virtual hailstorms of racist graffiti and nooses materializ[ed] on college campuses, all of which invariably end up having been put there by the alleged victims, the [mainstream media] didn’t even pause before conjuring a racist plot in the shooting death of Trayvon Martin in Florida last month.

Like Captain Ahab searching for the Great White Whale, the [MSM] is constantly on the hunt for proof of America as « Mississippi Burning. »

Over St. Patrick’s Day weekend, the month after Martin was killed, gangs in Chicago shot 10 people dead, including a 6-year-old girl, Aliyah Shell, who was sitting with her mother on their front porch.

One imagines MSNBC hosts heaving a sign of relief that little Aliyah was not shot by a white man, and was thus spared the horror of being a victim of racism.

As it happens, Trayvon Martin wasn’t shot by a white man either, but by George Zimmerman, a mixed-race Hispanic who lives in a diverse (47 percent white) gated community and tutors black kids.

But Hispanic is close enough for the NFM. They’re chasing the Great White Whale of racist America and don’t have time to check to see if the whale is actually a guppy.

… On the basis of little else, the media conjured a Hollywood script: A « white » man was « stalking » a little black kid — who could be Obama’s son! — confronted him, beat him senseless as the small black child screamed for help, and finally shot the kid dead, « just because he was black. »

Two weeks of nonstop hysteria later, it turns out that every part of that gripping plot is based on nothing that could be called a reasonable assumption, much less a fact.

Poir finir, un commentateur noir de plus fait valoir que la mort du Trayvon est en train d'être exploité par les antiracistes professionnels :

SHELBY STEELE: The Exploitation of Trayvon Martin. “The absurdity of Jesse Jackson and Al Sharpton is that they want to make a movement out of an anomaly. Black teenagers today are afraid of other black teenagers, not whites. … Trayvon’s sad fate clearly sent a quiver of perverse happiness all across America’s civil rights establishment, and throughout the mainstream media as well. His death was vindication of the ‘poetic truth’ that these establishments live by.”

2012/04/03

Agents du fisc en bordure de route : En France comme à l'étranger, les lois, ce n'est que pour les manants

En France comme à l'étranger, les lois, ce n'est que pour les manants…
This video … shows a police car operating at a velocity of 94 miles per hour [151 km/h] in a marked 40 zone [zone à 65 km/h]. At around the one-minute mark, we see the police car strike a Mazda containing two teenagers. Both are killed. The police car is not running its lights, was not operating the siren, and was not even responding to an emergency.

Here’s the best (or worst) part: the officer who killed the kids, Jason Anderson, was apparently “racing” the officer whose car recorded the video, one Richard Pisani. Pisani is traveling at about 74 mph during one part of the video. In a marked 40. I cannot find any evidence that Officer Pisani was in any way disciplined for his conduct. Think about that for a moment.

Et Jack Baruth y pense, justement…
… nous arrivons à la première contradiction dans les lois modernes pour excès de vitesse : l'approche basée sur les amendes. Si vous dépassez une limite de vitesse de moins de trente miles [50 km] par heure dans la plupart des endroits, vous serez condamné à une amende et/ou à l'ajout de points sur votre permis de conduire [au retrait des points, en France et dans d'autres pays]. Si la vitesse est dangereuse, et si les gens meurent par excès de vitesse, pourquoi les chauffards ne sont-ils pas jetés en prison ?

… À moins que vous ne ralentissiez au-dessous de la limite de vitesse affichée à la vue du flic, puis que vous l'attendiez patiemment pour arriver à votre hauteur, votre poursuivant devra lui aussi dépasser la limite de vitesse.

Pensez-y, à ce sujet. Habituellement, il n'est pas nécessaire d'assassiner des gens pour attraper un meurtrier, il n'est pas nécessaire de violer des passants innocents pour punir un violeur. Si votre voiture a été volée, vous ne vous attendrez pas à ce que le policier venant prendre votre déclaration arrive dans une voiture volée. Et pourtant, nous acceptons généralement l'idée qu'un agent de police dépasse la limite de vitesse afin de rattraper des chauffards. Encore plus intéressant, nous acceptons qu'il est "nécessaire" de dépasser la limite de vitesse de façon bien plus considérable que ne l'a fait le délinquant original. … Ce flic en train de faire une fois et demie la limite de vitesse représente peut-être une plus grande menace pour le bien du public que le délinquant original.

… Ce ne serait pas un problème si les flics n'avaient jamais d'accidents, mais ils en ont. En fait, il y a tout le temps des accidents de voitures de police.

