2011/05/20

Après l'affaire Enron, la justice américaine voulait montrer que nul n'est au-dessus des lois, quels que soient sa fortune ou son nom

Certaines associations ont protesté contre une pratique qui va à l'encontre de la présomption d'innocence, estimant contradictoire que l'accusé ait le droit de se taire (en vertu du 5e amendement) mais pas d'interdire que son image soit utilisée contre lui, avant même qu'il ait comparu devant un jury.
Pourtant, explique Corine Lesnes dans Le Monde, le traitement réservé à Dominique Strauss-Kahn est habituel dans les procès américains.
Mais les tribunaux ont autorisé les perp walk à condition qu'elles servent un but légitime : dissuader d'éventuels criminels ou éduquer sur le travail des forces de l'ordre.

…Après l'affaire Enron, la justice voulait montrer que nul n'est au-dessus des lois, quels que soient sa fortune ou son nom. Il arrive aussi que les procureurs proposent de surseoir au perp walk si le suspect accepte de coopérer. Le prévenu décide de se livrer et il arrive au palais de justice de son plein gré.
En outre, continue Corine Lesnes dans Le Monde, depuis l'affaire Polanski, les Américains se méfient de la justice française :

« Imaginez le cirque juridique, médiatique et diplomatique si Strauss-Kahn avait réussi à retourner en France, qui, comme on le sait depuis l'affaire Polanski refuse d'extrader ses ressortissants », écrit Richard Brody, éditeur au journal New Yorker. « Voilà un pays qui, après tout, a accueilli à bras ouverts Roman Polanski quand il s'est enfui après avoir plaidé coupable de viol de mineure en Californie », ajoute Philip Gourevitch, du même magazine.

La France est jugée complaisante pour ce qui est des scandales de moeurs. Et la justice - des non-lieux contre les hommes politiques à la remise en liberté du chanteur Bernard Cantat - n'inspire pas une confiance absolue. « On peut se demander si nous aurions même eu vent des accusations contre DSK si les faits s'étaient déroulés à Paris. Les pressions qui auraient été exercées sur une immigrée africaine et mère célibataire s'efforçant de joindre les deux bouts l'auraient convaincue qu'il était dans son intérêt de se taire », écrit Judah Grunstein sur le blog World Politics Review.

« Ce que les Américains nous disent c'est : vous les Français, vous êtes coulants avec les puissants, explique le juriste de Washington. En ce moment, ils nous donnent une leçon de justice. »

2011/05/19

Le Monde Magazine's Cover Article on Picasso Lauds the Painter's Communist Convictions and His Far Left Contacts

In his cover article on Pablo Picasso, Michel Guerrin manages to plunge us back into the 1950s love affair with communism, lauding the Communist painter to the heavens for his "generosity" with his "political gifts" for fellow communists, all the while conspicuously avoiding any mention (or study) of over half a century of history — for instance the 1990s opening of the Soviet archives and the disclosure of the Verona program, not to mention the tens of millions of citizens murdered under the likes of Stalin and Mao.

Thus we have the Rosenbergs as "martyrs of McCarthyism" while Michel Guerrin is in awe of Picasso's (communist) convictions and waxes poetic about his "political gifts" which form "another major chapter of the painter's generosity". Meanwhile, his support for a communist periodical is one "the most emotional aspects of his generosity" (the editor and the painter "go swimming together" and they "remain friends until Picasso's death"):
Les cadeaux politiques sont un autre gros chapitre de la générosité du peintre, qui est resté jusqu'à sa mort membre du Parti communiste. Il donne au Parti, à sa presse, au Mouvement pour la paix, dessine pour les époux Rosenberg, martyrs du maccartisme …

Le soutien de Picasso au journal communiste Le Patriote, à Nice, de 1957 à 1967, est un des aspects les plus émouvants de la générosité. … Il le fait par conviction communiste.

2011/05/18

"Le racket, ça suffit!" "Les Français en ont assez d'un système de sanction automatique, impersonnel voire sadique"

Une semaine après avoir appris que la répression culpabilisatrice des automobilistes s'empire , un article dans Le Monde faisant savoir que le gouvernement ne reculerait plus en matière de "sécurité routière" (sic) témoigne ainsi des réactions dans les rangs de la majorité :
Excédés, de nombreux députés UMP présents à la réunion de mercredi ont quitté la salle. "Les Français en ont assez d'un système de sanction automatique, impersonnel voire sadique", tempête Jacques Myard, député UMP des Yvelines, qui reste convaincu de pouvoir faire reculer le gouvernement. "Ça ne nous convient pas ! Nous n'en resterons pas là", a prévenu Alfred Trassy-Paillogues, député UMP de Seine-Maritime en promettant des "actions". "Le racket, ça suffit!", a lancé Bernard Depierre, député UMP de Côte-d'Or.

"On est foutus ! Vos mesures, c'est une catastrophe électorale. Avec ça, on a perdu les élections", a lâché Jean Auclair, député UMP de la Creuse, au cours de la réunion…

Sarkozy et les intellectuels : la rupture

Au cours de la campagne pour l'élection présidentielle de 2007, quelques-uns parmi les plus médiatiques des intellectuels dits "de gauche", ayant en commun la rupture avec le marxisme, l'attention aux dissidents de l'ancien bloc communiste, la dénonciation des totalitarismes, le désir d'une France active contre les dictatures et les massacres, se ralliaient plus ou moins explicitement à ce candidat de droite atypique.
Ainsi commence le papier de Marion Van Renterghem dans Le Monde sur le "petit groupe informel d'intellectuels de gauche qui, en 2007, avaient affiché ou laissé entendre leur sympathie politique pour le candidat [Nicolas] Sarkozy, [et qui] partage aujourd'hui un autre point commun : de diverses manières et à différents degrés, le président les a déçus."
Nicolas Sarkozy, contre toute attente, parlait soudain leur langage. Il promettait "la rupture" avec les vieilleries idéologiques comme avec une diplomatie française mâtinée d'antiaméricanisme, mécaniquement critique d'Israël, en empathie avec les régimes arabes, complaisante avec la Russie nationaliste, insouciante des droits de l'homme au nom de la Realpolitik. …

Le plus sarkozyste des intellos de gauche [André Glucksmann persifle qu'à l'époque de son premier soutien à Sarkozy, il passait "en procès devant le comité central des anciens de 68"] est aujourd'hui le premier à se rétracter. Dans son nouveau livre, La République, la pantoufle et les petits lapins (éd. Desclée de Brouwer, 150 p., 17,90 euros), André Glucksmann revendique l'athéisme en politique : liberté d'approuver, liberté de contester. "Voter n'est pas entrer en religion", avait-il prévenu dans sa tribune du Monde.

Il s'adresse dans son livre, sarcastique, aux "croyants" de gauche, tranquillisés par le culte de Mitterrand et leur appropriation du meilleur de l'Histoire : "Main basse sur l'affaire Dreyfus, le Front populaire, la Résistance, l'anticolonialisme, tant de prestiges monopolisés panthéonisent votre parti à l'abri de tout soupçon."

Il ironise sur la droite, sa "suffisance décontractée" de l'après-de-Gaulle, ses "humeurs intermittentes, européennes, antieuropéennes, nationales, libérales, étatistes, mondialistes" pour qui "les références historiques vont et viennent, réformistes ou révolutionnaires par ci, bonapartistes, légitimistes ou orléanistes par là." Vous avez la foi ? demande Glucksmann aux uns et aux autres. "Moi pas."

Ni repentance ni regrets, donc. Mais une déception. Nicolas Sarkozy, qu'il avait convaincu d'instituer un secrétariat d'Etat aux droits de l'homme, confié à Rama Yade, n'a pas tardé à le dissoudre après avoir reçu pompeusement le colonel Kadhafi à Paris. Le président qui, imaginait le philosophe, aurait pu épouser sa grande cause du moment (la Tchétchénie), a certes accordé "des centaines de visas aux Tchétchènes", mais n'a pas résisté au réalisme politique et à Vladimir Poutine.