... Si nous, en tant que société, ne sommes pas prêts de risquer des vies innocentes pour attraper des voleurs de banque ou des malfaiteurs en fuite, pourquoi devrions-nous supporter un risque similaire afin de, tout simplement, taxer les automobilistes, qui sont souvent en train de conduire à une vitesse qui est tout à fait raisonnable et approprié ? … peut-être les municipalités, et les citoyens de ces municipalités, devraient être inspirés de mieux examiner si leur policiers servent le public au mieux en jouant le rôle d'agents du fisc en bordure de route.

Il semble raisonnable de dire que la police ne devrait pas être autorisé à faire la course effrénée sur la route, mettant en danger le public pour la simple raison de donner des amendes. Le problème devient alors: Quis custodes ipsos custodiet? Qui va surveiller les surveillants? Comment la police peut-être empêché de mettre en danger le public?

2012/04/01

Dans le vieux débat assimilant l'Europe à Vénus et l'Amérique à Mars, Sarkozy et Obama ont ainsi parfois semblé incarner des rôles inversés

Dans le vieux débat assimilant l'Europe à Vénus et l'Amérique à Mars, Nicolas Sarkozy et Barack Obama ont ainsi parfois semblé incarner des rôles inversés
ecrit Natalie Nougayrède dans Le Monde.

Paris et Washington, une relation tout en nuances

Loin de s'être " aligné " sur les Etats-Unis, Nicolas Sarkozy a cherché à camper la France en acteur ambitieux sur les dossiers de crise. Quitte à braquer la Maison Blanche

La France, " plus vieil allié " des Etats-Unis, " allié mais pas aligné ", " Sarko l'Américain "... les slogans sont connus. Il est certain qu'après la rupture majeure qu'avait provoquée la guerre d'Irak de 2003, quand, outre-Atlantique, les Français étaient décrits comme des " singes mangeurs de fromage et capitulant " et quand les frites étaient baptisées " Freedom " plutôt que " French ", l'ère Sarkozy s'était ouverte en 2007 avec un affichage appuyé d'amitié, si ce n'est de réconciliation. Le président effectuait une visite d'Etat en novembre aux Etats-Unis de George W. Bush, et lançait devant le Congrès un cri du coeur pour l'Amérique. Il omettait de mentionner le problème de Guantanamo alors qu'Angela Merkel, elle, avait fait connaître sa désapprobation publiquement à M. Bush.

Le hiatus franco-américain avait en réalité déjà été en partie résorbé par Jacques Chirac, qui, dans les années 2004-2005, avait convaincu l'administration Bush, avide de promotion d'une " démocratie " au Moyen-Orient, qu'il serait bon de déployer cet effort ensemble au Liban, en chassant de ce pays les troupes syriennes. La coopération antiterroriste bilatérale de l'après-11-Septembre ne s'était en outre jamais démentie, symbolisée par le mystérieux centre de coordination " Alliance Base ", au coeur de Paris, rassemblant des services secrets occidentaux. Son existence avait été opportunément révélée au Washington Post fin 2005 à l'initiative de l'Elysée, pour prouver l'excellence de la relation. Au même moment éclatait le scandale des prisons et des vols secrets de la CIA en Europe.

Le marqueur " anti-djihad terroriste " de Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur à partir de 2002, et voyageant à ce titre régulièrement dans des pays arabes peu regardants sur les méthodes d'interrogatoire des détenus, n'avait pas échappé aux responsables américains faisant de la " guerre contre la terreur " l'alpha et l'oméga de l'action extérieure. Peut-être, outre les affinités de caractère, faut-il d'ailleurs rechercher là une clef de sa bonne entente avec George W. Bush.

Avec Barack Obama, qui, pour redresser l'image de son pays, voulut mettre en sourdine le langage de la chasse aux terroristes - sans renoncer à la chasse elle-même, comme l'a montré la mort de Ben Laden, ou la multiplication des opérations de drones -, le langage a paru parfois décalé. Ainsi cette scène : en janvier 2011, Nicolas Sarkozy, qui prépare sa double présidence du G8 et du G20, est reçu à la Maison Blanche par Barack Obama. A propos des événements au Sahel, où deux jeunes Français kidnappés viennent de trouver la mort, le chef de l'Etat parle avec emphase de " combattre les terroristes partout dans le monde ", tandis qu'à ses côtés l'impassible dirigeant américain évoque sobrement un " défi " nécessitant de la " coopération ".

Le retour de la France dans les structures militaires intégrées de l'OTAN après quarante-trois ans d'absence a été acté par M. Sarkozy en 2009 mais préparé avant même son élection sans qu'il en soit question dans ses propos de campagne électorale. Les remous politiques en France redoutés par l'Elysée n'eurent pas lieu. L'affaire était présentée comme la résorption d'une " exception " qui privait la France de leviers au sein de l'Alliance. On rappelait que Jacques Chirac, au milieu des années 1990, avait déjà voulu en faire autant. Ce " retour " n'allait pas empêcher l'Elysée de refuser à Barack Obama, quelques mois plus tard, le moindre " soldat combattant " français supplémentaire pour l'Afghanistan : le " surge " français avait déjà eu lieu.