En novembre 2009, le projet de vente de navires de guerre Mistral par la France à la Russie est, pour Glucksmann, un premier désenchantement : "Fournissant à Poutine les armes d'un débarquement rapide en Géorgie, en Crimée, voire dans les pays baltes, notre message est clair : allez-y !", lance-t-il au chef de l'Etat français et à son vieil ami et ministre des affaires étrangères, l'ancien médecin humanitaire Bernard Kouchner. Qu'est devenu, se demande-t-il, ce président si fermement opposé à "une Realpolitik qui brade nos principes d'humanité pour d'hypothétiques contrats" ?

… Le "sarkozysme de gauche" venait en effet de germer autour du Meilleur des mondes, une revue ainsi baptisée par Alain Finkielkraut en hommage à Aldous Huxley et à l'anti-utopisme. La revue, elle-même issue du Cercle de l'oratoire, le think tank de Michel Taubmann, naît au printemps 2006 chez Denoël. "Finky", qui n'aime pas les bandes, s'en éloigne vite. Les signataires se réclament des grands apostats comme l'écrivain hongrois Arthur Koestler, capable d'avoir rompu avec l'idéal stalinien de sa jeunesse.

La revue Meilleur des mondes est d'esprit orwellien (antitotalitaire) et néoconservateur : atlantiste, s'alarmant des manifestations mêlant l'extrême gauche et les militants islamistes, pointant le danger d'un "fascisme vert" et favorable, après les attentats du 11 septembre 2001, à l'intervention armée en Afghanistan. Sur la pertinence de la guerre en Irak (défendue par Glucksmann, Goupil, Bruckner, Kouchner ou Taguieff, contestée par Finkielkraut ou Olivier Rolin), les contributeurs sont divisés. Sur le candidat Sarkozy aussi.

"La revue a suscité tout de suite la haine, raconte Olivier Rubinstein, directeur des éditions Denoël. On nous a étiquetés néoréacs." Le deuxième numéro, à l'automne 2006, n'y est pas pour rien : l'entretien avec le socialiste Dominique Strauss-Kahn passe inaperçu mais celui avec le ministre de l'intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, range définitivement Le Meilleur des mondes du côté des traîtres à la gauche.

Ils étaient revenus emballés de la place Beauvau. "Ce mec est formidable !", ont commenté en sortant les intervieweurs (Bruckner, Glucksmann, Michaël Prazan et Yasmina Reza). "Sarko avait admirablement réussi à dire tout ce qu'on voulait entendre", raconte Pascal Bruckner, le recul aidant.

Sur la situation au Proche-Orient, la crise avec l'Iran, le blocage de l'Europe, le candidat leur vend la politique internationale de leurs rêves, en rupture radicale avec la diplomatie chiraquienne. La Russie ? On peut signer des contrats et lui demander de s'expliquer sur la Tchétchénie. L'Amérique ? Une alliée. Israël ? Une démocratie et un pays francophone. L'Afrique ? Il faut en finir avec la vision postcoloniale de la France. Les droits de l'homme ? "La France doit porter des valeurs universelles, et les faire vivre", assurait le candidat.

Romain Goupil voyait venir d'un mauvais oeil le sarkozysme rampant de ses amis. …
L'antisarkozysme frénétique, en revanche, est de nature à susciter de la part de ces intellectuels un regain de solidarité pour le président de la République. "La violence grégaire de l'antisarkozysme me rendrait sarkozyste, dit Alain Finkielkraut, d'autant que dans le domaine de l'école ou de la sécurité, ce que la gauche propose est purement démagogique."

Pour Pierre-André Taguieff, "le discours haineux contre Sarkozy est devenu un genre littéraire dans le monde journalistique et militant. Je ne vois que deux exemples comparables : le discours anti-Blum, et le discours anti-Mendès France. Je ne réduis pas l'antisarkozysme à la judéophobie, mais il y a un fond d'antisémitisme dans cette violence contre lui."

"Sarkozy a rendu la gauche folle, renchérit Pascal Bruckner. Cette haine démesurée contre lui est la seule chose qui continue à me rendre indulgent. Il est devenu la poupée vaudou de la France. Il va nous manquer : qui va-t-on haïr ?"

2011/05/17

Selon Thierry Meyssan, la CIA en veut à sa vie ; mais il ne croit pas une seconde que l'Amérique vient de tuer Ben Laden

[En Syrie] ce n'est pas Bachar Al-Assad qui fait tirer sur la foule. [Thierry] Meyssan se demande si ces miliciens en voiture ne seraient pas plutôt des Américains . Il en est persuadé : la CIA en veut à sa vie. Mais ne croit pas une seconde que l'Amérique vient de tuer Ben Laden.
Voilà le genre de choses qu'on apprend sur Thierry Meyssan, grâce à la chronique de Caroline Fourest dans Le Monde, Ben Laden chez Elvis. Mais il y a plus — bien plus :
Grâce à son livre [L'Effroyable Imposture (Carnot), dont la couverture proclame : « Aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone ! »], Thierry Meyssan a connu une carrière internationale fulgurante. L'homme ne sait plus où donner de la tête, entre les invitations de son ami Hugo Chavez, les réceptions dans les ambassades iraniennes, les contacts avec la Chine, ses voyages en Syrie et surtout son nouveau job : conseiller en communication du Hezbollah à Beyrouth.

Drôle de trajectoire tout de même. Dans les années 1990, le même homme défendait la laïcité et la liberté d'expression contre l'intégrisme. A l'époque, il militait au Parti radical de gauche, au sein d'associations gays et se revendiquait franc-maçon. La gauche laïque raffolait de ses "billets" sur l'extrême droite catholique, bien que souvent faux ou romancés. Le Réseau Voltaire, sa petite agence d'information, prenait la suite du Projet Ornicar, une association défendant la liberté sexuelle contre la censure et l'ordre moral.

Etonnante reconversion, déjà, puisque Meyssan avait milité dans sa jeunesse au Renouveau charismatique, un mouvement moraliste inspiré du pentecôtisme américain. A l'en croire, son mariage avait même été "annulé" par l'Eglise pour homosexualité. Désormais, le voilà aux côtés des gardiens de la Révolution islamique, qui pend les homosexuels. Qui peut encore le croire ?

Véritable Picasso du conspirationnisme, Meyssan n'a cessé de changer de style et de versions pour vendre ses complots en kit, selon ses inspirations et la tête du client. Longtemps, la marotte du Réseau Voltaire fut l'Opus Dei. Puis ce fut l'ère du grand « complot mitterrandien », qu'il voyait partout. Y compris derrière le DPS, le service d'ordre du Front national ! La preuve ? Son chef de l'époque, Bernard Courcelle, avait travaillé au musée d'Orsay... où travaillait également Anne Pingeot, la maîtresse cachée de Mitterrand. Mais c'est bien sûr !

Depuis, notre Sherlock Holmes a trouvé une « machine à fantasmes » qui se vend bien mieux, surtout à l'international : la CIA. D'après le Réseau Voltaire, c'est elle qui a orchestré le 11-Septembre, mais aussi la prise d'otages de Beslan (Ossétie du Nord). Elle encore qui manipule le « printemps arabe ». Les Arabes ne sont déjà pas capables de détourner des avions, alors penser une révolution...
Dans le même état d'esprit, la chronique suivante de Caroline Fourest dans Le Monde évoquerait les "dernières théories" de Jean-Marie Le Pen :
Ben Laden d'abord. "Je trouve que tout ça est très suspect, pour ne rien vous cacher." Le voilà lancé : "Je sais que les Américains ont l'habitude systématique de créer eux-mêmes les événements dont ils ont besoin pour déclencher leurs opérations. Ce n'est pas la première fois. Beaucoup de choses me paraissent suspectes." Mais encore ? "Dans ce domaine, je crois les Américains capables de tout. Par conséquent, je ne sais même pas si Ben Laden était vivant ou mort. Beaucoup de gens affirment qu'il était mort depuis longtemps."

Une théorie, effectivement relayée par le Réseau Voltaire, qui jadis disait n'importe quoi sur le Front national. Les grands esprits se rencontrent.

Et le 11-Septembre ? Le Pen en doute, vous vous en doutez... "Ecoutez, quand un troisième immeuble qui n'est pas touché par un avion s'effondre tout seul, je me dis qu'on a dû l'aider. Quand je vois des avions qui touchent un étage et que ça provoque l'effondrement de l'immeuble, ça me paraît bizarre aussi. Et il y a d'autres choses qui me paraissent bizarres..." Par exemple ? "Je tiens que Pearl Harbor est un coup monté." Sur quelles bases ? "Tout le monde le sait." Dans ce cas... Suit toute une hypothèse historique passionnante, mais sans la moindre preuve. Inutile, puisque les Américains sont "capables de tout" …

Tout est à l'avenant. Rien n'est surprenant. Jean-Marie Le Pen a soutenu Saddam Hussein au moment de la guerre du Golfe, puis Ahmadinejad dans sa quête de l'arme atomique, mais il ne soutiendra pas les rebelles de Benghazi : "Tous islamistes."

2011/05/16

Bin Laden Depicted as "an Arab Clint Eastwood" and "a Muslim Robin Hood" Who Met His End at His "Fort Apache" Compound

Following Plantu's cartoon of Osama Bin Laden as the hapless victim of a brutal execution, you will be happy to learn that France's premier daily devotes 2/5 of an entire page in the daily to a conspiracy monger who calls the execution of Bin Laden "a perfect crime" (the title of Christian Salmon's column in Le Monde). (The rest of the page is devoted to an odd cartoon as well as to a piece by Adam Thirlwell praising Che Guevara's influence on the Arab Spring revolts…)

While his criticism of the White House's incompetence regarding the narrative of the Abbottabad operation has much to commend it, Christian Salmon suggests it is reminiscent of the odd "official version of the [2001] attack on the World Trade Center" (sigh), invokes the philosophy of Jean Baudrillard, and goes on to refer to Bin Laden as "an Arab Clint Eastwood" and "a Muslim Robin Hood" who "claims to be avenging the suffering of the Palestinian people". The founder of the Parlement international des Écrivains (International Parliament of Writers or IPW) then serves us the old canard of moral relativism that America's enemy and America itself are equally at fault.

Drawing his imagery from Hollywood films, and — explicitly — from Hollywood westerns, CNRS member Salmon claims the terrorism script was indeed written by teh Al Qaeda honcho but with the help of the United States. Bin Laden is a "solitary hero", we learn, one "who appears and disappears at will," "defying the world's superpower" in the process. "Geronimo" was finally bagged, it seems (didn't Salmon just put the White House's entire story in doubt?!), during the final attack on his "Fort Apache" compound in Abbottabad.

The Al Qaeda leader represents "the figure of the vigilante" who "draws on the stereotypes of the Hollywood western, a legend or a myth that Bin Laden could never have created without the help of the United States, who participated in the production, in the staging, and in the broadcasting of the legend."

(To their credit, a number of Le Monde readers mention mental masturbation and/or wonder what fishy stuff Salmon has been smoking…)
Depuis le 11-Septembre, Ben Laden incarne ce héros solitaire, qui apparaît et disparaît à sa guise, narguant la plus grande puissance mondiale, un Clint Eastwood arabe, un Robin des bois musulman qui prétend venger les souffrances du peuple palestinien. C'est la figure du justicier qui puise aux stéréotypes du western hollywoodien, une légende ou un mythe que Ben Laden n'aurait jamais pu créer sans l'aide des Etats-Unis, qui ont participé à la production, à la mise en scène et à la diffusion de cette légende ; de George W. Bush, lançant la traque de Ben Laden par un avis de recherche "mort ou vif" comme dans les westerns, jusqu'au choix malheureux du nom de code de l'opération, "Geronimo", pour désigner la charge finale contre le fort Apache de Ben Laden, le compound d'Abbottabad.

2011/05/15

FN : un Etat fort et interventionniste ainsi que le refus du libre-échange

Le programme du Front National est
un mélange de poujadisme, d'étatisme et de refus du libre-échange
apprend-t'on de la part de Abel Mestre dans Le Monde.
Apparaît ainsi un Etat fort et interventionniste qui peut "engager certaines dépenses publiques pour redresser le pouvoir d'achat".
Un jour plus tôt, Le Monde et l'AFP avaient résumé le programme de la dirigeante du FN ainsi :
"Capitalisme populaire" et suppression des stock-options, possible encadrement des prix alimentaires, baisse de la taxe pétrolière …

Encore une façon de dire que (mis à part la baisse de la taxe pétrolière ou d'un quelconque impôt quel qu'il soit) les membres — et l'idéologie — de l'extrême droite (française ou européenne) n'ont rien à voir avec les Tea Partiers ou les membres du Republican Party américain, voire tout simplement des habitants de l'Amérique profonde (qui eux prônent plutôt la devise Don't Tread on Me ou Laissez-moi (-nous) tranquille(s)) — surtout lorsqu'on se rend compte que parmi les économistes cités par Marine Le Pen s'en trouve un (Thomas Piketty) qui est "proche du PS".
Pour séduire les "classes moyennes déclassées " et les classes populaires qui ont le sentiment que les salaires ne progressent plus, elle préconise non seulement l'interdiction des stock-options, des parachutes dorés et des retraites chapeaux, mais aussi l'essor d'un "capitalisme populaire".
Mise à jour :
Jean-Marie Le Pen [a] appelé les jeunes à "se prendre en main", qu'ils "ne comptent pas sur l'aide de l'Etat ou des parents en s'inspirant de l'exemple de Jeanne". Il fait ainsi entendre un petite musique qui diffère du discours de Mme Le Pen, dans lequel le recours à l'Etat est souvent présenté comme une solution.

2011/05/12

Bernard Squarcini : "La France est la cible n° 2 d'Al-Qaida"

Dans une interview avec Yves Bordenave et Rémy Ourdan dans Le Monde, Bernard Squarcini (le chef de la direction centrale du renseignement intérieur ou la DCRI) confirme que "la France [est] la cible n° 2 d'Al-Qaida."

Ce qui a de quoi diluer quelque peu les déclarations auto-congratulatoires pendant les années Bush comme quoi les Français ne seraient pas inquiétés par des attentats islamistes (contrairement aux lignes aériennes américaines, prétendait-on, des compagnies comme Air France ne seraient jamais inquiétés), vu le refus de Jacques Chirac de se joindre à la guerre contre Saddam Hussein et vu la popularité de la France (et de la lucidité des Français) auprès des populations arabes et musulmanes qui s'ensuivrait inexorablement…
…la menace principale pour la France est Al-Qaida au Maghreb islamique [AQMI]. Il y a une proximité géographique, une histoire coloniale passée, et il y a ces allées et venues et ces liens familiaux entre des gens en France et d'autres dans les pays du Maghreb et du Sahel. Il y a aussi une progression qualitative d'AQMI, et la France est en tête des pays menacés.

Ça se confirme avec la tentative d'attentat contre notre ambassade à Nouakchott [Mauritanie] : 1,7 tonne d'explosifs. Manifestement, ils ont un peu la haine. Depuis qu'elle a fait allégeance à Al-Qaida, AQMI a décuplé ses activités. …

S'il n'y a pas d'éléments nouveaux [de nouvelles menaces spécifiques contre la France], pourquoi le ministre de l'intérieur, Claude Guéant, a-t-il déclaré que la France "craint des représailles" ?

Depuis un moment, les communiqués de Ben Laden, de Zawahiri et d'AQMI nous ciblent de plus en plus. On le prend en compte. Les Américains sont la cible n° 1 et la France la cible n° 2 d'Al-Qaida.