En 2011, quand la France entre en guerre en Libye, c'est dans un premier temps contre la " machinerie " de l'OTAN que sa diplomatie se positionne. Et si, durant les années Sarkozy, " l'Europe de la défense " n'a pas vraiment pris son envol, ce n'est pas tant parce que l'OTAN l'empêchait - George Bush avait déjà donné son imprimatur en 2008, au sommet de Bucarest, à une telle évolution -, mais parce qu'au fond, à l'Elysée, on n'y croyait qu'à moitié, et que les partenaires " poids lourds " manquaient pour la réaliser. Le rapprochement bilatéral avec le Royaume-Uni paraissait plus réaliste et urgent. L'épisode libyen n'a pas amélioré le lien avec M. Obama. Pour ne pas hériter d'une nouvelle " guerre américaine ", celui-ci retirait ses avions bombardiers au bout de dix jours d'opérations - ce qui poussa M. Sarkozy à minimiser, voire dénigrer, l'apport du Pentagone pourtant essentiel à l'effort de la coalition. Sur plusieurs autres dossiers, les divergences ont été notables : insistance française sur une ligne stricte face à l'Iran, rejet français teinté d'ironie face au slogan d'un " monde libre d'armes nucléaires " lancé par M. Obama, soutien mitigé de Paris à la défense antimissile perçue comme potentiellement attentatoire à la dissuasion, hostilité farouche de M. Sarkozy envers la Turquie d'Erdogan érigée en partenaire de choix par Washington...

Nicolas Sarkozy n'a donc pas " aligné " la France sur les Etats-Unis, quoi qu'en disent certains détracteurs. Il a cherché à s'appuyer sur la notion de " famille occidentale " pour obtenir des marges de manoeuvre et camper la France en acteur ambitieux sur les dossiers de crise, quitte à braquer Washington. En 2008, quand des membres du Hezbollah sont invités à La Celle-Saint-Cloud pour parler du Liban, l'administration Bush n'est pas vraiment contente.

M. Sarkozy a ensuite paru frustré par Barack Obama, le jeune président américain " du Pacifique " qui démontrait si peu d'attachement à l'Europe, une grande inefficacité dans sa relation avec Israël sur le dossier palestinien, et s'est de surcroît décrit un jour comme " de centre gauche ".

Barack Obama semble aussi avoir vu dans le leader économique européen qu'est l'Allemagne un interlocuteur à privilégier, et pas seulement sur des questions financières. La nouvelle Allemagne plutôt pacifiste, tournée vers les émergents et l'Asie pour entretenir sa force de frappe exportatrice, semblait en phase avec sa vision du monde. Dans le vieux débat assimilant l'Europe à Vénus et l'Amérique à Mars, Nicolas Sarkozy et Barack Obama ont ainsi parfois semblé incarner des rôles inversés. Mais c'est là prendre le risque d'oublier que le président américain a aussi durci sa posture en l'espace de quelques années : le redéploiement stratégique face à la Chine en atteste, ainsi que les renforcements militaires dans le Golfe. Et ce serait aussi oublier que, malgré l'intransigeance affichée par Nicolas Sarkozy face à l'Iran, la France n'est jamais allée jusqu'à dire, comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni, que " toutes les options sont sur la table ". France - Etats-Unis, une alliance aux multiples nuances.

2012/03/24

L'automobiliste paie une amende majorée, perd ses points, et surtout se voit refuser le droit de se défendre ; C'est inadmissible !

La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) vient de condamner la France pour avoir refusé à des automobilistes de contester leurs contraventions, et ce à trois reprises. Les juges condamnent le système de consignation, une somme d'argent à transmettre à l'administration pour avoir le droit de mettre en cause la validité d'une amende, ainsi que l'attitude de certains officiers du ministère public (OMP).

Rémy Josseaume, un des automobilistes qui a eu gain de cause, est interviewé par Anne-Gaëlle Rico in Le Monde :
L'automobiliste paie une amende majorée, perd ses points, et surtout se voit refuser le droit de se défendre. C'est inadmissible !