2011/05/11

Non seulement la répression culpabilisatrice continue, elle s'empire

Pour lutter contre "le comportement irresponsable de ceux qui s'autorisent à rouler à des vitesses très abusives", les avertisseurs de radar seront interdits et les panneaux indiquant la présence de radars fixes seront supprimés
indiquent AFP et Le Monde.
Les députés UMP réagissent :
"Le racket, ça suffit!" "Les Français en ont assez d'un système de sanction automatique, impersonnel voire sadique"

2011/05/05

FN et la gauche, même combat ? Un leader du Parti de gauche énervé qu'on dise que les gauchistes et les Le Pen sont sur le même terrain (anti-libéral)

Il y a toujours eu un socle d'ouvriers et d'employés qui votent à droite. … C'étaient des gens en opposition absolue aux communistes et aux socialistes. C'est cette base que Marine Le Pen a récupérée parce que Nicolas Sarkozy a ouvert les vannes entre la droite et l'extrême droite.
C'est ainsi que se prononce Jean-Luc Mélenchon. Et pourtant, dans leur interview avec le coprésident du Parti de gauche, Jean-François Achilli, Jean-Jérôme Bertolus et Françoise Fressoz ("Dimanche soir politique") lui demandent non pas si la "nouvelle offensive de Marine Le Pen" (en direction de l'électorat populaire) divise, ou risque de diviser, la droite, mais si cet état des faits n'est "pas inquiétant pour la gauche" (!). Et les questions dans ce sens énervent visiblement l'intéressé :
Mais quand elle dénonce violemment le libéralisme, elle vient sur votre terrain.

Qu'est-ce que vous voulez démontrer ? Nous allons passer toute l'émission à expliquer que je suis différent de Marine Le Pen ? Il ne faut pas se contenter de dénoncer l'ultralibéralisme comme le fait Marine Le Pen. Il faut aller à la source du partage des richesses. Ce n'est pas l'immigré le problème, c'est le banquier, le financier. La préférence nationale n'a aucun sens et ne correspond à rien d'organisable. Ce qu'il faut, c'est partager les richesses de gré ou de force. La bataille s'est toujours jouée entre la gauche ouvrière et syndicale, la gauche communiste et de combat et l'extrême droite. Sur le terrain, Il n'y a que nous pour mener cette bataille.

2011/05/04

Aux USA, avec sa politique économique, Marine Le Pen serait une politicienne de gauche ; elle confirme que "Obama (!) est loin à droite de nous"

[Marine Le Pen] has come out with a detailed critique of capitalism and a position promoting the state as the protector of ordinary people. “For a long time, the National Front upheld the idea that the state always does things more expensively and less well than the private sector,” she told me. “But I’m convinced that’s not true. The reason is the inevitable quest for profitability, which is inherent in the private sector. There are certain domains which are so vital to the well-being of citizens that they must at all costs be kept out of the private sector and the law of supply and demand.” The government, therefore, should be entrusted with health care, education, transportation, banking and energy.
Inside the New York Times Magazine, Russell Shorto has an in-depth portrait of France's (Kinder, Gentler) Extremist, whose economics are "frankly leftist" and whose "economic stance is drawing interest from the left as well as the right": "When I pointed out that in the U.S. she would sound like a left-wing politician, [Marine Le Pen] shot back, “Yes, but Obama is way to the right of us,” and opined that proper government oversight would have averted the American financial crisis." Mainstream parties across Europe "have not found answers to this pan-European movement," adds the director of the John Adams Institute in Amsterdam, "for which the term “far right” seems increasingly inadequate."

Read also (en français) :
• "Le besoin d'Etat fort" : les mots de Le Pen prouvent que la (l'extrême-)droite française n'a rien à voir avec le Republican Party et les Tea Partiers
• Dans l'élection de 2012, L'es électeurs du FN sont pour Obama à 70%
• Critique de la privatisation et de la politique ultralibérale : Marine Le Pen prouve que les conservateurs US n'ont rien à voir avec les thèses du FN
• Le programme officiel du Front National : un Etat fort et interventionniste ainsi que le refus du libre-échange
• FN et la gauche, même combat ? Un leader du Parti de gauche énervé qu'on dise que les gauchistes et les Le Pen sont sur le même terrain (anti-libéral)
• L'objectif du FN : capter les peurs engendrées par la mondialisation et surfer sur l'insécurité et la souffrance sociales
Her father, Jean-Marie Le Pen, was a founder of the National Front in 1972 and served as its leader, and perennial presidential candidate, until his retirement in January, at 82. Along the way, thanks in part to his penchant for crisply expressed opinions — that the Nazi occupation of France was “not particularly inhuman,” that the gas chambers were “a detail,” that “the races are unequal,” that someone with AIDS is “a kind of leper,” that “Jews have conspired to rule the world” — he and his party became emblems of European right-wing extremism.

…Then in January, Marine — at 42, the youngest of his three daughters — won a battle to succeed her father as president of the party. Almost overnight, she brought the National Front not just back into the spotlight but also into outright competition. The polls that show her matching or outpacing [Nicolas Sarkozy] have shuffled the French political game board.

…Marine Le Pen’s sudden prominence draws attention to the contrasts between her and the man she hopes to replace. Where Sarkozy is stylish, Le Pen tends toward simplicity. Where he has become, to many, a classic say-anything-to-please-anyone politician, Le Pen’s followers find her to be a straight-talker. Sarkozy is seen as representing the elitists who support the increasingly unpopular European Union, while Le Pen wraps herself in the mantle of the French republic. Even in derisive nicknames, she comes across as the stronger: Sarkozy is Monsieur Bling Bling; Le Pen has been called la peste blonde — a play on both la peste noire, the French term for the Black Death, and, more recently, la peste brune, which referred to the Nazi menace.

…This jump in support for so polarizing a figure raises a question that has ramifications not only in France but also in other places where the far right is resurgent: is Le Pen fille a different person from her father, or has racism simply become mainstream?

…The family has a closeness, and a dedication to an iconic ideal of the French state, that seems almost cultish. … Le Pen works assiduously at the fine political balancing act of remaining loyal to her father — and maintaining the support of the party’s base — while distancing herself from the elder Le Pen’s outrageousness. She has jettisoned her father’s frank anti-Semitism, but she keeps the anti-immigrant policy plank as a central feature of the platform and will occasionally use headline-grabbing rhetoric, as when in December she likened the French having to endure Muslims praying on their streets to living under Nazi occupation.
She insists that her message on immigration is not xenophobic but rather commonsensical. She pointed repeatedly to the United States as a model: “In France, we often say the U.S. is a multicultural society, but it’s not. It’s multiethnic but one single culture. I don’t say that nobody should enter our country. On the contrary, in the old days immigrants entered France and blended in. They adopted the French language and traditions. Whereas now entire communities set themselves up within France, governed by their own codes and traditions.”
…Sarkozy’s recent and highly visible use of the French military has given Le Pen another opening to exploit. She is opposed to his involvements in Libya and Ivory Coast and to globalist enterprises in general; she sees the uprisings in the Middle East to be partly a result of “policies put into place by the International Monetary Fund and the World Trade Organization toward an impoverishment of the North African countries.” Sarkozy’s aligning France with NATO might win support in the White House and 10 Downing Street, but it has done little for his popularity at home. For the country’s disaffected, it only reinforces views of him as an elitist and a globalist. Where in the United States many of the disaffected might look to a return to Christian and free-market values, their counterparts in Europe find comfort in a turn toward nationalism, which includes state protection, and away from the institutions of globalization. Le Pen is locked into that mind-set.

2011/05/03

D'éminents journalistes semblent découvrir avec stupéfaction et/ou indignation que quelques trublions ont le droit de s'exprimer

Je ne voudrais pas être discourtoise mais cette affaire de « nouveaux réacs » commence à sentir le poisson. Daniel Lindenberg avait déjà levé ce lièvre en 2002, dans un petit livre judicieusement intitulé Le Rappel à l'ordre (Seuil). Dix ans plus tard, de nouveaux « nouveaux réacs » sont donc appelés à comparaître devant le tribunal médiatique.
C'est au tour d'Elisabeth Lévy de réagir, voire de s'insurger, dans Le Monde devant le chapeau qu'essaient de leur faire porter, à elle et à d'autres penseurs politiquement incorrects, les tenants de la pensée unique, dont le moindre ne serait pas le quotidien de référence lui-même.
Qu'on se rassure, personne n'exige — en tout cas ouvertement — que l'on fasse taire « cette demi-douzaine de polémistes » qui, selon Le Monde, « cumulent chacun deux, trois, quatre collaborations rémunérées dans les médias les plus importants et une multitude d'invitations gracieuses dans les talk-shows », pendant que leurs valeureux adversaires résistent bénévolement dans des caves.

Il est vrai que ces esprits chagrins ne songent qu'à entretenir leur fonds de commerce. C'est ainsi, le bon journaliste a une pensée, le « nouveau réac » une posture. En tout cas, entre régimes amaigrissants et pouvoir des francs-macs, leur puissance médiatique est devenue un « marronnier » de saison.

Cette querelle picrocholine révèle une curieuse conception du pluralisme. D'éminents journalistes semblent découvrir avec stupéfaction et/ou indignation que quelques trublions qui ont le front de ne pas penser comme eux ont le droit de s'exprimer.

…Après tout, on a bien le droit de préférer le débat entre gens du même avis. Il est cependant paradoxal de célébrer la diversité en toute chose sauf dans le domaine des idées.

L'épouvantail « néo-réac » ressort des tiroirs au moment où ceux qui savent ce qui est bon pour le peuple réalisent, paniqués, que, malgré vingt ans de prêchi-prêcha, ce peuple ingrat, notamment sa composante la plus populaire, s'obstine à voter pour un parti désigné comme antirépublicain — mais accepté, on se demande pourquoi, dans le jeu républicain. L'ennui, c'est que le peuple est bon, d'où la nécessité de s'en prendre aux mauvais génies qui, en flattant ses plus bas instincts, l'ont encouragé sur cette pente déplorable.

Au-delà du vote FN, la « droitisation » de la société française inquiète nos grandes consciences, comme s'il était par nature bien d'être de gauche et mal d'être de droite. C'est précisément cette transformation inconsciente d'opinions, légitimes du reste, en dogmes incontestables, qui interdit toute discussion sur des sujets méritant mieux que des condamnations sommaires.

…Notre société qui adore « la transgression » passe son temps à traquer les « dérapages », terme indiquant clairement que certains points de vue sont autorisés et d'autre pas.

2011/05/02

Que veut-on ? Une idéologie dominante, avec un credo à réciter sous peine de bûcher médiatique ?

Fauché par la mort à l'âge de 47 ans, [Albert Camus] a passé un temps considérable à répondre à la haine répandue par les journaux qui se déchaînaient contre ses livres, coupables de dire la vérité en un temps où l'on préférait le mensonge avec Sartre que la vérité avec lui
rappelle Michel Onfray en évoquant le philosophe (sur lequel il écrit un livre) qui s'interrogeait, entre autres, «sur la fascination des intellectuels opposés à la peine de mort mais qui la défendent tout de même pourvu qu'elle soit infligée au nom de la prétendue bonne cause du progrès marxiste — il en reste aujourd'hui une poignée tout au culte de "l'idée communiste"...» Michel Onfray (philoshope lui aussi) entend ainsi se joindre à ceux qui, tels Yvan Rioufol ou Elisabeth Lévy, répondent aux bien-pensants, aux "humanistes", aux élites, et à tous les autres membres de leurs réseaux — dont le journal Le Monde — qui essaient de "[pulvériser] celui qui ne dit pas comme eux".
A plus d'un demi-siècle de distance, Camus pense un monde qui semble être encore le nôtre ! Il se révèle également juste dans ses analyses, quand il diagnostique que la polémique a remplacé le dialogue : "Le XXe siècle est, chez nous, le siècle de la polémique et de l'insulte." Qu'est-ce que la polémique ? "Elle consiste à considérer l'adversaire en ennemi, à le simplifier par conséquent et à refuser de le voir. Celui que j'insulte, je ne connais plus la couleur de son regard. Grâce à la polémique, nous ne vivons plus dans un monde d'hommes, mais dans un monde de silhouettes."

On ne cherche plus à persuader, on intimide ; on ne veut pas dialoguer, on terrorise ; on ne souhaite plus échanger, on lance l'anathème, on recouvre sous des flots de haine et d'insultes, de mépris et de calomnies. Dans cette perspective, Camus propose une "morale du dialogue" et en appelle à Socrate — auquel il associe Montaigne et Nietzsche.

Quel intellectuel ne souscrit pas aujourd'hui à cette scie prêtée à Voltaire : "Je ne suis pas d'accord avec vous, mais je me battrai toute ma vie pour que vous puissiez vous exprimer", avant d'envoyer un formidable coup de gourdin sur la tête de celui qui ne pense pas comme lui puis d'activer les réseaux d'amis qui, dans les médias, pulvérisent celui qui ne dit pas comme eux ? Les journalistes, si souvent coupables d'inceste intellectuel, prennent ces temps-ci la plume pour dénoncer une poignée de journalistes (Zemmour en navire amiral, Robert Ménard en destroyer, Elisabeth Lévy en corvette, plus quelques autres petits bâtiments de guerre...), tous coupables d'attentats à la pensée correcte. On ne résoudra pas le problème en transformant ses adversaires en ennemis, en les stigmatisant comme pétainistes, néofascistes, crypto-vichystes, sous-marins de Le Pen et autres noms d'oiseaux qui dispensent de débattre.

Que veut-on ? Une idéologie dominante, avec un credo à réciter sous peine de bûcher médiatique ? Mais qui décide alors du catéchisme ? Ceux qui affûtent la guillotine... Je crains qu'en France le sartrisme domine encore comme une imprégnation éthologique dès qu'il s'agit du débat d'idées !

En 1955, Simone de Beauvoir écrivait dans un article intitulé "La pensée de droite aujourd'hui", repris dans Privilèges : "La vérité est une, l'erreur multiple. Ce n'est pas un hasard si la droite professe le pluralisme"... Camus, le philosophe, qui, dans Actuelles II, opposait "la gauche policière" à la "gauche libre" avait alors répondu : "Si la vérité devait être de droite, alors je serais de droite."

Arrêtons donc la haine, le mépris, l'insulte, l'anathème, la guillotine, les autodafés, les bûchers qui, pour l'instant, ne sont que de papier. Si d'aventure le débat véritable prenait la place de la polémique, nul doute que reculerait un peu le spectre des échafauds concrets.

Rioufol évoque le comportement absurde du discours unique qui souligne le désarroi des idéologues confrontés à l'effondrement de leurs utopies

Tout ce qui est répété [en politique] est contredit au quotidien. Or cela n'empêche pas les esprits automatiques de s'arrimer aux dénis du réel en jugeant relaps les contradicteurs. Ce comportement absurde souligne le désarroi des idéologues confrontés à l'effondrement de leurs utopies. Trente ans de pilonnage n'ont cessé de contourner les faits et de prendre les gens pour des imbéciles. Aujourd'hui, cela se voit…
C'est ainsi que Yvan Rioufol répond aux bien-pensants, aux "humanistes", aux élites, et à tous les autres — dont le journal Le Monde — pour qui "la méthode Coué appliquée à la politique et à l'information ne consiste pas seulement à n'admettre qu'un discours unique", elle "oblige à ne voir que ce qui est autorisé par la doctrine."
Les journaux «progressistes», acteurs du bourrage de crâne, en sont à dresser la liste de ceux (Éric Zemmour, Élisabeth Lévy, Robert Ménard, Éric Brunet, votre serviteur) qu'ils accusent d'accaparer la parole au prétexte qu'ils n'observent pas les codes de la pensée labellisée. Parce que ces cinq-là semblent trouver l'écoute d'une opinion rebelle qui a investi Internet, ils irritent la caste dépossédée de son monopole. Les épinglés seraient réactionnaires, ultraconservateurs, extrémistes. Voire néofascistes ou postnazis, puisque leurs discours se rapprocheraient de ceux des années 1930, comme le récitent des historiens du dimanche: procès authentiquement staliniens, ceux-là.

Cette poignée d'accusés révèle en fait l'intransigeance d'un journalisme militant rejetant le choc des idées. Ce que disent les hérétiques devrait passer inaperçu: ils défendent la liberté d'expression, la laïcité, le modèle républicain. Y voir les signes d'une pensée rétrograde et totalitaire est un non-sens effrayant. Si la démocratie est menacée, c'est par ceux qui en contestent les règles, à commencer par la tolérance.