… Je me suis fait traiter "d'emmerdeur" et de "procédurier", mais la décision de la CEDH est finalement une grande victoire. Le ministère de la justice doit comprendre : si l'administration continue à automatiser les contraventions et les sanctions, je vais automatiser les recours devant la CEDH. L'administration ferme les yeux sur les agissements illégaux des officiers de police, ce qui est très grave. Quant à la consignation c'est du vol. Le ministère de la justice a pris acte de la décision et a promis des annonces dans la semaine. Je

2012/03/23

Si Mohamed Merah a pu assassiner c'est également parce que le djihadiste a été couvé par l'angélisme des moralistes, ces donneurs de leçons

Michel Garroté a plus sur le tueur de Toulouse :
Ivan Rioufol dénonce les complices :
« Le fanatisme salafiste ne peut être tenu pour seul responsable de la barbarie qui a terrorisé la France, en y important les germes d'une guerre civile. Si le Français Mohamed Merah, 23 ans, a pu assassiner c'est également parce que le djihadiste, se réclamant d'al-Qaida et de ses réseaux, a été couvé par l'angélisme des moralistes. Ces donneurs de leçons récitent depuis des lustres une propagande ayant décrété qu'il ne fallait pas "montrer du doigt" ni critiquer les dérives d'une religion surprotégée. L'aveuglement volontaire sur la montée de l'islam radical en France est comptable de la tragédie natio­nale. Toute une construction idéologique s'effondre tandis que tombent les masques des associations subventionnées (SOS-Racisme, Mrap, Indivisibles, etc.) : mises au service des minorités ethniques et religieuses, elles ont imposé un politiquement correct qui a interdit d'élémentaires critiques et rappels à l'ordre contre les embrigadements ».
Rioufol demande des comptes aux "moralistes". "Qui a couvé ce monstre ?", demande-t-il.
« Ceux qui, dès lundi, ont accusé tout à la fois Marine Le Pen (Dominique Sopo de SOS Racisme), les "pyromanes de l'identité française" (Bernard Henri-Lévy), "un climat de haine" (Corinne Lepage) ou "l'intolérance" menée par "ceux qui montrent du doigt en fonction des origines" (François Bayrou) se retrouvent confrontés à leur aveuglement et à leur lâcheté sur la montée en puissance de l'islam radical en France. Car le barbare, Mohammed Merah, 24 ans, Français d'origine algérienne, soutenu par un réseau familial, se réclame d'Al Qaïda, du jihad et de sa guerre menée contre l'Occident et les mécréants. Les accusateurs qui voulaient que la France silencieuse le redevienne vont devoir rendre des comptes ».
Laxisme d'Etat quant au traitement de l'islam radical en France ? C'est la question que pose Joachim Véliocas, le directeur de l'Observatoire de l'islamisation :
« L'identité du tueur étant connue, il n'est aujourd'hui pas trop tôt pour tirer quelques conclusions. Il est urgent d'en tirer rapidement, car même en cette période de deuil, je pense que les victimes auraient été les premières à vouloir mettre le doigt sur des étonnants dysfonctionnements : comment un individu, fiché pour non seulement fréquenter la mouvance salafiste mais être de surcroit déjà connu pour avoir effectué plusieurs voyages au Pakistan et en Afghanistan, où on doute qu'il y alla pour aborder ces pays sous l'angle de l'histoire de l'art, n'est-il pas surveillé de très près ?

Comment Merah a-t-il pu acquérir des armes de guerres et des munitions si facilement : une kalachnikov, un fusil-mitrailleur automatique, des pistolets, alors qu'il aurait dû être étroitement surveillée ? … »
A propos de l'affaire de Toulouse-Montauban, Bernard Antony dénonce :
"Une fois de plus, on tentait de faire avaler au peuple français la désinformation avec les trois grosses ficelles de l’amalgame classique : tout crime à motivation apparemment raciste et/ou antisémite est le fait de nazis. L’extrême-droite est réputée nazie, donc coupable. La droite nationale est réputée proche de l’extrême-droite, donc coupable, et coupable donc tout ce qui ne s’aligne pas sur la pensée unique de l’antiracisme. À cela s’ajoute désormais que l’on entend faire passer comme « musulmanophobe » toute légitime critique de la théocratie totalitaire islamique politico-sociale qui pourtant, dans des dizaines de pays, impose aux non-musulmans des régimes rigoureux ou atroces de dhimmitude. Un rédacteur du Nouvel Obs déclarait sur twitter : "p*tain je suis dégoûté que ça soit pas un nazi". Devant le tollé, il a effacé ce message et se justifie : "Je précise que le sens était : malheureusement ça va être encore un prétexte pour stigmatiser les musulmans".