… La comédie des bons sentiments touche à sa fin. À moins de se ridiculiser davantage, le monde politique ne peut plus recourir aux faux-semblants humanistes utilisés pour méconnaître le réel. …

2011/04/21

Qu'est un droitiste dont les prévisions s'avèrent fausses ? Un infâme menteur ; Un gauchiste? "peu importe", il était "en mal d'inspiration"

Même les grandes plumes sont parfois en mal d'inspiration
écrit Corine Lesnes dans Le Monde. Avant de décrire avec le plus grand des joies, pendant quatre colonnes (sur cinq), le voyage de John Steinbeck avec son chien — "un caniche d'un âge respectable, francophone de naissance ("à Bercy"), et toujours d'un maintien parfait" — à travers les USA, une aventure "plein de ces personnages rocailleux qui font l'Amérique éternelle — Tea Party avant l'heure, pourrait-on dire." Ce n'est que dans les trois ou quatre derniers paragraphes que l'on apprend que la raison pour laquelle le récit de ce voyage (de 1962) est à l'heure aujourd'hui :
Cinquante ans plus tard, le journaliste Bill Steigerwald a refait les étapes du voyage. Sans chien, mais avec la prétention journalistique de mesurer le changement. Il ne s'attendait pas à ce qu'il a trouvé : affabulations, exagérations, approximations... Recoupements faits, il apparaît que Steinbeck a enjolivé quand il n'a pas tout simplement bidonné comme un vulgaire journaliste en mal de scoops.

Dans le magazine Reason d'avril, Steigerwald a publié un récit accablant. En 75 nuits, l'écrivain en a passé tout au plus une quinzaine seul dans sa roulotte. La plupart du temps, il a dormi dans des motels, parfois luxueux. Elaine, sa femme, a passé 45 jours avec lui (à San Francisco, ils ont même mis Charley au chenil !). Certains des personnages hauts en couleur n'étaient pas là où il dit les avoir croisés. [Pis, Corine Lesnes: Plusieurs personnages hauts en couleur semblent avoir été inventés de toutes pieces.]

La découverte a suscité quelque émotion dans les milieux universitaires spécialisés, pris en défaut d'esprit critique. … D'autres ont dit : peu importe. L'écrivain a tous les droits.

Trois-quatre paragraphes qui annullent toutes les raisons pour avoir pris quatre colonnes pour (re-)raconter les (non-)périples de John Steinbeck et de Charley.

De toute apparence, quand un conservateur — fût-il artiste, politicien (George W Bush), ou autre — est pris en défaut (à tort ou à raison), et que ses prévisions, raisonnables, s'avèrent être fausses, il n'est rien de moins qu'un fieffé menteur qui est coupable de tous les maux et qui doit être fustigé, sans relâche, avec toutes les armes possibles. Quand un gauchiste est pris en défaut — et que ses récits de ce qu'il (n')a (pas) fait s'avèrent être un véritable mensonge (aucun autre terme ne fournit une meilleure description) — c'est (toujours) un grand homme (une grande plume) "en mal d'inspiration" qui fait partie de ces êtres qui ont "tous les droits."

2011/04/05

Un politique qui ment, en France, ce n'est pas considéré comme gravissime ; Alors qu'aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, c'est inenvisageable

Allez sur le site de la Maison Blanche
exige Franck Nouchi dans Le Monde.
Vous constaterez que le porte-parole, Jay Carney, doit faire face, chaque jour, à un véritable bombardement de questions. "Il est important, explique Natalie Nougayrède, que le pouvoir soit considéré comme comptable de la parole qu'il prononce, et tenu de s'expliquer sur les décisions qu'il annonce."

Présent lui aussi sur le plateau d'"Arrêt sur images", David Pujadas y voit une "différence de mentalité, de culture, entre les pays, et même un autre rapport à la vérité et au mensonge". Est-ce que cela signifie qu'en France "les politiques baratinent ?", demande Daniel Schneidermann. "Non seulement ils baratinent, répond le présentateur du "20 heures" de France 2, mais un politique qui ment, en France, ce n'est pas considéré comme gravissime. Alors qu'aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, c'est inenvisageable."

"Il y a en France une tradition de non-communication, ajoute Philippe Chaffanjon, directeur de France Info. Demandez aux correspondants étrangers en poste à Paris. Ils sont hallucinés par la manière dont tout cela fonctionne."

Reste alors le "off" pour débusquer ce qui se cache derrière la langue de bois des porte-parole. Quand il y en a...

2011/04/04

Une ironie à l'égard du "politiquement correct" (cette autre façon, pour eux, de dire "la gauche")

Dans les télévisions et les radios, il est désormais impossible de tenir un débat sans eux
explique Raphaëlle Bacqué.

Oh, ce n'est pas un gros bataillon. Une demi-douzaine de polémistes tout au plus, mais ils cumulent chacun deux, trois, quatre collaborations rémunérées dans les médias les plus importants et une multitude d'invitations gracieuses dans les talk-shows.

On les reconnaît vite à leur ton, souvent à l'emporte-pièce, et plus encore à leurs thèmes de prédilection: une vision catastrophée de l'école, une ironie à l'égard du "politiquement correct" (cette autre façon, pour eux, de dire "la gauche"), un discours parfois très raide sur l'immigration et l'islam et, depuis l'avènement de Marine Le Pen, la certitude affichée que le Front national doit être tenu pour un parti comme un autre.

"Eric Zemmour est le plus connu et le plus cultivé", souligne Elisabeth Lévy, l'unique femme du groupe, avant de citer Robert Ménard, Yvan Rioufol et Eric Brunet. Cinq donc, c'est évidemment peu dans des médias qu'ils croient, à l'instar de ce dernier, "tenus à 80% par la gauche". Il y a d'ailleurs des nuances notables entre eux.

…Ce qui frappe, cependant, c'est leur récent succès médiatique. … Robert Ménard s'apprête à publier un pamphlet, carrément intitulé Vive Le Pen!, dans lequel il défend, dit-il, "la liberté d'expression et de représentation parlementaire du FN". Il a choisi ce titre provocateur "parce que c'est la seule chose que l'on ne peut pas dire dans les médias, alors que l'on peut se réclamer du philosophe Alain Badiou, qui admire pourtant toujours Mao et Pol Pot!".
Un lecteur du Monde réagit :
Réactionnaire est un terme dont le Parti Communiste affublait tous ceux qui s'opposait à sa doctrine, à ses manipulations,à ses mensonges.Par extension toute la Gauche affuble ses opposants de "réactionnaires",cad tous ceux qui ne partagent pas ses idées,ses lubies.Je m'étonne que RB, éminente journaliste dévie ce terme pour disqualifier des personnes qui ne font qu'exprimer la liberté d'expression dans ce pays.On peut aussi dire qu'ils réagissent à l'embrigadement du politiquement correct.
Yvan Rioufol répond, lui aussi, contre les
journaux «progressistes», acteurs du bourrage de crâne, [ces "esprits automatiques" s'arrimant "aux dénis du réel" qui] en sont à dresser la liste de ceux (Éric Zemmour, Élisabeth Lévy, Robert Ménard, Éric Brunet, votre serviteur) qu'ils accusent d'accaparer la parole au prétexte qu'ils n'observent pas les codes de la pensée labellisée…
Réaction aussi d'Elisabeth Lévy :
D'éminents journalistes semblent découvrir avec stupéfaction et/ou indignation que quelques trublions qui ont le front de ne pas penser comme eux ont le droit de s'exprimer. … Après tout, on a bien le droit de préférer le débat entre gens du même avis.
Tandis que Michel Onfray, en évoquant le cas d'Albert Camus, demande :
Que veut-on ? Une idéologie dominante, avec un credo à réciter sous peine de bûcher médiatique ?

2011/03/31

L'objectif du FN : capter les peurs engendrées par la mondialisation et surfer sur l'insécurité et la souffrance sociales

…le vice-président du Front national [Louis Aliot] veut encourager l'entrisme dans les syndicats. Il s'agit de capter les peurs engendrées par la mondialisation, de surfer sur l'insécurité et la souffrance sociales et de concourir à l'ambition de Marine Le Pen de « reconquête des classes populaires ».
Confirmation encore, si besoin était, grâce à l'analyse de Michel Noblecourt sur les relations entre le Front National et les syndicats, que les préceptes de l'extrême droite française (ou de l'extrême droite de n'importe quel pays, y compris les USA) — ainsi que les diatribes de Marine Le Pen contre "l'idéologie ultralibérale" — n'ont rien à voir avec les tea partiers américains et le marché libre à l'américaine.