2012/03/20

L'antisémitisme new-age

Alors que SOS Racisme affirme que la tuerie de Toulouse serait dû au discours du Front National, Michel Garroté fait valoir que "le sang juif qui a coulé depuis la Deuxième guerre mondiale ne l’a pas été des mains de l’extrême-droite mais davantage de l’antisémitisme new-age lié soit à l’islamisme soit au conflit moyen-oriental."
Hier soir, au Grand Journal, sur Canal+, un leader de SOS Racisme a sous-entendu que la tuerie de Toulouse serait, selon lui, en quelque sorte le résultat du discours tenu depuis des années par le Front National. Le tueur de masse serait, en plus, un néonazi. Voilà pour l’ambiance.
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Cet incroyable négationnisme de SOS Racisme est vertement critiqué par Ivan Rioufol :
« Dans un communiqué, SOS Racisme suggère de "s'interroger sur l'affaissement dans notre pays de la parole politique, intellectuelle et médiatique envers les discours racistes et en faveur des discours de vivre ensemble". Cette organisation, mise au service de la défense des minorités ethniques, pourrait aussi bien s'interroger sur sa propre responsabilité dans la mise en scène des concurrences victimaires et sur son aveuglement face aux dérives communautaristes encouragées par l'idéologie différentialiste. En 2000, les antiracistes professionnels n'avaient rien voulu voir de la montée du sentiment anti-juif dans les cités. Se précipiter ainsi pour faire la leçon relève de l'indécence »,
conclut Ivan Rioufol.
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Car, effet, le sang juif qui a coulé depuis la Deuxième guerre mondiale ne l’a pas été des mains de l’extrême-droite. L'avocat Gilles-William Goldnadel déclare ainsi à Atlantico, à propos de la tuerie à Toulouse : « A ce stade, il est urgent d’attendre avant que de commencer à conjecturer. J’ai, malheureusement, une trop longue expérience des attentats antisémites de ces trente dernières années pour savoir que les premières pistes ont rarement été les bonnes et pour me méfier des déclarations à l’emporte-pièce du personnel politique - ou plus encore des associations antiracistes. Mais je ne sais si le drame est en lien avec ce que s'est déjà passé. Une chose est certaine : de la Rue Copernic, en passant par la fusillade de la rue des Rosiers, jusqu’à la triste affaire Halimi, il est clair que le sang juif qui a coulé depuis la Deuxième guerre mondiale ne l’a pas été des mains de l’extrême-droite mais davantage de l’antisémitisme new-age lié soit à l’islamisme soit au conflit moyen-oriental. C’est une certitude absolue. Le fond historique est indéniable ».

Dans les jours à venir, nous devrons nous attendre au pire : car je ne serais pas surpris d’entendre certains alléguer que si des enfants juifs se font massacrer en France, ce serait soi-disant « à cause de la politique menée par l’Etat d’Israël »…

2012/03/19

L'Algérie et la Torture

Florence Beaugé se souvient comment Le Monde a relancé le débat sur la torture en Algérie il y a une dizaine d'années…

2012/03/18

Camus : "Une société qui supporte d'être distraite par une presse déshonorée et par un millier d'amuseurs cyniques court à l'esclavage"

L'article que Le Monde publie devait paraître le 25 novembre 1939 dans " Le Soir républicain ", un quotidien limité à une feuille recto verso que Albert Camus codirige à Alger. L'écrivain y définit " les quatre commandements du journaliste libre " : lucidité, refus, ironie et obstination.

En 1939, peu après le déclenchement de la guerre, et alors que la presse est déjà souvent censurée, l'écrivain veut publier dans le journal qu'il dirige à Alger un texte vibrant qui invite les journalistes à rester libres. Ce texte fut interdit de publication. Il est inédit. Et il reste très actuel.

Albert Camus :
Certes, toute liberté a ses limites. Encore faut-il qu'elles soient librement reconnues. Sur les obstacles qui sont apportés aujourd'hui à la liberté de pensée, nous avons d'ailleurs dit tout ce que nous avons pu dire et nous dirons encore, et à satiété, tout ce qu'il nous sera possible de dire.

… ce qu'il nous plairait de définir ici, ce sont les conditions et les moyens par lesquels, au sein même de la guerre et de ses servitudes, la liberté peut être, non seulement préservée, mais encore manifestée. Ces moyens sont au nombre de quatre : la lucidité, le refus, l'ironie et l'obstination.
C'est Macha Séry qui a retrouvé le texte aux Archives Nationales d'Outre-Mer, à Aix-en-Provence. La collobroratrice explique son enquête :
Moins encore qu'en métropole, la censure ne fait pas dans la nuance. Elle biffe ici, rature là. … Ce n'est jamais assez pour le chef des censeurs, le capitaine Lorit, qui ajoute d'acerbes remarques sur le travail de ses subalternes lorsqu'ils laissent passer des propos jugés inadmissibles. Comme cet article du 18 octobre, titré " Hitler et Staline ". " Il y a là un manque de discernement très regrettable ", écrit le capitaine. Ironie, trois jours plus tard, à Radio-Londres (en langue française), les auditeurs peuvent entendre ceci : " La suppression de la vérité, dans toutes les nouvelles allemandes, est le signe caractéristique du régime nazi. "