2011/03/22

Dans les villages, le sentiment du deux poids, deux mesures fait des ravages ; Plus que du racisme, c'est le sentiment de ne pas exister qui prédomine

Ce qui fait mal, c'est l'affaire Marleix, fils de l'ancien ministre, longtemps conseiller à l'Elysée, maire (SE) d'une petite commune du département, qui s'est "fait pincer" en voiture par les gendarmes 50 km/h au-dessus de la vitesse autorisée mais n'a pas été sanctionné. "Comment voulez-vous que les gens aillent voter après ce genre d'histoire ?", lance un électeur en colère, au cours d'une réunion publique du candidat UMP. "Un pour tous, tous pourris", résume un futur électeur du Front national, déclenchant l'acquiescement de ses camarades de café.
Dans Le Monde, Luc Bronner essaie d'expliquer le succès du "vote FN [qui] s'est déplacé [des] quartiers populaires de la ville [de Dreux, pour basculer] dans les villages aux alentours."
Dans les villages, le sentiment du deux poids, deux mesures fait des ravages. C'est le syndrome de la file d'attente. L'expression de leur colère lorsque les "Français" voient passer des familles issues de l'immigration devant eux à l'hôpital ou à la CAF. "Je vais me faire naturaliser marocain", plaisante un artisan en buvant un café à Tréon. Son voisin de comptoir, également artisan dans le BTP, refuse de dire s'il votera Marine Le Pen, mais donne les clés de son succès dans les sondages : "Ceux que Sarkozy voulait arrêter ne paient jamais. Nous, il suffit d'un excès de vitesse pour avoir une amende, alors que, eux, ils font des rallyes dans les quartiers et ne sont jamais poursuivis", explique le quadragénaire d'origine portugaise.

Plus que du racisme ou le rejet des étrangers, c'est le sentiment de ne pas exister qui prédomine. L'impression d'être transparent. De ne pas compter. D'être les derniers dans la file d'attente des préoccupations publiques.
C'est un ras-le-bol similaire qui a fait sortir les Tea Partiers dans les rues des États-Unis, mais comme je l'ai déjà écrit, ce n'est pas pour se tourner vers le Front National ou un équivalent, mais vers un système où le contribuable n'est pas une vache à lait, et où il survit en dépit du (prétendu) besoin d'État fort (cf Marine Le Pen)…

Pour reprendre les mots de Lucien Oulahbib, les Tea Parties sont une révolte de la société contre l'élite étatiste qui pense que manipuler des modèles mathématiques permet de saisir le réel humain ; "Le mouvement a donc pour origine la révolte des contribuables" ajoute Évelyne Joslain, "C’est la révolte des classes moyennes contre la gauche soixante-huitarde au pouvoir [et] contre … l’esprit de caste." Contre un esprit de caste, qu'il soit de gauche, de droite, d'extrême-gauche, ou d'extrême-droite. Pour les droits de l'individu. Pour qu'il ne soit pas emm--dé — par la gauche, par la droite, par l'extrême-gauche, par l'extrême-droite. Par personne.

2011/03/21

Adieux…

Suite à Robert Solé, c'est au tour de son successeur comme médiateur/médiatrice au journal Le Monde, Véronique Maurus, de tirer sa révérence…
Robert Solé, s'il est le plus visible, ne sera pas le seul à partir. Son départ s'explique en effet par l'ouverture de la clause dite « de cession » prévue par une loi votée (à l'unanimité) en 1935, afin de protéger la liberté de la presse. Elle permet à tout journaliste de quitter son entreprise après un changement significatif du capital, en bénéficiant des conditions d'un licenciement.

Au Monde, c'est, bien sûr, la première fois qu'elle s'exerce. Une douzaine de journalistes — dont Robert Solé — ont déjà demandé à en bénéficier pour des motifs divers et strictement personnels — non en raison de divergences avec la rédaction. D'ici à la fin du mois de juin, d'autres suivront... y compris moi-même, dès le 16 mars.

2011/03/20

French Intervention Better



In contrast with his cartoons on UN intervention — with its smiles, bon enfant-ness, and joy incarnate — and on U.S. intervention — with its hatred, death, and destruction (See UN Intervention Good, U.S. intervention Bad) — Plantu's cartoon on French intervention is something between the two (the French fighter is more realistic than the UN plane but with less focus than the U.S. plane on its killing capacities, while its pilot's neutral expression avoids the evil look of his American counterpart) and thus reflects, sans doute, the golden middle road.

What does the French cartoon symbolize but a policy that — naturellement — is inherently sober, somber, lucide, eminently responsible?…

2011/03/19

UN Intervention Good,
U.S. Intervention Bad


Compare Plantu's March 18, 2011, cartoon regarding Libya to his cartoon regarding Iraq of exactly seven years earlier (March 19, 2004)… See any difference?

In case it needs to be spelled out:
• U.S. intervention (notice the focus on the (realistically-drawn) plane's undercarriage and its bombs as well as the hatred in the pilot's face) brings death and destruction, killing innocents (one of whom is holding a sign with the pacifists' dove symbol) and terrorists alike, and results only in weeping, wailing, and gnashing of teeth;
• while UN intervention (notice the focus on the plane's body — with its far more cartoonish rendering and its pacifist UN logo along with its refraining from dropping any bombs at all — as well as the good spirits on that pilot's face) brings but smiles, joy, and profound happiness, and — get this — doesn't even kill bad guys (Muammar Qaddafi), but only cuts the (evil capitalist oil) legs from under them…

Update:
U.S. Intervention Bad,
UN Intervention Good,
French Intervention Better

2011/03/08

Imaginer si Washington était à la place de Paris : La façon de faire de la France vis-à-vis des Comores est irrespectueuse du droit international

En réaction aux infos que l'île de Mayotte deviendrait le
101e département français et le 5e d'outre-mer, un lecteur du Monde écrit :

La façon de faire de la France vis-à-vis des Comores est irrespectueuse du droit international : imaginons que les Etats-Unis décident

de faire de la Guadeloupe un Etat américain et traitent directement avec ce territoire, y investissent un peu d'argent et, de cette manière, achètent le vote des habitants qui deviennent donc américains ! Que ne dirait-on pas sur le comportement impérialiste des Etats-Unis ! Eh bien, c'est ce que nous faisons à Mayotte !

Depuis des années, la diplomatie française négocie chaque année à New York lors de l'Assemblée générale annuelle pour éviter que ce dossier ne soit inscrit à l'ordre du jour, car nous serions alors solennellement condamnés par la quasi-totalité des pays de l'ONU. Mayotte appartient aux Comores, et la France n'a aucun droit sur ce territoire. Nous abusons de la faiblesse de ce pays et usons de notre entregent international pour une mauvaise cause.

Par ailleurs, hormis un parlementaire communiste de Seine-Maritime, gauche et droite sont d'accord sur cette spoliation internationale.

Après nos errements diplomatiques, avons-nous vraiment besoin d'abaisser davantage l'image de la France dans le monde en faisant, encore une fois, le contraire de ce que nous proclamons !

Lionel Pascal
Périgueux

2011/03/07

Since 1631, with France’s first newspaper, La Gazette, “the French press has been dependent on power”

A malaise that goes back more than 300 years
is the way that The Economist styles its article on French newspapers, Too close to power.
Christophe Deloire, director of the Centre for Journalist Training in Paris, traces the problem to France’s first newspaper, La Gazette, founded in 1631 under the auspices of Cardinal Richelieu. Since then “the French press has been dependent on power,” he says; this has blunted its edge.
While another article reminds us that it was it was the country's ruler(s), in the form of "Charles de Gaulle [himself, who] called for the launch of Le Monde, first published in 1944, to replace Le Temps," one French reader writes that
French unions and government have killed their print media. The government almost edits the papers; it controls far too much. People will eventually realize they need a democracy without the enarques running everything.