Le 24 novembre, Camus écrit ces lignes, qui seront censurées : " Un journaliste anglais, aujourd'hui, peut encore être fier de son métier, on le voit. Un journaliste français, même indépendant, ne peut pas ne pas se sentir solidaire de la honte où l'on maintient la presse française. A quand la bataille de l'Information en France ? " Même chose pour cet article fustigeant le sentiment de capitulation : " Des gens croient qu'à certains moments les événements politiques revêtent un caractère fatal, et suivent un cours irrésistible. Cette conception du déterminisme social est excessive. Elle méconnaît ce point essentiel : les événements politiques et sociaux sont humains, et par conséquent, n'échappent pas au contrôle humain " (25 octobre).

… " Les quatre commandements du journaliste libre ", à savoir la lucidité, l'ironie, le refus et l'obstination, sont les thèmes majeurs qui traversent son oeuvre romanesque, autant qu'ils structurent sa réflexion philosophique. Comme le football puis le théâtre, le journalisme a été pour Camus une communauté humaine où il s'épanouissait, une école de vie et de morale. Il y voyait de la noblesse. Il fut d'ailleurs une des plus belles voix de cette profession, contribuant à dessiner les contours d'une rigoureuse déontologie.

C'est aux lecteurs algériens que Camus a d'abord expliqué les devoirs de clairvoyance et de prudence qui incombent au journaliste, contre la propagande et le " bourrage de crâne ". A Combat, où Pascal Pia, son mentor dans le métier, fait appel à lui en 1944, Camus poursuit sa charte de l'information, garante de la démocratie pour peu qu'elle soit " libérée " de l'argent : " Informer bien au lieu d'informer vite, préciser le sens de chaque nouvelle par un commentaire approprié, instaurer un journalisme critique et, en toutes choses, ne pas admettre que la politique l'emporte sur la morale ni que celle-ci tombe dans le moralisme. "

En 1951, il laisse percer sa déception dans un entretien donné à Caliban, la revue de Jean Daniel : " Une société qui supporte d'être distraite par une presse déshonorée et par un millier d'amuseurs cyniques (...) court à l'esclavage malgré les protestations de ceux-là mêmes qui contribuent à sa dégradation. "

Le texte entier de Albert Camus :

Il est difficile aujourd'hui d'évoquer la liberté de la presse sans être taxé d'extravagance, accusé d'être Mata-Hari, de se voir convaincre d'être le neveu de Staline.

Pourtant cette liberté parmi d'autres n'est qu'un des visages de la liberté tout court et l'on comprendra notre obstination à la défendre si l'on veut bien admettre qu'il n'y a point d'autre façon de gagner réellement la guerre.

Certes, toute liberté a ses limites. Encore faut-il qu'elles soient librement reconnues. Sur les obstacles qui sont apportés aujourd'hui à la liberté de pensée, nous avons d'ailleurs dit tout ce que nous avons pu dire et nous dirons encore, et à satiété, tout ce qu'il nous sera possible de dire. En particulier, nous ne nous étonnerons jamais assez, le principe de la censure une fois imposé, que la reproduction des textes publiés en France et visés par les censeurs métropolitains soit interdite au Soir républicain - le journal, publié à Alger, dont Albert Camus était rédacteur en chef à l'époque - , par exemple. Le fait qu'à cet égard un journal dépend de l'humeur ou de la compétence d'un homme démontre mieux qu'autre chose le degré d'inconscience où nous sommes parvenus.

Un des bons préceptes d'une philosophie digne de ce nom est de ne jamais se répandre en lamentations inutiles en face d'un état de fait qui ne peut plus être évité. La question en France n'est plus aujourd'hui de savoir comment préserver les libertés de la presse. Elle est de chercher comment, en face de la suppression de ces libertés, un journaliste peut rester libre. Le problème n'intéresse plus la collectivité. Il concerne l'individu.

Et justement ce qu'il nous plairait de définir ici, ce sont les conditions et les moyens par lesquels, au sein même de la guerre et de ses servitudes, la liberté peut être, non seulement préservée, mais encore manifestée. Ces moyens sont au nombre de quatre : la lucidité, le refus, l'ironie et l'obstination. La lucidité suppose la résistance aux entraînements de la haine et au culte de la fatalité. Dans le monde de notre expérience, il est certain que tout peut être évité. La guerre elle-même, qui est un phénomène humain, peut être à tous les moments évitée ou arrêtée par des moyens humains. Il suffit de connaître l'histoire des dernières années de la politique européenne pour être certains que la guerre, quelle qu'elle soit, a des causes évidentes. Cette vue claire des choses exclut la haine aveugle le désespoir qui laisse faire. Un journaliste libre, en 1939, ne désespère pas et lutte pour ce etqu'il croit vrai comme si son action pouvait influer sur le cours des événements. Il ne publie rien qui puisse exciter à la haine ou provoquer le désespoir. Tout cela est en son pouvoir.

En face de la marée montante de la bêtise, il est nécessaire également d'opposer quelques refus. Toutes les contraintes du monde ne feront pas qu'un esprit un peu propre accepte d'être malhonnête. Or, et pour peu qu'on connaisse le mécanisme des informations, il est facile de s'assurer de l'authenticité d'une nouvelle. C'est à cela qu'un journaliste libre doit donner toute son attention. Car, s'il ne peut dire tout ce qu'il pense, il lui est possible de ne pas dire ce qu'il ne pense pas ou qu'il croit faux. Et c'est ainsi qu'un journal libre se mesure autant à ce qu'il dit qu'à ce qu'il ne dit pas. Cette liberté toute négative est, de loin, la plus importante de toutes, si l'on sait la maintenir. Car elle prépare l'avènement de la vraie liberté. En conséquence, un journal indépendant donne l'origine de ses informations, aide le public à les évaluer, répudie le bourrage de crâne, supprime les invectives, pallie par des commentaires l'uniformisation des informationset, en bref, sert la vérité dans la mesure humaine de ses forces. Cette mesure, si relative qu'elle soit, lui permet du moins de refuser ce qu'aucune force au monde ne pourrait lui faire accepter : servir le mensonge.

Nous en venons ainsi à l'ironie. On peut poser en principe qu'un esprit qui a le goût et les moyens d'imposer la contrainte est imperméable à l'ironie. On ne voit pas Hitler, pour ne prendre qu'un exemple parmi d'autres, utiliser l'ironie socratique. Il reste donc que l'ironie demeure une arme sans précédent contre les trop puissants. Elle complète le refus en ce sens qu'elle permet, non plus de rejeter ce qui est faux, mais de dire souvent ce qui est vrai. Un journaliste libre, en 1939, ne se fait pas trop d'illusions sur l'intelligence de ceux qui l'oppriment. Il est pessimiste en ce qui regarde l'homme. Une vérité énoncée sur un ton dogmatique est censurée neuf fois sur dix. La même vérité dite plaisamment ne l'est que cinq fois sur dix. Cette disposition figure assez exactement les possibilités de l'intelligence humaine. Elle explique également que des journaux français comme Le Merle ou Le Canard enchaîné puissent publier régulièrement les courageux articles que l'on sait. Un journaliste libre, en 1939, est donc nécessairement ironique, encore que ce soit souvent à son corps défendant. Mais la vérité et la liberté sont des maîtresses exigeantes puisqu'elles ont peu d'amants.

Cette attitude d'esprit brièvement définie, il est évident qu'elle ne saurait se soutenir efficacement sans un minimum d'obstination. Bien des obstacles sont mis à la liberté d'expression. Ce ne sont pas les plus sévères qui peuvent décourager un esprit. Car les menaces, les suspensions, les poursuites obtiennent généralement en France l'effet contraire à celui qu'on se propose. Mais il faut convenir qu'il est des obstacles décourageants : la constance dans la sottise, la veulerie organisée, l'inintelligence agressive, et nous en passons. Là est le grand obstacle dont il faut triompher. L'obstination est ici vertu cardinale. Par un paradoxe curieux mais évident, elle se met alors au service de l'objectivité et de la tolérance.

Voici donc un ensemble de règles pour préserver la liberté jusqu'au sein de la servitude. Et après ?, dira-t-on. Après ? Ne soyons pas trop pressés. Si seulement chaque Français voulait bien maintenir dans sa sphère tout ce qu'il croit vrai et juste, s'il voulait aider pour sa faible part au maintien de la liberté, résister à l'abandon et faire connaître sa volonté, alors et alors seulement cette guerre serait gagnée, au sens profond du mot.