2011/03/03

Interior Ministry to overhaul computers that sent automated vehicle fines to the wrong people

COMPUTER systems in the Interior Ministry are to be overhauled as a matter of urgency to stop automated fines being sent to the wrong people
reports The Connexion.
Newly appointed minister Claude Guéant said that, while the IT system would be improved and all those falsely fined would have their points restored and money refunded, the government would also seek to change the law.

He stopped short of appointing an ombudsman to oversee complaints.

Such false fines can arise through fraud, a failure of motorists to update their details or delays in updating records.

One notorious case saw a farmer in the Gard receive a fine for driving 112kmh around the Rouen ringroad (some 810km away).

The vehicle in question was a 15-tonne tractor with a top speed of 25kph that had never left the farmer's village.

Currently all fines must be paid straightaway and the appeals procedure is unclear.

The Interior Minister wants to change the law to place the burden of responsibility for the vehicle and for updating documents on the buyer, not, as is now the case, the seller.

2011/03/01

Et si les néoconservateurs avaient raison ?

Une telle suggestion — les néoconservateurs auraient eu raison — ne peut susciter en France qu'ironie et indignation
écrit Jacques Rollet dans Le Monde.
Même si les néoconservateurs américains, comme le dit justement Justin Vaïsse, ont fait preuve d'arrogance et de paresse intellectuelle lors de la deuxième guerre d'Irak (voir son ouvrage : Histoire du néoconservatisme aux Etats-Unis, Odile Jacob, 2008), il n'en reste pas moins qu'ils ont déployé une authentique philosophie politique selon laquelle la démocratie est un bien qu'il faut propager sans arrière-pensées et sans réserves nées de la realpolitik.

On peut consulter sur le messianisme de cette vision les travaux d'universitaires (à titre d'exemple, Sébastien Fath) et de journalistes français. N'oublions pas que Bill Clinton déclarait en 1999 : "Les Etats-Unis ont l'opportunité, et je dirais, la responsabilité solennelle de modeler pour le XXIe siècle un monde plus paisible, plus prospère, plus démocratique." Les Américains, avec tous leurs défauts, ne sont pas seulement matérialistes comme le pense le cynisme français ; ils sont également idéalistes comme nous ne le sommes pas suffisamment.

[Par contraste, les] politologues français spécialistes des relations internationales se caractérisent souvent par une grande pauvreté en termes de théorie, pauvreté due à l'absence d'une véritable philosophie politique, exclue en France, de la science politique. La question n'est pas académique ou anecdotique. Les nombreux travaux de philosophie politique depuis une vingtaine d'années n'ont pas changé la vision sceptique de la classe politique française concernant la démocratie.

…Si donc la démocratie est le meilleur régime ou le moins mauvais, elle est valable pour tous les peuples et pas seulement pour les Occidentaux. Il est vrai qu'il faut analyser les conditions de son établissement selon l'état d'avancement des cultures et des économies, mais il faut vouloir cet établissement.

Après un tel refus de suivre la pensée unique, on se doute bien que Jacques Rollet se fait descendre en flammes par les lecteurs du Monde (dont l'un, sachant où trouver les vrais cerveaux de la politique internationale (sic), cite un sketch des… Guignols et un autre, faisant preuve d'une lucidité à toute épreuve (re-sic), trouve intéressant de comparer l'auteur (politologue à l'université de Rouen) avec le (avec l'anti-)héros de la série Dallas (tous deux ayant les initiales JR))…

Point Final pour Robert Solé

C'est mon dernier billet, chers lecteurs. Et mon dernier jour au Monde. Oui, il y a une fin à tout.
Comme dit l'intéressé, c'est le dernier billet de Robert Solé dans Le Monde…

2011/02/24

Critique de la privatisation et de la politique ultralibérale : Marine Le Pen prouve que les conservateurs US n'ont rien à voir avec les thèses du FN


Critiquant un rival (Dominique Strauss-Kahn) pour être pour "le libre-échange généralisé", Marine Le Pen répond aux questions de Jean-François Achilli, Jean-Jérôme Bertolus et Françoise Fressoz, montrant — encore une fois (si besoin était) — l'erronnement complet d'associer les Républicains américains, les conservateurs américains, et les Tea Partiers avec les supposés membres de la (de l'extrême-)droite, avec les supposés (néo-)fascistes, et avec les supposés extrêmistes quasiment nazis, et en tout cas de considérer ces Américains comme proches des thèses du Front National.

Encore une fois, demandez-vous donc qui, dans la critique de DSK qui suit, serait plutôt apte à être d’accord avec Marine Le Pen ?

Serait-ce plutôt un conservateur, un Républicain, un Tea Partier, ou tout autre personne (aux USA ou ailleurs) qui demande une réduction de l’état ?

Ou serait-ce plutôt l’un de ceux — tant aux États-Unis qu'à l'étranger — qui fustigent Bush, les Républicains, les Tea Partiers, les banquiers, et les capitalistes ?
Partout où il est passé, [DSK] a appliqué une politique ultralibérale, avec son cortège de délocalisations, de chômage et de régression sociale. Lorsqu'il était ministre, il a plus privatisé que n'importe quel autre ministre. Il est l'homme des 35 heures, dont on peut admettre qu'elles ont eu comme conséquence une désorganisation massive.

2011/02/02

D'un côté on leur reproche de jouer aux gendarmes du monde, de l'autre, de ne pas agir avec la responsabilité et la diligence de gendarmes du monde

…on a beau tourner le sujet dans tous les sens, le seul problème du monde, c'est les Etats-Unis. Les USA fournissent des armes à Israël, "déstabilisent" le Moyen-Orient en dérangeant les dictateurs qui y vendaient paisiblement leur pétrole, et parallèlement, restent froids et inactifs devant les "bonnes" catastrophes (comprendre, celles qui n'ont pas d'effet sur le prix de l'essence. Ceci dit sans matérialisme aucun, bien sûr.) Bref, ça ne va jamais. D'un côté on leur reproche de jouer aux gendarmes du monde, de l'autre, de ne pas agir avec la responsabilité et la diligence de gendarmes du monde. Un reportage édifiant sur la tragédie du Darfour expliquait les atermoiements des Etats-Unis sur ce dossier, donc leur responsabilité sur les centaines de milliers de morts de ce génocide. L'opposition de la Chine et de la Russie à l'ONU? Aucun reproche. L'inertie de la France, grande donneuse de leçon devant l'éternel sans avoir l'excuse d'être déjà engagée en Irak? Le reportage n'en parlera pas. Un seul pays est sur la sellette, toujours le même.
Still relevant: Stéphane s'attaque à McDonald's, aux quartiers pauvres de Los Angeles, à l'embargo (non un blocus) de Cuba, et à d'autres aspects de l'antiaméricanisme en France…
De toutes façons, face au moindre événement géopolitique, chacun trouvera toujours le moyen d'expliquer que les Etats-Unis sortent grands gagnants. N'importe quelle aventure n'est que l'occasion d'étendre l'American Way of Life ou de récolter des dollars. Leur richesse ne peut s'expliquer par autre chose que la malhonnêteté, l'exploitation et le pillage d'autres pays. Les multinationales tentaculaires font la loi dans le tiers-monde, avec la complicité de l'appareil d'Etat américain.

…Jamais il ne viendra à l'esprit que l'Amérique fonctionne parce qu'elle repose sur des règles différentes, et meilleures, et que son succès vient de là. Une telle perception est intolérable pour un socio-démocrate, dressé depuis l'enfance à penser qu'il n'existe pas de meilleure conception de l'Etat et de la société que la sienne.

Si quelqu'un fait mieux en faisant différemment, il y a forcément une arnaque quelque part. A défaut de la trouver, on l'inventera; et au passage, on décriera, critiquera, méprisera de façon hautaine tout ce que l'autre arrive à réussir.

…Plus que jamais, l'antiaméricanisme reste d'actualité en Europe, peu importe les démonstrations contradictoires qui peuvent lui être apportées. La réalité n'a aucune prise sur le phénomène, tout simplement parce qu'il est nécessaire à la survie du système.