Oui, c'est souvent à son corps défendant qu'un esprit libre de ce siècle fait sentir son ironie. Que trouver de plaisant dans ce monde enflammé ? Mais la vertu de l'homme est de se maintenir en face de tout ce qui le nie. Personne ne veut recommencer dans vingt-cinq ans la double expérience de 1914 et de 1939. Il faut donc essayer une méthode encore toute nouvelle qui serait la justice et la générosité. Mais celles-ci ne s'expriment que dans des coeurs déjà libres et dans les esprits encore clairvoyants. Former ces coeurs et ces esprits, les réveiller plutôt, c'est la tâche à la fois modeste et ambitieuse qui revient à l'homme indépendant. Il faut s'y tenir sans voir plus avant. L'histoire tiendra ou ne tiendra pas compte de ces efforts. Mais ils auront été faits.

par Albert Camus

2012/03/17

La France "demeure obsédée par elle-même et l'Europe n'a sa faveur qu'à condition de servir ses desseins"

Dans la chronique du Médiateur du Monde, Pascal Galinier, on peut lire ceci :
Vu de Bruxelles, Frank De Bondt a son explication : "L'idée européenne s'est délitée chez les Français parce qu'ils ont compris soudain que la France n'était pas l'Europe ou que l'Europe ne serait jamais française. La campagne présidentielle montre que ce pays demeure obsédé par lui-même et que l'Europe n'a sa faveur qu'à condition de servir ses desseins." Avis aux candidats...

2012/03/13

"L'Etat états-unien" : Oui, il paraît que c'est pour rendre la lecture plus… claire (!!)

On voit l'aveuglement que produit l'anti-américanisme lorsqu'on lit le check-list dans un mail du Monde.fr et que l'on découvre que maintenant, on ne parle pas seulement des étasuniens, mais de (tenez-vous bien) "l'Etat états-unien".

"Etat états-…" ? Il n'y a personne à la rédaction du Monde pour dire, "là, ça suffit, on devient ridicule" ? (Et éventuellement mettre le terme, s'il est vraiment nécessaire, dans un endroit plus approprié ?)

Ceux qui ne comprennent pas le problème (qui incluent journalistes et rédacteurs au Monde) : quand on commencera à évoquer les Unioneuropéenneniens, voire l'État Unioneuropéen, ils comprendront peut-être… (Mais évidemment, cela ne se passera jamais, car la suffisance, c'est seulement pour les autres — ces abrutis — et pas pour nous Européens, d'une telle intelligence rare, humanistes sans pareil, lucides jusqu'aux Cieux…)

Alors, récapitulons :

• L'Union Européenne, la Communauté Européenne (à un moment donné, comprenant six pays seulement du continent), et ses habitants, les… Européens : OUI
• Les États-Unis d'Amérique et ses habitants, les… Américains : Mon Dieu, quelle horreur, quel scandale, comment ôôôôôsent-ils agir avec un tel manque de respect et s'appeler ainsi ?!?!

À lire ou à relire : Le Monde utilise de plus en plus le mot "étasunien", invariablement prononcé sur un ton suffisant


Sarkozy prône une UE protectrice et... repliée ?

Le chef de l'Etat a tenté dimanche de donner un second souffle à sa campagne présidentielle et créé la surprise en exigeant des réformes de l'Europe. "L'Europe ne doit plus être une menace, elle doit être une protection, a insisté le candidat. l'Europe doit reprendre son destin en main sinon elle risque la dislocation [...], elle ne peut pas être le jouet des forces de la concurrence, du marché et de la loi des pays les plus forts dans le monde." Il veut une "révision" dans les douze mois des accords de Schengen, qui assurent la libre circulation des personnes au sein de l'Europe, mais, selon lui, "ne permettent plus de répondre à la gravité de la situation". Il a réclamé un "gouvernement politique de Schengen" et la possibilité de "sanctionner, suspendre ou exclure de Schengen un Etat défaillant". Faute de "progrès sérieux", "la France suspendrait sa participation [...] jusqu'à ce que les négociations aient abouti". Il a aussi exigé de l'UE l'adoption d'une version européenne du "Buy American Act", qui impose à l'Etat états-unien d'utiliser des "produits fabriqués en Amérique dans les marchés publics". A défaut d'avancée dans les douze mois, "la France appliquera unilatéralement cette règle", a-t-il dit. Idem pour les PME européennes, à qui le chef de l'Etat veut qu'une "part des marchés publics" soit réservée. François Hollande a ironisé sur ces annonces
"Il a occulté son bilan, je peux le comprendre, il n'est pas en sa faveur."
A propos des menaces à l'Europe, M. Hollande a déclaré : "Il m'a accusé pendant des mois de vouloir renégocier le traité européen sur les disciplines budgétaires [...] et voilà que M. Sarkozy [...] se met à traiter l'Europe comme un bouc émissaire et demande à ce que soient renégociés pas un traité, trois traités !"

2012/03/12

So Long, Gir


Dan Greenberg, the immensely talented French artist on General Leonardo and on the upcoming Life & Times of Abraham Lincoln, has made a stunning tribute to the memory of Jean Moebius Giraud, who died Saturday morning (click on the drawing for an even larger image).